jeudi, juillet 26, 2007

Un peu de tout (26 juillet 2007)

Une amie, C., de Jounieh, la trentaine accomplie, n'était jamais allée à la Corniche de Beyrouth, l'un des endroits les plus célèbres du Liban. C'est un peu comme si un Brugeois n'avait jamais vu le port d'Ostende ou si un Versaillais n'avait jamais vu l'Arc de Triomphe. Ce n'est pas par peur ou par refus, c'est simplement par habitude de ne jamais y aller, la Corniche, Raouché, c'est Beyrouth Ouest. Et ça fait dix-sept ans que la guerre est finie.
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A la veille des élections dans le Metn pour remplacer le siège du député Pierre Gemayel, assassiné l'année dernière, ainsi que celui de Walid Eido, assassiné en juin, je trouvais nécessaire de rappeler les forces parlementaires en présence.

elections: last held in four rounds on 29 May, 5, 12, 19 June 2005 (next to be held 2009) election results, seats by group (partis principaux) :

Majorité :

Future Movement Bloc 36; Hariri - Siniora (Sunnite)
Parti Socialiste Progressiste 16; Jumblatt (Druze)
Qornet Shewan 6 : Kataeb / Phalanges (Gemayel, Chrétien) et PNL (Chamoun, Chrétien)
Lebanese Forces 5; (Geagea, Chrétien)

Opposition :

Development and Resistance Bloc 15; Amal, Nabih Berry (Chiite)
Loyalty to the Resistance 14; Hezbollah (Chiite)
Free Patriotic Movement 15; Aoun (Chrétien)
Skaff Bloc 5 ; principalement Chrétien, de Zahlé
Murr Bloc 2 ; 2 parlementaires Chrétiens du Metn dont Michel Murr.
SSNP 2

Voir ici de manière plus précise comment les sièges sont répartis.

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Un pote m'a transmis l'adresse d'un chat robot auquel vous pouvez posez les questions que vous voulez.

Human : Hello Alice
ALICE : Hi there
Human : I've a question
ALICE : ask me anything
Human : who killed rafiq el Hariri ?
ALICE : I think the lone gunman acted alone.
Human: do you think Bachar is the lone gunman ?
ALICE: It depends on what you mean by thinking.
Human: is aoun backed by syria ?
ALICE: Signs point to yes. Ask Paola if he is.
Human: I mean, is Michel Aoun, the lebanese opposition leader, backed by Syria ?
ALICE: Oh I get it. Thanks for explaining that. I think so, but I'm not sure. Ask John Lennon if he is.

J'ai trouvé, Walid Joumblatt se cache derrière ALICE !

lundi, juillet 16, 2007

Un peu de geopolitique : les petromonarchies du Golfe.

Je réorganise mon disque dur, j'en profite pour poster un article en relation avec les petites monarchies du Golfe arabo-persique. Ce sont les 5 États du Conseil de Coopération du Golfe, hors Arabie Saoudite : Qatar, Bahrain, Emirats, Koweit et Oman. A peine 10 millions d'habitants a eux cinq, des émirs et des cheikhs qui se trimballent, immaculés de blanc, attache case en main et lunettes de soleil dans les aéroports de la région (même en pleine nuit), pour servir un bon gros cliche. Ils vous fournissent une bonne partie du réservoir de votre tire. Je me suis penche sur leur environnement régional et international et sur leurs moyens d'action.

Facteurs externes

a/ Intégration régionale : le CCG.

Le Conseil de Coopération du Golfe est avant tout un pacte sécuritaire, qui peu à peu s’est développé vers un modèle d’intégration économique à l’Européenne.

Fondé en 1981, il trouve son origine dans la période trouble de l’année 1979 : la révolution islamique en Iran, l’attaque sur la mosquée de La Mecque par des radicaux saoudiens, l’invasion soviétique en Afghanistan. Cependant, le pacte ne jouera jamais un rôle militaire prépondérant, la priorité ayant été donnée, Etat par Etat, à l’alliance avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, avec de lourds contrats d’armements à la clef. La guerre Iran-Irak dans les années 1980 et l’invasion du Koweït donnera raison à cette stratégie. De 1995 à 2004, les six Etats du CCG (y compris Arabie Saoudite) ont importé pour 83 Milliards $ d’armement, principalement des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France (à titre de comparaison, 2,9 Milliard pour l’Iran durant la même période)[1], à titre individuel.

Le CCG « militaire », pris ensemble, est resté lettre morte en pratique, et a développé une stratégie avant tout politique et économique. Au sein du CCG, les acteurs peuvent jouer « cavalier seul », prenons comme exemple la signature d’un accord de libre-échange entre Bahreïn et les Etats-Unis en 2004, ce qui a provoqué, entre autres, l’ire de l’Arabie Saoudite. Comme on peut s’y attendre dans un tel contexte, les autres membres du CCG ont pour la plupart engagé des négociations bilatérales en vue de la signature du même type d’accord.

b/ Une faible marge de manœuvre dans l’environnement régional et international

Sans entrer dans les détails, les Etats de la région ont connu quelques litiges territoriaux : Emirats avec l’Arabie et l’Iran, le Koweït avec l’Irak, le Qatar avec ses voisins. Il faut souligner que le coût stratégique de ces litiges a souvent été beaucoup plus important que la valeur réelle des terres en question. De nombreux litiges ont été apaisés ces dernières années, il faut voir si il s’agit là d’un gage de stabilité.

On peut esquisser l’environnement international de ces Etats selon trois niveaux. L’un très proche constitué par l’Arabie Saoudite, un voisin « encombrant » mais duquel des distances ont été prises depuis 2001. L’environnement proche est constitué de l’Irak et de l’Iran. Le premier est en état de déliquescence. Vis-à-vis du second, malgré quelques tensions territoriales avec les Emirats et le Bahreïn, la volonté est d’éviter d’hypothéquer les relations, juste pour plaire aux Etats-Unis, dont le comportement est jugé imprévisible. Enfin, le troisième niveau, éloigné, est constitué par les Etats-Unis et l’Europe. On aurait pu inclure des puissances régionales, économiques ou politiques, comme Israël, le Pakistan ou l’Inde, mais il fallait limiter le champ de l’étude.

o Royaume d’Arabie Saoudite

Le sentiment particulariste, national, des cinq monarchies étudiées s’est pour l’essentiel construit contre le voisin saoudien : relative tolérance en matière de mœurs et tolérance religieuse. Après avoir découvert, lors de l’invasion du Koweït par l’Irak en 1990, que les « gens du Golfe » étaient méprisés dans le monde arabe, on a vu se développer progressivement chez ceux-ci le caractère décomplexé d’une identité « khalijienne » (du Golfe). On y trouve une plus grande expression de l’aspiration à la démocratie que dans la plupart des autres Etats de la région, on a vu apparaître des vecteurs comme Al Jaazira, et l’internet y est moins censuré qu’ailleurs, pour l’illustrer par quelques signes.

Les attentats du 11 septembre 2001 de New York et Washington et l’invasion de l’Afghanistan qui a suivi, ont rééquilibré partiellement les rapports américano-saoudiens en faveur des 5 autres membres du CCG. C’est le point de départ d’un mouvement d’émancipation par rapport au grand voisin et frère saoudien.

Les 5 monarchies du Golfe doivent se frayer un chemin entre l’Arabie Saoudite et l’Iran. Les deux grands voisins se présentent comme partenaires, aujourd’hui plus qu’hier, après les tensions dues au contrôle du pèlerinage, au soutien saoudien à l’Irak dans les années 1980, à la saturation du marché pétrolier et la lutte pour l’hégémonie régionale. Ces tensions existent toujours, étant donné que le gouvernement saoudien ajuste régulièrement le niveau de production pour étrangler financièrement la politique économique du gouvernement Ahmedinejad. Les monarchies jouent un rôle mineur dans la querelle et s’emploient à le maximiser, en se rapprochant de l’Iran ou de l’Arabie Saoudite, ou en critiquant l’un et l’autre par voie médiatique, le tout dans le cadre d’un équilibre subtil.

o Irak

Les monarques du Golfe se sont tous félicité de la chute de Saddam Hussein en Irak, et c’est un sentiment partagé par la population en général. Mais la satisfaction s’arrête là.

On l’a vu, une bonne part de l’opinion publique des pays du Golfe est contre la présence durable des Etats-Unis, que ce soit en Irak ou en stationnement dans les Etats voisins.

Les dirigeants, quant à eux, craignent une déstabilisation régionale due au vide relatif du pouvoir à Bagdad et surtout le prolongement sur leur territoire de la guerre civile irakienne[2]. Au Bahreïn, il y a 70% de Chiites et le pouvoir est aux mains d’une dynastie sunnite. Un tiers de Chiites au Koweït. Il y a aussi la crainte de voir l’insurgence islamiste internationale, qui trouve en Irak un terrain fertile, toucher les autres Etats de la Péninsule.

o Iran

L’histoire récente des pays du Golfe a connu des tensions avec l’Iran. Le Bahreïn, où se trouvent 70% de chiites, ethniquement arabes, est toujours plus ou moins considéré par Téhéran comme une province enlevée par le colonisateur. Les Emirats Arabes Unis se sont vu prendre trois îles par la République Islamique en 1994. Khomeiny n’était pas avare de diatribes contre les Monarchies du Golfe, « vendues aux USA ». Les relations se sont détendues avec Rafsandjani, puis encore plus avec Khatami, mais le discours radical d’Ahmedinejad est moyennement apprécié parmi les dirigeants des Etats monarchiques.

L’Iran est le vainqueur, pour le moment, de la guerre en Irak.

Le vide du pouvoir en Irak a pour effet que l’Iran est désormais vue avec moins de craintes que par le passé parmi les cinq pays du Golfe dont il est question dans ce travail.

Pour une bonne part de la population, son modèle religieux et relativement « pluraliste », par rapport à celui du voisin saoudien, est plus séduisant. La répartition des richesses y est perçu de façon plus équitable en terme de création d’emplois et d’investissement dans les services publics. La distanciation de la République islamique vis-à-vis des USA est en outre appréciée, tant qu’elle n’est pas conflictuelle. L’Iran serait en mesure de retrouver son statut de puissance régionale, non sans rappeler l’époque du Shah. Enfin, le discours radical d’Ahmedinejad est apprécié par la rue, en contraste avec les discours soumis à l’Occident des monarques de l’ensemble de la Péninsule arabique.

L’Iran joue de ce réchauffement des relations avec ses co-riverains du Golfe persique (en tout cas sur le long terme), en laissant comprendre, aux gouvernements irakiens et saoudiens, qu’elle ne permettra pas de laisser réduire l’autonomie des pétromonarchies. Elles constituent en outre un marché ouverts pour l’Iran, un marché de contacts avec des compagnies occidentales, le tout dans le cadre d’une « mondialisation non menaçante »[3].

Le programme nucléaire militaire iranien est probablement en route, et ce, depuis 20 ans. Un Iran nucléaire engendrerait sans doute une prolifération nucléaire, notamment vis-à-vis de l’équilibre régional traditionnel, valable depuis l’Antiquité, le triangle constitué par les actuels Iran, Egypte et Turquie. Au milieu de ce triangle, l’Arabie Saoudite se doterait également de l’arme nucléaire, avec l’appui des Etats-Unis[5].

En décembre 2006, le sommet du CCG a décidé de lancer un programme de recherche nucléaire. Le secrétaire général du Conseil s’est rendu à l’AIEA à Vienne pour discuter d’un programme nucléaire allégé « pour faire face au tarissement des ressources pétrolières » en décembre 2007. Le message, juste dans cette période, ne pouvait être plus clair envers Téhéran.

Une attaque sur l’Iran engendrerait des ripostes iraniennes sur les installations pétrolières dans le Golfe persique, ce qui multiplierait le prix du pétrole par trois[6]. Malgré ce bénéfice, les Etats monarchiques dépendent de leurs ressources et de l’exploitation pétrolières, c’est un intérêt vital avec lequel ils ne pourraient raisonnablement prendre de risque. En outre, le Qatar, site du QG général américain (force aérienne), serait la première cible iranienne, avec le Bahreïn, port d’attache de la 5e flotte américaine. Sans parler de la menace terroriste dans les autres états du Golfe. Ils préfèrent donc reconnaître un leadership à l’Iran plutôt que d’aller vers la confrontation.

o Etats-Unis

Les Etats-Unis ont des intérêts de quatre ordres dans la région :

- l’accès au pétrole et l’assurance que celui-ci soit disponible en masse et à bon marché ;

- les bases militaires de projection, notamment au Bahreïn et au Qatar ;

- le marché de l’armement ;

- la sécurité d’Israël.

L’impopularité des Etats-Unis auprès de l’opinion publique est proportionnelle au degré d’engagement des gouvernements auprès des Américains. Une bonne partie de l’opinion publique, et pas seulement islamiste, voit en la présence américaine dans le Golfe non moins que la Xe croisade, après les huit croisades de 1099-1291 et la colonisation.

Il y a trois développements prévisibles des relations entre les pétromonarchies et les Etats-Unis.

- La continuation actuelle d’une politique US faite de mise en concurrence intensifiée entre clientélismes, avec une forte présence militaire, au risque d’augmenter encore l’antipathie à l’égard de la super-puissance, avec ce que cela comporte de risque terroriste contre les intérêts américains.

- Une intégration régionale de sécurité avec l’aide des Etats-Unis, sur le modèle de l’OTAN après la seconde guerre mondiale, avec l’Arabie Saoudite. Ceci permettrait aux Etats-Unis de rester un peu en retrait de la scène, tout en conservant un fort lien avec ces Etats du Golfe. Ceci ne tient pas compte de changements de régime, hostiles aux Etats-Unis, qui pourraient se produire. Et pour les cinq pétromonarchies, cela signifierait sans doute un retour dans le giron de l’Arabie Saoudite qui y jouerait un rôle central. Sous condition de réglages et de garanties, c’est sans doute le scénario préféré des monarques au pouvoir actuellement.

- La montée du radicalisme anti-américain, plus prévisible dans le premier cas que dans le second ci-dessus. Avec comme corollaire une répression accrue, mais sera-t-elle compatible avec l’évolution démocratique actuelle ? et/ou une distanciation par rapport aux Etats-Unis, avec changement de régime ou non.

L’imposition extérieure d’un agenda politique américain, qui vient s’ajouter à un équilibre régional et un équilibre interne fragile, notamment du fait d’une jeunesse en Etat de frustration, qui se raccroche à l’islamisme et les problèmes de succession (qui empêchent la transition) est un mélange qui peut s’avérer explosif.

Orientations et options diplomatiques dans ce contexte

a/ Moyens de mener une politique extérieure

Etant donné le peu de puissance militaire propre, la faible dimension en superficie (sauf Oman) et en population de ces Etats, l’essentiel de leur diplomatie repose sur les alliances, et en ce qui concerne leur propre politique, sur des moyens financiers.

Malgré les problèmes de chômage et de structure de l’économie, la croissance dans la zone CCG est assez unique au monde, avec des taux entre 5 et 10% en PIB réel[7]. La pression (à la hausse) sur le prix du pétrole ne risque pas de s’affaiblir à moyen terme, en raison des besoins chinois et indiens, le conflit dans le Golfe et la tension autour de l’Iran. Ceci laisse présager des moyens financiers maintenus, sinon accrus.

b/ Diplomatie de projection et de protection

Le Qatar et le Sultanat d’Oman usent d’une diplomatie de projection. Ils projettent à l’extérieur une influence politique, économique ou culturelle.

Le Qatar est engagé dans une partie diplomatique compliquée avec ses voisins. La motivation pour mener une telle stratégie diplomatique est qu’elle est largement protégée par les Etats-Unis et a compris tout l’intérêt de jouer un rôle moteur pour le développement de la démocratie dans la région. Al Jaazira, de par sa liberté de ton et l’accès qu’elle donne à tous les courants politiques, est un outil de propagande et de lutte contre le despotisme des Etats voisins, qui n’apprécient pas du tout ce développement.

Pour Oman, on peut y voir des raisons culturelles et historiques, Mascate est la seule entité de la région à avoir jadis été un empire, on peut y déceler les traces d’une histoire profondément ancrée et un passé glorieux. Le Sultanat ne subit en outre pas de menace directe de la part de ses voisins ni de revendications territoriales.

Les Emirats Arabes Unis, le Koweït et le Bahreïn exercent plutôt une diplomatie de protection. Elle est basée sur la sécurité et l’intégrité territoriale.

Les Emirats sont dans une situation de tension avec l’Iran dans la mesure où trois de ses îles restent annexées par celle-ci. Le Bahreïn est considéré encore vaguement comme une province par l’Iran et, sa population étant constituée de 70% de Chiites, avec un pouvoir sunnite, elle craint la montée des Chiites en Irak. Le Koweït est constitué d’un tiers de Chiites et craint les troubles de l’Irak voisin. C’est en outre un Etat encore traumatisé de la guerre de 1990.

c/ Guerre médiatique entre Etats

L’un des moyens de mener cette diplomatie de projection (dans le cadre d’une soft diplomacy), est la présence médiatique.

Il n’est pas étonnant que les Etats pétroliers investissent des sommes considérables pour orienter les idées et contrer celles qui leur sont défavorables.

Il existe de forts liens culturels et de langue parmi les pays arabes. Ce terrain, occupé naguère exclusivement par la diffusion de films populaires égyptiens ou libanais, ou d’informations formatées d’origine saoudienne, a laissé la place depuis les années 1990, à une information pluraliste et largement diffusée. Ainsi s’est formé un espace public arabe qui juge les politiques des gouvernements du Moyen Orient.

Nous avons déjà abordé le cas d’Al Jaazira, pour le Qatar depuis 1996, qui a mis fin à la domination saoudo-libanaise, mais cette chaîne de télévision, désormais diffusée également en anglais, n’est pas le seul vecteur de « contre-pouvoir ». Il faut noter entre autres Al Hayat, organe de presse qui donne le ton dans les principales rédactions du monde arabe, MBC Television, Al Chark al Wasat (Moyen Orient), organe de presse également très influent.

Or, ce que l’on observe, c’est que tous les journaux et médias panarabes vivent de subventions de l’Etat. Aucun n’est viable per se. Si l’on parle de « contre-pouvoir », c’est essentiellement à l’encontre d’Etats étrangers voisins, et également à l’échelle globale dans le cadre du conflit israélo-palestinien et de l’occupation de l’Irak, mais certainement pas dans une remise en cause du régime du territoire duquel la plupart de ces médias sont diffusés. Il subsiste encore une censure importante, voire une répression physique à l’égard des journalistes, et ce, dans la plupart des pays du Golfe[8].

Approche commune ou cavalier seul

La politique extérieure des cinq petites monarchies du Golfe arabo-persique est tiraillée entre la nécessité de faire bloc pour avoir un poids significatif (CCG, au sein de la Ligue des Etats arabes) et celle de « jouer en solitaire » avec les principaux acteurs régionaux et globaux (Arabie Saoudite, Iran, Etats-Unis) pour maximiser leur gain.

Entre elles, étant donné qu’elles sont concurrentes sur le même marché, elles sont tentées par le jeu de la concurrence, économique et politique. Cependant, elles partagent assez de caractéristiques et de défis en commun que pour adopter des stratégies communes.

Vu de l’extérieur, les Etats-Unis et l’Europe, premiers exportateurs d’hydrocarbures à l’heure actuelle, ne verraient pas d’un bon œil une politique commune trop concordante entre les acteurs de la région (CCG, Iran et Irak) qui pourraient s’entendre sur la production et le prix du pétrole.

Sur le plan régional, l’Iran et l’Arabie Saoudite sont souvent tentées de semer la division entre ces petites monarchies (incitants et menaces), en vue d’obtenir des gains stratégiques dans leur lutte pour l’hégémonie sur la région.

C’est entre ces tendances centripètes et centrifuges qu’évolue la politique extérieure de ces Etats monarchiques du Golfe.

Sources :

Da Lage Olivier, L’Arabie et ses voisins, la revanche des vassaux, Les Cahiers de l’Orient numéro 82, 2006.

Dossier sur l’Arabie Saoudite, Les Cahiers de l’Orient, numéro 82, 2006.

Greenwald Jonathan et Malley Robert, U.S. Security Policy in the Persian Gulf, International Crisis Group, 2004.

Kechichian Joseph A., Can conservative Arab Gulf monarchies endure a fourth war in the Persian Gulf ?, The Middle East Journal, vol.61, numéro 2, printemps 2007.

Khouri Rami G., Top three Gulf security dilemmas, Jordan Times 02/12/2005.

Leveau Rémy et Charillon Frédéric (dir.), Monarchies du Golfe, Les micro-Etats de la péninsule arabique, Paris, La Documentation Française, 2005.

Ménoret Pascal, L’Enigme saoudienne, Les Saoudiens et le monde, 1744-2003, Paris, La Découverte, 2004.

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[1] Greenwald Jonathan et Malley Robert, U.S. Security Policy in the Persian Gulf, International Crisis Group, 2004.

[2] Dénomination appropriée, par exemple, Fearon James D., Iraq’s Civil War, Foreign Affairs, Mars/Avril 2007.

[3] Leveau Rémy, Les monarchies du Golfe, les micro-Etats de la péninsule arabique, La Documentation Française, 2005, p. 18.

[5] Kechichian Joseph, Can conservative arab Gulf monarchies endure a fourth war in the Persian Gulf ?, The Middle East Journal, vol.61, printemps 2007.

[6] Oil prices could triple upon a US invasion of Iran, Arab News, 21 juin 2006.

[7] Azzam Henry T., Gulf States to Continue Strong Economic Growth in 2007, Arab news, 08/01/2007.

[8] Mubarak Ebtihal, Independent Gulf Media Watchdog Soon, Arab News, 15/06/2007.

jeudi, juillet 12, 2007

La paix entre Israel et la Syrie

Cet article est posté un an apres le début de la guerre de l'été dernier, et le surlendemain des déclarations faites par Ehud Olmert pour engager la paix avec Damas. J'avais écrit ceci il y a quelques semaines.

Il y a un principe fondamental en diplomatie, a fortiori dans un environnement international chaotique, voire hostile, qui veut qu’un Etat a tout intérêt à être en paix avec ses voisins, et le cas échéant, que ces voisins soient en situation de tension avec leurs autres voisins (de préférence non commun), ce qui a pour don de détourner leurs ressources vers d’autres buts qu’une action hostile envers cet Etat. Les joueurs de Diplomacy, ou même de Risk, ne me contrediront pas. Or, ce que l’on observe avec le Liban, depuis de nombreuses années, est une situation exactement inverse.

D’une part, le Liban connaît une situation de tension avec la Syrie, depuis l’occupation militaire et ensuite après le « Printemps de Beyrouth » et le retrait syrien. Le premier accuse le second d’ingérence dans ses affaires intérieures, via ses services secrets et l’armement de la Résistance au Sud Liban et le second ne voit pas le Tribunal International pour juger des attentats qui ont suivi le printemps 2005 d’un bon œil, sans parler de l’affront international d’avoir du retraiter d’un territoire considéré historiquement comme faisant partie de la « Grande Syrie » (certainement en ce qui concerne la Bekaa). La République Arabe Syrienne a tissé en revanche de bonnes relations avec ses voisins directs. Avec la Turquie, depuis la normalisation des tensions dues à la question kurde et à celle des eaux du Tigre et de l’Euphrate, pour laquelle la Turquie a adressé des messages positifs à son voisin syrien. Envers l’Irak, avec lequel la Syrie vient de rétablir des relations diplomatiques après plusieurs décennies d’interruption. Avec la Jordanie, par tradition. Et avec l’Arabie Saoudite avec qui perdurent des relations de respect mutuel « policé » pour des raisons que nous ne développerons pas ici. Il reste le voisin israélien, avec qui la Syrie est en contentieux depuis 1967 et l’Occupation du Golan et au-delà à travers le support de la résistance (ou du terrorisme selon le point de vue où l’on se place) au Liban et en Palestine Occupée. Mais ici, force est de constater qu’aucun coup de fusil, pour ainsi dire, n’a été échangé directement entre la Syrie et Israël depuis une bonne trentaine d’années (cessez-le-feu en 1974), si ce n’est au Liban.

D’autre part, le Liban connaît une situation d’extrême tension avec son voisin israélien, il va sans dire. Je ne vais pas répéter les multiples interventions armées qui ont émaillé leurs relations, ne fût-ce que depuis celles de 1978 et de 1982 et la montée à Beyrouth Ouest pour en déloger l’OLP retranchée. Il y a aussi la présence des services secrets israéliens.[1] Enfin, il ne faudrait pas occulter, derrière la question de la présence du Hezbollah au Sud Liban, et l’aide logistique de la Syrie et de l’Iran à l’organisation chiite, le fait qu’il y a sans doute des motivations concurrentielles à la destruction périodique de l’économie libanaise par l’Etat d’Israël. L’objectif en la matière est de s’assurer le monopole de la « Tête de pont en Orient », et détruire toute concurrence touristique, le Liban ayant en ce domaine des atouts de premier ordre. Israël, en dehors de ses opérations dans les Territoires Occupés, a toute la latitude de se concentrer sur le Liban, dans la mesure où il est en paix avec tous ses voisins. Avec l’Egypte depuis la signature des accords de paix en 1977. Avec la Jordanie depuis les années 1990. Il reste la Syrie avec laquelle perdure une situation de conflit froid, mais régulé, on l’a vu, au Liban.

Le Liban se trouve donc dans une situation inverse à tout ce que pourrait rêver un Ministre des Affaires étrangères ou un stratège militaire, avec les circonstances aggravantes que ses deux seuls voisins sont dans une situation de conflit latent. Et parmi les trois entités, le Liban est de loin le plus faible.

Par conséquent, il ne revient pas réalistement au Liban de prendre l’initiative de signer un accord de paix avec son voisin israélien tant qu’un tel accord ne serait officialisé entre la Syrie et Israël. Il est aussi fortement probable qu’un accord de paix (réel) entre la Syrie et Israël, peu probable à l’heure actuelle[2] se ferait sur le compte du Liban. Car qui à part la Syrie serait en mesure de contrôler militairement, et surtout politiquement, le Hezbollah au Sud Liban tout en sachant que cet accord hypothétique, en affaiblissant les liens existant entre la Syrie et l’Iran, pousserait cette dernière à renforcer son influence sur le théâtre libanais ? En tout cas, pas la FINUL et encore moins l’armée libanaise, qui a déjà tellement de mal à mater la rébellion du Fatah Al Islam dans les camps palestiniens.

Pour échapper à cette quadrature du cercle, il faudrait un accord simultané de toutes les parties en présence (Israël, Syrie, Liban – tous ses leaders communautaires-, Hezbollah), supporté par les puissances occidentales, plus l’Iran et l’Arabie Saoudite, dans une convergence exceptionnelle d’intérêts.

[1] Voir le démantèlement d’une cellule associée au Mossad au Liban en 2006 ainsi que l’ouvrage, très orienté, mais éclairant sur la question, du journaliste israélien Uri Dan, Mossad, 50 ans de guerre secrète, Presses de la Cité, 1995.
[2] Entre autres Talhami Assad, Israël, Cinq raisons pour refuser tout compromis avec la Syrie, in Courrier International, 29 mars 2007, p.31, article original dans Al Hayat, Londres.

lundi, juillet 09, 2007

Un peu de tout (9 juillet 2007)

Ce matin j'ai effacé une douzaine de numéros de mon répertoire telephonique. Fameux coup de balai. Tout le monde se casse depuis quelques semaines. C'est triste. Comme m'a dit W., Libanais de 30 ans et des poussières : "tu as un aperçu de ce que nous vivons depuis des décennies, habibi...".

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De source bien informée, des mouvements ont lieu dans les camps palestiniens de Saida (Sud) et près de Zahlé dans la Bekaa. Des tunnels seraient creusés par des Palestiniens pour pouvoir fuir le cas échéant. Des barricades seraient levées. L'armée serait en train de creuser des tranchées autour de ces camps. Loin de moi l'idée d'émettre la moindre critique envers la grande et brave armée libanaise, garante de l'intégrité territoriale du Liban contre tous ses ennemis extérieurs, mais ça rime à quoi tout cela ?

D'après la même source, la télévision syrienne aurait recommandé à tous les Syriens résidant au Liban de rentrer au pays avant le 15 juillet. Bachar a l'intention de lancer un grand recensement apparemment...

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Quelques sujets de dissertation en cette période d'examens :

Il y a un mythe solidement ancré dans la stratégie américaine, c'est que l'économie de marché et la démocratie sont un antidote au terrorisme. Or, ce dernier n'a pu être empêché dans de fortes démocraties comme la France et l'Espagne (ETA, FAR), en Italie (Brigades rouges), en Allemagne (RAF), en Grande-Bretagne (IRA)... Ce terrorisme avait une source nationale, dans des pays à la longue pratique démocratique et de marché libéral. Ce qui n'est pas un principe dans de tels pays, comment imaginer qu'il puisse l'être dans des pays qui n'ont jamais connu de phase démocratique ?

Pour beaucoup de gens dans le monde arabe, les Etats-Unis pensent imposer leur idéologie à travers la violence. Comment peuvent-ils critiquer les fondamentalistes qui cherchent aussi à imposer leur idéologie à travers la violence ?

La démocratie ne peut-être imposée de l'extérieur, sauf si une culture démocratique pré-existait avant la phase non démocratique.

Bonnes vacances,

lundi, juillet 02, 2007

Un peu de tout (2 juillet 2007)

Ce matin devant mon zaatar wou jebneh (sandwich roule a l'oregan et au fromage fondu, fourre d'olives, de tomates et de concombres haches fin) et mon cafe au Za'atar wa Zeit (chaine de fast food libanais, qui devient "Waterzoei" quand on rentre beurre a 6h du matin), la chaine de television LBC montrait les premieres images de l'interieur du camp de Nahr El Bared. Ici, on ne rigole plus.

Si vous voulez avoir une idee de ce que pensent pas mal de Libanais sur les Palestiniens, il faut aller voir cet article qui en dit long. On dirait que l'auteur (Dr. Joseph Hitti is a democracy activist, mort de rire), a zappe Oslo et Geneve et le fait que 99% des refugies palestiniens ne pourront jamais rentrer en Palestine et encore moins en Israel.

Pour Nahr el Bared, y a une video ici et des photos la. Sinon n'importe quel moteur de recherche avec les mots clef "nahr el bared" feront l'affaire.

Le Liban independant


Ce week-end, les Etats-Unis ont interdit sur leur sol dix ressortissants libanais et syriens. La plupart des Libanais pour tentative de "destabilisation" de leur poulain Fouad Siniora, le chef du mouvement "de l'Independance". Les reactions vont du "no comment" au "mais tout l'honneur est pour moi". Etre dans l'opposition, c'est "tenter de destabiliser le gouvernement", le concept est interessant. tandis que les Europeens voient en l'Administration Bush la plus grande menace pour la paix dans le monde (article du Financial Times).

mercredi, juin 27, 2007

Attentat sur la FINUL au sud liban...

Six casques bleu ont peri dimanche soir dans un attentat a la voiture piegee, sinceres condoleances.

Si le Hezbollah n'est pas a l'origine du coup, ce qui semble ne pas etre le cas, ils doivent etre tres tres enerves. Oser jouer avec des voitures piegees sur leur chasse-gardee, a quelques encablures du territoire de l'ennemi sioniste, ils n'ont certainement pas du apprecier. A tel point que le Parti de Dieu a lance sa propre enquete, officiellement, en parallele aux enquetes conduites par la FINUL elle meme et aux forces de securite interieure libanaises avec qui le Hizbollah est pret a cooperer.

Si dans ce cas-ci c'etait "encore" la Syrie, ils ne se seraient pas deplaces en territoire controle par la Resistance, leur allie, pour executer un nouveau plan machiavelique, mais aurait mandate cette Resistance pour le faire. Si l'on connait un peu le Liban et comment ca se passe la bas au sud, le Parti de Dieu tient sa legitimite du fait qu'il insipre confiance a la population qui voit en lui son protecteur. C'est de la qu'il tire son pouvoir.

Jamais il n'oserait tailler, ne fut-ce qu'une breche, dans ce certificat de protecteur tout puissant aupres de la population. Meme la Syrie n'oserait se preter a ce jeu, sauf si vraiment on va chercher loin (il faudrait developper longuement). Cet attentat a pour but, d'une part, de faire vaciller la paix, et d'autre part, d'allumer le Hezbollah et de l'attirer dans le feu. Pour le reste, comme d'habitude au Liban, il y a eu un attentat, et on ne peut que le constater....

mardi, juin 26, 2007

Tout ca finalement, c'est la faute aux drogués

Quand les "événements" au Liban ne sont pas le résultat de pressions et d'influences extérieures d'acteurs agissant "selon leur propre agenda et leur propre stratégie" (expression fétiche d'Elizabeth Picard), a savoir les Palestiniens, les Syriens, les Etats-Uniens et le millier d'agents du Mossad sans oublier les Gardes de la Revolution iranienne cachés dans les champs de canabis de la Bek'a, et, derniers venus, les troupes de choc de l'ingérence humanitaire du docteur Kouschner, il reste les drogués.

Ainsi, en plein operation de rasage de Nahr El Bared et alors que la FINUL vient de se faire sauter au sud, le général Rifi a fait part a la presse de l'arrestation de 2140 trafficants de drogue dont 250 Libanais.

dimanche, juin 17, 2007

Puzzle

Nomination de Barak au Ministere de la Défense (de la défonce, ou "la meilleure défense, c'est l'attaque") israélien.

Rumeurs de guerre Israel - Syrie pour le Golan, ou pire, de pourparlers de paix. On sent deja d'ici les Syriens rappelés "en renfort" au Liban pour mater les islamistes infiltrés dans les camps palestiniens. Et pour controler le Hezbollah sans lequel évidemment "aucune paix n'est possible".

Et aujourd'hui, 3 rockets tirées d'un camp palestinien du sud Liban sur le nord d'Israel.

On a l'impression qu'un puzzle se met en place, mais quel puzzle...

vendredi, juin 15, 2007

Un petit plus dans la vie

Au hasard des rapports et des statistiques qui me tombent sous la main, l'une d'entre elles a confirme ce que l'on peut percevoir avec insistance a achrafye, la beyrouth chretienne et bourgeoise, mais c'est un phenomene qui ne s'arrete pas la. Il s'agit de l'armee de domestiques philippins et d'autres pays d'Asie qui se trouvent dans le pays.

Ainsi en 2006, il y a eu 106.000 demandes de permis de travail pour le Liban de la part de travailleurs etrangers. Il faut savoir qu'ils doivent etre renouveles tous les ans, il s'agit donc de l'ensemble de la main d'oeuvre etrangere legale au Liban.

Sur ce total, de memoire, il y avait entre 75 et 80000 domestiques. Entre 75 et 80% du total. Il n'y a pas de lien, mais on peut le deviner, plus de 60.000 de ces permis concernent des travailleurs provenant d'Asie (hors pays arabes).

Si on considere que c'est un phenomene essentiellement beyrouthin, on a un domestique pour 12 habitants, corveable a souhait, a residence permanente, paye entre 100 et 200 dollars par mois, pas mal.

Mais comme m'avait dit un Libanais, tres honnetement, "C'est quand meme un plus dans la vie". Certes....

Pour un bon apercu de la question, n'hesitez pas a jeter un coup d'oeil sur le lien suivant : Ces maisons libanaises qui «achètent» des domestiques asiatiques. Attention, c'est a vomir.

jeudi, juin 14, 2007

Le député Walid Eido assassiné

Non seulement c'est mort la nuit, mais le couvre-feu de fait s'etend meme a la journee.... Quels qu'ils soient, les terroristes sont en train de gagner.

mardi, juin 12, 2007

Superbe couverture

Celle du courrier international de la semaine derniere, celebrant les 40 ans de l'occupation israelienne. Moshé Dayan et Yitzhak Rabin entrant à Jérusalem, sur un cliche digne de Docteur Strangelove....





vendredi, juin 01, 2007

Images d'ambiance

On entend souvent la question, sur les campus, dans le taxi... "Tu etais ou quand la bombe a pete ?", puis il a fallu preciser "quelle bombe ?". Puis c'est devenu : "Allez, c'est ou ce soir ? on parie 10 dolls sur l'heure ?".
Y aussi la marque de la bagnole... Pour l'instant une suzuki et une honda, y a un complot, c'est le retour de la mafia japonaise. Enfin, on exorcise comme on peut....

Alors la premiere, une voiture piegee dans une rue ou je passais tous les soirs y a encore pas tres longtemps. Achrafye, pres de l'ABC. Heureusement j'ai (encore) demenage y a trois semaines.
J'ai une copine qui habite a 50m d'ou la bombre a explose.
Appel direct des que j'ai su ou c'etait.
Electricite coupee, et vitres brisees, elle savait pas trop si elle devait sortir ou rester la.

En ce qui me concerne, je sortais sur le balcon et alors que j'allais ouvrir la bouche pour dire un truc a ma collocataire, j'ai entendu un bruit de malade, suivi en meme temps d'un coup de vent, le souffle de l'explosion, alors qu'elle se produisait a un kilometre d'ou j'habite. Un nuage s'elevait dans le ciel nocturne. On a tout de suite pense Place Sassine, mais c'etait juste un peu plus loin.

Puis y a eu la deuxieme, a Verdun, quartier sunnite relativement bourgeois. Quartier Hariri. Toujours le meme mode operatoire, une bombe de faible a moyenne puissance en-dessous d'une voiture. On est dans un bar de Gemmeyze avec quelques amis, a l'autre bout de la ville. La police monte pour demander a qui appartient la BMW pourrie parquee en bas. Encerclement. On reste dans le cet endroit bien sympa, rien de tel qu'une partie de ce jeu dont le but est de faire deviner des mots en les mimant, je ne me rapelle plus de son nom. Personne n'est venu enlever la voiture, un regard par la fenetre dans la rue, on voit les soldats plaisanter. La semaine derniere tiens, branle-bas de combat a Hamra. Une voiture suspecte et tout le quartier en panique, la rumeur s'etends, les femmes s'enfuient avec leurs enfants, mobilisation de l'armee, perimetre de securite. Puis un gars se ramene, en sifflotant et en jonglant avec ses clefs pour reprendre sa voiture completement etonne de ce ramdam. Il etait parti choisir une cuisine equipee.

Puis y a eu la troisieme, Aley, bled PSP. Merde, ils nous ont foutu en l'air notre finale de la champion's league, tout le monde a zappe sur la LBC, NBN ou Al Manar... plus moyen de voir le match.

Alors y a la parano. Un couvre-feu de fait, non officiel, mais les rues sont vides a 10h du soir. Puis y a les fetards que rien n'arrete. Inconsciemment, on zig zag dans la rue, on change de trottoir, on repere les voitures suspectes a 50 m. Mais on y fait pas trop attention. Sauf si on n'a rien d'autre a penser. "Tu penses qu'ils planqueraient une bombe dans une Mercedes 500 ou un Hummer ?" ; "non mon frere, moi je vois plutot une bagnole comme ca la, une bonne vieille epave" ; mais y en a tellement. Puis y a les voitures qu'on connait depuis longtemps. "Bon qu'est ce tu fais demain ?" ; "J'sais pas, j'irais bien a la plage...".

jeudi, mai 17, 2007

Quelques considérations sur l'élection de Sarkozy à la présidence de la République française dans le cadre du conflit israélo-arabe.

Dernier post en relation avec nos voisins du sud, apres ceci, on passera a autre chose.

Comment d'abord ne pas se souvenir du discours de Nicolas Sarkozy au French American foundation le 12 septembre 2006, jour où il rencontra Georges Bush également, en lui promettant allégeance, ou du moins, des relations franco-américaines détendues. Ce jour là, le nouveau Président a dit "combien [il] se sent proche d'Israël. Israël est la victime. Il doit tout faire pour éviter de passer pour l'agresseur". C'est clair que cela relève de tout un challenge...

Par exemple, la semaine dernière encore, le Journal le Monde faisait part d'un rapport de deux associations israéliennes des droits de l'homme (1) sur la situation lamentable des détenus palestiniens en Israël. Je n'ai retenu qu'un chiffre, c'est que depuis l'occupation (40e anniversaire cette année - banalement considéré, côté sioniste (2), comme le 40e anniversaire de.... la réunification de Jérusalem), 700.000 Palestiniens, c'est à dire plus d'un tiers des hommes, ont été détenus à un moment ou à un autre en Israël. Certains l'ont été parfois des années, et parfois sans procès. Citons juste en ordre éparpillé le mur en construction, la guerre de juillet qui a détruit un pays pour plusieurs années, le million de bombes à fragmentation (une pour quatre Libanais) larguées dans les deux derniers jours du conflit au Sud Liban, la vie impossible des Palestiniens de Jérusalem, il faut le voir et le vivre pour le croire, et encore.

Le 7 mai, lendemain de l'élection, le Premier Olmert, qui frôle le zéro absolu en terme de cote de popularité, s'est entretenu avec Sarkozy, qui lui a dit, selon le communiqué de presse : "Je suis un ami d'Israël et Israël peut toujours compter sur mon amitié". Le quotidien populaire Maariv écrivait dans ses colonnes qu'on assistait à une "révolution française grâce à laquelle un ami évident d'Israël accède à l'Elysée pour la première fois de l'histoire de la Ve République".

Netannyahou (chef de l'opposition nationaliste à la Knesset) ne se considère-t-il d'ailleurs pas comme "un ami personnel de Nicolas Sarkozy depuis cinq ou six ans" ? (ils avaient en charge les Finances de leur gouvernement respectif).

Au delà des déclarations de circonstance (assez normales dans le cadre d'une victoire électorale aux Presidentielles francaises, seul Poutine ayant fait la gueule et l'ayant montré), au cours des mois qui ont précédé la campagne, le nouveau Président a répété à plusieurs reprises, en substance, que la sécurité d'Israël prime, ce qui passe par la création d'un Etat palestinien indépendant et viable (3). Tous les observateurs s'accordaient à dire que l'élection de Nicolas Sarkozy équivaudrait à un tournant dans la politique française au Proche Orient, celle en vigueur depuis 1967 et De Gaulle.

Et puis, mini-coup de théâtre, dès le 8 mai, Nicolas Sarkozy promet l'ouverture.
Dans ce cadre, l'annonce de la nomination possible d'Hubert Vedrine au poste de Ministre des Affaires étrangères a semé l'émoi dans la presse israélienne de dimanche dernier (voir entre autres le Jérusalem Post). Vedrine est en effet passablement sceptique, c'est le moins que l'on puisse dire, par rapport à la toute puissance américaine et plutôt pro arabe. Ancien Ministre de Mitterrand et dans le dernier gouvernement Jospin.

Cela a fait bien sûr tache dans la relation privilégiée annoncée avec l'élection du nouveau président. En terme de faux pas, Sarkozy ne pourra jamais rivaliser avec son prédécesseur, mais il y a du potentiel.


Je n'ai pas trouvé dans la presse française de traces de cet émoi. Bien dans la presse israélienne et américaine. Ceci, c'était le 13. Sans vouloir y voir une relation de cause à effet (Vedrine a plus que probablement decline poliment l'offre), le 15, Sarkozy propose à Kouchner les Affaires Etrangères...


Ce qu'un president courageux devrait oser dire et faire.

Mon impression est que sans pression internationale sur l'Etat d'Israel, la situation ne changera pas. Il n'y aura pas de solution négociée.

Durant l'apartheid en Afrique du Sud, il a fallu déjà 40 ans à la communauté internationale pour reconnaître le caractère absolument scandaleux du régime de Pretoria. Ce qui résulta en boycott et en embargo. On n'en est même pas encore là concernant Israël. Il n'y a quasi aucune conscience du côté israélien de ce que le régime sioniste fait subir aux populations palestiniennes et au-delà de ses frontières, en leur nom. Même la plupart des intellectuels de gauche en Israel, représentant peut-être 5% de la population israélienne et au faît de l'actualité, ne sont pas au courant du largage des cent mille bombes à sous-munition au Sud Liban dans les trois derniers jours de la guerre de juillet (4). Liquidation des stocks. Si on veut se renseigner, les moyens existent, il y a l'internet, la télévision, Al Jaazira... mais on n'aime pas se faire présenter un miroir devant soi et y voir un monstre.

Attention, je ne dis pas que des régimes de pays arabes, dans les mêmes conditions, avec les mêmes moyens, ne feraient pas pareil, voire pire. Je ne sous-estime pas le caractère terrorisant des attentats suicides. Cependant, aujourd'hui, la force est d'un côté, l'opresseur est soutenu largement par la communauté internationale.

Concernant la paix Israël - Syrie, un moment envisagée, avant un rappel à l'ordre de Washington. C'est un comble, mais l'ingérence américaine n'est pas toujours perçue d'un bon oeil au sein de la société civile israélienne. Cette paix est une précondition pour une stabilisation des relations entre le Liban et Israël. Le Liban n'a pratiquement aucun pouvoir d'initiative en la matière. Dans ce contexte, le Hezbullah et le Hamas (5) sont nécessaires médiatiquement au régime sioniste pour entretenir le mythe de son expansion et de son occupation de la Cisjordanie, des territoires libanais autour des fermes de Sheba'a (6), riches en ressources hydrauliques et du Golan syrien. De l'autre côté, le Hizbullah et le Hamas ne seraient rien sans l'occupation israélienne du Sud Liban (1982-2000) et de la Palestine (1967).

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(1) B'Tselem et Hamoked, voir rapport sur site internet : http://www.btselem.org/ et http://www.hamoked.org.il/index_en.asp

(2) Il y a une confusion de définition, et ce même en Israël, sur le terme "sioniste". Pour moi il s'agit, aujourd'hui au XXIe siècle, des opposants aux frontières dessinées par l'ONU en 1948 et favorables à l'expansion de l'Etat israélien en dehors de son territoire alloué. Il a un sens péjoratif, et ne peut être assimilé aux primo-arrivants des années 30-50, qui avaient une démarche toute légitime. Si on se tient à cette définition du sionisme, il y a ainsi une bonne part d'"anti-sionistes" en Israël même.

(3) la seule solution viable à long terme est celle qui propose "un Etat, deux peuples", on oublie souvent en effet que la population israélienne (frontières de 67) est constituée de 20% de Palestiniens. Jérusalem sera en majorité palestinienne en 2020. Il n'y a qu'une solution à long terme (si bien sûr on s'oppose au concept d'épuration ethnique), c'est celle qui englobe la totalité de la Palestine historique, avec des garanties de représentation pour chaque communauté, quelle que soit l'évolution démographique. Ceci relève évidemment de l'utopie dans le cadre actuel.

(4) Article Nations Unies. Et selon le journal israelien Haaretz, 1200 obus, liberant un million de bombes a sous-munition (clusters) : Lien vers l'article

(5) ce dernier ayant été largement soutenu par les services secrets israéliens pour contrer le Fatah dans les Territoires Occupés.

(6) du point de vue du droit international, et malgré les déclarations du régime de Damas comme quoi ils doivent retourner sous le giron libanais, ces territoires appartiennent officiellement à la République Arabe Syrienne. Ils sont inscrits comme tel à l'ONU. La logique est la suivante : la Syrie refuse de faire les démarches nécessaires auprès de l'ONU tant que cette portion de territoire est occupée par Israël. Israël ne veut s'en désengager tant que la Syrie ne le cède au Liban par voie officielle et reconnue auprès de l'ONU. Le Hizbullah en fait la cause de son engagement. Cercle vicieux dans lequel aucune des trois parties n'a peut-être intérêt à un appaisement de la situation. Le tout sur le compte du Liban.

jeudi, mai 03, 2007

La victoire divine bis

Le 1er mai, jour de la fete du travail, la commission israelienne WINOGRAD a donc publie ce fameux rapport tant attendu (plus par certains que par d'autres) sur les responsabilites de la defaite de l'armee israelienne au Sud-Liban en juillet 2006. Voir un resume du rapport et surtout un impressionant enonce des responsabilites individuelles, poste par poste sur le site du quotidien israelien Haaretz.

Vous pensez bien que si il y en a bien un qui jubile de ce cote-ci de la frontiere, c'est un certain Said Hassan Nasrallah. Il se montre a la fois bon prince et ironique. Admirativo-sarcastique d'abord, devant le fait qu'une commission appointee par Olmert condamne Olmert. Ironique aussi quand il signale qu'il a fallu une commission israelienne pour reconnaitre la victoire divine du Hizbollah a l'issue de la guerre de l'ete dernier. Petit coup de canif en passant envers ses adversaires politiques au Liban.

jeudi, avril 19, 2007

Opinion juive sur le conflit Israel / Palestine

Ce mercredi 18 avril, le Professeur Yakov Rabkin, de l'Universite de Montreal, tenait une conference a l'Universite Saint Joseph de Beyrouth. Historien des sciences de formation, ayant tente notament de rapprocher culture juive et culture scientifique, Rabkin s'inscrit dans une perspective anti-sioniste de la question palestinienne. Je vais tenter de resumer ici le contenu de sa conference. Il a ete introduit par son eminence Michel Edde.

Le Sionisme

Mouvement politique qui trouve son origine a la fin du XIXe siecle, surtout en Europe de l'Est et centrale, a une epoque ou les nationalismes ont le vent en poupe. Ce mouvement s'inspire du nationalisme des peuples sans etat, opprimes par l'empire russe et austro-hongrois. Une conscience proto-nationaliste se developpe. Le projet se fixe quatre buts :

- Transformer l'identite juive basee sur la Tora en nation
- Selection et utilisation d'une langue verniculaire, qui sera l'Hebreu
- Deplacer les Juifs vers la Palestine
- Etablir un controle economique et politique sur la Palestine.

Pourquoi la Palestine ?

Il y avait un projet "Ouganda", mais la terre de Palestine possede un caractere messianique, c'est la Terre Sainte. Ceci est curieux dans la mesure ou les personnalites qui sont a la base du projet sioniste etaient laiques, voire profondement anti-religieuses. Le Juif traditionnel rejette d'emblee ce projet. On note deux reactions des 'indigenes palestiniens' au commencement de l'arrivee massive de Juifs en Palestine. Les premiers y voient une opportunite de business, d'autres ne voient pas ces arrivees d'un bon oeil. Les premiers se trouvent principalement dans les goupes... arabes palestiniens. Les seconds se trouvent pour la plupart dans les goupes de Juifs traditionnellement etablis dans la region.

Il y a une forte poussee antisemite en Europe au meme moment. L'antisemitisme en cours s'oppose aux Juifs non comme detenteurs d''une religion, mais en terme racial. Ces theses accusent le Juif d'etre un parasite, non productif, occupant des fonctions de marchand, preteur sur gage, usurier. Peu de paysans et d'ouvriers sont juifs. La reponse du mouvement sioniste est d'affirmer que le peuple juif est capable de travailler la terre et de fonder une industrie, et cela se passera en Palestine. Le sionisme est donc avant tout une reaction a l'antisemitisme.

Le mythe

Comme le bolchevisme parle au nom de toute la classe ouvriere (sic), le sionisme parle au nom de tous les Juifs. Le grand danger pour ce type de theorie globalisante, c'est de tolerer l'existence de ne fut-ce qu'une seule personne qui dise "non, pas en mon nom".(1)

En janvier, l'American Jewish Committee , puissant lobby aux Etats-Unis, accuse les Juifs qui posent des opinions anti-sionistes d'etre antisemites. Depuis quelque temps, une serie de mouvements juifs se sont formes, soutenus par de nombreux individus, et reclament leur independance d'opinion et de representation par rapport au sionisme et a Israel.(2)

Il y a 20 ou 30 ans, il y avait encore un debat, il n'y en a plus. La question est devenue une veritable guerre psychologique. Celui qui n'est pas pour la politique israelienne, est anti-sioniste, voire anti-semite. Tolerance zero. Les six rabbins presents a la conference de Teheran [que Rabkin qualifie de mauvais gout] ont subi d'enormes pressions aux Etats-Unis. L'un s'est fait bruler sa maison, la plupart ont recu des menaces de mort, un autre a vu ses enfants expulses de l'ecole juive dans laquelle ils etaient inscrits, un autre encore s'est vu rembourser le montant qu'il avait paye pour son emplacement dans le cimetiere juif de sa communaute.

En Israel

Il s'agit du seul etat du monde fonde sur une idee religieuse. Recemment, trente-huit Israeliens (juifs et arabes) ont petitionne la Cour Supreme d'Israel pour que l'on n'indique plus leur confession sur la carte d'identite. La Cour a rejete leur demande. Si l'on retire cette mention, le mythe de l'Etat d'Israel s'ecroule. Israel ne serait plus "l'Etat de tous les Juifs", mais "l'Etat de tous ses citoyens". Pour maintenir ce mythe, il est necessaire de garder (a coups de murs et de regulations des migrations) une majorite non-arabe importante dans les frontieres [voir le droit au retour des refugies palestiniens a l'interieur des frontieres d'Israel d'avant 1967]. Et l'Etat d'Israel "importe" de maniere massive n'importe quelle communaute, meme vaguement juive, de partout dans le monde, pour maintenir ce quota face a une demographie arabe plus prolifique. Pour terminer sur ce theme, chaque fois que l'on appelle Israel l' "Etat juif", on contribue au sionisme.

Aux Etats-Unis

La majorite des sionistes qui appuient Israel aux EU ne sont pas juifs, mais chretiens (si l'on regroupe les differents courants, on obtient 40 millions d'Americains) ! C'est le mouvement des "born again" [qui entre autre identifie la conquete de l'Ouest americain dans l'histoire fondatrice des Etats-Unis comme remake de la conquete de la Terre Promise dans les textes bibliques (3)]. Nous avons l'un de ces illumines a la tete de la Maison Blanche. Cet appui est avant tout religieux et non politique, meme si il peut etre utilise comme tel dans la politique etrangere americaine.

La Shoah a bien entendu joue un grand role dans le developpement du Sionisme [le conferencier ne va pas quand meme jusqu'a reprocher l'Holocauste aux sionistes] car il est pour les sionistes la preuve ultime du caractere eternel de l'antisemitisme. Pour les sionistes, l'antisemitisme devrait etre eternel [on est ici face a une boucle epistemologique]. De nombreux Juifs ont clame depuis la naissance du Sionisme qu'il serait extremement dangereux de fonder un Etat ethnique ou religieux reserve aux Juifs.

(1) Voir notament http://www.notinmyname.com

(2) Le conferencier introduit Independent Jewish Voices (UK) et Tikkun, mouvement religieux.

(3) Georges Corm, Orient-Occident : La fracture imaginaire.

dimanche, avril 15, 2007

Sud-est turc, les Kurdes de Turquie



Plus de photos ici.

Gaziantep - Une semaine, juste le temps de venir dire bonjour et au revoir, c'est court, mais cela en vallait la peine. Je vais parler du voyage en lui-meme. Excusez les quelques raccourcis.

Dans un cybercafé de Nusaybin, directement après la frontière turco-syrienne, je suis assis à côté de trois ou quatre gars en civil qui surfent sur le net avec leurs fusil-mitrailleur posé contre le mur derrière eux. Ca donne l'ambiance. Ce sont des militaires en permission.

Dyarbakir

Ville livrée à la prostitution. Dans l'un des seuls bars du centre, non indiqué comme bordel, je rentre pour simplement boire une bière avant d'aller me coucher. Le décors me surprend, je m'attendais à un simple bar à la limite miteux et rempli de vieux qui sirotent du raki, avec de la fumée de cigarette du plafond au sol, mais il s'agissait plus d'un restaurant chic, avec des "hommes d'affaire" aux tables, des gens bien habillés. Trois personnes au moins m'accueillent. Je leur dis de go que je viens juste boire une bière et vu que c'est apparemment un restaurant, je leur demande si c'est ok. Et c'est ok. Une fois installé, je remarque que la grande table centrale est occupée par 5 ou 6 prostituées. L'une d'elles invite un gars à la table d'à côté pour accomplir un rond de danse. Deux serveurs viennent sur scène jeter en l'air des tissus en papier (des serviettes en papier pour nos amis belges). Kitchissime. L'endroit est de style vaguement art-deco, un mec assis derrière son clavier joue des airs lancinants. Lorsque je sors une cigarette, un serveur vient me l'allumer. C'est classe. Une des filles vient me parler et je lui dis de se casser. Merde quoi, j'ai juste envie de boire ma bière tranquile. Elle s'installe et commence à me parler. Etant donné que la conversation tourne court, une autre vient s'installer, une russe, de Mongolie. J'appelle le serveur pour lui dire que je m'étonne de cette intrusion dans ma vie privée, mais évidemment pas un seul ne parle anglais, ni arabe, ni flamand. Pendant ce temps, on apporte des mezzés, que évidemment, je n'ai pas commandé. Je n'y touche pas. Bon, je termine ma bière, je vais au comptoir, j'y laisse 5 livres turques (le prix affiché est de 3 livres). Tout à coup, le serveur senior retrouve comme par enchantement ses notions d'anglais et me dit "non, non, non !" et me fait une facture fantaisiste sur laquelle est inscrit 80 livres (plus de 40 euros). Pour une bière. Y figure, cet énorme plat surmonté de cocktails dont je ne connais pas la substance ni la provenance. Les mezzés. Les boissons des filles qui sont venues me parler (dont un super mega cocktail de 15 euros alors qu'il me semblais qu'elles sirotaient une bière). Je tiens bon, malgré les menaces et la pression. Pas question de partir en courant, il y a encore deux gorilles à l'entrée, et il faut prendre un assensceur. Voyant que je ne lacherai rien d'autre, après un quart d'heure de discussions, et pour sans doute ne pas indisposer les autres clients, l'un d'eux me ramène à la sortie en me jurant que je vais avoir de gros problèmes. Mafia. Dans l'hotel GAP, en plein centre commercial, que j'occupe, même topo, ça rentre et ça sort. Elle est partout.

B., musulman convaincu, Turc d'Izmir, qui me servira d'interprète au cours de la journée, étudiant en anglais, qui parle turc et kurde (Kurmandji), m'a fait ouvrir une porte derrière un jardin de la vieille ville. Derrière cette porte, les ruines d'une église de culte arménien, en style que je qualifierais de "pré-gothique". Elle doit remonter à la période byzantine. Elle est aujourd'hui en très mauvais état. Je l'accompagne ensuite à la mosquée (Camii) Omar où la prière de midi l'attend. Il me fait ensuite rencontrer un ami, qui gère un magasin, un stock en fait, au premier étage de la rue principale. Il y a un cousin et sa secrétaire. Au cours de la conversation, après tous les salamalecs et les thés d'usage, je lui parle de l'incident de la veille. Il commence par s'excuser et se montrer faché, je savais qu'il réagirait de la sorte, question d' "aspect collectif de la responsabilité", et je lui dis que vraiment, c'est un phénomène qui existe partout, qu'il n'endosse aucune responsabilité. Je savais que j'étais à la limite de l'affront, mais merde au culturalisme, c'était, au coeur de ce bureau, devant un membre de la chambre de commerce de la ville, le moment d'en parler.

La mafia est effectivement fort présente. Sans parler de l'impôt révolutionnaire, il y a une pression sur la prostitution dans la ville, le besoin d'augmenter les prix du fait du racket, quand les affaires ne sont pas gérées directement par la mafia elle-même. Toute milice finit par intéresser ses cadres, ses membres, à la perception d'une partie de l' "impôt" pour leur poche. De là le conflit entre l'Etat et la milice. Plus le premier est de droit et respectueux de ses administrés, plus il sera légitime. Mais c'est loin d'être le cas dans la région. D'où l'influence de la seconde. Le "Ici, tout le monde est kurde" est vraiment un leitmotiv auquel je devrai m'habituer. L'identité kurde se construit, dumoins, se renforce, contre la répression de l'Etat turc. La stratégie d'un groupe indépendantiste, comme partout ailleurs, est claire : stratégie de tension, et promotion de l'identité kurde par des organes politiques ; répression de l'Etat central ; adhésion de la population de plus en plus convaincue de la réalité de leur identité. Trois fils de son cousin ont été tués dans la montagne au cours de clashs avec l'armée régulière.

Mais depuis Erdogan, "c'est nettement mieux". Le premier ministre a laché un peu de lest. Il est plus intelligent que ses prédecesseurs. On peut à présent dire qu'on est Kurde, on peut parler kurde en public, ce qui était plus ou moins interdit, ou suspect, il y a encore quelques années [dans diverses périodes de 1924 à 1991, il était légalement interdit de parler kurde en public, après 1982, il fut pratiquement interdit de porter un nom kurde, qui peut comporter des lettres qui n'existent pas en turc, la raison donnée est administrative]. Cependant, le gouvernement n'investit pas assez dans la région, à part en casernes et équipements militaires, et est en train de la perdre. Le mouvement indépendantiste kurde, a perdu son caractère marxiste-leniniste. Cette affirmation ne m'étonne qu'à moitié de la part d'un businessman. Les cadres du PKK sont docteurs, avocats, notables... Le but est clairement indépendantiste, peu importe l'idéologie.

Tout est question d'action et de réaction. Le tourbillon dans lequel le sud-est turc est plongé justifie l'imposante présence armée de l'Etat central dans la région, les dépenses militaires, et la pression sur l'ensemble de la société civile turque. Un moyen pour le régime de la junte militaire de se perpétuer. Il ne serait pas intéressant pour cette junte d'avoir une région kurde, autonome et stabilisée. Les recettes sont pareilles que partout ailleurs : éducation et progrès économique. L'Etat central ne gère pas correctement ces aspects dans la région. Peut-être que plus d'autonomie le permettrait.

Une idée révolutionnaire, et je ne sais pas lequel se retourne le plus, qui dans sa tombe, qui dans sa cellule, mais "Apo" Ocalan serait le nouvel Attaturk des temps modernes ! Ou comment instrumentaliser une religion d'Etat à la cause indépendantiste. Ocalan, le leader laïc de la nation kurde, comme Attaturk l'était pour la nation turque. Un bel exemple de récupération d'une valeur culturelle forgée profondément sur tout le territoire turc, pour le démentellement précisément de l'oeuvre du personnage fondateur auquel il est fait référence.

Batman

J'en ai rêvé, je l'ai fait. Me voici à Batman. A présent je peux rentrer. Je remets mes idées en place le soir devant la télévision dans ma chambre. Cravate mauve à pois blancs, pochette mauve, chemise blanche, costume noir rayé, un représentant du DTP (Parti régionaliste kurde authorisé) est interviewé durant des heures à la télé kurde diffusée par satellite de l'étranger. Je repense aux paysages de la journée. Dans le genre "paysage dont on ne se lasse pas", fait d'immenses étendues avec des zones de roche, le tout recouvert d'un vert flamboyant, presque fluorescent avec tout la flotte qui tombe, c'est pas mal.

Hasankeyf

Impossible de savoir si mes interlocuteurs parlent turc ou kurde, j'avoue. Souvent, un peu d'anglais, un peu d'arabe, complété par des gestes, permet de se comprendre. Alimentairement s'entends. C'est curieux d'utiliser l'arabe comme langue véhiculaire. Par exemple, ce monsieur kurde, cheveux et moustache courts, blancs, qui a travaillé en Irak pendant quatre ans, maintenant vaguement occupé à la réception du seul motel de la bourgade. Il était chauffeur de camion citerne entre Tikrit "la ville de Saddam, yani, la où le pétrole jaillit noir" et la Turquie, et d'autres coins de l'Irak.

Siirt - Ehru

Les paysages sont les mêmes que la veille, avec ces villages isolés que l'on voit à flanc de montagne et de douces vallées, mais de plus en plus entrecoupés de postes militaires. J'ai déjà vu de tels paysages, mais oui, dans le nord-ouest de l'Iran. Ces montagnes, leurs strates, qui semblent plonger dans des gorges énormes, recouvertes de vert sur leurs flancs et de blanc sur leurs sommets. De nouveau deux barrages militaires entre Siirt et Ehru. Au deuxième poste, je reconnais l'insigne du scorpion sur la casquette des militaires, que j'ai vu l'été dernier à Egirdir, en Anatolie Centrale, ville-caserne des Kommandoyuz, les troupes de choc de l'armée turque. Ceci donne un aspect d'occupation. "L'armée est partout dans et entre nos villages". Pouquoi ? "Parce que nous sommes Kurdes !". Quand je parlais d'action-réaction... L'aspect d'un territoire occupé par une force étrangère, qui en rappelle d'autres. Je ne peux m'empêcher de penser à la vacuité de ces contrôles le long des routes, exercé sur la population lambda, alors qu'il y a mille vallées, mille sentiers de montagne, empruntables par les vrais motivés.

Le relief n'est pas étranger au fait que ce soit ici qu'est né un peuple. Véritable zone tampon, barrière naturelle, no man's land entre trois empires à des moments différents de l'histoire, l'Ottoman, le Perse et les premiers califats arabes. Aucun d'entre eux n'a jamais pu complètement maîtriser ces gorges et ces sommets.

Je repense à ce vieux monsieur à Siirt, dans un doner kebap, à qui je montrais la carte de Turquie. Je lui demande où est le Kurdistan. A le croire, la moitié de la Turquie est kurde. Dyarbakir, oui, Erzurum... oui, Konya.... un moment d'hésitation, puis un geste de la main au-dessus du point sur la carte pour dire "va au diable !". Ca amuse l'entourage.

Ehru. Dans la baraque en taule qui sert d'abris au centre, la moitié du village défile pour me voir et me poser des questions. Même le fou du village que tout le monde frappe "amicalement". Y'a un gars qui parle arabe et qu'on est allé chercher après que j'eusse fait comprendre qu'on aille trouver une personne qui parle anglais ou arabe dans le bled, doit bien en avoir une ! On attend pendant des heures et 45 thés offerts, l'arrivée hypothétique d'un mini-bus qui m'emmenera à Sirnak [Chernak]. Il arrive enfin. Deux bises, tapes dans les mains et yallah.

Sirnak

"Sirnak is not safe", "pourquoi tu viens ici ?". J'ai eu au moins deux fois ce genre de question. L'une, amicale, amusée, de l'un ou l'autre habitant local. L'autre, menaçante, au dernier poste contrôle, revidage de sac y compris trousse de toilette, avant d'arriver dans cette petite ville de 50.000 habitants où une part importante de la vie sociale se déroule sur la petite place centrale qui offre un panorama sur la montagne. Ou il est bien entendu impossible de travailler ou de lire sans être abordé de façon permanente.

Il m'en reste la vision d'une région extrêmement pauvre par rapport au reste de la Turquie, que j'ai traversée deux fois, au nord en mai dernier, et au sud-ouest en juillet dernier. Je pense qu'il y a aussi une réaction par rapport à cet état de fait. Monde rural contre monde urbain. Islam (sunnite chaféite), traditionnellement bien implanté, qui regagne de la vigueur (1), contre laïcité. Il y a par exemple une émission humoristique diffusée en Turquie qui montre et raille des caractères paysans, dans des situations de la vie quotidienne. J'ai ressenti à travers cette série télévisée une sorte de mépris d'une certaine intelligentsia urbaine envers la ruralité et la tradition, verniculaire ou liée à la religion.

Avec un jeune étudiant, accompagné de son père, médecin, on attend le même van, qui nous conduira a Cergis sur le Tigre, d'où un car nous emmenera à Gaziantep. Eux continuent à Ankara, moi je biffurquerai vers la Syrie, puis le Liban. Je suis assis à côté d'un négociant en textile irakien, chrétien, qui voyage entre sa ville du nord de l'Irak et Ankara pour les besoins du commerce. Une trentaine d'heures pour les uns et pour les autres. Quand j'arriverai à Beyrouth, eux arriveront à Ankara, leur capitale.
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Quelques éléments de tourisme : Transport entre le Kurdistan turc et Beyrouth.

  • Sirnak - Gaziantep (van puis car) : 25 YTL (new turkish lyra), 9 heures (2)
  • Gaziantep - Killis (frontière turc), en van : 5 YTL
  • Killis, frontière en taxi : 10 YTL, 15 kilomètres
  • Frontière - Azaz (Syrie) en taxi : 100 SYP (syrian pound)
  • Aziz - Aleppo, en mini-bus : 20 SYP
  • Aleppo - Beyrouth en bus : 350 SYP, 7 à 8 heures, en fonction des aleas (3)

Compter 16 dollars de visa de transit syrien, sauf si vous êtes ressortissant d'un pays ouvertement hostile au régime syrien, comme la France par exemple, et vous ne payerez que 10 dollars.

Coût total : 40 YTL (30 dollars), 470 SYP (10 dollars), entre 10 et 20 dollars de visa de transit, ce qui fait entre 50 et 60 dollars de transport. Entre 40 et 50 euros au cours actuel.

Si comme moi vous êtes imprévoyant, il est possible de retirer de l'argent à Qamishli à la frontière turco-syrienne, côté syrien, auprès du seul commerçant (connu) au moyen d'une carte visa.

Akoub Farej
Vendeur de métal précieux dans le centre bouillonant de Qamishli
tel. 052 426315 et mobile 094 224828

Attendez vous à une légère commission. Dans le village turc de l'autre côté, comme partout en Turquie, il y a des distributeurs de cash tous les 100 mètres.

Un bon resto à Sirnak, Faysal Usta, où on choisit sa viande au comptoir. On n'y parle aucune langue sauf le kurmandji, le turc et le russe.Au centre ville, discuter le prix avant, même si il vous fera de toute façon une ristourne.

J'ai perdu la carte de visite, mais si vous voulez faire une pause à Batman, ie. profiter d'une vraie salle de bain avec WC occidental dans le cadre frais et luxueux d'un hotel 3 étoiles pour à peine 20 euros petit dej compris (demander 10% sur le prix affiché), il y a un bon hotel, bien tenu, dans la rue qui part de la place du commissariat central. Fréquenté par des wealthy people bien fréquentables. Je ne pourrais recommander aucun autre hotel ou pension dans la région, on les trouve facilement. Les prix des low cost varient entre 5 et 10 euros la nuit, mais il faut s'attendre au pire.
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(1) "Alors que les Kurdes ne soutiennent plus les luttes violentes lancées ces derniers temps et que la politique à courte vue du DTP a créé un vide politique, aujourd’hui c’est l’identité religieuse qui passe au premier plan. Ce vide politique, ce sont des forces qui tiennent les motivations religieuses au-dessus des autres qui l’ont comblé. Tant et si bien que des gens qui savent utiliser la sensibilité religieuse des Kurdes parviennent aujourd’hui à tenir des rôles majeurs. Ce sont des dizaines de fondations et d’associations religieuses qui ont été créées. Ce sont quelques 100 000 personnes qui ont participé aux marches de protestation contre les caricatures du Prophète. 85 000 manifestants encore contre la guerre menée par Israël. Ce sont ces fondations et ces associations qui ont organisé tout cela. Elles ne se situent pas dans la ligne d’un parti politique." source : http://www.turquieeuropeenne.org/

(2) 1 YTL = 0,76 US dollars et 1 US dollar = 50 SYP

(3) Poste frontière libanais d'Abboudieh. Vers minuit. J'ai été témoin d'une scène, du jamais vu dans une zone frontière entre deux états. Un gars, jeune, est poursuivi par deux ou trois autres. Il arrive sur les marches de notre bus, et se fait fracasser la tête à coups de chaîne. La victime est libanaise. L'auteur est, selon les discussions qui suivirent, un moukhabarat (service secret). Je n'ai pas compris si ce dernier était libanais ou syrien. Je suppose libanais vu qu'on avait passé le poste de sortie syrien. Trois militaires sont intervenus, tardivement. Les auteurs se sont évanouis dans la nature, probablement dans l'un des commerces qui longent cette courte portion de route, à l'intérieur des deux poste frontières. La victime, la tête ensanglantée, est emmenée pour lui prodiguer des soins. L'attente sera assez longue, on se demande même si le gars n'a pas été arrêté. Des discussions et des engueulades naissent dans le bus. Certains ne veulent pas attendre, mentalité exécrable. Un vieux sage, un religieux, se lève et engueule l'une des personnes contestataires et lui demande, si il s'agissait d'un frêre ou d'un fils, si elle le laisserait là ! Ca me tue qu'il faille l'avis d'un homme de religion, respectable, pour admettre la plus basique notion de solidarité. Solidarité arabe, mon oeil ! Il reviendra une demi-heure plus tard.

mercredi, avril 11, 2007

The Redirection

Il est interessant de jeter un coup d'oeil a l'article suivant, quelque peu alarmant, mais qui permet de comprendre certains des mecanismes qui font pression sur la region.

The Redirection - Is the Administration’s new policy benefitting our enemies in the war on terrorism? by Seymour M. Hersh
http://www.newyorker.com/reporting/2007/03/05/070305fa_fact_hersh

"In an interview in Beirut, a senior official in the Siniora government acknowledged that there were Sunni jihadists operating inside Lebanon. "We have a liberal attitude that allows Al Qaeda types to have a presence here," he said. He related this to concerns that Iran or Syria might decide to turn Lebanon into a "theatre of conflict."

The official said that his government was in a no-win situation. Without a political settlement with Hezbollah, he said, Lebanon could "slide into a conflict," in which Hezbollah fought openly with Sunni forces, with potentially horrific consequences. But if Hezbollah agreed to a settlement yet still maintained a separate army, allied with Iran and Syria, "Lebanon could become a target. In both cases, we become a target."


Une note en Francais a ete postee ici, c'est d'ailleurs ce site qui a attire mon attention sur l'article : http://tokborni.blogspot.com/2007/04/le-changement-de-cap-de-ladministration.html#links

mardi, avril 10, 2007

Damas - Qamishli

Une grande nouvelle, ce blog, cher lecteur, est censure en Syrie. Ce qui n'etait encore qu'une vague rumeur, rapportee par l'un ou l'autre de mes contacts a Damas "qui ne pouvaient pas y acceder" m'a ete confirme de visu : access to this site is not authorized. Je ne sais pas trop ce qui a choque. Peut-etre d'avoır mıs le regime dans le meme sac que celui de Tel Aviv, ou peut etre pour avoir ose dire qu'en ete "Aleppo, c'est chaud !". Ma ba3rif. Quoı qu'ıl en soit, c'est non sans fierte que je peux me targuer a present d'etre considere comme un mini-opposant a une dıctature militaire. C'est un label de qualite pour ce site. Mercı, merci, merci.

Hier au programme une journee de bus de Sham (Damas) a la frontiere turco-syrienne, en solo. Neuf heures de desert en bus frigorifique.

Flashback sur Damas. Il y a deux choses qui ont change depuis cet hiver, a premiere vue. Le nombre de chantiers et de reamenagements conviviaux en cours au centre-ville. Je ne sais pas si c'est l'approche des elections, mais ca pourrait ressembler enfin a quelque chose d'ici un an ou deux. D'autre part, le nombre d'Irakiens qui se promenent partout est impressionant.

La Syrie a accueilli plus de 800.000 réfugiés irakiens depuis le début du conflit dans leur pays, a rapporté mercredi le quotidien officiel "Al-Baas", citant le ministère syrien de l’Intérieur. Sur ce total, environ 648.000 Irakiens ont gagné la Syrie dans les mois suivant le renversement du régime de Saddam Hussein en 2003, selon un responsable du ministère cité par le quotidien. Cet afflux de réfugiés est attribué aux lois syriennes facilitant l’obtention de visas pour les populations arabes, ainsi qu’à la proximité géographique et culturelle de la Syrie avec l’Irak. Les réfugiés irakiens
peuvent obtenir un permis de séjour annuel renouvelable s’ils disposent d’un revenu financier fixe dans le pays, s’ils sont propriétaires ou s’ils ont inscrit leurs enfants dans une école syrienne, selon le responsable cité par "Al-Baas". Les réfugiés irakiens se sont majoritairement installés à Damas et dans ses environs. La plupart seraient issus des classes moyennes et vivraient de leurs économies. Source http://www.aloufok.net/ Un million huit-cent mille İrakiens refugıes hors d'Irak et un million deux-cent mille deplaces en Irak d'apres le rapport Hamilton - Baker.

On peut critiquer tant qu'on veut le regime syrien mais, nobobstant leur influence sur la region et certains pays voisins, il y a une chose qu'on ne peut leur reprocher, c'est d'assumer le caractere arabe de leur republique. Le statut des Palestiniens refugies y est ainsi parmi les plus "enviables" de la region. Il faut voir a quel point ceci ne constituera pas un facteur destabilisant pour le pouvoir syrien. J'ai entendu le chiffre de 1 million d'Irakiens en Syrie, presqu'autant que de Kurdes, ca commence a faire nombre.

Commercial Bank of Syria, Kamishli branch

Dans ma volonte d'avancer, j'ai un peu brule les etapes, et n'ai pas pris la peine de prendre quelques dollars en route, persuade que je trouverais un ATM dans cette ville frontiere de Qamishli. Que nenni. Pas de distributeur, ceci m'est confirme a l'hotel et par l'un ou l'autre commercant. Aıe ca commence bien, pas un kopek, meme pour retourner a la ville d'avant. Je rentre donc dans cette banque, je m'adresse au guichet, meme reponse : ce mouvement de la tete et des sourcils vers le haut qui ne demande aucun commentaire.

De l'autre cote de la piece, une porte avec l'inscription "Manager", j'y rentre sans invitation. Ceci dit, c'est quand meme fou ce qu'on peut se permettre en tant que touriste. De l'autre cote du bureau massif, une femme, entre 35 et 40 ans. Elle gere les entrees et les sorties dans son bureau, appelle et renvoie son personnel exclusivement masculin. Plusieurs portraits d'Hafez el Assad, et un culte manifeste a Bassel, le fils d'Hafez qui devait lui succeder, mais qui est decede dans un accident de voiture en 1994. Une seule photo de Bachar, dans la bibliotheque. Bachar avec sa femme et ses enfants, qui pose devant un paysage de montagnes suisses.

Elle me demande de m'installer et je lui explique mon cas. Bon, d'abord, on va se prendre un the et apres on commencera a reflechir. On oublie completement la raison de ma presence et comme elle parle un peu anglais, c'est l'occasion de poser quelques questions. Du style : vous vous sentez comment a devoir gerer cette banque au coeur de cet environnement d'hommes ? Ce qui ne provoquera qu'un sourire. Un peu comme chez nous je presume.

Noura continue, elle n'est pas arabe, mais syriaque. Il y a ici a Qamishli des arabes bien entendu, des syriaques orthodoxes et catholiques, enormement d'İrakiens, des Kurdes en majorite et des Armeniens. Quelques Turcs perdus. Un beau melting pot. Au milieu de tout et de rien, je lui demande si elle est mariee ou plutot, plus subtilement, si elle a une famille. Bien sur qu'elle a une famille, mais ni marriee, ni enfants. Ce n'est pas par manque de temps comme je lui suggerai, elle ne sait pas pourquoi.

dimanche, avril 08, 2007

Damas Ommeyade



Petite visite aujourd'hui a la Grande Mosquee Ommeyade de Damas, sans doute la plus belle, sinon la plus imposante du monde. Je me suis enfin decide, lors de ma quatrieme visite a Damas depuis que je suis au Liban, a la visiter. Cette mosquee fait dans l'oeucumenisme (oui, les puristes, on reste calme), dans le sens ou l'on trouve, encoffree dans un impressionant sarcophage la tete, parait-il, de Saint Jean Baptiste. Puis plus loin, la tombe de Hussein, le fils d'Ali, prophetes emblematiques de la religion chiite. Parfois je reste pantois devant la tolerance inter-religieuse qui existe en ces lieux. Alors que je vois dans l'actualite que des heurts entre sunnites et chiites ont cause la mort de 70 personnes hier au Pakistan dans la zone frontiere afghane.

Je suis reste avec un pote a discuter une bonne heure, assis sur l'un des innombrables tapis qui couvrent la salle principale des prieres, a discuter de l'incroyable intolerance religieuse et de la betise de la religion, en rapport avec la grande serenite qui baigne les lieux. Au milieu des gens qui viennent pratiquer leur priere, des gosses qui jouent et crient dans tous les sens, des gens dorment, d'autres lisent, d'autres discutent a voix basse dans les coins. On n'est absolument pas inquietes, tout est tranquille. Ces tapis, je me rapelle lors de la visite du souq de Mashhad en Iran, proviennent d'Iran. Ca fait un bon 200 m sur 50 m de tapis, 10km carre de tapis persan tresse a la main, pas mal.

Je suis donc toujours a damas, l'objectif est, des demain matin, d'avancer vers le Kurdistan turc.
Ca faisait 3 jours qu'on fetait l'arrivee d'un pote, la fete jour et nuit, on a fait le tour de beyrouth, les quartiers, il nous est arrive un million de truc, les controles du hezbollah, les rencontres avec des penseurs communistes, du karaoke super naze au bar ou les gens dansent sur les tables et tombent dans la biere sur de la musique traditionnelle arabe. Alors on decide d'aller a damas sur un coup de tete "pour fuir l'enfer de beyrouth" en gros pour fuir l'alcool, la fete etc (sic).

Tres bien. On arrive a Damas, un week-end de Paques, sans avoir reserve, l'erreur. On a donc pris d'assaut, on force le manager a ouvrir, le toit de l'hotel ar-rabie, un hotel de la zone des touristes, le souq saroujah. Mais non, mon ami, il fait pas trop froid, 16 degres la nuit, avec une ou deux couvertures, c'est extremement clement. Apres avoir ete refoules a l'entree d'une boite de nuit, ouf, pour une fois, on est cleans, merci les sorteurs (joli clin d'oeil : l'Arabe qui pour une fois empeche l'Occidental d'entrer dans un night club), on rentre, et il se met a pleuvoir une bonne partie de la nuit. En avril, a Damas, le climat global est vraiment deregle...

Demain je prends le premier bus pour le nord de a Syrie, Qamishle ou Raqqa. De la je me rendrai a Dyarbakir, retour a la vraie vie, si on peut dire.

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