mardi, janvier 30, 2007
Tirana - Shkroeder, nord de l'Albanie, Kosovo
On traverse de vastes plaines entourées de montagnes aux cîmes parfois enneigées. Le paysage est gris, le crachin de janvier. Sur les chemins longeant les rails, des paysannes qui semblent porter le deuil depuis 30 ans. On pourrait être dans les campagnes de Belgique ou dans certains coins reculés de France. Des têtes me paraissent parfois même familières, rougeaudes, les yeux plissés par le vent et le froid, un sourire entre l'attitude béate et le rictus douloureux. Des chiens se suivent en bande au milieu des prés, en se renifflant le derrière. Des chiffons rouges pendent aux arbres, et rapellent les drapeaux albanais flottant sur les toits des maisons à moitié construites. Des chiens et des ordures partout, des champs de sacs plastique. Le manque de sommeil me fait somnoler dans le compartiment. Avec cette façon de pronconcer les "r" comme en anglais, mes rêveries transforment, dans mon demi-sommeil, les conversations albanaises en un discours tout à fait compréhensible. Des paysans édentés et en haillon parlent de leur cousin de la jet set libanaise, de leur fils en safari au Kenya et de leur oncle qui parcourt les mers chaudes de Chine.
Skroeder, ce lac de boue urbain, me ramène à la réalité. A l'entrée de la ville, deux panneaux : centre et zone industrielle. Dans le style "voyage hard core", l'hotel du centre, le rozafa, du même nom de la citadelle célèbre de la ville, n'est pas mal. Un vague radiateur électrique pour se chauffer le bout des orteils, sans plus, et son robinet resté ouvert pendant la coupure d'eau de l'après-midi. Une marre d'eau dans la moitié du couloir en rentrant le soir, et absolument personne pour constater les dégâts. Ses armoires aux portes démolies et ses fenêtres n'isolant ni du froid ni du bruit. Cette année commence comme la dernière, à Tunis, dans le froid, habillé avec écharpe et bonnet pour dormir. Notre passage dans cette ville du nord de l'Albanie a pour but de rejoindre un village du nord de l'Albanie, Valbona, via un ferry sur le lac Komani, créé par un endiguement de la rivière Drini.
Au bout de la traversée du lac, sur une embarcation consistant en un bus récupéré et soudé sur une barque en métal (quelqu'un a fait une photo visible ici : http://www.blogsmithmedia.com/www.gadling.com/media/2006/07/balkan-10-bus.jpg), on trouve la bourgade de Bajram Curri. De là, le van des navetteurs pour Valbona et les villages du nord de l'Albanie. Cette région est décrite comme étant l'une des plus dangereuses d'Europe, il n'est pas rare que de rares voyageurs s'y fassent dévaliser, au mieux. Même les Albanais des autres régions rechignent à se rendre au Nord. Pour les amateurs de trek et d'eco-tourisme, Valbona est certainement un bon départ. Il y a toujours la chambre chez l'habitant, chauffée avec un bon poële à bois, demander par exemple Arthur (Tel. 06 92804768). Mais revenons aux navetteurs. Deux heures de chemins de terre et de pierre pour relier Valbona à Bajram Curri, l'habitacle envahi par la musique émanant d'une cassette pourrie, passée un dix mille fois, de musique albano-kosovarde. Je pense que c'est la seule activité du chauffeur, un aller le matin, un retour en début de soirée, il tue son temps à Bajram Curri entre les deux. "C'est à la marge des sociétés, à la marge du monde, que l'on discerne le mieux certaines choses, où le fonctionnement intrinsèque de toute société est mis à nu". Ouais, enfin, bon, je commence par m'installer dans ce café de Bajram Curri. Autour, des hommes de tout âge prennent leur café serré, avec un verre de raki (alcool blanc, ce n'est pas le "raki" turc). Dans une ambiance de fumée de cigarette opaque qui va du plafond à un mètre du sol. Il est 8H30 du matin. Et comme partout, cette manie qu'ont les Albanais de rentrer ou de sortir d'une pièce, d'un resto, d'un café, d'un compartiment de train, sans jamais refermer la porte.
Des femmes d'un âge avancé passent sur le trottoir, un foulard blanc sur la tête. D'autres ont un foulard noir, j'ignore vraiment si elles portent le deuil encore une fois. Un vendeur de chaussure, au look funky, pantalon pates d'ef', favoris négligés et veste mi-longue avec fourrure de mouton retourné à l'intérieur est posté devant le café poiur le deuxième jour d'affilée. L'italien est bien la langue véhiculaire pour s'adresser aux étrangers dans le nord du pays. L'Italie est sans doute la seule porte de sortie. Au sud, ils ont la Grèce et la Macédoine. A Tirana, au centre, bien, ils ont Tirana et son activité propre à toute capitale. Au nord, il n'y a rien. A part l'Italie de l'autre côté de la mer. Et dans les montagnes du Nord, il n'y a vraiment rien.
Pour partir vers le Kosovo, nous faisons avec le chauffeur du van 3 fois le tour de la cité de Bajram Curri à la recherche du client. Dans la brume, avec un léger rayon de soleil, on apperçoit une armée de glandeurs, les mains dans les poches. Un remake de la nuit des morts-vivants. 90% de chômage. Il y a 4 (?) modes de conjugaison en français (indicatif, imperatif...). Il y aurait 7 modes dans la langue albanaise, dont un mode qui exprime l'espoir. Je ne sais pas depuis quand ce dernier a été utilisé dans ce coin.
Kosovo
A coté de l'Albanie, le "malheur kosovar" fait office de supercherie. Les véléités de panalbanisme n'ont pas résisté longtemps à l'ouverture des frontières albanaises. Peu de kosovars sont aujourd'hui pressés d'être réunis à leurs frêres de l'autre côté de la frontière. Encore un exemple du caractère très variable dans l'espace et dans le temps de l'identité nationale. Le Kosovo, c'est en effet un réseau routier relativement performant, des kilomètres de centres commerciaux, de la lumière partout, une population qui parle bien l'anglais, des emplois, des euros, pour peu un 52e état US.
Il y a cependant des facteurs qui empechent l'indépendance. Le droit des Serbes au retour, conformément aux conventions internationales sur le droit des réfugiés et autres victimes de nettoyage ethnique. Bien entendu, ceux qui ne possédaient rien ou peu, et les miliciens notoires, ne reviendront pas. Les propriétaires terriens peut-être. Des quartiers entiers de Prirzen sont aujourd'hui réduits à l'état de villages fantome, supervisés par les casques bleus, de leur niz d'aigle sur les collines avoisinantes. Des maisons aux vitres brisées, à moitié incendiées, des toits qui manquent, des rats et des chats comme seuls badeaux. Les habitants sont quelque part à Nis, Belgrade...
L'enjeu de l'indépendance se trouve également en République serbe de Bosnie, dont les forces politiques en présence ne manqueront pas d'auto-proclamer leur indépendance à leur tour si le Kosovo en fait de même unilatéralement.
Des photos suivront à la mi-février.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Albanie
vendredi, janvier 05, 2007
Mais ou est donc le moyen-orient ?
On trouve ici des recits, temoignages et autres anecdotes dans des pays aussi divers que les Balkans, le maghreb, l'Iran. Si demain j'allais plus au sud en Afrique, je n'en changerais pas le titre, de meme si je devais me retrouver au Pakistan ou meme en Inde, voire meme si ce voyage me menait au bout de l'ex-indochine. Disons que si je devais prendre un bateau pour l'Amerique du Sud, je le remettrais peut etre en question. Le principe est que ce voyage a commence dans ce que l'on apelle communement en Europe et aux Etats-Unis, Moyen Orient et cela se suffit a lui-meme.
C'est a la fin du XIXe siecle que l'on a commence a parler de "Proche-Orient" et de "Moyen-Orient". Precedemment, on appelait simplement "East", tout ce qui etait a l'Est de Belgrade, sans doute une supperposition du terme avec le debut et la fin de l'Empire ottoman. En tout cas, la "question d'orient" concernait historiquement l'imposition par les puissances europeennes de leur influence dans les pays sous domination ottomane.
Sans rentrer dans les details, les termes "Moyen Orient", "Proche Orient", "Extreme Orient" dependent au cours des decennies de l'actualite, de l'emphase donnee par les medias aux faits et a leur besoin de simplifier conformement aux besoins de simplification de leur auditoire. Un exemple concret est que l'on a commence a parler de Proche et d'Extreme Orient a la fin du XIXe siecle pour differencier en un coup d'oeil le probleme ottoman dans le premier cas, et la guerre sino-chinoise, dans le second. *
Leur definition dependent aussi des besoins militaires de communiquer clairement et efficacement, voir les definitions successives donnees par Churchill au cours de la deuxieme guerre mondiale. Ici, le "Moyen Orient" va de Casablanca a Baghdad, etant donne l'importance des campagnes menees par les allies en Afrique du Nord et la lutte contre le changement de pouvoir hostile a Baghdad et contre les Vichystes au Liban et en Syrie. Un shift vers l'ouest donc.
Elles dependent aussi des interets de chaque Etat, de chaque puissance ou blocs, donc elles peuvent varier "par essence" entre les epoques. Ici je renvoie a la derniere definition par l'administration Bush du "Grand Moyen Orient" (de Casablanca a Islamabad, voire jusqu'a l'Indonesie) ou du "Nouveau Moyen Orient" de Condoleeza Rice. Au sortir de la 2e guerre mondiale, la conception et les limites du "Middle East" diversait d'ailleurs fortement entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne par exemple. Je me demande meme si personne n'a jamais ete tente a Washington d'inclure a un certain moment l'Europe entiere (moins le Royaume-Uni) au "Proche Orient".
La confusion a meme ete parfois volontairement introduite, notament durant les annees de "Doctrine Eisenhower" qui debute a la fin des 50's. Une frontiere intentionnellement rendue floue, pour se reserver le droit d'intervention ou de non-intervention face a d'eventuels mouvements hostiles du bloc communiste dans la region, non clairement definie.
Reste de tout cela, une confusion totale. L'article indique d'ailleurs en conclusion que la maniere la plus logique (en 1960 !) d'utiliser le terme "Moyen Orient" dans une analyse politique est de trouver le plus petit denominateur commun entre les definitions proposees tout en reconnaissant lors de son utilisation que c'est un terme arbitraire. Ce denominateur commun jusqu'alors est la Turquie, l'Iran, la Palestine / Israel, l'Egypte et les Etats arabes en Asie (le Levant et la peninsule arabique). Un terme arbitraire, j'aurais ajoute, "issu de l'imaginaire occidental". Qui d'ailleurs a fixe un jour les limites des continents europeens et asiatiques ?
Si on veut vraiment etre correct, il est plus approprie de parler de groupes ou groupements definis par eux-meme. Comme on parle de l'Union Europeenne, il conviendrait de parler par exemple de la ligue des Etats Arabes ou de la Confrence Islamique ou de tout groupement regional constitue par la volonte des membres qui le compose, et de rien d'autre. Mais bon, moi ca me va comme ca.
Qu'en est-il sur le terrain ?
Meme si j'ai passe jusqu'ici un an seulement dans cet ensemble que l'on nomme Moyen Orient et que l'on a appele jadis Proche Orient si l'on considere mon cheminement dans les Balkans, je n'ai fait honnetement que survoler cette region. Ma vue est superficielle, j'en conviens. Mais voici l'une des choses qui me sont apparues clairement si il en est.
En claquant la porte de mon appartement en Belgique il y a un peu plus d'un an, et en me dirigeant vers l'Est, j'avais deja commence au premier pas un cheminement qui allait me montrer le caractere progressif des regions et pays traverses. L'ideal serait de se deplacer en moto et de ne faire qu'une centaine de kilometres par jour pour que ceci aparaisse encore plus clairement. Il faut vraiment du temps mais cela doit en valloir la peine, car c'est fascinant.
Je vais lancer quelques exemples en vrac. On trouve du burek (avec des noms sensiblement differents mais avec la meme racine), cette pate feuilletee truffee d'epinards, de fromage ou de viande, a manger en buvant de l'ayran, de la Slovenie a la Turquie. Cette specialite se dilue dans le nord de la Syrie. L'ouzo qui devient raki en Turquie et arak en syrie et au Liban. La progression du mezze grec au mezze libanais, lui meme une forme raffinee du mezze syrien, ou est-ce l'inverse, le syrien etant une forme plus brute, plus grossiere de l'art du mezze libanais.
L'urbanisme des maisons eparpillees de la cote croate ressemble a s'y meprendre a celui des cotes grecques. Et les villas 2 ou 3 etages libanaises des montagnes du sud sont quasi la copie conforme de celles des campagnes grecques.
Ou le crescendo aussi dans le caractere organise de la circulation routiere qui partirait du sud de la France, par l'Italie, les Balkans, la Grece, la Turquie pour arriver au desordre routier total sur les cotes du Levant, pour se "civiliser" a nouveau a mesure que l'on avance vers le Golfe arabo-persique (tiens voila d'ailleurs encore une realite nommee differement en fonction de la rive d'ou l'on se place, Golfe Persique d'un cote, Golfe arabe et Mer d'Arabie de l'autre). Le port de la barbe et la facon de la tailler et la transition dans les modes vestimentaires jusqu'a la djellabah blanche immaculee portee dans les monarchies petrolieres du golfe. La presence ou non du voile pour les femmes et surtout la facon de le porter. En dehors de toute representation religieuse et d'affirmation identitaire..., le foulard sur la tete commence deja a etre porte d'ailleurs dans les Balkans, surtout dans les campagnes. Il y a certainement un caractere traditionnel dans son port mais je n'invente rien.
La transition dans la musique populaire et classique et un crescendo lent de Sarajevo a Damas, ces voix qui ne chantent pas mais gemissent, avec des variations a peine sensibles, de la guitare tzigane au a'oud arabe. La danse, la Dabkhe, cette maniere de danser en rond que je pensais etre une invention syrienne mais que j'ai vu danser de maniere parfaite sur le parking d'une gare routiere en plein milieu de la Turquie pour celebrer le depart d'un membre de la famille qui partait au service militaire. Il y aurait moyen de trouver une gradation vers le sirtaki grec, voir certaines danses russes.
Meme au niveau des religions et de la pratique de celle-ci, on verra des pratiques plus ou moins intenses, avec des pics a l'interieur meme des pays entre les regions au sens large, que l'on soit en Europe occidentale, en Turquie ou en Iran.
J'ai vraiment envie de completer avec d'autres exemples, je vais etre plus attentif a cet aspect dorenavant.
En faisant le lien avec l'Europe centrale, je suis certain qu'il serait possible de trouver de telles gradations en matiere d'habitudes culinaires, de musique, de culture au sens large entre les Balkans et certaines regions hongroises, autrichiennes, puis allemandes et ainsi de suite jusqu'en Scandinavie. Seul un ocean peut donner lieu a de reelles "coupures culturelles" a terme, et encore, dans la mesure ou rien n'empeche d'aller d'une rive a l'autre.
Tous ces elements culturels ne se modifient pas de facon lineaire, plane d'un point a un autre. C'est un paysage en trois dimensions, avec des pics et des vallees aux pentes plus ou moins douces, avec ses cours d'eau qui amenent beaucoup plus loin leurs alluvions. On rencontre parfois des falaises, telle ou telle frontiere d'Etat par exemple, meme dans un monde qui tend et qui a toujours tendu a s'uniformiser, au plus la communication est rapide et aisee. Mais il existe toujours plus loin un passage, une pente plus douce a emprunter. Dans tous les cas, plusieurs aspects de la culture, et je n'ai aborde plus haut que des aspects pratiques, parlant et courant, ce qui fait la vie de tous les jours, comme la mode, la cuisine, l'urbanisme ou la musique, il y a toujours plusieurs elements qui rapellent la proximite geographique et qui elle ne ment pas.
C'est vraiment un sujet a developper. Car il va dans le sens qu'il n'y a pas de "fracture de civilisation" nette, un antidote au choc des civilisations.
Ce modele de "transition de cultures" serait un paysage donc en trois dimensions, avec des univers paralleles, le tout se superposant l'un a l'autre. Impossible a modeliser en fait, sinon a retranscrire la realite elle-meme, extensivement. Sans compter qu'il faudrait etablir une echelle de gradation pour des dizaines d'elements culturels et base sur des enquetes dans lesquelles on sait que les gens ont une vue extremement subjective de la facon dont ils percoivent leur identite. Si vous connaissez un "fou" qui s'est lance dans ce genre d'entreprise, avec des resultats disponibles, meme a echelle plus reduite que celle d'un continent ou d'une region, Moyen Orient dans le language usuel, chevauchant trois continents, je serais tres curieux de les decouvrir !
*Je ne vais pas citer toutes les sources, ce n'est pas une these que je defends ici, mais les faits historiques sont tires d'un article de 10 pages paru dans le Foreign Affairs de Juillet 1960, Where is the Middle East ? par Roderic H.Davison
lundi, décembre 25, 2006
Mar Mousa
Syrie - Un petit message a caractere touristique dans ce monde de brutes.
Des que je suis arrive au bas de la vallee qui monte au monastere Mar Mousa, accessible a pied seulement au travers d'un escalier d'un kilometre et demi, un grand barbu, style ivan reebrov, grand coffrage, grosse voix, m'a adresse la parole. Je pensais que c'etait un guide touristique, il parlait toutes les langues, en tout cas anglais, italien, puis francais. Nous avons emprunte les escaliers ensemble. Quand je lui ai dit que j'etais belge, il m'a tout de suite donne une situation politique et sociale de la belgique dans des termes que peu de gens en belgique meme seraient capables de tenir. Il m'a demande des nouvelles de beyrouth et du liban. Puis le lui ai demande si il habitait la-haut, et en fait, j'avais affaire au pere superieur du monastere, ca commencait fort.
Il s'agit d' un pere jesuite, Italien et il s'apelle Abu Paolo, etabli la depuis 25 ans. Alors, il gere sa citadelle comme une petite entreprise, on y fait du fromage, du pain.... Il a ouvert cet endroit au monde entier, tout le monde est bienvenu. Il n'y a rien a payer pour le logement, ni meme pour la nourriture. La seule condition est de participer a la cuisine, le menage, donner un coup de main ici et la si on reste plus longtemps. J'avais apporte un kilo de dattes du marche de damas. Avant il n'y avait pas d'escalier il y a 4 ou 5 ans. Il fallait faire le grand tour par an nabk, le village a cote, par le col de montagne, des kilometres a faire dans la montagne. Ils ont construit un deuxieme monastere joignable par un escalier metalique au dessus du ravin, a donner le vertige. C'etait des l'epoque romaine une citadelle d'obsertvation sur la vallee, sur la route qui relie damas a palmyre (tadmor). D'ailleurs l'unique porte d'entree de la citadelle principale fait peut etre 1m20 sur 80 cm et c'est assez escarpe. Pour les amateurs de retraite et de silence, c'est un lieu tout indique.
Le reveillon de noel proprement dit nous etions une quarantaine je dirais, moitie syriens, moitie francais / italiens. Veillee de meditation de 3 heures avant la messede minuit. Je n'y suis pas alle, j'etais avec les 5 ou 6 syriens restes dehors, pour exercer mon piteux arabe, mais je progresse. En tout cas, c'est un endroit que je conseille vivement a celui capable de respecter les lieux des hotes qu'il frequente.
Le lendemain, apres avoir fait une marche dans les collines escarpees autour du manastere, on est redescendu avec 3 syriens chretiens de damas avec leur voiture, en repassant par maalula, c'est l'un des 3 derniers villages du coin ou on parle encore arameen, la langue de jesus. Au mois de septembre se tient une fete villageoise a Maamula, au cours de laquelle des troncs d'arbres sont jetes du haut d'une falaise dans un grand feu de joie. Si je suis encore dans la region, je tenterai de ne pas manquer cela. Joyeux Noel.
mardi, décembre 19, 2006
La democratie, c'est pas pour toi, mon gars.
Pourquoi decide-t-on de soutenir des gouvernements liberticides et autoritaires, legitimés souvent (mais pas toujours) par le fait qu'ils constituent un rempart contre l'islamisme, comme si les Arabes se contenteront bien d'un pis-aller. Quelle condescendance et quel mépris de la part de nos gouvernements. Je pense ici particulierement a l'Egypte et au Yemen, et meme a la Syrie, dont le gouvernement a longtemps été un partenaire respectable dans les chancelleries occidentales pour cette raison.
Prenons la stratégie des neo-conservateurs américains, affirmant, le coeur sur la main, que le but de la guerre en Irak était de provoquer une "réaction en domino" au Moyen-Orient. La chute de Saddam aurait, selon eux, provoqué une vague de démocratisation de Islamabad a Rabbat, dans un Moyen-Orient redessiné par leurs soins. On sait aujourd'hui que les Etats-Unis sont aujourd'hui forcé de composer en Irak avec des religieux parmi les plus fondamentalistes du Proche-Orient.
Lors d'une conférence donnée par un ancien ambassadeur US a Beyrouth, quelqu'un de tres ouvert sur la question et je pense, sincere, celui-ci se demandait, chiffres a l'appui, et un peu sans doute pour animer le débat, pourquoi les Etats-Unis récoltaient de si pauvres résultats en matiere d'opinion publique favorable au Moyen-Orient. Au-dela du débat de savoir pourquoi, je lui ai demandé si réellement, les Etats-Unis, dans sa politique extérieure, attachait la moindre forme d'importance a ce genre de considération aussi secondaire que l'opinion publique des peuples du proche-orient au sujet de cette politique.
En fait c'est en lisant un passage dans un essai d'Amin Maalouf, auteur francais et libanais, intitulé Les Identités Meutrieres, que cette question a pris un autre relief. Cette maniere de procéder dans la région n'est pas neuve, elle n'est pas l'apanage des Americains, loin de la. Je n'apprendrai sans doute rien aux historiens du Proche-Orient. Mais les puissances européennes ont séparé les régimes entre bons et mauvais bien avant eux. En voici un exemple.
En 1799, Napoléon envahit l'Egypte. Ceci fut le début d'une réflexion dans le pays conquis en vue de savoir pourquoi, en quelques siecles, l'Occident a pris une telle avance dans tous les domaines techniques et militaires sur l'Orient, conduisant a la défaite cuisante de 1799. Dans ce contexte apparait 6 ans plus tard le roi Mohammed Ali, un visionnaire, Albanais, ancien officier ottoman, qui va se mettre en tete de combler le retard de l'Egypte sur l'Occident. Il fait engager des medecins europeens et fonde des hopitaux universitaires. Il engage des officiers napoleoniens dans son armée. Il entame une réforme politique et judiciaire, il soutient le progres technique et scientifique dans un effort sans précédent pour la modernisation de l'Egypte (ceci n'est pas du tout souligné sur un site comme wikipedia sauf pour des raisons militaires, mais c'est A.Maalouf qui souligne). A tel point que celle-ci, toujours infeodée a l'Empire Ottoman, pense de plus en plus a s'en defaire et va meme marcher sur Istanbul a deux reprises. Le mot de la fin viendra d'une coalition europeenne qui repoussera l'assaut egyptien jusqu'au Nil. Il était en effet préférable pour les Empires européens de disposer d'un allié ottoman, faible, en retard et moribond, sur la route des Indes, plutot qu'une puissance potentiellement dangereuse car en voie de développement au point de rattrapper son retard sur l'Europe, mais surtout, indépendante et incontrolable. L'Egypte, encore tres fragile, ne s'en relevera pas.
lundi, décembre 18, 2006
Fucking backpackers
Voila ce mec, un suedois, je sais pas, il doit avoir entre 60 et 70 ans, age indetermine, qui est installe dans le dortoir commun de l'hotel Harammein de Damas, dans le souq Sarroujah, alors que j'y reviens. Les 2 autres pensionnaires de la chambre se taisent, il parle sans arret. Comme si cela devait etre une tradition, il me demande d'ou je viens et ce que je fais ici. Je lui dis que je viens de Beyrouth. Je n'ai pas le temps d'en dire plus qu'il me sort une litanie, je ne rentrerai pas dans les details, de sa vision extralucide de la situation politique libanaise, du foutoir cause par les musulmans, d'ailleurs il en a toujours et ainsi. Et surtout, que j'avais de la chance d'etre ne en Belgique, you know, tous ces gens ne connaissant pas la democratie et moi j'ai de la chance d'etre ne dans un pays ou on peut s'exprimer librement. J'apprends vite que ce monsieur est reste en tout et pour tout 3 jours au liban, entre un aller - retour en Syrie et une tentative de passer en Jordanie.
Alors il y a quelques mots que vous entendrez sans arret dans la bouche de backpackers : cheap, because it was cheap, it is cheaper, you go to this place, you will adore it, and it is cheap.
Ce qui me fait rire, c'est aussi l'impression que donnent des backpackers d'avoir ete dans des endroits absolument extraordinaires ou personne n'a ete et qu'ils sont les seuls a avoir vecu ces aventures extraordinaires. Par exemple, a Petra, en Jordanie, tu peux dormir avec les bedouins pres de ruines, man ! Oui, eux qui viennent de faire un aller-retour Amman - Baghdad, tu peux boire la meme eau que leurs chameaux (eraintes d'etre restes immobiles depuis le debut de l'annee) et fumer leur narguile avec le tabac artisanal de bab el oued (made in china). Il parait meme qu'il y a une experience unique au monde, c'est d'aller dans le desert blanc egyptien avec des bedouins en jeep et de passer la nuit a la belle etoile. Tellement unique que le ministere du tourisme egyptien compte construire une autoroute six bandes entre le Caire et les oasis de Baharryia et de Farafra...
Bon nous nous sommes tous les 3 endormis sous les beuglements sans fin de notre vieux backpacker, qui, habille comme un clochard s'est d'ailleurs fait refouler a la frontiere jordanienne pour une vague histoire qu'il lui est arrive il y a dix ans a la meme frontiere. Il y a juste un moment ou on lui a dit de se taire ou de crier moins fort, c'est quand il a commence son ode a Israel et a la beaute de ce merveilleux pays. On s'est endormi... et on s'est reveille au son de sa voix. Le lendemain il a recidive, alors que je prenais paisiblement mon petit dej avec un hollandais de passage, quel plaisir de pouvoir reparler un peu la langue de vondel ceci dit en passant, alors que la reception etait bondee, il m'a lance de loin : see you in Jerusalem !
Je ne pouvais que lui repondre : Inchaalah !
Un type pareil, ca pourrait vraiment vite vous attirer des ennuis.
Une histoire moins drole, c'est celle de ce Japonais qui lancait autour de lui un defi qu'il s'etait donne a lui-meme : aller en Irak. Il est passe dans cet hotel, certains membres du personnel se souviennent tres bien de lui. Il y a aussi le temoignage d'autres backpackers qui l'ont croise dans la region et qui ont confine dans le livre d'or de l'hotel leur rencontre avec ce gars. Il est alle en Irak, "out of curiosity", et il n'en est jamais revenu. Dans ce meme registre, a la page suivante, la coupure de presse qui le montre devant ses bourreaux, peu avant son execution. Cela en vallait-il la peine ? RIP mec...
lundi, décembre 11, 2006
Et pendant ce temps à Beyrouth
Les "Pro syriens"
Les médias présentent donc les premiers comme étant "prosyriens" et les seconds d' "anti-syriens". Par un retournement et un hasard de l'histoire, on trouve parmi les premiers d'importantes forces qui se sont opposées à la mainmise syrienne, notoirement à la fin des années 90. Et l'on retrouve dans le gouvernement des courants qui au moins à un moment ou à un autre ont été les plus sûrs alliés de la Syrie pendant ces années de plomb.
Il y aurait bien d'autres grilles de lecture.
Par exemple, une opposition Bourgeoisie/peuple, Gauche / droite, Province / Beyrouth, clan x / clan y...
Si la première manif de l'opposition a attiré 800.000 manifestants, chiffre non contesté, on peut estimer que celle-ci a dépassé de loin la barre du million de manifestants. Au milieu de l'après-midi, la foule était compacte de la place des Martyrs et de Ryadh el Solh a l'intersection Sodeco, deux kilomètres plus haut, et latéralement, quasi d'Achrafyie sur l'avenue Charles Malek, jusqu'au bout de l'avenue Chehab en sens oppose. En revenant en fin après-midi du sud, par la route de l'aéroport, les voitures et les bus étaient parqués jusque bien au-delà de l'Intersection Cola, a 3 bons kilomètres de la place des martyrs.
Au retour du sud vers Beyrouth en fin après-midi, on pouvait observer une file de voitures et d'autobus, de minibus, arborés de drapeaux en tout genre, qui allait de Saida a Beyrouth quasi sans discontinuer. 40 kilomètres de bouchon au bas mot. La semaine précédente, on pouvait observer le même phénomène sur les routes provenant du nord, colorées d'orange et de vert fluo.
Pour celui qui a vécu un peu au Liban, il aura pu remarquer trs vite que l'Etat y est absolument inexistant. C'est largement une société ultra capitaliste, ou il fait effectivement doux de vivre quand on y a de l'argent, sans aucune règle ni régulation sociale. L'infrastructure publique y est calamiteuse, notamment les chaussées, l'aménagement urbain, la police de la circulation, l'environnement, les postes et telecommunications. Le téléphone portable y est le plus cher du monde. L'internet est également le plus cher et le plus lent du Moyen Orient. La mafia gangrene tout, les ministres confondent le trésor public avec leur portefeuille. Je ne dis pas que l'opposition ferait mieux, mais elle est encore vierge de ces pratiques.
Les raisons de penser qu'il n'y aura pas de guerre civile.
Positivons.
Certains pourraient y voir un facteur de guerre. Je dirais au contraire que vu les forces en présence, personne n'a intérêt a prendre l'initiative d'un déclenchement des hostilités. On a vu que 15 ans de guerre civile dans le passe n'ont mène a rien, sauf a rétablir une constitution qui a peu de choses près, avait été écrite sous le mandat français. Seule une mise en scène grotesque pourrait mettre le feu aux poudres. Quand on aborde cette éventualité avec tout un chacun, de toute condition et de toute confession, c'est une lassitude par avance qui transparaît, surtout pour les gens de 30 ans ou plus.
Ne connaissant le Liban que depuis à peine 3 mois, mais ayant bougé du nord au sud et de l'est à l'ouest, il y a cependant une notion qui traverse toutes les tendances, tous les villages et villes du Liban, et toutes les conditions, à l'exception de quelques groupuscules pro régionalistes, c'est l'amour du Liban. Les manifestations sont éclairantes sur ce point. Dans les premières, et particulièrement celle où je me suis trouvé, suite à l'assassinat du Ministre de l'Industrie Pierre Gemayel, il y avait bien une présence importante de drapeaux des Forces Libanaises et Phalangistes, due aux circonstances, mais la majorité des drapeaux étaient le drapeau national. Pareil pour les deux manifestations de l'opposition. Un raz de marée de cèdres sur drapeau rouge et blanc.
L'alliance entre le parti du général Aoun et le Hezbollah a pour l'instant sauve le Liban d'une surenchère communautaire et confessionnelle.
Le Hezbollah contemporain et l'OLP des 70's. Les similitudes existent. On entend souvent dire sur les campus, dans les discussions avec le commerçant du coin ou dans certains journaux que le Hezbollah se comporte comme un état dans l'état. On parle de 5e colonne, du danger de la présence d'une force armée incontrôlable sur le territoire libanais. Ce débat n'est pas neuf, il a cours depuis au moins le retrait israélien de 2000. Il y a cependant un point non négligeable à savoir que le Hezbollah est libanais. Il y aurait bien d'autres éléments, mais j'arrête la. Pour le reste, incha'allah.
(Toutes ces photos sont la pour rappeler, si besoin il en est, a quel point le Liban est un pays magnifique. Photos prises dans le sud, place des Martyrs, Bekaa)
lundi, novembre 27, 2006
Kesako ?
mardi, novembre 21, 2006
Pierre Gemayel assassiné
Aujourd'hui, enterrement de Pierre Gemayel et manifestation monstre dans un remake de celle qui a conduit a la fondation du mouvement politique du 14-mars, lui meme traduit en une victoire electorale menant la coalition actuelle au pouvoir.
- Pierre Gemayel, minister of industry of Lebanon has been assassinated
- The UN, the same night, have given their "go" for the international court judging the murder of Rafic Hariri
- Syria and Irak have re-established their diplomatic relations (after 25(?) years) and Syria have admitted the principle of american troops being based in Irak, while other sources say it could be the beginning of a regional alliance between Syria, Iran and Irak, without the US. I don't believe in that, I believe only in realpolitik. And within this frame, america IS the primary player in Irak.
Syria and Iran have been immediately accused for the murder of Pierre Gemayel by the members of the governing majority. There are arguments and reasons to believe so. I know people who have been living the last few months in Syria, and the opinion there is that the syrian government want, by a way or another, by any possible ways, avoid the international court. This ranges from destabilizing the region, to even reactivate the golan front against Israel (the most peaceful front in the world for more than 3 decades now). That's true there are absolutely no doubts re. the former crimes, that Syria was AT LEAST involved or aware, when looking at the way the impressive bomb attacks were conducted, in a country ruled by the syrian occupier. At the other side, I do not understand what would be the meaning of such an initiative (killing somebody else in the lebanese government) as it only fastens the establishment of the court (see the vote, the same night, at the UN security council). For the last assassination of Pierre Gemayel, there are also troubling facts : the operating modus was different (commando vs. bomb), in the heart of a christian quarter, by 3 men even not covered and who could escape without difficulty while there is a cop every 10 meters in the street.
Yesterday I was in the bekaa, in baalbek, within hezbollah bases. The following is also an opinion shared by left wing members of the communist party and also by supporters of the former general Aoun (christian leader in the opposition). The murder could come from close christian bases close to the majority. The goals are : forcing the international court, and above all, attract "lost souls" aka. the important christian minority following the general Aoun to reintergrate the lebanese forces against Hezbollah and Syria. This scenario is also hard to believe, but it is a possible option.
The third possibility, there are different opinions actually : a mafia "reglement" ; or an operation approved, if not supported, by the united states, not happy to see that an UN mission, mainly lead by France and other european powers, is taking leader ship and is managing to keep peace in the region (it could be dangerous for the american hegemony in the region) : not afraid to threaten Israel if they move and determined in impeaching Hezbollah to re-establish its military presence in the south ; the Hizbullah itself, in order to sthrengten the tension strategy with the goal of forming a national unity government where they would be better represented ; or even, the mossad, Israel not willing a pacified Lebanon.etc... As you can see, Lebanon is still the country of rumours and imagination, more than ever.
Practically, we are not far from a civil war. You just need two factions for that. No need for an hostile divided population as we commonly believe, as if an entire community of one country wanted to fight with the members of another community. We know that Hizbullah is armed, and it seems the Lebanese forces are as well. The lebanese "official" army could not stay as fair as they look like. We will see in the next few days and weeks if there are forces in this country willing to lead it to a civil war again.
(photos : images de la manifestation du 23 novembre sauf la derniere, vue du toit de mon immeuble)
mardi, novembre 14, 2006
Beyrouth (2)
Le hezbollah demande donc une minorite de blocage d'un tiers au sein du gouvernement. On les soupconne de vouloir bloquer le proces hariri, le tribunal international qui amenerait des syriens et des libanais haut places devant la barre des accuses. Il est aussi question du round Paris III, le programme d'aide économique international pour le Liban. Ce terme "minorite de blocage" est une expression utilisée par la majorité. L'opposition parle plutôt de minorité de participation. Ce qui a du sens. Comment parler de gouvernement d'union nationale si certaines des parties n'auraient qu'un role de figuration dans ce gouvernement ? Le dernier deal sur la table, à savoir de troquer une minorité de participation / de blocage contre la garantie de la tenue du tribunal international, présenté vendredi, semble aller dans le sens que l'opposition ne tient pas à bloquer l'issue de ce tribunal. Il faut dire que les garanties présentées par l'ONU, exactement au moment où ces réunions "de la dernière chance" successives avaient lieu à la place de l'Etoile, facilitent le troc. Les chefs d'Etat gardent leur immunité (comment le conseil de sécurité de l'ONU eut-il pu en décider autrement, il ne faudrait quand même pas créer un dangereux précédant) et l'assassinat d'Hariri et d'une vingtaine d'autres personnes dans une explosion quasi sans précédent due à un camion piégé avec deux tonnes de TNT, ne sera pas jugé sous le principe de crime contre l'humanité, avec raison gardée également. Mais meme ce troc, personne ne sait plus d'ou il vient, par qui il a ete propose, 4 jours apres qu'il ait ete depose sur la table. On interroge le concierge.
Ce week-end, comme vous avez pu le lire dans la presse internationale, les 5 ministres Hezbollah et Amal, ainsi qu'un ministre fidèle au président Lahoud, lundi matin, ont démissionné, devant l'impasse des négociations. Le premier ministre Siniora a refusé tactiquement ces démissions, pour ne pas valider le caractère anti-constitutionnel qu'aurait un gouvernement ne regroupant pas certaines des minorités nationales. Ce lundi même, le gouvernement réduit de ses ministres démissionaires a tenu une réunion extraordinaire validant le draft rendu par l'ONU sur la tenue du tribunal international pour juger de l'assassinat de l'ex-premier Rafik Hariri. C'est donc un feu vert pour le tribunal.
Tout ceci, vous pouvez l'imaginer, dans un rafus de formules chocs, et de grandes paroles de martyrisation, "Ils veulent assassiner Rafik Hariri une deuxième fois", le terme de "5e colonne" revient régulièrement, l'appel à descendre dans la rue, même pacifiquement (de la part d'un mouvement, le Hezbollah, qui détient un arsenal militaire) serait un acte "dont les auteurs devront supporter toutes les conséquences", d'un coté. D'un autre côté on sort les accusations de collusion, voire de trahison organisée avec l'aide de l'ennemi americano-sioniste. Ca vole bas, dans un concert d'appels et de déclarations toutes plus mélo-dramatiques que les autres.
Si ce tribunal est reellement le point sensible de toute cette negociation.
Pour certains, notament au sein de la majorité menée par le mouvement du 14-mars, les deux vont de pair, et on peut le comprendre, mais l'objectif pour le liban, devrait etre l'independance nationale et non le debat de principe sur la culpabilite de tel ou tel politicien. La justice et l'indépendance nationale risquent bien d'être des principes incompatibles dans ce cadre. Car cette culpabilite, meme si elle est etablie et condamnee, il faudra encore que la sanction soit executee, ce qui est loin d'etre acquis. Les syriens seraient deja prets a reactiver le front du golan contre israel, en vue de detourner l'attention de la communaute internationale et empecher le proces hariri coute que coute. Que vaut la condamnation de 2 ou 3 pontes, situation qui va encore exacerber les passions et crisper les positions, en comparaison avec l'occasion historique pour le liban d'acquerir pour la premiere fois depuis 30 ans sa veritable independance ? Ne serait-il pas judicieux d'organiser en coulisse la voie de sortie de certaines influences nefastes ?
Deuxièmement, le debat est accapare par l'influence etrangere sur le Liban. Par consequent, toute avancee sur la fonction et l'organisation de l'etat, les infrastructures, la reconstruction, son role social, l'education, passe au second plan. Une veritable independance, sur des bases solides, passe au depart par l'unanimite des composantes de la nation dans un projet commun. La focalisation des débats s'est faite autour du procès de l'assassinat d'Hariri et de la minorité de blocage. Si l'on considere donc que ce procès est admis par l'opposition, et c'est à l'ensemble de la classe politique qu'il faudrait poser la question, au nom du peuple libanais : quel est votre projet ? On a parlé de Paris III, en pointille, et du procès Hariri, mais absolument rien d'autre n'a transpiré de ces réunions marathon, ce qui personnellement me laisse sur ma faim.
(photos : Beyrouth sauf la derniere, detail de la citadelle de Tripoli)
mardi, novembre 07, 2006
Beyrouth (1)
Tout ceci mene a des situations ou sur un meme mur on verra des affiches surcolees ou quasi cote a cote de Dory Chamoun (liberal chretien), Samir Kassir (laic de centre gauche) et Rafic Hariri (sunnite de droite) tous les 3 assassines, puis sur le meme mur les posters de leurs assassins. Voilà la politique au Liban, c'est la joie. J'ai parfois envie de me munir d'un pinceau et d'un pot de peinture et de tracer des flêches entre les portraits, des liens, des signes "=", des signes "><", des petits coeurs etc... Ce serait une nouvelle démarche éducative intitulée "la politique libanaise expliquée au passant".
dimanche, septembre 24, 2006
From Boulder to Beirut
How I spent my summer vacation - Part 1 of 2 parts
Dan Winters
As the plane touched down at Beirut International Airport many of the passengers applauded. This was one of the first flights to land at the airport since the Israeli invasion of Lebanon in July 2006.
My trip to Lebanon was a project of the Rocky Mountain Peace and Justice Center (RMP&JC), headquartered in Boulder, and also the Coalition for Peace and Justice in the Middle East, headquartered in Denver. Members had contributed funds and an airline ticket to get me to Lebanon to distribute funds donated by individual members to grass roots organizations. In addition, I was planning to start a one person office to help facilitate getting information back to the United States.
This is part 1 of 2 parts. What follows are excerpts, and some editing, from a blog I wrote at http://www.daninlebanon.blogspot.com which readers can visit to read the full text of part 1 and also the full text of what will be part 2 in the next newsletter.
samedi, septembre 23, 2006
Les champs de mines du Sud Liban
On denombre 4 millions de sous-munitions eparpillees au Liban, semees par l'armee israelienne. Une par Libanais.
Il est assez curieux de constater que les groupes (ONG) de deminage proviennent, a de rares exceptions pres, des pays producteurs de ces memes mines. Sur les murs, les notices explicatives des mines anti-tank et des mines anti-personnelles proviennent de : Israel bien sur, l'Italie, Grande-Bretagne, France, Belgique, Hollande, quelques mines de l'ex-Yougoslavie, de la Chine et evidemment des USA. Pas vu de mines anti-tank (posees par le hezbollah) ni de mines anti-personelles (bombes a fragmentation balancees par Israel) ayant ete fabriquees en Syrie ou en Iran.
Abu Liban
La majorite des bombes a fragmentation dans cette zone ont ete larguees dans les deux jours avant le cessez-le-feu. C'est une technique de "terre brulee" appliquee par Israel a la sauce XXIe siecle. Autour, ce sont des zones de cultures en plateau, desechees, pres du village. Il n'y a apparemment aucune raison pour laquelle la zone a ete tapissee de bombes, voir plus haut.
La petite soeur de Hassan a un jour trouve l'un de ces fragments et immediatement son grand frere de 10 ans lui a dit de lacher immediatement la chose, il a vu a l'ecole ou ses parents lui ont explique que ce n'etait pas pour jouer. Sa petite soeur l'a jete de colere entre eux deux. Plus de peur que de mal pour Hassan qui a ete transporte a l'hopital de Sour (Tyr) et il s'en tire avec une bonne cicatrice de 20 cm au ventre. Hassan est a present le heros, le gamin de dix ans "qui a deja fait la guerre contre Israel", au milieu de ses petits camarades qui s'esclaffent de rire.
Famille a Aita
Pendant les deux heures passees dans cette maison d'Aita, on verra vingt personnes de passage, ca rentre, ca sort, les freres, les cousins d'a cote, les voisins, l'oncle juge en amerique et le neveu businessman du Canada... Oui, c'est clair qu'on est au Liban.
dimanche, septembre 03, 2006
Destruction massive
Entre Saida et Sour (Tyr), la demolition est plus apparente. Les ponts et les maisons detruites ne se comptent plus. Ici aussi le genie civil a fait son oeuvre. A Tyr, pas d'autre possibilite que le taxi pour aller a Bint Jbail, a 40 km de la. Les taxis commencent a avoir l'habitude des "packages journalistes de guerre tout en 1". Et les prix sont de de l'ordre de 50 USD pour un taxi avec 2 ou 3 arrets, 2 heures d'attente a Bint et retour a Tyr. Jack et moi, nous voulons etre libre de nos mouvements et allons faire comme les locaux et partager un taxi aller-simple a 5 dollars avec les menageres qui reviennent du marche de Tyr. La vie continue.
Monsieur Roger (non d'emprunt, un chretien libanais de Beyrouth qui a sa maison de "campagne" a Bint Jbail), nous fait visiter sa maison, situee dans la vieille ville. On rentre dans une piece living room, je me disais que jusque la, ca allait. Mais la deuxieme partie de sa maison est a ciel ouvert. Il est arrive il y a deux jours pour constater les degats. Il regrette de ne pas pouvoir nous offrir un the ou un cafe, comme le veux le principe d'hospitalite. Il nous en aurait bien offert, mais sa cuisine est inaccessible, recouverte de debris de beton arme. Au mur pendent encore les photos de ses deux fils. Ils sont aux Etats-Unis. L'un est docteur dans le Connecticut, l'autre mene des etudes d'ingenieur au New Jersey. Monsieur Roger n'aime pas le Hezbollah, mais il faut bien avouer qu'ils se sont bien battus. Le parti de Dieu lui a promis aussi 5000 USD pour la reconstruction de la premiere partie de sa maison. Les murs a l'interieur sont deja numerotes par les officiels du parti. Et l'etat libanais, que va't-il faire pour vous ? Jusque maintenant, on ne sait pas tres bien. Il y aura les fonds internationaux aussi, mais on ne sait pas encore quand et comment ils arriveront ici.
Canaa - Une parenthese, quand on y pense un peu, on marche la ou Jesus a foule la region un peu partout de ses saintes sandales. La ou tsahal a transforme l'eau en sang.
Une vingtaine de femmes en deuil sont venues se recueillir sur le lieu erige en mausolee, proche de l'immeuble 3 etages ou ont peri 25 enfants en juillet. Des petites chaises de jardin sont disposees. Sur chacune d'elle, la photo du petit disparu et un bouquet de fleurs. Moment de recueillement.
Des drapeaux libanais et des drapeaux du Hezbollah flottent autour du mausolee. Des tirs de roquette sont partis d'ici. Le resultat fut une punition collective.
Face a la loi du plus fort, quand ce dernier ne connait que sa propre loi, ne reste au plus faible que d'utiliser des moyens hors-la-loi. C'est ce qu'on apelle communement "terrorisme". Mais le plus fort a-t-il le droit d'utiliser des moyens hors-la-loi pour imposer sa loi ? Le pendant du mot terrorisme dans le droit du plus fort ne s'apelle-t-il pas "crime de guerre" ? Peut-etre qu'un jour des tribunaux se pencheront sur ce qui s'est passe a Qana. On peut toujours esperer.
dimanche, août 20, 2006
Syrie (2) : de Apamee a Beyrouth
jeudi, août 10, 2006
Syrie (1)
Mais que se passe-t-il dans la rue ? Est-ce dangereux ?
Au 3e jour, je me suis quand meme decide a sortir et a aller visiter cette bonne vieille ville d'Aleppo. Au coin de la rue xxx, un gars vend des DVD et des CDs de films, avec un appareillage de campagne, un petit ecran couleur et un lecteur branches je ne sais trop ou. La foule s'amasse regulierement a chaque nouvelle representation. Hier soir c'etait un petit film a la gloire du Hezbollah en boucle. On voit un attentat sur une place de village, les djihadistes, tous embusques, sortent des armes d'en-dessous de leur djellabahs et descendent des soldats israeliens. S'en suis une course poursuite de l'un des instigateurs de l'attentat poursuivi par des militaires israeliens, qui s'echappe de toit en toit et en descend grace a une corde a linge. Ca tient de la bouffonerie. Sous une musique typiquement syrienne et un chant bien entrainant pour casser de l'Israelien. Au tout debut j'ai vraiment cru qu'il s'agissait d'une pub pour le recrutement de djihadistes, mais ce n'etait qu'un film. En tout cas je donnerais cher pour jouer dans un film pareil, ils avaient l'air de bien s'amuser.
Ce soir quand je suis passe, il y avait a l'ecran des femmes bien en chair, tee-shirt trop court et jeans moule-fesse du meilleur effet je vous dis pas, qui faisaient "chouf chouf", expression typique pour designer une sorte de danse du ventre, les bras a l'horizontale, ici sur fond de paysages de desert montagneux. Et chaque fois cette foule qui s'arrete sur le trottoir, on ne peut que partir en souriant.
Une autre scene surrealiste en rentrant un soir tard dans mon palais andalou, un camion nettoyeur s'engage dans la rue juste au moment ou je la traverse. Il fallut de peu que je ne sois balaye par le jet d'eau. Car en fait de jet d'eau, c'est un veritable karcher qui est branche sur ce camion citerne. Il fait 10 metres ce camion. A la cabine du conducteur, a droite, un drapeau syrien flotte au vent, a gauche, le drapeau jaune du hezbollah. Le Hezbollah nettoie la rue au karscher, qu'on se le dise. Ca donnera peut etre des idees a Sarkozy.
Halep est une ville passablement hostile, surtout sous le soleil ecrasant. Les gens sont nerveux, meme pour eux il fait trop chaud. La circulation est dense, les klaxons continus. On se bouscule constament, on sue. Il ne faut pas oublier de boire, beucoup, tout ce qui traine. Les vendeurs de limonade au gingembre qui repose autour d'un bloc de glace. Boire aux fontaines des mosquees. Boire du the brulant, ca aide a surmonter la soif aussi. Le souq d'Halep est passablement frais, avec ses rue super etroites et ses "Khan" (anciens refuges de voyageurs, en general des batiments construits autour d'une cour-jardin). Les gens restent eveilles jusqu'a 2 heures, 3 heures du matin. A 4h30, le muezzin s'egosille pour la premiere priere de la journee, elle va etre longue.
Cette annee, il n'y a pas de touristes. Dans la fournaise de juillet et aout il n'y en a deja pas beaucoup. Mais cette annee, en plus, il y a les evenements au Liban. Pas beaucoup de possibilites de visiter les sites autour d'Halep en taxi avec d'autres touristes pour partager les couts. Et le faire seul, en transports en communs, j'en ai un peu marre de visiter des ruines seul. J'imagine aussi ce que ca doit etre, la, au milieu des ruines d'apamee ou dans les villes mortes en plein desert.
Heureusement il y a les hammams et les maisons de the ou on fume le narguile pendant des heures. Mais dans un cas comme dans l'autre il ne faut pas en abuser, une fois par semaine ca suffit. Et heureusement aussi, les Syriens sont conformes a leur reputation d'hospitalite et de gentillesse. Il est impossible de se sentir seul dans ces circonstances.
Il y a quelque chose qui ne marche fondamentalement pas en Syrie, le delabrement est perceptible a tous les niveaux. Prenez les telephones publics par exemple, je parle d'Halep, je ne sais pas si c'est pareil ailleurs. Mais toutes les cabines publiques sont depourvues de telephone. Alors je ne sais pas si ceux-ci ont ete arraches ou si ils doivent toujours etre places, j'en ai fait 40 plutot qu'une, mais partout pareil. Par contre j'ai vu des voitures superbes, de vieilles mercedes et des ancetres qui roulent toujours utilement. Les taxis pullulent et heureusement sont legers. A mon arrivee a la gare de bus, je ne m'etais pas rendu compte que l'un d'entre eux etait en train de me pousser la jambe tout en me roulant sur le pied. Il
me roulait dessus le con. Je pense meme qu'en faisant marche arriere il m'a roule sur le pied une deuxieme fois. On apprend a la longue a user de ce regard noir avec le geste indispensable qui consiste a joindre les 5 doigts en l'air.
Hama
Le lendemain, ce sera donc le Krak des chevaliers. Je passe les details historiques, toute bonne encyclopedie comme wikipedia.org est apte a donner de precieux renseignements.
La journee avait bien commence, en fait j'ai pris, une fois n'est pas coutume, une excursion et l'organisateur s'est rendu compte qu'il avait inscrit plus de gens qu'il n'y a de places dans la camionette. Je suis reste la sur le trotoir avec un couple de polonais.
On n'a pas perdu au change, une SUPERBE bagnole s'est amenee, une mercedes blanche immacule, avec le vieux sigle mercedes devant, le radiateur comme un juke box, interieur cuir, changement de vitesse avec un levier au volant, petite manivelle dans la portiere pour ouvrir les petites fenetres laterales, elle devait dater des 50's. Vraiment une superbe bagnole. Donc on monte, les polonais derriere, moi devant. Tout se passe bien pendant la journee, on recroise les autres qui n'en croient par leurs yeux. Ca frime, je fais le malin en discutant avec les gens, de toute facon, "ma" bagnole attend.
Au retour, atmosphere super chaude, super fatigue, je m'endors.
Au reveil, le polonais me demande si je peux demander au chauffeur, qui ne parle pas anglais, si il peut les deposer a la gare des bus pour acheter un billet pour le lendemain. Je me tourne vers le chauffeur, je lui sors un truc en arabe, il se tourne vers moi une seconde, je suis sur le siege passager. La, je vois le polonais qui tend le bras en avant avec sa figure qui se decompose. Le temps de me retourner vers l'avant, une bagnole quasiment a l'arret est a 3 mettres devant nous, plein freins, mais trop tard, l'emboutissement parfait et violent dans un bruit de tole effroyable. Pas de degats physiques, mais la bagnole est pas loin du sinistre total. Une femme a traverse la rue subitement d'apres la polonaise qui a vu la scene, la voiture devant a fait un grand ecart et a freine, et nous on est rentre dedans a pleine vitesse.
mardi, juillet 25, 2006
Grece
jeudi, juillet 20, 2006
Makedonia
Skopje est une ville étonnante dans la mesure où un centre commercial de 3 étages occupe le quart de la ville en son centre. C'est un peu anti-convivial. Le kilomètre de terasses alignées le long de ce centre, face à la rivière xxx, essaie un peu de compenser sans le faire vraiment.
Il y a un endroit en Macédoine où tous les Balkans se donnent rendez-vous, et au-delà. C'est l'endroit où les Serbes et les Croates passent leurs vacances en bon voisinage, on y trouve des Bulgares, et des Hongrois, des Russes. Cet endroit, c'est le lac d'Ohrid et son parc naturel. Il faut imaginer une sorte de Blankenberge, avec des églises byzantines plantées tout autour, quelques rares mosquées et des flots de touristes de l'Est avec les commerces qui conviennent. Les Hongrois font un plongeon de 15 ans dans le temps. C'est, ceci dit, un magnifique coin de terre, doux, au décors impressionnant. C'est moins cher que la Croatie, d'où le succès populaire.
dimanche, juillet 16, 2006
Nis, la Serbie
Piscine d'ailleurs excellente, la première aussi de ma vie de nageur de km de brasse dont le droit d'entrée m'a été vendu au marché noir quelque cinquante mètres avant les guichets. comme la plupart des piscines des pays de l'ex bloc socialiste, elle est olympique, 50m, on est là pour le sport, sauf que depuis quelques années, il y a quatre fois plus de gens sur la terasse dehors que dedans, tout ce qu'il reste de sportif étant la tenue en maillot de bain. Les lunettes de soleil, ça fait déjà moins Matt Biondi. Et la chope 33 cl posée sur la table à côté du paquet de clopes élimine toute illusion. Disons-le, les mecs sont là pour mater les sirènes slaves qui passent en maillot de bain échancré.
Tant que je suis dans les lieux à recommander, j'ignore si ce qui suit se trouve dans un guide quelconque ou non, je n'en dispose pas. Tout d'abord, un restaurant de quartier, au fond de la rue Jeronimova qui est une voie sans issue. Les "Nisois" seront eux-mêmes épatés que vous connaissez cet endroit de cuisine traditionnelle serbe. Avec une bonne bière, ça fait l'affaire. Ensuite, au coin de la place centrale, à gauche de l'hôtel Ambassador (en grêve), il y a un bon bar. On a l'impression que c'est l'entrée des bureaux d'un ministère, et en fait ça l'est. Ce sont les locaux de l'ancienne télévision d'état locale, privatisée et rebaptisée "Belle amie" (en français) de mémoire. La buvette a été conservée avec son décors et son mobilier design des années 80 socialiste. C'est de façon très surprenante continuellement vide, mais le coup d'oeil vaut le coup.
Tout se trouve au marché noir, ce qui fait vivre les gens, c'est l'économie parallèle. Il y a douze ans à peine, le revenu mensuel moyen était inférieur a 30 dollars. Certains ont fait leur beurre durant la guerre. Des gens partis de rien se sont trouvés propulsés à la tête de fortunes considérables, fondues depuis. Il y a près de 50% de chômage. Loin de tout discours misérabiliste, les jeunes qui m'accueillent, la trentaine, me content les bombardements de 1999 comme s'il s'agissait d'un feu d'artifice un peu hors du commun. C'était un "show à l'américaine", les cibles étaient connues 24h à l'avance, même l'armée yougoslave avait le temps de mettre ses équipements les plus précieux à l'abri. "Ces trois mois furent les plus beaux de notre vie". Une fête permanente, les gens plus proches les uns des autres que jamais. Pas vraiment de pénurie ou même de rationnement, c'est au niveau psychologique que cela a été le plus dur. Et dans de telles circonstances, sans doute qu'un effet auto-protecteur, de fuite dans la futilité de la vie nocturne s'est mis en place chez une partie de la jeunesse serbe. Voilà une belle explication, néanmoins, il faut être en Serbie pour entendre des trucs pareils...
vendredi, juillet 07, 2006
Bosnie & Herzegovine
Tout d'abord, en Bosnie, on ne sait jamais tres bien en voyant les immeubles si ils sont a moitie demolis en raison de la guerre, si ils sont toujours en construction, ou si ils sont a l'abandon depuis 20 ans. Partout des bris de balles et d'obus, certains rebouches avec des briques oranges sur des facades en beton gris. Parfois rebouches au ciment, laissant comme des cicatrices d'une ancienne acne juvenile. C'est la premiere impression.
La beaute absolue de la nature compense quelque peu cette impression. Il y a ces paysages grandioses de l'Herzegovine, faits plutot de pierres et de steppes arides. On traverse parfois de veritables cirques lunaires, des plateaux encaisses au milieu de montagnes, la rare vegetation rappelant que l'on est sur terre. La Bosnie elle-meme est beaucoup plus verte, recouverte de forets denses. Par exemple entre Mostar et Sarajevo, les forets des versants montagneux donnent l'impression de plonger directement dans la Neretva. C'est ce qui doit donner cette couleur bleu turquoise pendant 100 km a la riviere.
Sarajevo
On vient d'un autre pays en traversant la republique serbe de bosnie (Republika Srbska). Le bus s'arrete loin, dans la banlieue est de Sarajevo. Il faut prendre un bus au terminal local pour aller dans la capitale de la BIH (contrairement aux bus venant de partout ailleurs de la federation croato-musulmane qui vous deposent au centre), alors que l'on vient du meme pays. Difficile d'ecrire beaucoup sur Sarajevo. Je suis reste terre 3 jours dans une pension de voyageurs, incapable de sortir, a boire et ecouter les gens qui passent. Il y a eu ici beaucoup plus de Serbes qu'a present. Certains se sont joints a la resistance pour leur ville quand l'armee serbe de Bosnie bombardait des collines avoisinantes. Beaucoup ont fui ou ont ete enroles de force. J'ai lu enormement et je me suis laisse dire a la pension que les vrais sarajevins n'avaient pas le moral. La Bosnie, c'est fini, l'idee d'une Bosnie ou cohabitent paisiblement trois nationalites, ce n'est pas pour demain. Sarajevo a ete repeuplee de paysans, surtout des villages musulmans suite a l'epuration ethnique serbe et croate. Sarajevo a perdu son ame.
Travnik
Ici ce sont les Croates qui s'en sont pris aux Musulmans. Il s'agit clairement d'une ville musulmane avec ses minarets, ses nıght shops ou on ne vend pas de biere. Ses snacks a Cevapi (variante balkanique du kebab) sous toutes ses formes. Sarajevo, Travnik, Mostar, Gorazde, toutes ces villes sont baties de la meme facon, le long d'une riviere, encaissees au fond d'une vallee, et facılement assiegeables depuis les collines avoisinantes.
Mostar
Comme a Travnik, les catholiques croates sont 'intervenus' pour secourir leurs freres menaces par les milices musulmanes, c'est ce qu'en dit l'histoire officielle croate. Un combat entre deux rives, lıees par un pont, le fameux ponts que l'on a vu etre detruit en direct a la tele sous les coups de mortier croate. Quel acharnement sur ce pauvre petit pont, son calvaire a dure sıx mois. On voit dans une expo photo les dıfferentes etapes de sa destruction. C'est typiquement fasciste tiens de vouloir detruire des ponts, eriger des murs et des frontieres. Une absence totale de confiance en l'humain. Quand on est a ce point peu sur de sa propre identite, c'est un moyen bien commode que l'on a trouve pour empecher aux gens de se meler et de coucher ensemble. Le risque d'avoir une generation de batards, vous voyez ? Au fait, de quelle ethnie fait partie la progeniture d'un slave du sud et d'une slave du sud ? Ha oui, orthodoxe, musulmane ou catholique.
La republika Srbska
Visegrad, la ou les paysans sont bas du front et rigolent sous la cape de ce qu'ils ont fait a Sebrenica et a Gorazde et ou Mladic et Karadzic signifient la paix... Je confirme que cet etat, la Bosnie-Hercegovine, est bien improbable, il y a eu trop de mal fait... Si l'eufor n'etait pas la il y a longtemps que les gens se mettraient sur la figure a nouveau. Ceci m'a ete confirme aussi par les serbes que j'ai rencontre en serbie, en tout cas les 4 ou 5 Serbes avec qui j'ai entame cette conversation. Les conditions economiques font que les gens n'ont rien trop a perdre non plus. Les musulmans sont pauvres et isoles, les croates s'en tirent encore grace parfois a l'aide de la famille de l'autre cote de la frontiere. Les Serbes sont considere comme la lie de l'humanite, meme par leurs freres de serbie. "Les Serbes la-bas ? ce ne sont pas les memes gens, d'ailleurs ce ne sont pas des gens...". ca me fait penser a qq chose. Je trouve que la Serbie s'en sort encore bien malgre tout. La Bosnie est la grande perdante de la fin de la yougoslavie.
(a completer et a modifier avec mes notes)
mardi, juillet 04, 2006
Voivodine
En quelques jours, j'integrerai la famille qui gere l'hotel, finissant a leur table et salue par les visiteurs comme si je faisais partie de la famille en quelque sorte. L'un des murs du restaurant est couvert de medailles, de trophees et de diplomes. La serveuse, Isabella, d'origine hongroise, a ete en effet une grande championne de judo, regionale, championne nationale en categories d'age du temps de la grande Yougoslavie. Il y a ensuite son petit ami, la quarantaine, Serbe de Bosnie, qui a fait la guerre et qui en sera marque a jamais d'apres Sofja, la fille ainee de la famille. Il ne daigne recevoir la moindre injonction de cette derniere. Seule la mere, nee en Croatie, a de l'authorite sur lui. Aller en Croatie avec une plaque serbe est sinonyme de degradation, griffes, pneux creves. "Nous les Serbes, on est detestes partout". A Novi Sad, la population est majoritairement serbe. Dans le reste de la Voivodine, la majorite a une identite hongroise. Deja les conversations vont bon train sur un rattachement de la Voivodine a la Hongrie, ou d'un etat independant, un etat confetti de plus dans l'Europe de demain. Et peut etre de nouvelles catastrophes en perspective ? Les Serbes semblent vraiment etre a bout de souffle concernant la moindre revendication territoriale. Un jour, la mere de la famille, matronne du restaurant, me fait dire par son fils, alors que je passais par la cuisine, que j'etais quelqu'un avec de bonnes manieres et que ca se voyait. Je ne sais trop comment interpreter cette declaration subite.
Un soir, attable au restaurant avec deux hotes d'un soir, la table d'a cote est occupee par un gars, style cammioneur avec qui on a pas envie d'avoir de problemes, on lui sert de la Slivovice (alcool brandy a 40%) a volonte et des canapes pour la faim, il n'y touche pas. Six musiciens tziganes l'entourent. Ils sont types indiens, il n'y a aucun doute, ce sont de vrais tziganes. Le musicien a l'accordeon assis a 50 cm de lui, lui chante des chansons a faire rire et pleurer en meme temps. Parfois, il leur glisse un billet de 100 dinars et cela continuera pendant des heures. Une femme a oublier, un deces a pleurer, la simple nostalgie dramatique slave (du sud) qui fait partie de la vie de tous les jours. Quand la musique s'arretera, il s'en prendra verbalement a Ben en serbe, l'anglais a la meme table que moi, sans raison apparente. Il est temps de sortir.
Il y a par hasard a Novi Sad, un festival de musique pop-rock, sur le site de la citadelle Petrovardian. L'EXIT FESTIVAL. C'etait la 6e edition. Les tetes d'affiche sont dignes de celles des festivals a l'ouest. La ville est prise d'assaut pendant ces quelque 4 jours par les Anglais, les Irlandais... 150.000 personnes participerent cette annee a cette edition. Il y a 7 ans cette ville etait encore bombardee par l'OTAN. Et c'est justement de l'autre cote du Danube, au-dela des quatre ponts detruits par les bombardements qu'a lieu le festival. Le nom du festival a ete donne pour dire "Exit Milosevic", sortir de l'ere Milosevic. C'est donc une tres bonne idee que ce festival. Etant donne les echanges entre les jeunes serbes et etrangers, c'est un investissement a long terme pour la ville de Novi Sad, pour la Voivodine et pour la Serbie toute entiere.