vendredi, janvier 28, 2011

Soulèvement populaire au Caire.

Acte 1 : Mosquée al-Istiqama, Gizeh.  

Les premières manifestations significatives ont eu lieu ce mardi 25 janvier, jour national de la police. Cela faisait une semaine que l’on nous avait fait entendre, à travers des rumeurs, que des manifestations auraient lieu en ce jour de festivité pour lequel Hosni Moubarak avait décrété un jour de congé national, dans le but de garder les gens chez eux. Et de fait, le 25 janvier, les effectifs présents et l’ampleur des manifestations ont étés sommes toutes limités. Seuls les policiers ont du travailler ce jour là, celui de leur fête. 

Puis, mercredi, les groupes les plus motivés de la veille ont appelé les gens à descendre dans la rue, et, à la surprise générale, les manifestations, pour le Caire seulement, ont attiré des foules, selon les estimations, de 30.000 à 80.000 personnes. Selon les standards occidentaux, et pour un pays de 80 millions d’habitants, cela peut paraître un nombre réduit, mais il s’agit de la première fois dans l’histoire moderne égyptienne qu’un groupe aussi conséquent, non autorisé, traverse le centre-ville en réclament ouvertement le départ du chef de l'état et répond violemment aux coups portés par la police. En général, les manifs durent 15 minutes, il y a 50 personnes au mieux, la moitié est dispersée et l'autre moitié arrêtée.

Je suis descendu du bureau dans lequel je travaillais sur la rue Talaat Harb dans le centre-ville, et personne n’y croyait. Je me souviens que la semaine précédente encore, on prenait avec amusement les rumeurs d’une « révolution la semaine prochaine ». Je vois encore ma collègue partir lundi en m’adressant un « bonne révolution, prudent hein ! » en rigolant de bon cœur. Les passants applaudissaient avec enthousiasme. Le véritable déclic s’est produit ce mercredi 26 janvier, car il démontrait que les Egyptiens n’auraient plus peur de leur police. Des bruits parcourent la ville comme quoi vendredi, il y aurait un soulèvement général après la prière. On fait des pronostics sur la aprticipation ou non de tel ou tel groupe politique dissident. 

Ce vendredi 28 janvier, donc, l’internet est coupé depuis la nuit dernière dans tout le pays, et la plupart des opérateurs de téléphone portable aussi. C’est assez curieux d’imaginer qu’il y a quelque part dans le pays un bouton on/off, on allume, on éteint, au gré de l’humeur du président. Des rumeurs ce matin font état que la police tirerait à balles réelles si nécessaire. Les manifestations étant toujours bien entendu interdites. 

C’est dans cet état d’esprit que je pars avec mon hôte, John (il s’agit d’un Egyptien copte né au Caire), vers le centre-ville par métro. L’idée est de rejoindre la mosquée où Mohammad El Baradei est supposé faire la prière du vendredi.  Les stations du centre, Sadate, puis Nasser, sont fermées. La station Moubarak est ouverte mais, se dit-on symboliquement, plus pour longtemps. Dans le métro, un militaire gradé est apostrophé : « tu es avec le peuple, n’est-ce pas ? L’armée est avec nous ! ». L’officier répond d’un revers de la main. Le son de l’appel à la prière retentit dans les stations de métro, couplé à celui des téléphones portables qui crachotent les mêmes airs. Les passagers sont, d’apparence, calmes. On sait que la plupart se déplacent vers les différents points de manifestation. On arrive à Gizeh, quartier de la mosquée précitée, il est 11H00.

Un nombre impressionnant de policiers fait face à la foule sous un pont, on devine que toute la place est encerclée. John me dit qu’il y aurait 1.300.000 policiers au Caire ou dans le pays, je ne sais plus. Il faut être au moins 1.000.000 de manifestants et ils seront débordés. Les gens ont la rage. La rage d’être humiliés, de ne pas avoir de boulot ni de ressources pour vivre décemment. La rage de devoir se mettre à genou devant une classe politique profondément corrompue, pyramide dont Hosni Moubarak est le sommet. 

Des centaines de fidèles, hommes, femmes, placent leur tapis de prière, pour ceux qui en ont un, et prennent la position d’incantation devant le mur de policiers. Tout est accompli selon le rite, dans un silence relatif lourd et il est clair à ce moment que ce sera le dernier moment de sérénité de la journée. 

A peine la prière terminée, la foule se met à scander des slogans violents. « Assez ! », « Dehors ! », « A bas Hosni Moubarak ! ». Des posters de Moubarak sont arrachés, déchirés et piétinés. Assez rapidement, probablement trop rapidement, mais étant donné que c’était le but, autant ne pas perdre de temps, les autopompes entrent en action, soutenues par des coups de matraque. Des rumeurs font état de la présence de El Baradei au milieu de la foule. Des hommes de confiance l’entoureraient et auraient pris des coups. Après un quart d’heure tout au plus, tirs massifs de petites bonbonnes de gaz lacrymogène. La foule est obligée de retraiter et de se disperser dans les environs. De fait, c’est intenable. 

A partir de là, il est difficile de s’organiser sans internet et sans réseau GSM. Des groupes d’une centaine d’insurgés se forment et arpentent les rues adjacentes. Ces groupes rejoignent d’autres groupes et ceci produit un effet boule de neige. Des gens saluent depuis les balcons, le groupe chante et crie de plus belle.  Il est question de faire converger tout le monde vers Midan Tahrir. Cela va de soi, mais c’est aussi aller là où l’appareil répressif attend les manifestants. On se rend compte par après qu’il y aura des centaines de foyers d’insurrection partout au Caire. 

En chemin, pas loin de l’université, un manifestant est renversé par un combi de police. Il est étendu par terre et ne peut plus bouger la jambe. On craint qu’elle ne soit cassée ou pire. Une ambulance de la police vient ramasser le gars. John prend sa carte d’identité. Il y a eu plusieurs centaines de disparitions dans les trois derniers jours. Direction les bureaux d’un journal indépendant pour s’assurer que son enlèvement et les circonstances de celui-ci soient bien enregistrés. 

Acte 2 : siège du journal Al Masri Al Youm. 

15 :00. La situation dérape complètement. Alors que nous étions arrivés dans un calme relatif dans le quartier, des journalistes commencent à arriver dans les locaux du journal en toussant et en pleurant. Des tirs de grenades lacrymogènes ont lieu dans le quartier et les coups de matraque pleuvent  apparemment. On dénombre deux malaises, les gars s’écroulent, les chaises volent, on pousse les tables. La cafétéria se transforme en pharmacie de fortune. En fait de pharmacie, il n’y a rien. Pour dire, au début, on ne trouve rien de mieux que de faire respirer du coca-cola. En fait, le vinaigre marche pas mal, aspergé sur un mouchoir que l’on plaque sur la bouche et le nez. Même au quatrième étage, la fumée remonte par l’ascenseur et sur les vêtements des gens qui remontent en hâte de la rue. La situation devient nerveuse, ça rentre et ça sort, on ne sait pas toujours qui est qui. Il faut absolument réguler les entrées. La cafétéria est vidée, des gens gisent à la réception et dans les couloirs devant les ascenseurs. 

Quelques minutes passées en bas suffisent à comprendre un peu mieux. Des batailles rangées, pierres contre grenades lacrymos tirées à hauteur d’homme, barrières Nadar contre matraques, ont lieu dans la rue devant le siège du journal. Après quelques minutes, je prends l’ascenseur vers le dixième étage en espérant qu’il y a un accès au toit. On se rend mieux compte que des affrontements similaires ont lieu dans plusieurs rues avoisinantes. De grosses colonnes de fumée noire sont visibles au-dessus du Caire et on entend aussi des tirs, mais il n’est pas possible d’identifier d’où ils viennent. 

Impossible de quitter cet immeuble et de toute façon ce n’est pas une bonne idée de se balader plus loin. Il apparaît que des scènes similaires ont lieu partout au Caire et dans le pays : Alexandrie, Suez principalement. Il se dit qu’à certains endroits, les manifestants ont débordé la police, la faisant reculer. Des commissariats, des bureaux du PND (parti de Moubarak), des ministères sont pris d’assaut. La police retraite devant la fureur populaire et il paraît que le siège du PND est la proie des flammes ! A ce moment-là, on a cru que l’essentiel était fait, qu’on allait apprendre que Moubarak avait quitté le pays, suivant l’exemple de Ben Ali quelques semaines auparavant. 

Vers 17:30, on annonce un couvre-feu militaire qui entrera en vigueur à 18:00.  Je n’ai aucune idée de comment sortir de là. Puis, à 18:00, les rues se vident de ses dizaines de milliers de policiers. Durant une heure, le calme après la tempête. Je me promène en rue, n’en pouvant plus de rester dans cette réception de journal. Il y a des débris partout, c’est apocalyptique. On me dit que le métro ne roule plus mais je me dirige quand même vers une ou deux stations plus loin. Des gens courent, je comprends plus ou moins qu’on annonce un métro. Effectivement, un métro bondé arrivera et j’en profite pour rentrer. J’ai un avion le lendemain. Je serais bien resté, j’ai vraiment hésité jusqu’au bout, mais ce n’est pas ma révolution. Il y a des reporters en suffisance sur place, des télévisions et des journalistes. 

Avec un peu de recul, malgré une impression sur le moment même que l'armée venait au secours d'un coup d'état populaire, je me dis que l’armée a bien sauvé la mise de Moubarak et surtout du régime. Le coup d'état populaire s'est transformé le jour même en coup d'état militaire. Mais cela il faudra en quelques temps jours pour s'en rendre compte. Il s’en serait fallu de quelques heures supplémentaires et tous les ministères auraient été envahis par la population et l’appareil d’état quasiment complètement mis à terre. Ce n'est que partie remise. 

jeudi, mars 13, 2008

De retour en Europe pour un moment. Ce site va donc rentrer dans une phase de stand-by. Si vous souhaitez me contacter, vous pouvez envoyer un message à : middleeast2006@gmail.com
A bientôt,

vendredi, février 29, 2008

Pour en terminer...

... sur le sujet de la guerre civile libanaise, incha'allah, une série de films, qui montrent l'absurdité, l'horreur, le surréalisme de toute guerre civile. Ils ont trait au Liban.

Beyrouth Al Gharbiyya, Ziad Doueiri
(Beyrouth Ouest)
C'est un film qui pourrait presque paraître gentil. On suit l'histoire légère de ces deux jeunes garçons, musulmans de Beyrouth Ouest, accompagnés de leur petite copine, May, d'une famille chrétienne réfugiée dans leur quartier avant le début de la guerre, mais lorsque l'on prend du recul, on prend conscience de toute l'horreur de l'environnement dans lequel leur histoire s'inscrit.

Un peu dans le même style :
Zozo (2005), Josef Fares

Die Fälschung (Le faussaire), 1981 de Volker Schlöndorff avec Bruno Ganz (il me semble l'acteur des Ailes du désir de Wenders). Une perle ramenée par mon colloc. Tout simplement ha-lu-ci-nant, un film allemand tourné dans les ruines de beyrouth en pleine guerre civile (vers 1980) mais proche du documentaire, une fiction en temps réel. Je suis prêt à le revoir car je ne suis pas certain d'avoir vu ce que j'ai vu. Il paraît que pour terminer le film, l'équipe a obtenu un cessez-le-feu d'une journée pour pouvoir tourner certaines scènes. En plus c'est lent, simple, tragique, ça a parfois des airs de Tatort chez les bouchers. C'est un film qui est passé inaperçu (je ne me souviens pas de l'avoir jamais vu) et qui pourtant vaut un apocalypse now dans son intensité. Il y a des acteurs qui jouent leur propre rôle, mais sous des noms d'emprunt. Exemple, le parrain chef d'une section de milice chrétienne dans la montagne au bord de sa méga-villa avec piscine sur laquelle flotte des immenses cygnes en plastique pour promener les enfants avec cette réplique d'anthologie au journaliste allemand venu l'interroger sur les exactions commises sur les Palestiniens: "mais vous êtes allemand, vous pouvez comprendre, quand même !?". Ou Robert Fisk, le plus célèbre des reporters irlandais (devenu un déchet se trainant dans les bars de beyrouth, si ça n'a d'ailleurs pas toujours été le cas), dans l'hotel où tous les correspondants de guerre étaient planqués. Le film est en 4 langues : français, arabe, anglais (comme au Liban), et allemand, le tout sous-titré en anglais, ce qui donne une impression ultra-réaliste de l'ensemble. C'est proche du documentaire, et encore, mais jamais on ne fait croire que c'est un documentaire comme le dernier très mauvais "sous les bombes" qui passe en ce moment dans les salles libanaises et qui passera sans doute en europe à coup de prix tchic et spécial prix tchac du jury tchouk. Je hais le mélange des genres, le style docu-fiction. Tourné pendant et peu après la guerre de juillet 2006 d'Israël au Liban. Voilà un type qui aurait pu faire un excellent reportage documentaire, ou une bonne fiction (quoique avec les acteurs qu'il avait sous la main...), mais il ne parvient à ne faire aucun des deux. Les 5 premières minutes du film, surtout si vous êtes dans un cinéma surround, arrachent assez bien. On a l'impression d'être sous les bombes israéliennes effectivement, l'occasion des les haïr encore un peu plus. Mais après... Dans les trailers, le deuxième.

Et pour terminer sur sans doute le meilleur :
El-Aasar (1992), Samir Habchi
(Le Tourbillon)
On y retrouve tous les grands fleaux de la guerre civile, du banal reseau de vols de voiture, et de voiture piegees, l'engrenage, malgré soi, de la violence. Il a ete censuré bien entendu au liban, mais est projeté à present. En cercle restreint, s'entend. Le réalisateur, S.Habchi est communiste libanais. Radicalement anti-clérical, c'est pourquoi il a été banni longtemps au Liban et encore dans la plupart des pays du proche-orient.

Si vous avez vu d'autres films, n'hésitez pas à les proposer dans les commentaires.

mardi, février 19, 2008

Stygmates de la guerre civile 75-90

Beyrouth - il y a une dizaine de jours, j'ai fait un tour à Beyrouth, spécifiquement en longeant un axe qui a constitué une sorte de ligne de démarcation entre Beyrouth Est et Ouest. Une série de batiments, d'églises et de mosquées qui portent des stygmates, 20 ans après. Il y a longtemps que je souhaitais realiser ces prises de vue, mais jamais eu le temps. Je trouvais que dans le contexte actuel, alors que le pays rassemble tous les ingredients propres a repartir "comme en 40", cela vallait la peine de rappeler certains faits par ces quelques images.


Immeuble "Sharp" Rue de Damas


Eglise detruite entre Bechara El Khoury et Riadh El Solh


Idem


Immeuble entre la rue Monot et la Place des Martyrs


Eglise Place des Martyrs


Ancien cinema Place des Martyrs

En fait il n'y a pas un batiment a Beyrouth qui ne porte des traces d'obus ou des impacts de balles.

samedi, février 16, 2008

Beyrouth - Mont Sinaï

Récit d'un trip réalisé du 28 décembre au 7 janvier 2008, du Liban au Sinai.

Objectif plage au soleil

Le garage principal des taxis de Damas a déménagé de Baramké vers l'extérieur de la ville, vers Mazzé. Au premier plan, la gare des microbus, plus loin, les bus et au-dessus, les taxis collectifs. Les deux fois où nous nous rendons à cette gare routière, jamais nous n'accèderons à la troisième étape, tant les taxis sont harassants et finissent par vous convaincre, avant même d'arriver à la station de taxis collectifs, de monter avec eux. On négocie en marchant et sac sur le dos, pas de perte de temps. Un taximan accompagné d'une jordanienne, parlant très bien anglais, nous emmène vers Amman. La dame a la langue fort pendue. On fera tous les magasins le long de la route en Syrie, s'arrêtant même pour laisser cette dame bavarde acheter une immense citrouille. Amman - Aqaba : un bus, non, une véritable chambre à gaz, la moitié des occupants fument. Impossible de respirer, et je suis déjà malade. C'est dur de voyager en étant malade. Grippe, la pharyngite pointe, puis ce sera les bronches. Il y a conflit dans le bus. Merde quoi, il y a des enfants, et des malades, et des enfants malades qui crachent déjà leurs poumons. Une mère de famille fume alors que sa petite fille est postée endormie devant elle ! Un conflit s'annonce entre ceux qui fument et veulent rester au chaud, et ceux qui n'hésitent pas à ouvrir les fenêtres, au risque d'avoir froid, mais au bénéfice de ne pas mourir étouffé. Un moment une petite bagarre éclatera même au fond du bus. L'un des protagonistes dit qu'il fait partie de la garnison, il se lève et va se plaindre chez le chauffeur. Un autre resté là demande qui est ce type. On lui répond : un moukhabarat (police secrète). Quelques-uns éclatent de rire. Ce cirque va quand même durer près de cinq heures. Les panneaux défilent dans la nuit. Petra sur la droite, Wadi Rum sur la gauche. On snobe. Avant Aqaba, contrôle des bagages, tout le monde doit sortir. On fera mine de ne rien avoir compris, on restera dans le bus. Et de fait, personne ne nous demandera rien. Trop exténué. Ca y est, j'ai la fièvre.

La raison de notre présence à Aqaba est que nous avons en point de mire le bateau qui assure la liaison entre Aqaba, Jordanie et Nuweiba, Egypte (Sinaï). En attendant, on prendra à Aqaba le repas de réveillon le plus frugal jamais pris. Tout d'abord, une soupe aux lentilles. Puis ce sera quand même un steak champignons pour moi et une sorte de byriani pour ma compagne. Du thé pour arroser le tout.

Nous sommes fins prêts pour cette traversée de nuit sur laquelle je reviendrai, car je veux m'assurer de la réalité de ce que j'ai vu, lors du trajet retour. Arrivée et sortie vers midi au port de Nuweiba. On sent maintenant vraiment qu'on est sur la Mer Rouge, l'air est doux, plein soleil et bonne température. On peut ôter nos pulls enfilés depuis le Liban. C'est quand même cool, à deux jours de voyage en bus, en taxi et ferry, pauses comprises, on a l'impression de passer de l'hémisphère nord à l'hémisphère sud. Le but de la journée est de faire de la plage et de faire quelques brasses dans la mer, ce qui sera fait. Repos dans les hamacs de l'un des camps de vacances des plages de Tarabin, non loin de Nuweiba. Un endroit que je connaissais déjà pour y être passé il y a deux ans pendant quelques jours. Le plus fort est que le personnel, toujours les mêmes têtes, s'est souvenu de moi avant que je ne leur rappelle. Je suis le fou qui est parti un jour seul à pied se perdre dans le désert du Sinaï !


Ein Khodra, le tourisme bédouin

Il s’agit, Ein Khodra d’une oasis sortie des roches du désert à la grâce d’un mince filet d’eau qui permet d’abreuver palmiers et chameaux. Un miracle de la nature. Il y aurait eu une scène biblique ici, mais je ne m’en rappelle plus.

C’est presque devenu à son tour un cliché que de dire ça, par rapport aux excès inverses d’antan, mais les Bédouins ne sont pas ces braves sauvages dénués de tout sens de l’intérêt et d’une philosophie de vie supérieure qui en fait des princes du désert sur leur cheval blanc. Ce sont des gens qui comme vous et moi doivent s’en sortir, et donc trouvent leurs propres stratégies. Ceci sans nier le fait que les bédouins dans le Sinai ont une histoire particulière. Certains descendant vaguement de macédoniens venus un moment pour protéger le monastère Ste Catherine, lieu saint de la religion Grecque Orthodoxe, mais indépendant de l'Église du même nom. Le "guide suprême" de la secte est en même temps le chef spirituel et temporel du monastère et s'appelle le "despote". L'histoire des bédouins du Sinai se mêle aux multiples monastères que l'on trouve dans toute la région. En partie. Pour le reste, des tribus nomades ont laisse des familles ici et la, qui venant de Transylvanie ou de la péninsule arabique, ou encore d'Egypte. Je n'avais pas pris attention a cela lors de mon premier passage, encore la langue, mais des bédouins que le Sinai, ce n'est pas l'Egypte. Lorsque les Israéliens pouvaient sillonner celui-ci a loisir, ceux-ci n'y ont vu aucun inconvénient dans la mesure ou cela faisait marcher le tourisme. L'Egypte, ce sont les mesures administratives et contraignantes du Caire. Ce sont les plans de mise en place d'un tourisme de masse, avec des prospections de développement avec des millions d'emploi a la clef... pour les Egyptiens, qui n'éprouveraient aucun respect pour la terre ancestrale et encore largement inexploitée du Sinai. Il faut se méfier, car bien souvent, un "bédouin" cache un Egyptien, il suffit d'un keffieh rouge et blanc, d'une galabieh, d'un pseudo-discours axe sur la nature et "la vie simple" et ça peut le faire. Mais on les repère assez vite ces charlatans.

Le fait de parler l’arabe ouvre quand même tout un univers que je ne pouvais même pas questionner lors de ma première venue dans le Sinaï. Comme sur le modèle économique. Les enfants vont à présent à l’école. La plupart d’entre eux vivent dans des maisons en dur, en marge des villes. Ici, beaucoup viennent pour accompagner les touristes et redonner un semblant de vie traditionnelle aux lieux. Mais si on regarde bien, il n’y a quasi aucune maison, ni tente, ni quoi que ce soit. Un préau qui sert à abriter les quelques touristes qui passent en ce moment de la saison. Le pain par exemple, est fabriqué à partir de farine, d’eau et de sel, voir ici. Mais jamais le blé n’a été cultivé en cet endroit du désert, il vient tout simplement du supermarket de la ville la plus proche. Ce que j’ai apprécié, c’est qu’en les questionnant en arabe, le couple qui nous a pris en quelque sorte sous leur coupe, ne faisaient absolument aucun mystère sur leur mode de vie, le besoin économique de trouver de l’argent pour se payer un véhicule ou envoyer les enfants à l’école. Aucun bobard. Leur boulot, c’est accueillir le touriste que des camps et hôtels de la région leur envoient à travers des voyages semi organisés. Et leur montrer ce à quoi a du ressembler le fonctionnement d’une oasis, Ein Khodra, à une époque où elle était autarcique. L’économie n’est plus du tout la même. Il y’a d’une part le remplacement des caravanes, l’une des premières sources de revenus, remplacées par la route. L’élevage n’est plus ce qu’il était et les besoins, au contact de la ville, se sont étendus, demandant plus de ressources.

Ceci n’empêche pas la franche hospitalité. Alors que Salmaan nous raccompagnait au camp dans sa jeep, après 60 km, et nous avoir attendu de longues heures alors que nous marchâmes à travers le white canyon pour le retrouver, il nous invita à passer chez lui à la nuit tombante pour prendre un thé avec sa famille dans sa confortable maison de la banlieue de Nuweiba City. Sa femme et ses enfants étaient absolument adorables, d’une beauté extraordinaire. Il y avait dans cette maison je ne sais quoi de doux et d’apaisant. Une chouette famille comme on peut en trouver partout. L'idée que nous avions fait, par la terre, le Liban - Cham (Damas) - Amman - Aqaba - Nuweiba avait l'air de leur procurer un sentiment mêlé d'amusement, d' admiration et, qui sait, d'incompréhension. --

Allez, on se fait le Sinaï puis on s’en va

Le lendemain, départ pour Ste Catherine. Stop sur la grand-route. Un jeune d'à peine 15 ans s'arrête et s'improvise taximan. Il nous conduit au port. Pas de bus, trop tard pour aller à Dahab. Le guide dit 35 EP par personne en taxi collectif, compter le prix fois 7 pour un taxi privé (7 places). On s'en tire, avec la dramatisation et les faux départs, à 150 EP (quand même 21 euros pour 140 km). Vu le degré de contentement des chauffeurs, tels des collègues de bureau qui auraient tiré un 5 + numéro complémentaire au Lotto, après 20 ans de mises collectives hebdomadaires, on se dit qu'on aurait pu descendre plus bas encore, mais voilà.

C’est la deuxième fois que je viens au Mont Ste Catherine, ou plutôt, autour du monastère, et pour des raisons obscures, il ne m’a jamais été possible de le visiter. En fait, le passage du Désert de Pierre Loti parlant du monastère m’a fait très envie de le visiter, mais là, on est arrivé le mauvais jour. Il eut fallu en fait se lever pour les matines à 4H (ou à 6H) et il y avait moyen de s’infiltrer parmi les fidèles des lieux. Mais on s’est gouré dans l’heure.

Montée fort agréable du Mont Sinaï par la route des chameaux, pente doucement inclinée, il fait beau. La descente s’est faite par les escaliers que je n’avais pas trouvés la première fois, pensant à l’époque que les quelques escaliers qui accompagnaient ci et là la route des chameaux étaient cette fameuse œuvre laissée, à flan de montagne, par quelques moines fort motivés. Et bien, rien à voir. Les escaliers dont il est question sont des escaliers de géants ! Quelque chose comme 3.000 marches. Des blocs de pierre, taillés, déplacés et ajustés pour faire office de jetée, de tremplin, de pont à des endroits qui surplombent parfois quasiment un ravin. On a fait la grave erreur, qui aurait pu être fatale, de commencer la descente alors que la nuit allait pointer, en solo et sans lampe de poche. On pensait que ça irait plus vite. A ne pas faire. Mini-chutes, écorchures, frayeurs. Un air de flûte a accompagné un moment notre descente. Il provenait du fond de la vallée. Un air irritant, on aurait dit, joué par quelque scout sous sa tente. Il s’arrête, il recommence. Puis du bruit dans l’obscurité devant nous, on s’arrête. On continue. L’air de flûte recommence. Il s’arrête. La profondeur de la vallée, le froid tombant, donne un air sinistre à ce son venu de nulle part. Nous arrivons enfin en bas. Quand tout à coup, je me rends compte, à la lueur artificielle qui borde le Monastère, que ce son ne venait pas du fond de la vallée, mais était émis par un joueur de flûte bédouin qui marchait dans le noir, à une dizaine de mètres devant nous.

La mosquee au sommet du Mont Sinai.

El Abbarah (le ferry)

Il faut partir tôt, mais voilà, on ne se réveille pas à temps, et on est condamné à relouer un taxi complet pour le retour, faute de candidats. C'est fini le tourisme téméraire des gens qui s'amenaient les mains dans les poches au Mont Sinaï depuis le port d'accès de Nuweiba. Maintenant, tout le monde arrive en charter et loge à Sharm El Cheikh, prend une excursion d'un jour et bye. C'est vraiment regrettable. Un taximan qu'on avait rencontré la veille nous dit qu'il nous attend depuis 1 heure ! Bon on ne lui a rien demandé et on lui indique qu'on en a pour 5 minutes. On s'en va par "une porte dérobée". Le mec nous rattrape en taxi un kilomètre plus loin. Il nous dit : "Où étiez-vous parti ??" avec un air de reproche comme si nous avions assassiné ses frères et soeurs. Je lui dis : "Mais, on t'a cherché, mais on ne t'a pas vu !". "Non?", "Oui?", "non!", "Oui!". Bon, peu importe, le gars nous demande (le comble) de trouver 4 autres personnes pour aller à Nuweiba, sinon c'est tarif plein. Malheureusement, personne ne va à Nuweiba. Il faudrait retourner à Dahab, et peut-être, de là, trouver un service vers Nuweiba. Très aléatoire. Je ne sais pourquoi, mais mauvaise foi aidant, je n'ai pas daigné me rendre à Al Milga, le village d'à-côté, comme me l'avait indiqué de prime abord ma compagne. C'est sans doute là que résidait la clef... En attendant, le premier taximan, celui qui, malgré tout, m'avait assuré que j'étais comme son frère, repasse avec 4 touristes pour Charm El Cheikh. Il a quand même le bon goût de s'arrêter, le temps que je lui dise "Va et que Dieu t'accompagne", variante de "Fous le camp et disparais de ma vue".

Je n'ai pas décrit la traversée de l'aller, me réservant pour le retour, pour être sûr de bien avoir vu ce que j'ai vu, et de ne pas avoir halluciné. Comme à l'aller, les préparatifs sont sans fin. Deux heures après l'heure de départ officielle du bateau, des bus continuent à déverser des files de voyageurs qui sortent de nulle part. En effet, lors de la prise de notre ticket à Aqaba, au bureau central de la compagnie Arabic Bridge (Jisr al-Arab, Le pont des Arabes), nous avions eu l'impression d'être les seuls à prendre ce bateau, car à part nous, personne manifestement n'était venu prendre de ticket avant nous. Pour preuve, le premier préposé du bureau nous avait dit, à l'aller, que le bateau partait à 23H. A notre second passage au bureau, le boss nous a dit dans un premier temps que le bateau partait à 22H, avant de donner un coup de fil et se faire dire que le départ du bateau était prévu à 1H du matin. On se dit alors que visiblement personne ne prend ce bateau, sans doute est-ce le fait que nous passons la nuit du nouvel an, entre autre explication aléatoire. Sous le ton de la plaisanterie, je demande si il y aura du champagne à bord. Le patron du bureau lève la tête et fait claquer la langue comme signe de négation. Il nous dit en plaisantant qu'on doit apporter son champagne.

Lors de notre arrivée au port un peu après minuit, le choc. On se trouve nez à nez avec une marée humaine. Des gens attendent partout avec armes et bagages. Des groupes sont constitués partout, sans logique apparente. Des grappes humaines attendent sous les abribus, qui ne voient pas passer de bus. D'autres attendent en groupe près des grilles qui donnent sur les quais, d'autres attendent en file pour passer une porte un peu plus loin sur la grille. Je risque un oeil auprès d'une cafétéria en plein air pour trouver le chauffeur du bus garé tout près. Ce bus est marqué du sigle de la compagnie auprès de laquelle nous avons acheté le billet. C'est la seule compagnie qui assure la liaison. Je n'identifie pas le chauffeur. Pendant ce temps, une centaine d'hommes regardent un match de catch à la télé dont l'un des combattants est habillé en Père Noël. Après coup, je me rends compte du caractère déjà surréaliste de la scène, et ce n'est rien par rapport à ce qui suivra. Tout le monde attend, mais quoi. Il n'y a pas une once d'impatience dans l'assemblée. Un détour aux guichets dans le hall de départ me donne l'occasion d'enjamber des familles qui prennent un repas tardif à même le sol, ou des gens qui dorment. Là aussi il y a des gens partout. Mais combien serons nous sur ce bateau ? 1500 ? 2000 personnes ? Le guichetier nous annonce une heure approximative de départ : 4 heure du matin.

On comprends vite que l'ambiance ne sera pas faite de champagne et de cotillons, loin s'en faut. L'écrasante majorité des passagers est faite d'Egyptiens, soit qui travaillent en Jordanie, soit plus loin dans la péninsule arabique, Arabie Saoudite pour la plupart. Nous avons affaire à une horde d'esclaves en somme. Ou alors quelques retardataires qui reviennent du Hajj, le pèlerinage à la Mecque et qui n'ont pas les moyens de se payer un billet d'avion. Je vois encore ce vieux en sandale, monter un à un les escaliers qui montent aux ponts supérieurs du bateau avant le départ, en jalabyié (robe blanche), avec sa canne, et tenant dans son autre bras, posée sur son épaule, sa jerricane d'eau purifiée ramenée de la Mecque. En grande majorité, ce sont des gens pauvres, souvent paysans. On se demande alors où tous ces gens ont été chercher leur billet ? L’explication la plus plausible est qu'il n'y a pas vraiment d'horaire. Les voyageurs arrivent au port, s'y installent, achètent un billet directement au guichet, et attendent l'arrivée du bateau suivant. La seule certitude est que l'attente ne durera pas plus de 24H car quand même, il y a un ferry par jour.

Une fois sur le bateau, donc, on n'est pas au bout de sa patience. On a l'impression que mille préparatifs ont lieu, le chargement des camions, les bagages, les gens, ça remue dans tous les sens, ça s'agite. On prend une heure, deux heures, trois heures de retard. Et le bateau n'a toujours pas bougé. Allongé dans un demi-sommeil sur une banquette de ce qui devait être un restaurant première classe au temps où ce bateau voguait entre les îles grecques, et maintenant délabré, je suis réveillé en sursaut par le Allahou Akbar dans les hauts parleurs. C'est l'heure de la prière, il est 5 heures. J'ai l'impression que ça correspond au signal du départ du bateau. Tout le monde est rentré, tout est en ordre, tout le monde est prêt. Mais avant de partir, on s'en remet quand même à Dieu, on ne sait jamais. Au retour ce sera d'ailleurs pareil, le bateau ne partira pas avant la prière, cette fois celle du Maghreb, à la tombée du jour un peu après 17H30, là aussi pour un départ prévu à 15H. On vit vraiment au rythme des cinq prières par jour. A midi, alors que nous pensions être à la bourre et voyant le ferry amarré au bout du port au loin, les policiers à l'entrée du port nous demandaient de patienter en attendant que le muezzin finisse son appel à la prière depuis la mosquée voisine. Tout doit s'arrêter le temps de la prière. Puis tout reprends son cours. Comme une immense machine qui régit l'activité et dont quelqu'un presserait un levier on/off. Retour sur le bateau.

La salle principale intérieure offre un spectacle apocalyptique. Comme me le fera remarquer ma compagne de voyage, c'est un peu comme si on avait ouvert les portes d'un grand restaurant parisien à une horde de bédouins. L'anarchie est complète. Comme si on se trouvait au milieu de gens issus du moyen âge dans un décor du XXe siècle (ce bateau porte bien son âge également, du reste). Les sanitaires suivent rapidement la marche générale. Il faut enjamber, prendre des détours. Les familles sont entassées les unes sur les autres. Des dormeurs sont allongés dans tous les sens et dans des positions inimaginables. Il y a un brouhaha continu. Des groupes picniquent par terre comme si leurs membres se trouvaient au milieu d'une prairie au printemps. Et tout cela, le plus fort, dans un sentiment de normalité la plus totale qui soit.

Au total, pour un trajet en mer qui doit prendre 3 heures, si on compte les deux heures d'avance qu'il faut prendre avant le départ officiel du navire, puis les deux à trois heures d'attente à quai en attendant le départ et l'heure d'attente inexplicable avant le débarquement faisant suite à la mise à quai à l'arrivée, on approche des dix heures pour un trajet d'à peine... 50 km en mer. Yes, 50 kilomètres, dans des conditions indignes. Le pont des arabes, trajet de 10 heures pour contourner Eilat, embouchure israélienne minuscule sur la Mer Rouge entre la Jordanie et l'Egypte.

Plongé dans ces quelques réflexions sur le trajet retour, apparaît devant moi une petite femme, la quarantaine. Elle est russe. Je pensais que nous étions, Florence et moi, les deux seuls étrangers sur ce bateau. Elle m'est apparue comme au beau milieu d'un rêve comme pour me rappeler à la réalité.

- combien avez-vous payé pour venir sur ce bateau ? me dit-elle.
- 40 dollars... il est vrai que le billet coûte plus cher en le prenant en Egypte et...
Je pensais que c'est là qu'elle voulait en venir. L'aller-retour coûte moins cher si il est pris de Jordanie.
Mais ce n'est pas là où elle veut en venir. La voix sanglotante, elle me dit :
- c'est inacceptable. Dans un standard international, pour ce montant, vous avez droit à une cabine. Vous avez vu ce bateau ? C'est une véritable poubelle, pire, une épave flottante. Les toilettes sont impraticables, elles débordent littéralement. Regardez-moi ça. Dans mon pays, qui est pourtant cher, ceci serait tout bonnement inacceptable.

Elle lève les yeux sur la masse de monde entassée n'importe où et jette un regard de dédain, de haine presque. C'est vrai que ce n'est pas beau à voir. Tout le monde paie au moins 40 dollars, je fais un rapide calcul et me dit qu'un armateur véreux se fait au bas mot 50.000 euros x 2 par jour tout en n'investissant pas un franc dans l'accueil des passagers et, je n'ose pas le croire, dans les conditions de sécurité applicables pour de telles traversées. Je me souviens il y a deux ans du naufrage d'un pareil ferry au large d'Hurghada sur la mer rouge. Mille morts par noyade. Le gouvernement chassant les familles de victimes venues demander des comptes à Hurghada, et au bord de l'émeute, en coupant l'eau et l'électricité de la ville. La femme continuera son chemin et disparaîtra comme elle est apparue.

Arrivée le soir à Aqaba. Ca va mieux aussi, l'air du large m'a fait du bien. Le retour se fera par le même chemin : Amman, Damas, puis le Liban.

jeudi, février 14, 2008

My bloody Valentine

On entend souvent autour de soi des gens se plaindre au sujet de la St Valentin. Soit que cette fête leur rappelle, au pire, qu’ils sont célibataires, soit qu’ils trouvent qu’elle fait partie de la série de récupérations consuméristes à ranger auprès des halloween et autre fête de Noël, ou soit encore, selon l’argument ô combien romantique que ce n’est pas un seul jour par an qu’il faut s’aimer, mais toute l’année. Au Liban, on a réglé le problème de manière radicale. On commémore l’assassinat, commis le 14 février 2005 au moyen de deux tonnes de TNT, de l’ancien Premier Ministre Rafiq El Hariri.

La veille, les préparatifs. L’armée pose les barricades et les barbelés dans les rues pour canaliser la foule du lendemain. La rue Gemmeyzé, cœur vibrant de Beyrouth, où l’on observe d’habitude deux kilomètres de file de voitures, était hier calme comme si il était 5H du mat. J’ai même cru apercevoir une voiture la remonter en sens unique, même pas pressée. Un ami me signalait que, appelé par une faim subite vers la même heure, il s’est retrouvé, seul, au Mac Do, d’ordinaire bondé de monde, au milieu d’une centaine de ballons en forme de cœurs rouges flamboyants accrochés au plafond. L’important est de sauver les apparences.

Le lendemain (aujourd'hui), c’est donc plus par pure curiosité que par conviction que je me suis rendu à la manifestation d’hommage rendue en l’honneur du martyr libanais. Il y avait énormément de monde. Les médias pro-gouvernementaux vont de plusieurs centaines de milliers au chiffre délirant de un million (+500.000 se baladant dans les rues adjacentes) selon An Nahar. A vue de nez, je dirais 100.000. Le chiffre est de toute façon remarquable étant donné le temps qu’il a fait : un temps typiquement belge avec une pluie froide et continue, toute la journée, comme peuvent l’être les coupures d’électricité. J’ai fait l’exercice à un moment donné de compter 50 drapeaux autour de moi, à vue. Cela donnait une proportion, si l’on ramène à 10, de 3 drapeaux libanais, pour 6 drapeaux des Forces Libanaises (Chrétien, Geagea) ou phalangistes (Chrétien, Gemayel), pour 1 drapeau soit du Courant du Futur (Sunnite, parti des Hariri), soit du PSP (Druze, Joumblatt). Quelques herzats de drapeaux de groupuscules qui ne valent pas la peine d’être cités, ne cassons pas l’ambiance.

La teneur de la manifestation était donc ultra politique. Elle était avant tout largement une mobilisation à l’appel des partis de la coalition gouvernante du 14-mars. Comme l’était la mobilisation quasi-simultanée à Dahhieh (Sud Beyrouth), sur appel du Hezbollah pour rendre hommage à l’Imad Mughniyah, cadre du Hezbollah tué il y a 3 jours à Damas dans un attentat. Dans le climat actuel, tout est extrêmement politisé, tout est prétexte à juger des « forces en présence » et à récupérer. Un peu à l’image des vitrines de magasins concernant la St Valentin.

J’ai pris quelques photos au reflex, mais la 1ere et la 3e illustrant ce post, sont de S.C., que je salue vivement au passage.



mercredi, février 13, 2008

Le couloir de la Bekaa

Liban - J'avais lu je ne sais plus où qu'un jour, devant un diplomate occidental (était-ce Kissinger en 1977 ?), feu Hafez El Assad, président de la République Arabe Syrienne, aurait déployé une carte montrant la Syrie, le Liban, Israël et la Palestine Occupée, sur le sol.

Il aurait démontré en quelques secondes combien il serait facile à Tsahal de rentrer comme dans du beurre au Liban par la Bekaa (plaine à l'Est du Liban), lui donnant un tremplin pour descendre à revers sur Damas le cas échéant.

On voit l'itinéraire, via le Nahr Jordan là bas tout au Nord Est d'Israël, entrée vers le caza de Marjayoun, ce n'est pas là où l'on trouve les gens les plus motivés à se battre contre les Israéliens, en pleine Bekaa Ouest, puis le Caza Rachaya, montée aux environs du Jabal El Mazar. Et au sommet de la colline : une splendide vue sur Damas.

Ce que le père ne put permettre sous aucun prétexte, le fils ne le pourrait non plus.

De l'huile sur le feu, propos irresponsables

Dans la situation actuelle au Liban, on se demande comment des criminels de guerre comme Samir Geagea et Walid Jumblatt, occupent toujours au Liban des positions clefs, au lieu de gentiment plutôt avoir choisi l'exil ou le retranchement soit dans la montagne chrétienne, soit dans la Djebel druze. Chacun dans leur style, ils ont clamé dimanche, que la majorité gouvernante était prête à toutes les issues, y compris la guerre civile. Comment est-il possible de prononcer, de concert, de tels propos irresponsables dans le climat actuel ? le soir même, des tirs ont été échangés entre partisans de Nabih Berry, président du parlement et chef historique du mouvement et de la milice Amal, autre grand criminel de guerre par ailleurs, et du Courant du Futur, non loin du domicile ou du bureau de Berry.

Hier soir, ma colocataire recevait un sms de son frère comme quoi les mêmes partisans auraient remis le couvert à la Corniche Mazra', près de Barbir. Faits non rapportés dans la presse ce matin (ha si, par Al Nahar entre autres), et confirmés par mon taximan ce matin, qui est du coin. Des zones où les communautés Chiites et Sunnites se côtoient. Tiens, d'ailleurs, ni Geagea ni Jumblatt ne sont chiite ou sunnite by the way.

Que l'on attribue ces propos aux besoins de mobilisation de la manifestation de jeudi en souvenir de l'ancien Premier Rafik Hariri n'excuse rien. Il apparaît d'ailleurs que suite à ces propos, la mobilisation aurait pris 'un coup dans l'aile', ce qui expliquerait les modérations apportées lundi et mardi.

mardi, février 12, 2008

Lorsque l'on lit les rapports WINOGRAD sur la guerre d'Israël au Liban en Juillet 2006, on ne peut manquer d'être frappé par le fait que jamais le rapport ne se penche sur la légitimité de partir en guerre ou non. Le point de départ du rapport est qu'il reconnaît le droit à Israël de lancer des guerres "à la demande". Aucune mention n'est faite non plus sur les crimes de guerre à grande échelle commis par l'armée israélienne au Liban, le massacre de plus de 1200 civils, la destruction de toute l'infrastructure du pays, le largage d'un million de bombes à fragmentations dans les deux derniers jours avant le cessez-le-feu.

Ceci n'est sans doute pas étonnant dans la mesure où Israël se voit, comme les Etats Unis, au-dessus du droit international. Ceci va dans le sens du verdict de la Haute Court israélienne il y a quelques jours qui confirme que le siège, la punition collective et les mesures prises par les autorités occupantes à Gaza sont légales.

vendredi, janvier 25, 2008

Explosion à Furn el Chebbak

Beyrouth - Ce matin vers 10H (8H gmt) alors que je prenais tranquilement mon thé et une clope sur le balcon et le chat qui me collait la jambe pour avoir à bouffer, tout à coup, une MEGA explosion, les vitres qui tremblent, le chat sursaute. Comme la fois où une bombe avait pété l'année dernière à l'ABC (centre commercial) pas loin de chez moi : ce souffle, lent, mais assuré, inarrêtable, sûr de lui. Quelques secondes plus tard, un champignon de fumée s'élève par delà un immeuble en bas de ma rue, ça se passe dans le champ de vision derrière cet immeuble, à un bon kilomètre. Pas d'électricité, pas de radio. Réseau gsm saturé, pas moyen d'avoir des nouvelles. Le plus drôle, c'est le calme qui règne dans ma rue, à peine un ou deux pensionnés qui sortent voir ce qui se passe sur leur balcon. Et M. mon colloc libanais que l'explosion n'a même pas réveillé. Et S. qui vient me demander : tu crois que c'était une bombe ? noooooon S., juste une porte qui a du claquer chez le voisin.... Apparemment, un nouveau carton, cette fois un officier des FSI, sécurité intérieure, à Furn el chebbak. Une dizaine de victimes dans la foulée d'après france24. 4 victimes et 7 blessés selon la croix rouge. Les médias parlent de "car bomb". Les photos prises qui circulent déjà de cellulaire à cellulaire et on voit clairement un cratère sur le lieu de l'explosion, on dirait plutôt une bombe enterrée....

mercredi, janvier 02, 2008

La fabrication du pain

Lors d'un trip récent de Beyrouth au Mont Sinai en 10 jours, aller/retour, et sur lequel je reviendrai d'ici peu, nous avons pu assister à la fabrication du pain à la mode bédouine. En voici les étapes.

Il s'agit de mélanger de la farine, un peu de sel et d'ajouter de l'eau. J'te promets, rien d'autre. Bien pétrir la pâte.



Des boules de pâte de taille égale sont formées, puis aplatie avec ce que l'on trouve. Entretemps, un feu vif a été allumé en-dessous du "saj" (plaque en fer convexe posée sur les flammes) :



Ensuite, en l'absence de levure, il s'agit de faire entrer un maximum d'air dans la pâte en la faisant virevolter des deux mains. C'est tout un art, et la partie la moins évidente du processus :



Un peu de farine jetée sur le "saj" fait en sorte que le pain n'attache pas. Après quelques minutes, le pain est prêt :



Bonne année 2008 !

vendredi, novembre 30, 2007

Président de consensus et implications

Beyrouth - On semble s'acheminer vers la solution de la présidence temporaire avec Michel Suleiman, commandant en chef des armées, comme président de la république du Liban. En fait c'était prévisible, si on lisait la presse des trois derniers mois et les déclarations multiples de la part de l'intéressé et des parties en présence, clamant que cette solution n'était pas envisageable... donc si on clame haut et fort que c'est non envisageable, c'est qu'on l'envisage sérieusement (nouveau dicton).

Le choix est hautement stratégique, car il met Michel Aoun, le leader chrétien de l'opposition, sur une voie de garage. Deuxièmement, il était prévisible que ce dernier ne pouvait pas s'opposer à la nomination du général militaire, car l'armée est la seule institution qui fait l'unanimité au Liban. Troisièmement, il est possible que ce choix ait pu avoir comme but de provoquer la fin de l'entente entre le Courant patriotique libre (parti de M.Aoun) et le Hezbollah. Ce dernier rejette dores et déjà tout amendement de la constitution à la majorité simple (voté par la majorité), visant à placer M.Sleimane à la tête de l'état. Cependant, le parti ne rejette pas sur le fonds la nomination de M.Sleimane. Selon la constitution en effet, le seul cas de figure pour qu'un militaire accède au pouvoir est qu'il ait quitté toute fonction militaire depuis 2 ans. Un amendement constitutionnel est donc bel et bien requis.

Tout le monde va présenter son choix comme étant le choix de la victoire de son camp. C'est de bonne guerre.

Cette nomination est supportée et présentée par la majorité, soutenue par Aoun, soutenue du bout des lèvres, sur le fond, par le Hezbollah, soutenue par l'Arabie Saoudite, les Etats Unis... C'est d'ailleurs en filligrane le contenu de la proposition (qui avait fait scandale) présentée par le président Emile Lahoud à la fin de son mandat vendredi dernier, l'état d'urgence en moins. Tout s'enchaîne : la commission Brammertz chargée d'investiguer sur le meutre de Rafiq Hariri ne nomme à nouveau personne dans son dernier rapport publié cette semaine, et le rapport se veut "soft" à l'encontre de la Syrie (texte complet ici); cette dernière se rend à Annapolis, même si elle n'envoie pas son plus haut représentant, ce qui rend le pouvoir iranien très nerveux et constitue une petite victoire pour l'administration US. En même temps, la Syrie donne "son feu vert" pour la nomination de Suleimane comme président intérimaire.

Sauf retournement de dernière minute, ceci devrait être la solution adoptée lors du vote du 7 décembre.

mercredi, novembre 28, 2007

Photos commentées (28/11/2007)

Beyrouth - Trois photos dans les dernières traitées qui méritent un petit commentaire.



Le passage entre les deux immeubles que l'on voit est exactement l'endroit où l'ancien Premier Ministre Rafiq El Hariri a été victime d'un attentat causé par une charge explosive que l'on estime à 2 tonnes de TNT. L'immeuble à droite a été salement endommagé. Solidere est l'entreprise, on va dire l'organisme, que feu Hariri avait mis en place pour transformer le centre de Beyrouth après les 15 années de guerre civile. Mais voilà, il apparaît que Solidere est également une vaste entreprise d'intérêts pas très nets (enfin, c'est ce qu'une certaine presse avance), et que surtout, elle ne fait pas de détails dans la rénovation. Ce qui est démolissable pour l'appétit des promoteurs immobiliers ne résiste pas longtemps, endommagé ou pas. Loin de moi la volonté de donner des leçons, c'est exactement pareil à Bruxelles et ailleurs. C'est ainsi que plusieurs quartiers historiques, dont Gemmeyzé, un joyau de Beyrouth, sont menacés régulièrement par une large opération de démolition, mais les habitants (souvent aisés) résistent. Ce qui remplace les immeubles historiques est en général très laid et fait peu attention aux maisons entourantes, style un mur de 10 étages planté à 1 m d'une façade existante. Ceci dit, il fallait quand même oser poser cette banderolle juste à cet endroit-là...



Qu'est-ce que ça vous dirait de tomber nez à nez sur une affiche d'une personne que vous connaissez, avec son nom et prénom, posant pour une campagne "Love yourself" ?
Une société de cosmétiques a lancé une campagne de pub dont les "acteurs" sont des quidams pris "au hasard" dans la rue. Au Liban, ça donne entre autres cette photo plus haut. Juste un peu narcissique...

Souq el-Ahad



Littéralement "le marché du dimanche". Lieu bien roots si il en est, en bas de mon quartier Sioufi en descendant vers le "fleuve" Beyrouth, et en-dessous des ponts et branchements d'autoroute. Ca a vraiment des airs du marché du midi à Bruxelles, franchement, on n'est pas dépaysé pour un sou. C'est un marché où l'on trouve de tout, surtout en vêtements et en accessoires de maison. Des briquets en forme de balles, des vêtements militaires, y compris des cagoules complètes à trois orifices... Mais aussi tout ce dont on peut avoir besoin quotidiennement bien sûr. Ca dure toute la journée du dimanche, c'est hyper bon marché.

lundi, novembre 26, 2007

Petites histoires (26/11/2007)

Comment lire la presse au Liban ?

Siniora a déclaré à qui voulait l'entendre jusqu'il y a peu qu'il n'entendait en aucun cas reprendre les pouvoirs présidentiels, or, qu'est-ce qui arrive ? "Siniora : le cabinet assume les pouvoirs présidentiels" (L'Orient le Jour de ce samedi).

Michel Aoun déclarait il y a quelques mois encore : "non je ne veux pas être président du Liban". Or qu'est-ce qui arrive ? Le même Aoun martèle à présent que si il n'est pas président, ce sera le chaos et l'enfer pour le Liban. Il aurait déclaré : "je ne suis pas un faiseur de rois, je suis le roi".

Il faut donc bien lire les déclarations dans la presse EXACTEMENT à l'inverse de ce qu'elles affirment. Si un politicien fait une sortie dans la presse pour dire "noir". Il faut lire qu'il a l'intention de faire "blanc". Ce qui m'inquiète, c'est que toutes ces pontes déclarent depuis des mois : "nous ferons tout pour éviter une nouvelle guerre civile au Liban". Faut-il lire : "Nous ferons tout pour provoquer une nouvelle guerre civile au Liban" ?

Rapports de force

L'invitation dernière minute de la Syrie à la table des négociations, via son vice-ministre des Affaires Etrangères (les autres délégations ont envoyé au moins leur chef de la diplomatie), à la conférence d'Annapolis sur le le Proche Orient, est certainement un pas dans le bon sens pour la résolution de la crise que traverse le Liban. Avec le Golan toujours officiellement annexé à Israël et un état de guerre officiel, Damas ne peut se permettre de laisser un président "anti-syrien" se hisser à la tête de l'Etat libanais. Avec ou sans le Golan d'ailleurs. J'imagine mal le représentant syrien dansant la dabkhé avec Olmert après la conférence de cette semaine.

Il faut voir l'évidence en face : le gouvernement s'est arrogé les prérogatives de la présidence, dont le commandement de l'armée. Il est difficile d'invoquer une réelle "neutralité" dans le chef de la force armée, étant donné qu'elle est sous le commandement de la même partie qui donne les ordres aux forces de sécurité intérieure et à la police. En face, il ne reste que la milice du Hezbollah comme seule force crédible. Et au-delà, pas mal de factions non déterminantes, mais au pouvoir de nuisibilité assez étendu. Il faut voir comment, et si, l'armée suivra les ordres donnés en cas de troubles plus graves.

En attendant, les troupes et quelques tanks se sont positionnés sur les lignes de séparation entre des quartiers à tendance sunnites et chiites principalement.

Pour être tenu minute par minute des dernières évolutions (les faits bruts), je suggère Naharnet.

jeudi, novembre 08, 2007

Nouvelles présidentielles

Les Etats Unis appellent les forces du 14 Mars à violer la constitution libanaise. Puisque le gouvernement ne parvient pas à trouver un compromis avec l'autre moitié du pays, qu'il élise le nouveau président à la majorité (parlementaire, élections d'avril 2005) absolue. Une élection à la majorité absolue, "comme cela se fait dans une démocratie" (on ne va pas commenter). C'est aussi le message des "Faucons libanais" qui se reconnaîtront, contre une opinion croissante au sein même de la majorité gouvernementale qui préfèrerait une présidence consensuelle. Même l'Orient Le Jour fait dans le consensuel ces derniers jours.

Violer une constitution, c'est tellement démocratique. Bah, et après tout, si ça ne marche pas par la démocratie, autant le faire par le putsch, on n'est pas à cela près. Après tout, on ne compte plus les démocraties nées d'un putsch à un moment de leur histoire. Le meilleur moyen de jeter à nouveau le Liban dans les bras de la Syrie est d'y semer la discorde et d'y jouer un camp contre l'autre. Comme en 1975 et en 1983.

Rencontres au sommet la semaine dernière, on ne peut faire sans rapprocher ces rencontres. D'un côté le pouvoir temporel à Washington: G.W. Bush et N. Sarkozy. De l'autre le pouvoir spirituel au Vatican : Benoit XVI, gardien du Centre Saint de la Chrétienté et le Prince Saoud al-Fayçal, gardien du Centre Saint de l'Islam, pour le "Sommet de l'obscurantisme". Le monde va bien. Dans les deux cas, le Liban fut bien entendu au sujet des discussions.

En gros, les pontes Libanaises attendent les résultats des rounds internationaux sur le Liban pour la nomination (on ne va quand même pas parler d'élection) de leur président. C'est en substance les titres d'actualité des principaux journaux libanais et ce qu'il faut en retenir.

Les Taal-iban ont encore frappé.

Taal, en flamand, ça veut dire "langue". J'ai toujours trouvé cette expression appropriée pour décrire ceux, ces particularistes d'un autre âge, qui n'ont décidemment trouvé aucun autre problème dans leur vie que celui endémique de la langue d'affichage des panneaux de signalisation. On a tous nos intégristes.

Rassurez-vous, chers amis libanais, vous n'avez pas le monopole du ridicule communautariste. En Belgique, on peut faire fort également.

Guerre civile en Belgique (merci Michele) :


Pas besoin de tonnes de discussions


La carte ci-dessus représente les pertes palestiniennes et l'occupation qui dure depuis 40 ans. On peut chercher des explications : les fous de Dieu, le Hamas, le Hezbollah, l'anti-sémitisme, la menace nucléaire iranienne, le droit d'Israël à l'existence et tout ce qu'on veut, mais tout est dit dans cette carte.




lundi, novembre 05, 2007

La Bekaa nord, le Hermel, le Aakar

Désormais, chaque lundi, une petite histoire pour bien commencer la semaine.
Je retape mes notes telles quelles, pas le temps de broder, je laisse cela pour plus tard. Il s'agit d'un tour du Liban que j'ai effectué le week-end du 12 octobre, en partant de Baalbeck et en arrivant à Tripoli par le Nord du Liban.

Le week-end commence le jeudi soir avec un iftar à Baalbek, c'est la rupture du jeûn quotidienne pendant ce mois de ramadan. Et celui-ci est particulier puisqu'il s'agit de la veille de l'Aïd (el fitr), autrement dit "le petit aïd", ou encore la fête qui ponctue le ramadan, le dernier iftar donc. Nous avons la chance d'être au milieu d'une troupe de danseurs de dabkhe, danse typique du mashreq. Les danses seront furieuses jusque tard dans la soirée. L'un des convives est le docteur A. Pendant la guerre de Juillet 2006, il est resté pour soigner les urgences. Il a envoyé sa femme et ses enfants à l'étranger. Il a travaillé jour et nuit, sans reconnaissance de l'Etat libanais, mais avec le sentiment du devoir accompli.

Le lendemain, visite chez un autre docteur, le docteur Jammal, dans son laboratoire médical, une mine d'instruments qui me fait penser aux laboratoires de facultés de médecine, ses posters, ses alambics et instruments divers. J'ai l'impression que la famille Jammal couvre le sud du centre de Baalbek de toute son ombre : le labo Jammal, la banque Jammal, l'hôtel Jammal....

D'après le docteur, si on creuse à 6 mètres dans le sol, on découvrira que tout Baalbeck se trouve sur des ruines romaines. Il y a une richesse folle ici. Si on remettait tout droit, "on pourrait payer la dette du Liban sans problème".

Il y a un lieu qu'il y avait longtemps que je voulais visiter, c'est le mausolée de la petite-fille (ou fille ?) d'Hussein, le martyr fondateur du chiisme. Elle présente un dôme comparable aux mosquées que l'on croise en Iran, faite d'un bleu azur à couper le souffle. L'entrée fut épique, deux gardes du hezbollah, pistolet enfoncé dans la ceinture dans le dos, fusil mittrailleur posé sur la banquette arrière de la voiture.... Après quelques discussions, pas moyen d'entrer avec mon appareil-photo, ils le garderont.

Une entrée séparée pour les hommes et pour les femmes. L'intérieur est superbe. Tous les murs et les plafonds sont couverts de petits miroirs, c'est un véritable palais des glaces. Au milieu, le mausolée de la descendante d'Hussein. Ce n'est pas un mausolée comme on les voit en Iran, mais véritablement une mosquée. Ces miroirs sont doublés de petits carreaux jaunes, bleus, verts. Avec la litanie du muezzin, tout ceci vous fait entrer assez rapidement dans une phase méditative.

Un passage dans un snack-boucherie-restaurant pour goûter le spécialité locale (quoique j'ai déjà entendu parler plusieurs fois de cette spécialité dans plusieurs localités) : le sfiha, pour moi un lointain cousin du bourek que l'on mange dans les balkans et en turquie. Il se mange aussi avec une couche de fromage blanc que l'on choisit ou non d'appliquer sur cette pâte feuilletée fourrée à la viande hachée. Je remarque en tout cas la photo noir et blanc du tenancier avec l'imam Moussa Sadr, une photo qui doit bien avoir 30 ans, sinon plus, dans la cour intérieur maculée de blanc sur fond de ciel bleu pur. Ils posent côte à côte devant les ruines du temple de Baalbek. Moussa Sadr, coiffé "à la Ayatollah" est une figure centrale du chiisme au Liban. Il fonda le mouvement des déshérités, pré-figure du Amal de Nabih Berry et du Hezbollah.


Avant de quitter la charmante bourgade de Baalbek, où le temps s'écoule définitivement autrement que sur la côte libanaise, mais on pourrait presqu'en dire autant de toute la Beka'a, visite de la mosquée ommeyade, devant l'entrée nord des temples romains. Le gardien allait quitter les lieux, mais il nous a dit : ok pour 5 minutes. La cour intérieure est typique des mosquées du même genre, sur le modèle (réduit) de la mosquée ommeyade de Damas. Un grand espace, avec au milieu, un bassin d'eau claire et bleue. A l'intérieur, les chapiteaux sont à la fois romains et islamiques. Les boiseries sont magnifiques. En fait, il y quelque temps, cette mosquée était entièrement à ciel ouvert et elle a été restaurée. Bon, on a donc équitablement visité les mosquées chiites et sunnites de la cité, pas de jaloux, nous pouvons donc y aller.

Vers le Hermel

Dans cette route vers le nord extrême de la Beka'a, on croise des villages mixtes, des petites églises orthodoxes font face à des petites mosquées de l'autre côté de la rue. Ce sont des villages-routes, étalés le long de la voie carrossable. Entre ces villages, le paysage me fait penser à la Jordanie ou à la Cisjordanie. Sec, rocailleux, la même couleur jaune foncée.


A hermel, on retrouve l'Oronte, qui coule vers la Syrie, et ses fameuses truites. L'occasion de se faire un festin le soir de notre arrivée. C'est quand même une région un peu rude. Tous les gosses jouent avec des flingues, des jouets certes, mais des flingues quand même qui crachent des petites billes en plastique. Plusieurs fois au cours de la journée, on se fera "tirer dessus", pour jouer, mais tirer dessus quand même.

Hermel, la ville, est connue aussi pour sa fameuse pyramide que l'on voit sur les cartes postales. Pas un garde, si ça vous chante, vous pouvez l'escalader du nord et redescendre en son sud. Le petit coin d'ombre qu'elle projette n'est pas pour déplaire. Il y a aussi la grotte de Mar Maroun, St Maron, le patron des Maronites. Il s'y serait réfugié à un moment de son parcours ermite depuis la Syrie jusque dans les montagnes chrétiennes libanaises. En tout cas, il avait bien choisi son refuge. En contrebas de la grotte, l'Oronte coule au milieu de la verdure. L'endroit est absolument calme.

De Hermel, nous sommes passés dans le Akkar, région la moins peuplée et la plus pauvre du Liban. On passe vraiment par des routes de contrebande. Les accents sont incompréhensibles. Ce sont des paysages verts et secs à la fois. On passe par des villages aux noms de Fassine, El Hachiche...

Le soir, arrivée à Tripoli par Nahr el Bared, dévasté par le guerre de cet été. Un café au lait et un thé bien mérités sur la corniche El Mina de Tripoli, puis retour à Beyrouth.

lundi, octobre 29, 2007

De l'eau, pas de président !!

Beyrouth - Une annonce reçue automatiquement dans ma petite boîte email ma rendu un peu nerveux hier soir, en plus du triple café tassé qu'il ne faudrait jamais boire un dimanche après 6 heures.

Il s'agissait d'une annonce pour la Banque Mondiale, cherchant à engager des experts en investissements privés pour le Liban. A priori, c'est une excellente idée que d'engager de tels experts. C'était la conclusion d'un rapport d'étude, que j'avais formulée au sujet de Paris III et dans laquelle je soulignais l'absolue nécessité pour le Liban de créer un tissu économique basé sur la petite et moyenne entreprise, sain et viable, au moyen de crédits appropriés, pour sortir le Liban de son économie rentière basée essentiellement sur la finance et la gestion de sa dette publique au bénéfice de quelques (quand même nombreux) vautours et au détriment de la population.

Je vais donc voir l'annonce, et quelle ne fut pas ma surprise (je suis quand même resté un grand naïf), de voir qu'il s'agissait d'engager des "experts en privatisation". En gros, des personnes spécialisées dans le transfert d'activités publiques vers le secteur privé.

Recadrons les choses. Le Liban est une économie ultra-libérale, sans réelle autorité étatique, où l'impôt est laissé au bon vouloir du percepteur en fonction du backshich perçu, alors que son taux est parmi le plus bas du monde. Il n'y avait pas d'impôt sur les sociétés il y a peu, et la TVA est de 12%. Les hausses d'impôt se décident par hausse de la TVA, l'impôt le plus injuste. Il n'y a bien sûr quasi aucune forme d'accises sur le tabac ou sur l'alcool, ou à peine. Y a pas que du mauvais dans ce système...

Pendant ce temps-là, Beyrouth est asphixiée de ses 4X4 et de ses Hummer. Enfin soit, je n'ai aucune forme d'envie envers les nouveaux riches ni les anciens d'ailleurs, du moment que leur mode de vie n'empiète pas sur le mien et sur celui de mes amis. Et là, c'est pas gagné.

La distribution d'eau: 4 à 5 heures d'eau par jour. Exemple. Ce week-end, pourtant situés dans une quartier relativement aisé de Beyrouth Est (disons de classe moyenne chrétienne), on n'a plus eu d'eau à partir de samedi 23H, jusque dimanche 18H. Le problème n'est pas tant qu'il n'y ait que quelques heures d'eau par jour mais qu'on ne sait pas quand il y aura de l'eau. J'étais en Roumanie au début des années 1990, juste après la chute des Ceaucescu. Je me souviens qu'on avait droit à 4 heures d'eau par jour, du style 6-8H et 17-19H. Au moins on savait à quelle heure remplir les seaux et les bidons. Et quand tirer la chasse. On disait alors : mon dieu, regardez ces pauvres gens, 40 ans de communisme, voilà où ça mène. A quoi va-t-on attribuer les pénuries d'eau au Liban, certainement le pays le plus riche en or bleue de tout le Moyen Orient ?

L'électricité: EDL (Electricité du Liban) est en déficit de 1 milliard de dollars par an, un quart ou un cinquième je ne sais plus, du budget de l'Etat à lui tout seul. Il y a les déviations illégales de certains quartiers qui se servent sur le réseau. Etat du réseau incurable, il faudrait faire table rase et tirer partout de nouvelles lignes. Une centrale qui marche à moitié et une autre en réparation au nord, endommagée par une (1) katouchia tirée du camp de Nahr el Bared durant les combats de cet été. Rupture dans l'approvisionnement de pétrole. Résultat : longues pénuries d'électricité, en général de longues coupures la journée, et les générateurs qui tournent à plein régime. Heureusement, il y a le privé ! L'électricité "privée" est vendue à prix d'or. 45 euros par mois dans une petite ville de province, pour 5 ampères tirés d'un générateur collectif privé. 5 ampères, ça veut dire que vous ne pouvez pas brancher un fer à repasser en même temps que votre chauffe-eau fonctionne, sinon les plombs sautent... Pour 10 ampères, on monte tout de suite dans les 80 euros. Autant dire que si vous avez un cousin qui est dans le business des générateurs et des UPS (pour ordinateurs), vous avez un milliardaire dans la famille !

On va me dire, jusqu'ici, que ce que je décris est la preuve que le secteur public ne peut remplir ces tâches, qui devraient donc être assumées par le privé. Voyons donc ce qui est privatisé et qui donc devrait marcher.

Soins de santé: pas de couverture sociale et les services médicaux hors de prix. 60 dollars pour une radio et l'auscultation et 150 dollars pour un plâtre. Rappelons le salaire moyen d'un Libanais (qui gagne déjà bien sa vie) : entre 500 et 600 dollars par mois. Dans ces conditions, tomber malade ou avoir un accident n'est pas vraiment une option.

Education (supérieur) : l'Université Libanaise est sans doute une très bonne université, mais si vous voulez aboutir à une situation au Liban, vous ne pouvez passer à côté de l'une des nombreuses institutions privées qui dispensent leurs cours (souvent vides), à coup de tarifs dignes de Harvard et de Philadelphie. 6000 euros (annuels) pour des Etudes de Sciences humaines, 10000 euros pour une école de commerce réputée, entre 12000 et 20000 euros pour des Etudes de Médecine, à peu de variation près entre Université St Joseph, American University of Beirut, LAU, NDU, IUT etc... Pas de bourses publiques bien évidemment.

Télécommunications : l'un des réseaux internet les plus chers du monde et les plus lents. L'ADSL vient d'être annoncé à grand renfort de publicité, mais son débit réel ne dépasse pas les 512K. Alors qu'on est à la deuxième génération ADSL en Syrie, avec des réseaux 2 gigabit et que cela fait des années qu'il est disponible partout au Yemen dans les internet cafés.

Le réseau de téléphonie mobile EST le plus cher du monde. 2 compagnies privées et une semi-publique se partagent le monopole du marché. Il revient moins cher d'appeler de poste fixe à portable libanais depuis l'Europe (dans le sens Europe-Liban) que d'appeler de portable à portable au Liban. L'utilisateur de base de portable ne peut pas s'en tirer avec une facture de moins de cent dollars par mois. Si vous ne rechargez pas votre téléphone à carte prépayée dans les deux semaines, votre numéro se volatilise et vous êtes bon pour en racheter un autre. La ligne permanente s'achète, dans les 100 dollars (vous achetez un numéro). Bref, une vraie mafia.

Alors, quand la Banque Mondiale ou le FMI, ou une conférence style Paris II, Paris III ou Téhéran I, viennent annoncer qu'il faut d'avantage de privatisation au Liban, alors que le grand public n'a pas d'accès satisfaisants aux commodités de base (de chez base) que sont l'eau, l'électricité et les soins de santé, je me dis qu'il y a un manque sérieux d'ophtalmologues dans le monde, pour rester gentil. Ce n'est pas de privatisations dont le Liban a besoin, mais bien de renforcement de son secteur public laissé à l'abandon. Lorsqu'il fonctionnera, il sera éventuellement temps d'envisager sa privatisation.

Ce qui m'étonne, dans cette situation de pénurie généralisée, c'est que les gens restent rivés à leur poste de télévision pour regarder s'ébattre cette classe politique incapable d'assurer à la population le minimum vital.



mercredi, octobre 17, 2007

Iraq, Oil and politics

Dans le cadre des conférences organisées par le CIEL à l'USJ, une conférence de Walid Khadduri.

Walid was educated at: Baghdad College, Baghdad 1959, then took a BA in Sociology, Michigan State University, 1963 and MA and PhD in International Relations, The Johns Hopkins University, 1966, 1972..

He has been Director of Research, Institute for Palestine Studies, Beirut, 1970-73.Instructor, Political Science, Kuwait University, 1973-75. Director of Information, Organization of Arab Petroleum Exporting Countries (OAPEC), Kuwait, 1975-1981Managing Editor, Middle East Economic Survey (MEES), Nicosia,1981-2003,Editor-in-Chief, MEES, 2003-2004.Economic Editor. al-Hayat, Beirut, 2004-2006.

He is the author of books and articles on geopolitical aspects of Middle East Oil.
  • Pourquoi la guerre ?

Pourquoi l'Irak est-elle tellement importante ? Elle détient la deuxième place des réserves de pétrole mises à jour, derrière l'Arabie Saoudite (1). Les causes officielles de la guerre en 2003 étaient les Armes de destruction massive, puis les liens du régime avec le terrorisme d'Al Qaeda. Aucune de ces allégations n'ont pu être prouvées à ce jour. Pire, il semble que la guerre ait alimenté la croissance du réseau terroriste d'Al Qaeda.

Alan Greenspan a reconnu que le pétrole était la raison de l'invasion.
Commercialement, il n'y a pas de différence dans l'exportation du pétrole vers les Etats Unis. Le niveau a toujours été sensiblement pareil, quel que soit le régime à Bagdad. Des raffineries sont prévues depuis des lustres aux Etats Unis, spécialement conçues pour le raffinage du brut lourd et épais irakien.
  • Production et économie du pétrole

L'Irak pourrait produire 2 millions de barils de pétrole supplémentaires si elle était en situation de paix. Et ceci ne concerne que les champs découverts. La production actuelle est précisément de 2 millions de barils par jour, elle pourrait donc doubler. Sur les 2 millions de barils produits par jour, 1,5 millions de barils sont destinés à l'exportation. Il faut reconnaître que depuis 30 ans, l'Irak est en guerre ou sous embargo, et cette production optimale n'a jamais été atteinte. La limite à l'exportation met la pression sur les prix. Il y a des champs encore inexploités en Irak, un cas unique au monde. Notamment un champ de 600 mille barils par jour, découvert en 1973 dans les provinces kurdes et toujours pas exploité. Cette production est équivalente à celle du Qatar.

  • Fédéralisme et distribution

Auparavant, le pétrole était nationalisé et centralisé. La question de la distribution des revenus du pétrole nécessite une médiation. 90% des ressources se trouve au sud. La fédéralisation de l'Irak est un fait. Il y a trois parties. La constitution est vague sur la distribution des revenus du pétrole et son exploitation. Les Kurdes, au nord, commencent à signer des contrats avec des compagnies étrangères. Dix accords ont déjà été signés par les Kurdes. Les majors qui signent avec une entité fédérée ne peuvent en principe pas travailler dans le reste du pays, elle doivent donc mesurer les pertes et les bénéfices de tels accords.

Après une négociation de 10 mois, un accord de distribution est intervenu, pour une période de 20 ans.
  • Conditions

Les conditions quotidiennes internes sont, malgré cette richesse énergétique, désastreuses. Il y a à peine une heure d'électricité par jour sur le réseau. Dix millions de dollars se perdent par jour dans le vol de pétrole et la corruption.

On sait que la situation sécuritaire à Bagdad est désastreuse. Le Secrétaire d'Etat au pétrole a été enlevé par une centaine de kidnappeurs dans ses propres bureaux devant ses gardes de sécurité impuissants.
Depuis 2003, vingt pour cent de la population a émigré.

Al Qaeda contrôle la plupart des entrées de Bagdad. Il n'y a plus d'armée ni de police sérieuse. Certains éléments de ces corps "de sécurité" tuent parfois sur simple base de la carte d'identité.
  • Problèmes extérieurs
Dans la problématique Région kurde vs. Turquie, le seul oléoduc de sortie est vers la Turquie. Etant donné les tensions, plus de cent compagnies turques ont quitté la région kurde depuis la régionalisation.
Le pétrole est une question nationale, voire nationaliste, en Irak. La possibilité que les Etats Unis s'approprient des champs en contrepartie de "leur effort de libération de l'Irak" est extrêmement mal perçu dans la population.
Il y a aussi des problèmes frontaliers concernant des champs. Avec l'Iran et le Kuweit. Si on compare avec la Grande Bretagne et la Norvège, le conférencier fait état de la nécessité de gouvernements solides et sensés pour une exploitation commune saine et intelligente de ces ressources.
Dans cette structure d'Etat fédéral, chacun tire parti de ses voisins. Les Sunnites de l'Arabie Saoudite, les Chiites de l'Iran, et les Kurdes des autres Kurdes, et paraît-il, d'Israël.(2)
Historiquement, chaque fois que Bagdad a été faible, les Turcs et les Perses sont entré en Mésopotamie pour occuper le Kurdistan.

Au sud, à Basra', on voit apparaître des milices chiites pro-irakiennes, et d'autres pro-iraniennes, qui s'affrontent violemment. Le conférencier rappelle que lors de la guerre Iran - Irak, le gros des troupes était composé d'Irakiens de confession chiite. Le sentiment patriotique a toujours été développé au sein de toutes les confessions.(3)
  • Que faire ?
Il est bien entendu impossible de développer l'exploitation du pétrole dans les conditions actuelles.

Les Irakiens doivent s'asseoir et élaborer un nouveau contrat social : quel type d'Etat veulent-ils ? Un Etat religieux ou séculaire ? Un Etat centralisé ou décentralisé ? (4)
Après la conférence, un silence de quelques secondes, lourd, a régné sur la salle, comme si il n'y avait rien à y ajouter.

Commentaires :

(1) Il y a d'autres raisons à l'invasion U.S. de l'Irak. D'une part, les Etats Unis n'ont pas que le pétrole comme intérêt dans la région, même si ce n'est pas le moindre. Il y a aussi le marché des armes auprès des pétromonarchies du Golfe (voir un article précédent), les bases militaires au Bahreïn et au Qatar, et la protection d'Israël. D'autre part, l'affaiblissement relatif du lien entre l'Arabie Saoudite et les Etats Unis à la suite des attentats du 11 septembre 2001, ont amené les Etats Unis à revoir leur stratégie dans la péninsule arabique en procédant à un rééquilibrage de leur dépendance à l'égard de Riyad. Un pied à Riyad et un pied à Bagdad.
(2) pourtant alliée à la Turquie.
(3) Bien que le conférencier n'ait pas été en mesure d'expliquer pour quelle raison ces tensions communautaires sont apparues subitement, comme si elles venaient de "nulle part".
(4) Gageons que ces questions ne se posent même plus aujourd'hui...

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