dimanche, juillet 16, 2006

Nis, la Serbie

De retour chez l'un des peuples les plus "rock and roll" d'Europe, avec ce que cela comporte d'excès et de travers. Autant le faire rock 'n roll, je ne vous recommende pas l'hotel Athina en face de la gare de Nis. C'est le moins cher de la ville, 500 dinara, un bon 6 euros par nuit, attenant a une boite de strip-tease. Il m'a été renseigné après deux heures de recherche infructueuse par un tzigane sédentarisé qui comme il se doit a de la famille partout en Belgique, à Hoboken, à Haecht, à la gare du midi et à Liège. Six euros, c'est le montant que les "clients" paient pour la chambre le temps de la passe, mais on m'a fait un bon prix. Tous les autres hotels de la ville sont soit a 60 euro la nuit, soit ce sont les hotels de l'office étatique serbe du tourisme, tous en grêve depuis huit mois (sic). Ce qui est quand même gentil, c'est qu'un réceptionniste reste posté derrière le comptoir de la réception pour vous le dire. Il y a un bon business à faire en ouvrant des chambres d'hôte ou une pension clean entre 10 et 15 euros la nuit. Nis est idéalement placée sur la route des backpackers vers la Turquie depuis Belgrade, la Bosnie, la Croatie... Si il est réouvert d'ici-là, je conseille le "Centroturist hotel", situé au coeur du Parc Cair et près de la grande piscine municipale. Cet établissement a du potentiel...

Piscine d'ailleurs excellente, la première aussi de ma vie de nageur de km de brasse dont le droit d'entrée m'a été vendu au marché noir quelque cinquante mètres avant les guichets. comme la plupart des piscines des pays de l'ex bloc socialiste, elle est olympique, 50m, on est là pour le sport, sauf que depuis quelques années, il y a quatre fois plus de gens sur la terasse dehors que dedans, tout ce qu'il reste de sportif étant la tenue en maillot de bain. Les lunettes de soleil, ça fait déjà moins Matt Biondi. Et la chope 33 cl posée sur la table à côté du paquet de clopes élimine toute illusion. Disons-le, les mecs sont là pour mater les sirènes slaves qui passent en maillot de bain échancré.

Tant que je suis dans les lieux à recommander, j'ignore si ce qui suit se trouve dans un guide quelconque ou non, je n'en dispose pas. Tout d'abord, un restaurant de quartier, au fond de la rue Jeronimova qui est une voie sans issue. Les "Nisois" seront eux-mêmes épatés que vous connaissez cet endroit de cuisine traditionnelle serbe. Avec une bonne bière, ça fait l'affaire. Ensuite, au coin de la place centrale, à gauche de l'hôtel Ambassador (en grêve), il y a un bon bar. On a l'impression que c'est l'entrée des bureaux d'un ministère, et en fait ça l'est. Ce sont les locaux de l'ancienne télévision d'état locale, privatisée et rebaptisée "Belle amie" (en français) de mémoire. La buvette a été conservée avec son décors et son mobilier design des années 80 socialiste. C'est de façon très surprenante continuellement vide, mais le coup d'oeil vaut le coup.

Tout se trouve au marché noir, ce qui fait vivre les gens, c'est l'économie parallèle. Il y a douze ans à peine, le revenu mensuel moyen était inférieur a 30 dollars. Certains ont fait leur beurre durant la guerre. Des gens partis de rien se sont trouvés propulsés à la tête de fortunes considérables, fondues depuis. Il y a près de 50% de chômage. Loin de tout discours misérabiliste, les jeunes qui m'accueillent, la trentaine, me content les bombardements de 1999 comme s'il s'agissait d'un feu d'artifice un peu hors du commun. C'était un "show à l'américaine", les cibles étaient connues 24h à l'avance, même l'armée yougoslave avait le temps de mettre ses équipements les plus précieux à l'abri. "Ces trois mois furent les plus beaux de notre vie". Une fête permanente, les gens plus proches les uns des autres que jamais. Pas vraiment de pénurie ou même de rationnement, c'est au niveau psychologique que cela a été le plus dur. Et dans de telles circonstances, sans doute qu'un effet auto-protecteur, de fuite dans la futilité de la vie nocturne s'est mis en place chez une partie de la jeunesse serbe. Voilà une belle explication, néanmoins, il faut être en Serbie pour entendre des trucs pareils...

vendredi, juillet 07, 2006

Bosnie & Herzegovine

Uzice, Serbie - Hotel Zlatibor, chambre 911, c'est dans cette chambre au style socialiste post-moderniste decrepi, au tapis et murs tisses de ficelles couleur marron, des ampoules sortent des murs, le tout est d'un design cauchemardesque des annees 70, ne manque que la 9e de Beethoven sur des airs d'Orange Mecanique, c'est dans ce decor tout simplement hallucinant, que je vais tenter de me rappeler la Bosnie - Herzegovine (BIH - Bosna i Hercegovina) ou je viens de passer 10 jours sur mon chemin vers Beyrouth.

Tout d'abord, en Bosnie, on ne sait jamais tres bien en voyant les immeubles si ils sont a moitie demolis en raison de la guerre, si ils sont toujours en construction, ou si ils sont a l'abandon depuis 20 ans. Partout des bris de balles et d'obus, certains rebouches avec des briques oranges sur des facades en beton gris. Parfois rebouches au ciment, laissant comme des cicatrices d'une ancienne acne juvenile. C'est la premiere impression.

La beaute absolue de la nature compense quelque peu cette impression. Il y a ces paysages grandioses de l'Herzegovine, faits plutot de pierres et de steppes arides. On traverse parfois de veritables cirques lunaires, des plateaux encaisses au milieu de montagnes, la rare vegetation rappelant que l'on est sur terre. La Bosnie elle-meme est beaucoup plus verte, recouverte de forets denses. Par exemple entre Mostar et Sarajevo, les forets des versants montagneux donnent l'impression de plonger directement dans la Neretva. C'est ce qui doit donner cette couleur bleu turquoise pendant 100 km a la riviere.

Sarajevo

On vient d'un autre pays en traversant la republique serbe de bosnie (Republika Srbska). Le bus s'arrete loin, dans la banlieue est de Sarajevo. Il faut prendre un bus au terminal local pour aller dans la capitale de la BIH (contrairement aux bus venant de partout ailleurs de la federation croato-musulmane qui vous deposent au centre), alors que l'on vient du meme pays. Difficile d'ecrire beaucoup sur Sarajevo. Je suis reste terre 3 jours dans une pension de voyageurs, incapable de sortir, a boire et ecouter les gens qui passent. Il y a eu ici beaucoup plus de Serbes qu'a present. Certains se sont joints a la resistance pour leur ville quand l'armee serbe de Bosnie bombardait des collines avoisinantes. Beaucoup ont fui ou ont ete enroles de force. J'ai lu enormement et je me suis laisse dire a la pension que les vrais sarajevins n'avaient pas le moral. La Bosnie, c'est fini, l'idee d'une Bosnie ou cohabitent paisiblement trois nationalites, ce n'est pas pour demain. Sarajevo a ete repeuplee de paysans, surtout des villages musulmans suite a l'epuration ethnique serbe et croate. Sarajevo a perdu son ame.

Travnik

Ici ce sont les Croates qui s'en sont pris aux Musulmans. Il s'agit clairement d'une ville musulmane avec ses minarets, ses nıght shops ou on ne vend pas de biere. Ses snacks a Cevapi (variante balkanique du kebab) sous toutes ses formes. Sarajevo, Travnik, Mostar, Gorazde, toutes ces villes sont baties de la meme facon, le long d'une riviere, encaissees au fond d'une vallee, et facılement assiegeables depuis les collines avoisinantes.

Mostar

Comme a Travnik, les catholiques croates sont 'intervenus' pour secourir leurs freres menaces par les milices musulmanes, c'est ce qu'en dit l'histoire officielle croate. Un combat entre deux rives, lıees par un pont, le fameux ponts que l'on a vu etre detruit en direct a la tele sous les coups de mortier croate. Quel acharnement sur ce pauvre petit pont, son calvaire a dure sıx mois. On voit dans une expo photo les dıfferentes etapes de sa destruction. C'est typiquement fasciste tiens de vouloir detruire des ponts, eriger des murs et des frontieres. Une absence totale de confiance en l'humain. Quand on est a ce point peu sur de sa propre identite, c'est un moyen bien commode que l'on a trouve pour empecher aux gens de se meler et de coucher ensemble. Le risque d'avoir une generation de batards, vous voyez ? Au fait, de quelle ethnie fait partie la progeniture d'un slave du sud et d'une slave du sud ? Ha oui, orthodoxe, musulmane ou catholique.

La republika Srbska

Visegrad, la ou les paysans sont bas du front et rigolent sous la cape de ce qu'ils ont fait a Sebrenica et a Gorazde et ou Mladic et Karadzic signifient la paix... Je confirme que cet etat, la Bosnie-Hercegovine, est bien improbable, il y a eu trop de mal fait... Si l'eufor n'etait pas la il y a longtemps que les gens se mettraient sur la figure a nouveau. Ceci m'a ete confirme aussi par les serbes que j'ai rencontre en serbie, en tout cas les 4 ou 5 Serbes avec qui j'ai entame cette conversation. Les conditions economiques font que les gens n'ont rien trop a perdre non plus. Les musulmans sont pauvres et isoles, les croates s'en tirent encore grace parfois a l'aide de la famille de l'autre cote de la frontiere. Les Serbes sont considere comme la lie de l'humanite, meme par leurs freres de serbie. "Les Serbes la-bas ? ce ne sont pas les memes gens, d'ailleurs ce ne sont pas des gens...". ca me fait penser a qq chose. Je trouve que la Serbie s'en sort encore bien malgre tout. La Bosnie est la grande perdante de la fin de la yougoslavie.

(a completer et a modifier avec mes notes)

mardi, juillet 04, 2006

Voivodine

Novi Sad, Serbie - Le transit Slovenie - Croatie - Serbie se fait sans probleme de visa, il n'en faut tout simplement pas pour les citoyens de l'UE. Et c'est avec une deconcertante facilite que l'on passe entre les ex-republiques yougoslaves. Je n'ai vu de Belgrade qu'un hub. Les deux gares de bus principales sont tres proches l'une de l'autre ainsi que la gare centrale. Entre Belgrade et Novi Sad, ce sont des marais et des forets, des plaines qui viennent de Hongrie et du sud-ouest roumain, traversees par le Danube. Timisoara est a quelques heures de bus. Ca doit etre cela, la Voivodine, cette vaste plaine. Novi Sad n'est pas vraiment faite pour le tourisme. J'ai parcouru toute la ville a la recherche d'un logement abordable. Au bord du desespoir, je croise deux personnes qui parlent francais. Je me jette dessus. L'une d'elles travaille au centre culturel francais de Novi Sad et me dit qu'en face de chez elle, un resto possede quelques chambres mais elle n'y est jamais alle. Elle maitrise le serbo-croate ce qui tombe bien. En entrant dans le resto, je me suis apercu qu'il y avait tout ce qu'il fallait pour passer une bonne soiree : des murs remplis de bouteilles de vin, une tele dans un coin avec du foot et des grillades yougoslaves. Ce soir-la, c'est Allemagne - Italie en demi-finale de coupe du monde. Au premier goal italien dans les prolongations s'elevera une clameur generale dans le restaurant. Au second goal, par Del Piero, on dansera brievement. Et tout cela n'est pas par sympathie pour la squadra azzura, mais bien par haine pour l'Allemagne. C'est ici que je m'installerai.

En quelques jours, j'integrerai la famille qui gere l'hotel, finissant a leur table et salue par les visiteurs comme si je faisais partie de la famille en quelque sorte. L'un des murs du restaurant est couvert de medailles, de trophees et de diplomes. La serveuse, Isabella, d'origine hongroise, a ete en effet une grande championne de judo, regionale, championne nationale en categories d'age du temps de la grande Yougoslavie. Il y a ensuite son petit ami, la quarantaine, Serbe de Bosnie, qui a fait la guerre et qui en sera marque a jamais d'apres Sofja, la fille ainee de la famille. Il ne daigne recevoir la moindre injonction de cette derniere. Seule la mere, nee en Croatie, a de l'authorite sur lui. Aller en Croatie avec une plaque serbe est sinonyme de degradation, griffes, pneux creves. "Nous les Serbes, on est detestes partout". A Novi Sad, la population est majoritairement serbe. Dans le reste de la Voivodine, la majorite a une identite hongroise. Deja les conversations vont bon train sur un rattachement de la Voivodine a la Hongrie, ou d'un etat independant, un etat confetti de plus dans l'Europe de demain. Et peut etre de nouvelles catastrophes en perspective ? Les Serbes semblent vraiment etre a bout de souffle concernant la moindre revendication territoriale. Un jour, la mere de la famille, matronne du restaurant, me fait dire par son fils, alors que je passais par la cuisine, que j'etais quelqu'un avec de bonnes manieres et que ca se voyait. Je ne sais trop comment interpreter cette declaration subite.

Un soir, attable au restaurant avec deux hotes d'un soir, la table d'a cote est occupee par un gars, style cammioneur avec qui on a pas envie d'avoir de problemes, on lui sert de la Slivovice (alcool brandy a 40%) a volonte et des canapes pour la faim, il n'y touche pas. Six musiciens tziganes l'entourent. Ils sont types indiens, il n'y a aucun doute, ce sont de vrais tziganes. Le musicien a l'accordeon assis a 50 cm de lui, lui chante des chansons a faire rire et pleurer en meme temps. Parfois, il leur glisse un billet de 100 dinars et cela continuera pendant des heures. Une femme a oublier, un deces a pleurer, la simple nostalgie dramatique slave (du sud) qui fait partie de la vie de tous les jours. Quand la musique s'arretera, il s'en prendra verbalement a Ben en serbe, l'anglais a la meme table que moi, sans raison apparente. Il est temps de sortir.

Il y a par hasard a Novi Sad, un festival de musique pop-rock, sur le site de la citadelle Petrovardian. L'EXIT FESTIVAL. C'etait la 6e edition. Les tetes d'affiche sont dignes de celles des festivals a l'ouest. La ville est prise d'assaut pendant ces quelque 4 jours par les Anglais, les Irlandais... 150.000 personnes participerent cette annee a cette edition. Il y a 7 ans cette ville etait encore bombardee par l'OTAN. Et c'est justement de l'autre cote du Danube, au-dela des quatre ponts detruits par les bombardements qu'a lieu le festival. Le nom du festival a ete donne pour dire "Exit Milosevic", sortir de l'ere Milosevic. C'est donc une tres bonne idee que ce festival. Etant donne les echanges entre les jeunes serbes et etrangers, c'est un investissement a long terme pour la ville de Novi Sad, pour la Voivodine et pour la Serbie toute entiere.

samedi, juillet 01, 2006

Metelkova Mesto

Ljubljana, Slovenie - Je reviendrai combler les trous plus tard entre ma sortie d'Iran et mon arrivee en Slovenie. A partir d'ici, je donnerai la priorite a un fait ou un element particulier plutot que de viser l'exhaustivite de ce que je vois.

Le quartier de Metelkova est constitue d'anciennes barraques militaires yougoslaves. C'est aujourd'hui un repere pour jeunes artistes et/ou rebelles plus ou moins riches. Ca fait toujours sourire les slogans muraux du style "prendre l'argent aux capitalistes" qu'il faut traduire sous la main de l'auteur, parfois, par "prendre l'argent a papa". Ce qui deviendra "prendre la place de papa" dans quelques annees. Le quartier est couvert de ce genre de tags. Treve d'ironie. Ces barraques militaires sont reconverties. Ici une auberge de jeunesse, la des ateliers, plus loin des squats. Ce quartier est aujourd'hui menace par plusieurs projets immobiliers, cela fait 10 ans en fait qie regulierement les promoteurs reviennent a la charge, mais a chaque fois, la mobilisation, au-dela des cercles artistiques, fait que ces projets sont remis sine die. Je pense aussi que le confinement de tout ce que Ljubljana comporte de rebelles, de marginaux, de drogues (l'heroine fait des ravages) et de fauteurs de trouble en un seul lieu, ou une seule zone arrange bien la majorite des habitants paisibles de la capitale slovene. Il y a un aspect "plaine de jeu" a Metelkova, et une fois passe les "jongleurs de chaussette" en dreadlocks et autres spacs (sales punks a chien) etales par terre au milieu de canettes de Pivo Svetla 4,9% d'alcool, on peut aborder les ateliers, veritables centres de recherche artistique. Cela part dans tous les sens. Assemblages de metaux heteroclites, grandes mosaiques inspirees de l'art bysantin, photographie, peinture, sculpture, compositions, recherches architecturales... Tout ceci ne serait pas pareil sans cette atmosphere crypto-anarchiste qui baigne le quartier.

Les vendredi soir le quartier est envahi par la jeunesse de Lubljana et des environs et par les back-packers de passage, dont certains y ont une residence quasi permanente. Ou improvisent un petit concert sur le tarmac au milieu de la nuit, par exemple ce Francais et ce Polonais, amis de toujours, qui revenaient de Katowice pour Florence en passant par toutes les villes ou il y a moyen de faire la manche. Mais ce soir la, c'etait concert gratos pour une dizaine de personne a tout casser, un talent musical incroyable, tout y passait. Certains etages de batiment se transforment en disco-bars hyper-tendance evidemment. Il y a aussi quelques bars permanents, fait de brics et de bracs. Dans l'un deux, j'observais des posters de LAIBACH, groupe punk industriel slovene, nom en allemand de la capitale slovene. Toujours le sens de l'image forte : "Erste bumbardierung uber um Deutschland" sur une photo en contre-plongee des membres du groupe bras croises regardant vers l'horizon sous des grappes de bombardiers americains. Des posters de tournee dont le "1984, Belgrade, Ljubljana, Zagreb" ou encore le "NATO occupied Europe tour 1991".

Plus loin un drapeau de la Yougoslavie frappe de son etoile, a proximite d'un montage photo du visage de TITO, la moitie en president, l'autre, le jeune Tito en Partizan pendant la guerre. Ha que ca devait etre cool la Yougoslavie. Il y a encore une certain consensus aupres d'une partie de la jeunesse non abreuvee de coca-cola et de consumerisme, dumoins pas en public, que le communisme a la sauce yougoslave etait soft. Il etait permis de l'ouvrir, d'ailleurs essayez seulement d'empecher un Slovene de parler. C'est ce criminel de Milosevic qui a tout foutu en l'air. Enfin, j'ai peur d'aller demander l'avis de l'homme de la rue, la-bas, au centre-ville, je serais probablement trop decu. J'ai reconnu le clavieriste de Laibach. Je l'avais vu en concert il y a quelques annees au Botanique a Brusel. Le gars en bottes et pantalon a cuisses larges, en costume oustachi ou on ne sait quoi de provocant qui monte sur la scene et la traverse les mains derriere le dos et va prendre sa place derriere son clavier en attendant de commencer l'execution dont on ne sait quoi d'obscur. De joyeux fous, salutaires pour la societe.

Liens :
http://www.nskstate.com/ projet de citoyennete internationale
http://www.metelkova.org

samedi, mai 13, 2006

S'échapper de l'Iran

Tabriz, Iran - Les Iraniens m'aiment tellement qu'ils ne ne veulent pas me laisser quitter le pays. Trois heures de psycho-drame au poste frontière iranien à Astara n'y ont rien fait. Je dois posséder un visa azeri dans mon passeport pour me présenter au poste frontière de l'Azebaidjan, 50 m après la sortie du batiment qui fait office de poste frontière terrestre. Curieuse ville que Astara. Une ville coupée en deux par des grillages de 3 m de haut, garnis de barbelés, et interrompus par quelques miradors. On sent néanmoins que cette frontière est friable, qu'il doit y avoir maints traffics en tout genre dans les caves, la nuit, avec la bénédiction ou non des garde-frontière. Il faut traverser un terrain vague au fond d'une ruelle couverte de boue pour se présenter aux douaniers. Mais je ne suis que touriste, et malgré ma lettre d'invitation azerie, malgré que mon contact à Bakou m'a répété que pour un citoyen de l'Union Européenne, il n'y a pas de problème pour obtenir le visa au poste frontière, la douane iranienne décide des règles douanières applicables pour d'autres pays. Enfin, j'exagère un peu, sans doute que cet état de fait est-il conséquent à un accord entre les deux pays. Celui qui emprunte les frontières terrestres comme cellle que j'ai pu voir à Astara, observera que les gens qui y transitent sont des ouvriers, des paysans, le peuple. Je fais la grève dans le hall de sortie de la douane. Les douaniers ferment toutes les issues, il est 19H, la frontière ferme. De la mezzanine en haut, des soldats invisibles s'amusent à m'imiter en criant que eux aussi ils veulent aller en Azerbaidjan.

Retour Tabriz


Bureau des affaires étrangères à Tabriz, Iran - Tout se passe au deuxième étage. Une femme sort du bureau en pleurant. Elle se tient le sein gauche. Ca va mal. Je rentre. Une Turque explique son cas à l'officier, et cela n'a pas l'air commode. de l'autre côté du bureau, le commandant de fonction semble écouter attentivement ce qu'elle dit. Tout est vert dans cet office. Les stores sont verts, les vitres qui séparent les bureaux sont vert-eau. Même la chemise du commandant est verte. Et lui-même a le teint vert. Les autres couleurs sont neutres : les boiseries et le gris des dalles par terre. Le téléphone est rouge, seul point de couleur chaude de la pièce.

- Salaam Aleikoum !
Le commandant vient de décrocher une nouvelle fois et donne ses instructions avec autorité. Un commis entre à plusieurs reprises. Il vient parler à l'officier avec un sourire qui veut dire : "Oui, je suis stupide, pardonne-moi Commandant, dis-moi ce que je dois faire". C'est tout juste si il ne fait pas une courbette à chacune de ses entrées. Il y a un proverbe iranien qui dit quelque chose comme : "Si tu ne peux mordre la main qui se tend devant toi, baise-la en attendant que le ciel, dans son incommensurable bonté, n'inverse peut-être un jour les rôles". Et j'ai vraiment l'impression que toute la fellonie ou le pragmatisme de ce proverbe, se trouvent dans l'expression du commis. Le commandant répond, son sourire est sarcastique, son ton semble dire : "Tu n'es vraiment qu'un imbécile mon ami, fais ceci et fais cela et disparait de ma vue". C'est au milieu de ce dialogue en maitre et servant qu'un Français vient s'installer sur mon invitation auprès de moi. Il vient du Pakistan et est là pour demander également une prolongation de visa. J'en suis à ma deuxième prolongation après le visa de base. Et on n'aime pas cela en Iran et nulle part d'ailleurs. C'est suspect. Pourquoi ce type avec un visa de 7 jours non-prolongeable à la base vient demander une deuxième prolongation, ici dans mon bureau, à Tabriz. C'est pour m'attirer des ennuis à Teheran si quelqu'un s'en apperçoit, doit se dire la petite voix intérieure du commandant. Après un délai de réflexion, il m'accorde ce privilège et nous fait payer tous deux les 10 dollars requis, je pense que la présence d'un autre touriste a facilité les choses. A l'enlèvement du visa quelques heures plus tard, le commandant nous demande 3 dollars en plus et montre qu'il s'agit des "frais de dossier". Je m'insurge. Il nous dit que que quoi, nous sommes touristes, que nous faisons tomber les dollars en cascade, et quoi ? Je lui fais comprendre que mes dollars servent à payer les hotels, les taxis, le manger et la culture iranienne, pas la police. Depuis Astara, je suis déterminé à ne plus rien lâcher, même sur des montants dérisoires. Et je lui montre que je n'ai pas un rial pour lui. Le backsheesh tombe de 3 dollars à 30 cents. Mon collègue français "avance" l'argent pour moi. Le commandant me demande de lui rappeler ma nationalité, je lui dit que je suis Français pour rigoler. Et le voilà en train de maudire tous les Français du monde devant les yeux choqués de mon bon samaritain. Visa prolongé en main, il faut que je quitte l'Iran, c'est maintenant une nécessité. Je n'attendrai pas le bus de nuit qui relie Tabriz à Yerevan en Arménie.

Une frontière comme la frontière irano-arménienne, ça doit se faire à pied. Et en taxi. Chauffeurs de taxis, bandits, voleurs, vous ne m'aurez pas. Un premier m'a emmené de Tabriz à Jelfa. Il m'avait promis Noghdooz, à la frontière. En cours de route c'est devenu Jolfa, à 60KM de ce qui avait été convenu. Et bien tiens, je retranche la moitié du montant qui a été convenu, et tu as beau t'énerver et ameuter tous tes potes de Jolfa, c'est égal. de Jolfa à Naghdooz, c'est plus compliqué. Un taximan iranien, ou plutôt azeri, professeur de volley-ball, de tae-kwan-do et de karate, style armoire à glace, me prend en charge. Il me promet un terminal de bus qui n'existe pas et m'emmene vers Naghdooz. Beaucoup plus difficile de négocier. Il crie dans mon oreille, il me fait des tappes dans le dos à vous mettre la tête dans le tableau de bord. Ou alors des coups de coude dans le biceps à vous donner des bleus. Le tout avec un grand sourire. "Iran good hein ?!". Paf ! Un militaire pris en route déclare forfait et se fait débarquer 10 km plus loin. Les paysages sont splendides ceci dit. De la montagne, on longe une rivière. L'azerbaidjan est sur la rive gauche. Et l'Arménie devant nous. L'Arménie, que j'ai coeur d'y arriver en ce moment précis... Dix kilomètres avant la destination, après je ne sais combien de coups sur les biceps et sur l'épaule, le chauffeur me débarque à mon tour. Je ne suis pas assez communicatif. Il arrêtera deux camions. Le premier l'envoit au diable. Le second s'arrête et demande d'où je viens. Le con répond que je suis Français. Le cammioneur fait mine de continuer, je gueule de désespoir. Intrigué, il s'arrête quand même. Je monte finalement dans son camion. Le camionneur, un gars de Tabriz, rigole et me fait comprendre qu'ils sont tous fous dans le coin. Il s'attire évidemment ma sympathie. Je lui montre que je veux lui payer pour le trajet, mais il n'en est pas question. Après quelques lacets dans les montagnes et des côtes péniblement montées en première vitesse, il me débarquera au poste frontière de Naghdooz, enfin. Le jour tire vers la fin.

Les photos de mon appareil digital seront revues au crible. Personne ne franchit cette frontière à part des camions, à la limite quelques Azeris et quelques Russes perdus, ce que d'après mon aspect j'aurais pu être à la limite, or je suis Belge d'après mon passeport. La rivière Aras Rud constitue la frontière naturelle entre l'Iran et l'Arménie. Un pont de deux cents mètres sépare les deux pays. Au milieu du pont, à pied, je me retourne, pour me recueillir et regarder une dernière fois la république islamique sous le coucher de soleil. Je vois encore ces deux soldats iraniens, à 100 m, faire des bonds et de grands signes de ficher le camp et de surtout ne pas me retourner. Voilà qu'il y a cinq jours, leurs collègues ne voulaient pas me laisser partir d'Iran, et qu'eux me forçaient à partir en courant. A l'autre bout du pont, une cabane, je surprends les deux gardes, l'un a le look slave, cheveux blonds rasés, yeux bleus. L'autre est brun, grand, teint blanc aspirine et la mèche soigneusement rabattue sur le front. Je viens de passer une rivière qui sépare deux planètes. Ils n'ont visiblement jamais vu un touriste occidental passer là à pied. Surpris mutuellement, nous rions de bon coeur tous les trois.

mardi, mai 09, 2006

Récit de voyage à travers l'Iran

C'est bizarre quand même ces gens rencontrés. Un physicien français d'origine algérienne, venu suivre une conférence à Téhéran. Un employé d'une centrale nucléaire en Suisse... On plaisantait avec des compagnons d'un jour sur un nouveau style de tourisme particulier et nous avons d'ailleurs rebaptisé notre tour le "Iran uranium enrichment tour 2006". J'avoue que ça fait parfois du bien de partager un peu de route avec des compagnons de voyage, après des mois d'isolation quasi totale.

Déjà à Shiraz, j'ai rejoint une autre route de voyageurs, celle qui descends de l'Europe par la Turquie et qui va rejoindre le Pakistan puis l'Inde et le Nepal. Dans la cour de l'hotel Zand, un anglais retape une Royal Enfield qu'il a été chercher en Inde et qu'il remonte vers les Iles.

Les routes se croisent. Dans cette chambre commune à Isfahan, les voyageurs arrivent, d'autres partent. Ils ont tous des histoires à raconter, tel ou tel pays traversé. Du Nepal, du Pakistan, de Turquie via les Balkans. Les routes sont classiques. Pour ceux qui viennent de l'ouest et du nord, l'Iran constitue un choc culturel. Pour ceux qui viennent du Pakistan ou du sud, l'Iran paraît presque "cool" et tolérant.

Voici Masaki, un Japonais qui ne dira pas un seul mot pendant les 24h qu'il sera dans cette chambre commune. Il est malade comme un chien. Une semaine plus tard, je le verrai souriant et affable, parlant au milieu d'autres japonais dans une guesthouse de Téhéran. Contraste frappant. A Isfahan, il a été pris en charge, conduit à l'hôpital par Sakiko, arrivée en plein milieu de la nuit. Un immense courage, elle voyage seule autour du monde, cela lui prendra un an et demi ou deux. Je reverrai Masaki et Sakiko avec une bande de Japonais par pur hasard à Erevan, en Arménie. La gare de Erevan était fermée, je me suis installé dans le jardin d'un bar-restaurant dont les arcades donnent sur la place devant la gare. En sirotant ma bière russe, j'ai vu cette bande arriver et j'ai été à leur rencontre, retrouvailles et étreintes comme si nous nous connaissions tous depuis des années.

Avec 5 européens et Sakiko, on a joué à "Groupe de touristes" à Isfahan. Samuel, un Suisse allemand, le leader le plus soft du monde, l'anti-leader, mandaté par le groupe pour nous guider tous les 6. Il faut s'imaginer ce que c'est de mener un groupe pareil, tous les plus indépendants les uns que les autres. Le groupe sera vite réduit à deux, le leader et moi, par cascade d'abandons et de pertes de troupes. Voir photos d'Isfahan dans l'album Iran.

Sans entrer dans les détails, les lieux visités sont la Jameh mosque, mosquee bleue resplendissante comme on en trouve pas mal en Iran. Le square Emam Khomeiny, l'une des plus grandes places du monde, le palace "Shehel sotun" (palais au 40 colonnes) et surtout les ponts qui enjambent le Zayandeh, 5 ou 6 ponts, oeuvres architecturales qui figurent sur la plupart des dépliants touristiques. Fin au nargile sur une terrasse surplombant le square Emâm Khomeiny avec comme d'habitude un tas d'interaction avec des habitants locaux. Je revois aussi des têtes rencontrées à Shiraz et Yazd. Le lieu est bien connu des gens d'Isfahan pour celui qui veut exercer son anglais.

Kashan

Je me laisse conduire par le labyrinthe de petites ruelles, scène quasi identique à la vieille ville de Yazd en nettement moins touristique. Je tombe sur une série de trois villas rénovées et n'en visiterai qu'une, la Khan-e-Tabatabai. Apparemment les deux autres sont carrément en pleine rénovation et cela ne vaut pas la peine de les visiter. Encore là, une dizaine de bus déversent des flots de visiteurs iraniens. Plus loin, je visiterai un splendide hammam. Une Iranienne, guide d'un groupe de touristes parlant farsi, viendra me dire qu'il s'agit de la pièce majeure de la ville. Je passerai ensuite à Qom et enfin, Téhéran.

Tehran

Que dire de Téhéran à part qu'on y est facilement déboussolé. Pas vraiment une ville accueillante. Gigantesque en superficie, malade de sa circulation comme tant d'autres. On ne vient pas à Téhéran pour se relaxer. Un truc curieux, plus flagrant qu'au Caire par exemple, l'organisation des rues en types de commerce. Mon hôtel se trouvait dans le quartier des pneus et des accessoires automobiles. Plus loin, le quartier des accessoires électriques, les internet café tous dans la même rue, ce qui n'est guère pratiques. Imaginez une explosion de gaz qui rase un quartier, et plus de tournevis pour toute la ville ou plus de poignées de porte (gauches). Le souk de Téhéran, un immense labyrinthe, parmi les souks les plus impressionnants depuis le début de mon voyage est organisé selon le même principe. L’hôtel Mashhad, Amir Kabir st., est occupé par des Chinois, qui sont là depuis un mois. Une autre chambre abrite quatre Pakistanais. Si j'étais resté un jour de plus, c'est là que j'aurais déménagé, mais j'ai lié trop tard connaissance avec "Mister Qasr" de Lahore. On a passé une soirée à écouter les oeuvres musicales d'un iranien pianiste qui était là et membre d'un groupe de musique traditionnelle iranienne. Cet hôtel est manifestement connu des backpackers radins (comme tous les backpackers), et surtout, sur la route des Japonais. Masaki dont il est question plus tôt, un autre Japonais qui a traversé l'Asie en vélo. Et alors juste avant que je ne parte, Oli que j'avais rencontré à Isfahan, a débarqué. Dans son style de contradicteur rigide ne concédant pas au cycliste japonais qu'il était possible de monter par paliers de plus de 500m lorsque l'on marche ou l'on roule en montagne, sans avoir de maux de tête ou de nausée. Saturi disait que oui, vu que plusieurs amis l'ont fait. Oli répliquait que ce n'était absolument pas possible et même pas envisageable, sous les fous rires de l'assemblée. Un hall de gare cet hôtel.

Je ne pourrai laisser Oli qui a fait des kilomètres dans Téhéran pour trouver cet hôtel et nous iront manger dans un resto qui fait office de fumoir au-dessus d’un hôtel occupé par des Iraniens en nombre. Les conversations iront bon train avec une bonne moitié de la clientèle de l’établissement, notamment deux employés des mines de cuivre du nord-ouest, conversations entrecoupées par un gars, cheveux noir bouclés et quasi édenté, qui revendiquait qu’il était Oussama Ben Laden. Des bus depuis Téhéran pour tout le pays il y en a « everytime » comme dira le patron sympa de l’hôtel. Je prendrai le mien pour Mashhad, 15h de bus au programme, vers minuit. Voir par ailleurs sur Mashhad.

Mashhad – Gorgan – Sari – Rasht

J’ai appris en quelques mois à repérer les marchands de tapis à 5 kilomètres et à les décourager avant même qu’ils m’approchent. Mais là, j’avoue ne pas l’avoir vu venir, Vasil. Un père de famille qui m’a présenté la chose comme quoi il avait une heure à tuer pour exercer son français et si j’ai le temps, parler un peu avec son fils en français et en anglais. On échange un peu de français contre un peu de perse etc… Vasil a voyagé étant jeune, en Suisse, à Londres, en France… Bon ok, tout cela est bien sympa, mais ça s’est quand même terminé dans son magasin de tapis via un nombre incalculable de détours chez ces potes marchands d’encens et autres pierres bleues de Mashhad, comme par hasard.

Dans le bus entre Mashhad et Gorgan, il n’y avait pas 45 marchands de tapis, mais il était singulièrement communicatif. Pour peu, j’avais des adresses et des numéros de téléphone pour loger et être invité à manger dans des familles jusqu’à Astara, frontière de l’Azerbaïdjan. Le bus traditionnel avec ses deux Afghans taciturnes et son militaire en permission, qui file dans la nuit.

Gorgan by night. Descente de bus, Gorgan, 1H du matin. L’hôtel renseigné dans mon guide a été démoli. L’autre guesthouse de la ville est soi disant complet, je pense qu’il n’accueille pas d’étrangers. Je tue le temps dans une échoppe à kebab, et l’idée fait son chemin de prendre le bus suivant pour aller plus loin. Un chauffeur de taxi, toujours bon à vous prendre par les sentiments, m’indique qu’il peut m’amener à un hôtel à dix dollars la nuit. On passe deux contrôles policiers en dehors de la ville. Je vois la devanture de l’hôtel. Il affiche 5 étoiles… Pour le fun, j’emmène le chauffeur avec moi à la réception – 75 dollars la nuit – histoire de lui demander en public si il se fout de ma tête. Inutile de dire que cet épisode a encore une fois rehaussé l’estime que je porte aux chauffeurs de taxi (je sais, il y a des exceptions…). Retour gare de bus. Je le plante là.

Entre Goran et Sari, lever du jour aidant, je me rends compte que le paysage a fort changé depuis les paysages poussiéreux de l’est du pays. Tout est à présent vert intense et humide. Il pleut sans arrêt, une bruine déversée par des nuages qui épousent les vallées. On pourrait croire à un paysage des Ardennes belges. A Rasht, la Mer Caspienne se déverse par le ciel. Impression de gris boueux encore plus présente à Astara quelques jours plus tard.

A Rasht, l’hôtel dans lequel je me trouve ressemble plus à un asile de fous qu’à un hôtel. Ca y est, je l’ai trouvé mon asile. J’ai l’impression que les hôtes y sont de façon permanente. Va-t-on m’y enfermer à mon tour ? De longs couloirs blancs devant une rangée de 20 portes, à chaque étage. J’essaie de remonter le niveau de l’ambiance en proposant mon thé. J’irai acheter du sucre, il n’y en a même pas en cuisine. Un type m’arrête dans les escaliers, il me demande « 10 khomeyni » (10000 rials). Je le regarde étonné et je lui dis « non ». Il me dit « demain ». Et le regard vide, il continue son chemin d’un pas hyper lent. J’aide le réceptionniste à réviser ses cours d’anglais. Un gars très nerveux descend, il tousse comme un cancéreux entre deux bouffées de cigarette. Ca entre et ça sort à la réception, trois azéris iraniens passent et extraient dix mille tomans (10 euros) de leur liasse impressionnante de billets, de l’épaisseur d’un bottin téléphonique, pour payer leurs deux dernières nuits. Les hôtes sont tous plus bizarres les uns que les autres.

De Rasht, je fuirai bien vite vers Qazvin, base pour explorer les montagnes Alborz, région où sont implantés les châteaux des Haschischins, parmi les plus beaux paysages d’Iran.

Le plus connu des châteaux est celui qui se perche juste au-dessus du village d’Alamut. Il a été le siège de cette secte ismaélite du XI siècle AD, les Haschischins, dont on dit qu’ils étaient élevés dès leur plus jeune âge dans l’optique d’en faire des tueurs fanatiques. Opium, haschisch ou simplement fanatisme et promesse d’un paradis où ils seront entourés de jeunes femmes vierges, les avis divergent quand aux motivations et moteurs de ces tueurs frénétiques. Ils ont semé la terreur aux quatre coins de l’orient et seront massacrés où qu’ils se trouvent par les Mongols avec l’aide, ou au moins la bénédiction, des populations locales qui voyaient en eux un danger plus grand que celui apporté par les Mongols, c’est dire. On dit ils aussi qu’ils sont les fondateurs du terrorisme moderne. On retrouve par exemple la rhétorique du paradis promis aux kamikazes dans les écrits d’Al Qaeda. Ce château à Alamut a une histoire qui a survécu à la bande de criminels de Hassan Sabbah, le chef local des Haschischins, à savoir qu’il a servi de lieu de repli pour les bandits de grands chemins de toute la région du nord de l’Iran. Cette citadelle offrant à chaque fois aux insurgés un lieu quasi imprenable par les autorités officielles au cours du Moyen-Âge. Un vieil Iranien vivant à Londres, en visite au pays, tout fier avec sa jeune femme prof de gymnique (mon correcteur me dit que fitness est un anglicisme), rencontré sur les ruines du château d’Alamut me dira qu’au cours des siècles, les autorités ont fait murer les accès au château lui-même et que ce que l’on visite actuellement n’est qu’une aile de ce château dont la majeure partie serait recouverte de débris de pierres et d’humus.

Je ne sais pas si ce sont les fantômes des Haschischins qui les inspirent, mais les deux gardes au sommet, là, sont de grands enfants. Après m’avoir servi le thé, l’un deux sort une catapulte de sa cabane. Très vite, on se met tous les trois à tirer à tour de rôle sur des petits objets placés à 10 m. Une boîte d’allumettes, un caillou, un bout de bois… Je mets un dollar sur la table. Le gars les aligne et les propulse dans le vide avec une précision diabolique.

Le lendemain matin, le retour vers la vallée se fera selon la bonne vieille technique de la descente en rouler-débouler du sommet vers le bas. A savoir : prendre tout ce qui descend au vol. Tout avait pourtant bien commencé, un bus régulier à 6h du matin, le seul de la journée vers la vallée, devait nous prendre avec les locaux vers Qazvin, 100km et 4 heures de lacets dans les montagnes. Après une dizaine de kilomètres, je me rends compte que j’ai oublié mon téléphone portable à la pension du village d’Alamut. Damned. J’arrête le bus et me voilà contraint de remonter au sommet. Si j’avais su que quelques jours plus tard, il volerait en éclats sur un poste de douane iranien… Heureusement, un motard passait par là et m’a gracieusement remonté au village. C’est là qu’intervient le rouler-débouler. Deux pick-up Toyota avec des paysans dans la benne et un taxi partagé à cinq me ramènent à Qazvin.

Dans le bus, j’ai laissé Evan, un Norvégien rencontré au refuge, qui passe quelques jours de vacances en Iran. Il est basé en Syrie pour apprendre la langue arabe. Ce mec a défendu son ambassade à Damas en janvier lors de l’affaire des caricatures de Mahomet devant une foule amassée. Porté par des potes syriens, il a tenté d’expliquer à la foule en arabe pourquoi il ne fallait pas s’en prendre à cette ambassade et il a visiblement réussi à pacifier l’atmosphère. Dans l’urgence, on n’a pas pu se laisser nos coordonnées, on se trouvera peut-être un jour à Damas, incha’allah.

Petit épisode paranoïaque à Qazvin

J’ai un peu de temps devant moi à Qazvin. Mon train de nuit, pour Tabriz, part tard. Une après-midi à traîner. Je suis tellement en confiance en Iran que je ne demande plus les prix depuis longtemps avant de manger, boire, tout le monde est réglo. Le gérant d’un snack m’arnaque, me demande l’équivalent de 4 euros pour 3 morceaux de viande hachée grillée, un bout de pain et une limonade iranienne. Le tout ne peut pas faire plus d’un euro et demi et encore. On s’engueule, je lui laisse l’équivalent de 2 euros et basta, je m’en vais en lui disant que si il insiste, on va aller dire bonjour ensemble chez nos copains les flics à la caserne 50m plus loin. Je n’en ai évidemment pas la moindre intention, mais par hasard ça se fera.

En sortant, j’engage justement la conversation avec le garde qui m’avait fait de grands signe amicaux lorsque je suis passé devant la première fois avant d’arriver au snack. Dans la conversation, je lui parle de ce qui vient de m’arriver et lui demande si c’est bien normal. Je ne sais vraiment pas ce qui m’a pris. Il me dit de rester là et appelle 4 ou 5 de ses collègues dans la caserne, je lui dit avec empressement que non, ce n’est pas nécessaire, mais il est trop tard. Un attroupement se forme devant moi derrière la grille, on me demande des précisions. Pendant ce temps, le gars du snack s’amène. Il invente à mon avis une histoire à laquelle je ne comprends évidemment rien et l’un des policiers, qui avait l’air le plus sensé, m’invite à payer le reste des 4 euros. Avec le recul, il est probable qu’une réduction sur leur repas du soir ait été négocié à ce moment précis, qui sait… Pas grave, ça m’apprendra à la fermer.

Le jeune policier en question, maîtrisant bien l’anglais m’invite à entrer dans la caserne pour prendre un thé. Le ton est amical. Pourquoi pas, allons voir comment ça se passe là-dedans. Tout se passe bien, l’ambiance est conviviale. Le gars qui m’a invité fait son service militaire et fait un peu office de professeur d’anglais dans la caserne. On plaisante, on parle, tout se passe bien. Une personne semble ne pas du tout apprécier ma présence. Il s’agit apparemment d’un gradé, j’apprendrai plus tard que c’est le chef de la garnison. Visière enfoncée bas sur le front, barbe à la Ahmedinejad, style jeune cadre qui veut encore tout prouver. Je n’aime pas ça. En fait ce qui le dérange, c’est qu’un jeune appelé est capable de tenir une conversation en anglais alors que lui ne parle quasiment pas un mot de cette langue. Ca l’énerve, je le sens. Bon, ok, je me lève et je suis prêt à dire au revoir à la cantonade quand le gradé me demande via l’interprète de se rasseoir et il commence à me poser des questions. Celles-ci sont de plus en plus précises. Où j’ai été en Iran, depuis quand, où je vais. - Vous êtes touriste ? - Oui. - Vous êtes certain ? - Ma réponse est énervée : oui, bien sûr ! - Donnez-moi votre passeport.
Il y a des moments comme ça où l’on sent que les événements peuvent vite devenir incontrôlables, vous échapper complètement, et c’est l’un de ces moments que je vivais même si je n’avais absolument rien à me reprocher, mais ce n’est peut-être pas une raison suffisante en Iran.

Je lui ai dit que je souhaitais seulement prendre le train pour Tabriz. Il me demande de bien vouloir le suivre, nous allons à la gare. Bizarrement, nous n’allons pas au guichet, mais il m’emmène sur les quais, je ne comprends rien à ce qu’il me veut. Finalement, on rentre à nouveau dans la grande salle d’attente et m’indique de m’asseoir. Il prend son walkie talkie et commence à parler. Il disparaît. Je regarde discrètement par la fenêtre, et je vois qu’il entre à la caserne. Bon, je me lève, je repère les toilettes et bien vite j’y vais pour me débarrasser des bouts de papier dans ma poche sur lesquels j’avais justement commencé à écrire mes impressions sur la république islamique. Un coup de flush et c’est parti. Je regagne ma place dans la gare, je le vois juste en train de ressortir de la caserne et entrer à nouveau dans la gare. Il disparaît derrière les guichets. Il revient vers moi en me tendant… mon billet de train pour Tabriz et s’excuse de ne pas parler anglais.

Tabriz

Je reviendrai sur ma tentative avortée de quitter l’Iran par l’Azerbaïdjan, mais mes quelques jours passés à Tabriz seront parmi les plus agréables de tout mon voyage.
J’y retrouverai la farniente et la liberté de ton qui prévalait à Shiraz en Perse. C’est une ville qui fait partie de l’Azerbaïdjan iranien, avec une population à majorité ethnique turque et azérie (qui se considère elle-même faisant partie du groupe turkmène). Passer comme cela plusieurs jours dans une même ville, sans devoir sauter sur le bus suivant qui vous mène à la ville suivante, c’est quand même une perspective plus cool du voyage. Si je dois refaire un jour l’itinéraire d’un long voyage, c’est comme cela que je l’envisagerais. Passer plus de temps, sur moins d’étapes, en évitant de s’éterniser, comme ce fut le cas au Caire en février. Tout un équilibre à trouver quand il n’y a absolument aucune contrainte, enfin, on croit.

C’est avec deux groupes d’étudiants distincts que je passerai le plus clair de mon temps dans cette ville. Et la vie à la pension Delgosha fut tranquille, même si les chambres en elle-même sont bruyantes sur la rue Ferdosi.

En soi il n’y a pas grand chose à voir à Tabriz, à part les gens. Il faut certainement aller, un vendredi aux jardins El Goli, un peu en-dehors de la ville, ou tout Tabriz se fixe rendez-vous autour du lac qui occupe le parc. Avec quatre étudiants rencontrés la veille, nous ferons une séance de photos, comme des stars de cinéma, chacun avec son appareil digital. Saed fera je ne sais combien de dizaines de photos. Nous posons avec d’autres groupes aussi. Chose même que je n’avais pas rencontré jusqu’ici, ça drague, voire, ça flirte discrètement dans les coins. D’autres fument le narguilé seuls ou en famille. Les enfants sont partout. C’est la fête.

Tout n’est pas rose pour autant. On en apprends. Babek qui est avec nous s’est fait prendre la veille par la police en compagnie de sa copine. Ils ont du dire qu’ils ne se connaissaient pas. Ni mariés, ni faisant partie de la même famille, sa copine risque de perdre sa place à l’université. Amin me fait le topo justement sur le système d’accès à l’université. Le résultat d’un examen général, comportant des matières aussi diverses que l’histoire, les mathématiques ou le Coran, détermine l’orientation que prendra l’étudiant. Je ne sais plus quel était le classement des débouchés. Pas mal d’étudiants clament haut et fort leur opposition au système. La répression, le contrôle rétrograde des mollahs sur la société, la censure, ils s’en donnent à cœur joie en ma présence, ils peuvent parler sans retenue. Au moins deux gars rencontrés parlent d’ailleurs sans retenue dans la rue, peu importe ma présence. Quand je les quitterai plus tard, je leur conseillerai de faire attention, qu’ils ne se brûlent pas trop vite les ailes dans leur quête de vérité.

vendredi, mai 05, 2006

Nouvelle gallerie de photos

Vous pouvez les telecharger en un bloc .zıp a partır d'ıcı. Clıquer "album format .zıp" dans la colonne de gauche.

Commentaıres :

image - 3 - Faubourg derriere la Mosquee Jameh, Shiraz, Iran
image - 9 - rond point dont les iraniens ont le secret, sud de Teheran
image - 22 - montagnes iraniennes, chateau des Assassins, Alamut
image - 25 - montagnes iraniennes, Alamut
image - 31 - jeunes au sommet d'une colline, Tarim, Yemen
image - 33 - Oasis de Tarim, Wadi Hadramout, Yemen
image - 38 - Region de Dofhar, mer d'arabie, Oman
image - 44 - Jebel Shams, Sultanat d'Oman
image - 52 - Wadi Dharbat, Oman
image - 62 - Paysan immigre bengali, Oasis de Liwa, sud des Emirats
image - 63 - Fort. Liwa oasis, Emirats
image - 66 - Empty quarter, Liwa oasis, Emirats

Empty Quarter - United Arab Emirates

jeudi, mai 04, 2006

Au coeur de la Republique Islamique

Tehran, Iran - En quelques jours, je visiterai les lieux les plus symboliques de la Republique Islamique d'Iran.

Il y a Isfahan d'abord, au coeur de l'actualite. Lors de mon passage, deux Suedois ont ete arrete d'apres la gazette, soupconnes d'espionnage. Sans doute ont-ils voulu aller photographier l'un de ces sites pour le fun. En fait, il s'agit d'installations militaires sur l'ile de Quesm en face de Bandar-Abbas. Aux dernieres nouvelles, ils sont toujours en Iran a l'ombre. Je pense que tant les interesses que la diplomatie norvegienne preferaient regler l'affaire dans la discretion http://www.isria.com/fr/fichiers/2006/05/000039.htm Ensuite le pote indien d'un norvegien que j'ai rencontre s'est fait expulser du pays car il faisait du journalisme sous couvert d'un visa touristique pour le compte d'un web-zine. Ce blog aussi aurait pu me valoir mon expulsion, mais je prends soin d'ecrire les trucs sensibles une fois que j'ai quitte ce pourtant formidable pays.

sculpture à meme la roche representant l'Imam Khomeiny - Shiraz, IranQuelques jours plus tard je passerai une apres-midi a Qom, avec un etudiant en mathematiques. Histoire de voir comment ca se passe sur un campus universitaire en Iran. L'ambiance y est tres studieuse, loin du joyeux bordel qui regne sur nos campus. Ce qui fait rever certains etudiants rebelles, c'est la periode du shah, normal, ils n'etaient pas encore ne. Dans le logement de Mohammed, des photos sont affiches sur l'interieur de la porte de ses armoires fermes a double tour, montrant tel ou tel general de la periode pahlaviste. Je suis surpris qu'une figure telle que Mohammad Mossadegh ne fait pas l'objet de plus de fascination aupres des jeunes. 1er ministre a la tete d'une coalition communiste et nationaliste, soutenue par les Islamistes a l'epoque, qui a ordonne la nationalisation du petrole (de la Anglo-Persian Oil Company) et renverse par un coup d'etat en 1953 soutenu par les anglo-americains replacant le Shah au pouvoir qui va imposer une dictature inouie pour son come-back. Les americains reconnaitront par Madeleine Albright sous l'administration Clinton le role joue par les US dans ce renversement, coup de main portant le nom 'operation Ajax'. Bizarrement, les quelques resumes historiques officiels que j'ai ete amene a lire font table rase de cette periode et du personnage de Mohammed Mossadegh. Meme les guides n'en parlent pas, comme si entre le Shah 1ere mouture et la revolution Islamique il ne s'etait rien passe. De meme, les quelques bouquins trouves au mausolee de l'Emam Khomeiny font penser a un combat heroique de l'Ayatollah, seul contre tous. L'Ayatollah ne d'ailleurs a Qom, ce qui nous ramene au sujet.

Qom est decrit comme etant pour cause le veritable centre politique de l'Iran, a deux heures au sud de Teheran. Siege de la revolution islamique de 1979, de nombreuses pages ont ete ecrites sur les premiers soulevements ecrases dans le sang, et je retranscris ici l'histoire officielle : repression visant a empecher les croyants de celebrer les ceremonies des martyrs, tenue chaque annee et qui permet de prier les martyrs passes et actuels, a commencer par le martyr Hussein. 'L'idéologie chiite du martyr est fondée sur le personnage central de Hussein, petit-fils du prophète Mohamed. Les chiites pensent que celui-ci aurait dû succéder au prophète, après la mort de son père Ali. Une querelle a éclaté entre les descendants du prophète et la dynastie des Omeyyades, que les chiites accusent d'avoir usurpé le califat. Au 7e siècle, ce conflit a dégénéré et finalement provoqué un schisme de l'islam semblable à celui qui a divisé les catholiques et les protestants. Une bataille a eu lieu à Kerbala, sur les rives de l'Euphrate, en Irak. Hussein et ses 72 partisans ont affronté une puissante armée mobilisée par les Omeyyades. Yazid, le chef des Omeyyades, voulait forcer Hussein à lui prêter serment d'allégeance et à se soumettre à son autorité en qualité de calife de l'Islam. Hussein a refusé. Il a été tué sur le champ de bataille et décapité. Sa tête, montée sur un pic, a été exhibée à travers les villes et les villages, pour être finalement déposée aux pieds de Yazid.' (source : http://radio-canada.ca/actualite/zonelibre/03-07/hezbollah.html). Hussein et ses 72 kamikazes resistant et preferant mourir que de se rendre aux milliers de soldats Omeyyades. C'est la repression a l'egard de cette ceremonie qui aurait mis le feu aux poudres de la revolution de 1978-79. Cette fresque est evidemment au coeur de la revolution islamique et de la guerre Iran-Irak qui lui succedera immediatement.

C'est dans cette ville universitaire que sont formes les Mollahs et futurs Ayatollahs qui assureront la bonne marche de la republique islamique. Qom m'est sommes toutes apparues une ville comme les autres villes iraniennes, en legerement plus conservatrice, quoique en comparant avec Yazd et Mashhad... Mashhad ou je me rendrai quelques jours plus tard, a l'ouest de l'iran a la frontiere Turkmene et a une centaine de kilometres de l'Afghanistan. Effectivement on y croise pas mal de paysans afghans, perdus en Iran. On lit sur leur visage qu'ils sont deboussoles, pas a leur place. En attendant de meilleurs jours ou un rappatriement force du regime iranien. Dans le bus entre Teheran et Mashhad, j'aurai un voisin, costume traditionnel afghan, barbe, visage ferme. Apres 10H45 de trajet (sic), il m'adresse la parole. Il est afghan. Je ne saurai rien de plus. Masshad est un lieu tres important dans la culture chiite. On y trouve le mausole du 8e Imam du de la religion chiite, l'Imam Reza, considere comme le pere de tous les imams. Icı des cars de retraıtes et de plus jeunes affluent par centaınes.

Toujours dans ce tour des lieux sacres, il y aura la visite du mausole de l'Emam Khomeiny dans la banlieue sud de Teheran, immense construction de batiments embrassant une grande mosquee. C'est un peu l'equivalent de Lourdes en chretiente. On y vient pour esperer des miracles. On ne s'y bouscule pas particulierement. En empruntant le metro, deux personnes m'ont demande en des termes differents ce que j'allais faire la-bas. J'ai dit que cela fait partie de l'histoire de l'Iran, ce lieu compte dans l'histoire des gens non ? Le deuxieme m'a repondu en me montrant la rame de metro : 'Les gens, ils sont la.'

Martyrs are the candles of the friends agora - Isfahan, IranEt pour terminer par le non moindre de ces lieux symboliques (je vous rassure, je ne les ai pas fait l'un a la suite de l'autre, je les rassemble sous le meme article...), le cimetiere militaire de la guerre Iran-Irak. Un million de morts,
tombes pour l'iran et pour la revolution. Voila les tombes des martyrs, dont les visages sont affiches en grand dans toutes les villes d'Iran et les noms donnes aux rues et places des toutes les villes et villages du pays. De mes 8 ans a mes 16 ans, je me souviens de ces images a la television (c'etait souvent la meme montrant un lance-roquette mobile tirant des eclairs vers on ne sait ou), des journaux, des chiffres, des tentatives de reglement du conflit, sans cesse ajournees. Plus tard je comprendrai le soutien occidental et meme sovietique a l'Irak (oui le meme Irak du meme Saddam). L'usage de gaz de combat, les guerres de tranche, les armes chimiques utilisees par Saddam, la superiorite technique militaire de l'Irak face aux milliers de soldats iraniens envoyes avec fusil et baionnette a la boucherie.

En arrivant en Iran, j'ai cru innocemment que les quelques mots et phrases d'arabe acquis pourraient m'aider. Et bien non. Je pense que beaucoup d'Iraniens connaissent la langue arabe. La plupart ont lu le Coran dans sa langue originale. Mais la rancoeur est tenace, on re-exhume en plus les anciens conflits au-dela du dernier en date, 'l'avilissement de la civilisation perse par les barbares arabes', ce n'est pas une vaine formule aupres des jeunes en mal d'idendite. J'ai rencontre pas mal d'Irakiens refugies, notament dans le nord. Quel drame pour eux. Avant-hier soutenus par les americains, hier chasses par ces memes americains par l'anarchie qu'ils y ont seme, aujourd'hui perdus en Iran et detestes par les populations du pays d'accueil. J'espere qu'en parlant de l'hospitalite arabe, des populations que j'ai croisees, de la fierte et de l'honneur du peuple yemenite par exemple, j'ai apporte un tout petit autre chose que cette haine ancestrale.

Que tirer de tout ceci ? Ou en est la revolution islamique ?
Ceci n'est evıdemment pas une these ni un article de journaliste et n'a pas de valeur fondamentale. Ce ne sont que des ımpressions. Et si elles soulevent le debat, tant mieux.

Elle me semble etre en perte de vitesse ıdeologıque, malgre les gesticulatıons du gouvernement sur la scene internationale. Surtout evidemment aupres des jeunes. Le faıt religieux n'en reste pas moins tres ımportant mais ce n'est pas de cela dont il s'agit.

Premierement voici ce dont un ami me faisait part recemment.

'L’Iran, contrairement au apparences, est un pays “démographiquement” calmé et très moderne. Sont point critique remonte à 1975-1980, époque de la révolution. A cette époque, l’alphabétisation était en train de se massifier, (...) l’indice de fécondité iranien à l’époque était entre 4 et 5 enfants par femmes, (...)30 ans plus tard, le chemin accompli par l’iran est surprenant et en un sens admirable: 95% d’alphabétisation chez les hommes et 88% chez les femmes (...). Plus surprenant encore: l’indice de fécondité est tombé en dessous de 2 enfants par femmes (taux de renouvellement des générations) depuis 2004!!!!! Une chute ininterrompue et vertigineuse en moins de 30 ans. (note: 6,8 en 1980) C’est absolument ahurissant vu que Arabie Saoudite, Irak, Afghanistan, Pakistan, Jordanie et Syrie sont encore au dessus de 4. Ce chiffre a une portée principale: la société iranienne a recours massivement, et dans la sphère privée puisque la religion l’interdit, aux contraceptifs. Cela en dit long sur l’état d’esprit et les conceptions philosophico-religieuse réelles des Iraniens, en particulier de notre génération.'

Je ne partage pas completement cet avis sur l'usage du preservatif en Iran, meme si je ne l'ai pas teste ;-). Je pense que l'iran reste avant tout une societe conservatrice voire tres coincee a l'egard des questions de sexualite. Il suffit de
parler avec des jeunes pour s'en rendre compte, c'est la terra incognita absolue pour la plupart d'entre eux et les autres sont marries. Alors sans doute le fait que les jeunes se marrient plus tard, que les femmes sont plus attentives a leur developpement professionnel, je ne sais pas exactement, mais comme le souligne notre ami, il s'agit d'un fait, dans notre conception purement occidentale, de developpement.

Deuxiemement, un article paru dans la presse toute officielle disait que le gouvernement est en rupture avec les elites issues de la revolution. Ces elites ne s'y retrouvent plus. Et il appelait le gouvernement a renouer contact. J'ai
l'impression que ce gouvernement tente d'appliquer a nouveau les recettes qui ont prevalu lors de la revolution, a moindre echelle. Mise a l'ecart des elites existantes (simple exemple: le remplacement radical d'une bonne partie du corps diplomatique par le president des son accession au pouvoir), regain du discours nationaliste et populiste. A cet egard la crise internationale nucleaire tombe a point nomme. Scene surrealiste en pleine campagne alors qu'on etait a 7 ou 8 dans une remorque tiree par un tracteur pour redescendre a Qazvin. Un paysan m'a montre un texto sur son gsm clamant : 'uranium enrichment is our absolute right !'. Ce gars ne pouvait pas aligner deux mots d'anglais (pas de critique, le jour ou je pourrai aligner deux mot de farsi...) et il venait me mettre un message sous les yeux parlant d'enrichissement d'uranium... Sans doute un mot d'ordre donne par le parti ou que sais-je.

Mais il est un fait que la population dans son grand ensemble est a present eduquee et n'accepte plus, ou beaucoup moins facilement, la mediocrite. Elle se montre beaucoup plus critique. Au premier plan, l'emploi des jeunes par exemple.

La revolution islamique (nul ne sait ce qu'il serait advenu sans elle, elle a eu lieu, point) dans sa composante de promotion sociale et d'education des masses aurait mis en place les conditions propres a sa propre auto-critique, sans vouloir parler de fin. Fondamentalement, les Iraniens ne veulent surtout pas d'un changement violent et ils voguent entre la necessite de maintenir un guide supreme pour la stabilite de la societe et les besoins de reforme democratique.

L'Iran a conserve de la revolution islamique au moins une chose : son independance vis-a-vis de l'exterieur et l'iran fera ce qu'il lui plaira. Mais il va de la responsabilite de la communaute internationale de laisser l'Iran fixer elle meme les conditions de sa marche vers sa democratie. Ceci se fera de facon d'autant plus aise en l'absence d'ingerence et de pression inutile des lors que ce pays reste dans ses prerogatives aux yeux du droit international.

Merci de bien vouloir reagir a cet article si quoi que ce soit vous parait insense. Ceci est tire d'une vision partielle, superficielle, d'un europeen qui a passe un mois a discuter avec des dizaines de gens de toutes conditions en Iran avec un oeil sur la presse iranienne et internationale.

Mashhad, Iran - Imam Reza mosque

lundi, mai 01, 2006

Letter to Bush

Deux semaines avant la lettre envoyee par Ahmedinejad a Bush, un professeur iranien s'etait lance dans le meme exercice, de facon beaucoup plus argumentee, laissant tomber les allusions messianiques, et autres bondieuseries, pour s'en tenir aux faits. Plutot que de me lancer dans de longues diantribes, je prefere laisser la parole a un Iranien qui a mon sens saisit bien le dossier nucleaire iranien. Ou qui en tout cas, donne une vision iranienne du dossier, que l'on soit d'accord ou non. Et les arguments ont le merite d'etre coherents.

Open letter to President Bush by an Iranian academic
By Pirouz Mojtahed-Zadeh

His Excellency President George W. Bush
The White House
Washington DC.

United States of America

16 April 2006

Mr. President

I am writing to you in the name of peace and in the name of human dignity. And in the absence of a balanced debate in Western political, academic and media circles on the issue of Iran’s nuclear energy program, I would humbly invite Your Excellency to spend a few minutes of your most valuable time to read an alternative argument about the said issue for the sake of peace and preservation of human dignity.
VOIR LA SUITE ICI

mercredi, avril 26, 2006

Vivre en (temps de) paix

Isfahan, Iran - Hall d'attente, gare de bus de Yazd, en plein centre geographique de l'Iran. Teheran est a 10h, Isfahan a 5 heures. Mon visa non-extensible de sept jours arrache a l'aeroport de Shiraz expire dans deux jours. J'espere que l'on pourra s'arranger a Isfahan, sinon je prendrai le premier vol pour la Turquie.

Ce sejour en Iran a bien commence. Restaurant Sharzeh a Shiraz. Des gens aises arrivent en famille pour deguster des plats traditionnels iraniens. On arrive dans le restaurant par une mezzanine. Un orchestre de 3 musiciens et un chanteur se produisent en bas. On m'installe a une table a cote de la petite scene. Il y a un violoniste qui part dans des solos endiables. Un joueur de Tombak, un joueur de santoor... http://www.iranmusic.tv/instruments/ ,un chanteur d'une voix lancinante parfois gaie, parfois triste. C'est un melange de musique tzigane, arabe et le tombak donne une touche indienne a l'ensemble pour celui comme moi, non specialiste.

Retour au hall de gare routiere. Un jeune pere emerveille suit son petit garcon qui semble effectuer ses premiers pas. Il gambade sans trebucher entre les rangees de sieges, va vers la porte de la petite salle de priere attenante a cette grande salle d'attente, il sort dans le soleil. Quelques instants plus tard, il revient dans les bras de son papa.

Sur l'ecran de television, une seance d'aerobic en pleine nature. Un leader et quatre acolytes en carre derriere lui, habilles en pantalon de jogging rose fluo et polo jaune saillant revellant leur carrure d'athlete, executent des figures de gymnastique sur une musique orientale rythmee par des beats. Suis-je le seul a eclater de rire interieurement ?

Ceci dit, le cinema iranien, c'est le style de cinema que l'on observe en se carressant dubitativement la barbe, le sourcil interrogateur, tout en fumant la pipe. C'est tres serieux. Dans le bus entre Shiraz et Yazd, habitue aux navets egyptiens et de bollywood ces trois derniers mois, j'ai pu voir un film ou il etait question d'execution par pendaison, de femme gifflee par un fonctionnaire, femme qui prend ensuite les armes avec ses camarades. Beaucoup de paraboles et d'esthetique a travers une bonne part de non-dits et de non-vus, par exemple un plan fixe de 30 secondes sur une porte fermee a clef.

Au-dela de l'ironie employee ci-dessus, je peux dire qu'il y a certainement une grande recherche estethique presente partout dans le pays et dans tous les domaines artistiques. Beaucoup d'Iraniens rencontres sont passionnes par l'art, la culture et l'architecture. Je n'ai jamais vu autant d'autochtones par exemple dans les lieux "touristiques" historiques de tous les pays traverses jusqu'ici. Il y a une passion pour sa propre culture et pour l'histoire de son pays. Le site de ruines de Persepolis par exemple ne desemplit pas de touristes iraniens venant de tout le pays. L'histoire de cette periode peut vous etre expliquee en detail par n'importe quel iranien.

La ville de Shiraz illustre bien cette atmosphere relax et l'amour des Iraniens et (surtout) des Iraniennes pour l'art. En venant de pays musulmans wahabittes, on est d'abord surpris par la relative emancipation des femmes. N'est-ce pas ici le pays de la revolution islamique, la seule vraie et dure republique islamique au monde ? Je m'attendais a voir des femmes (impures) lapidees aux coins de rues, et bien non, je suis decu ! Ce n'est pas du tout ca. Dans l'habillement d'abord. On est loin des tentes noires couvrant les femmes yemenites ou emirati, qu'on ne voit d'ailleurs jamais. Ici, elles portent des fichus colores, d'ou depassent deux ou trois meches de cheveux. Parfois un hijab, qui couvre egalement les epaules. En tout cas, jamais le visage. Souvent, elles portent un "manteau" vert, bleu clair, coupe le long du corps, qui peut arriver au-dessus des genoux. Et presque toujours des jeans et des baskets. Des lunettes de soleil et autres accessoires viennent completer un ensemble tres mode donnant a beaucoup de femmes un look de cinema italien des annees '50. Les hommes tiennent beaucoup a leur apparence egalement et sont souvent bien batis, resultat en partie de leurs 20 mois de service militaire obligatoire et d'une forme entretenue. Combien de jeunes n'ai-je pas rencontre, comptant les jours en attendant le debut de leur service ou, en permission, la fin.

Ensuite, la dolce vita a Shiraz. On a du mal a imaginer que cette ville se trouve dans un pays actuellement en haut de la liste des potentielles cibles militaires des Etats-Unis. Un vendredi, jour de repos hebdomadaire, qu'il est agreable de se ballader dans le jardin de l'Emam, cite des poetes, au milieu des familles qui piqueniquent entre les cypres et les etudiants des beaux-arts qui finissent leurs dernieres peintures. Plus loin, en prenant un taxi vers les hauteurs de la ville, une caverne a ete transformee en maison a the et est frequentee par les etudiants dans ce lieu naturellement frais ou regnent les voluptes de qalyan (narguile). Il y a aussi deux mausolees entoures de jardins, eriges en l'honneur de poetes celebres que Shiraz a accueilli.

Celui de Hafez habrite l'un des teahouses les plus atmospheriques que je n'ai jamais vu, meme si j'en verrai d'autres par la suite. Une cour avec une piece d'eau avec au premier rang des lits entoures de coussins et au deuxieme rang des alcoves construites dans les parois au milieu d'un jardin fleuri ou l'on trouve des bougainvilliers, des orangers... les gens, hommes, femmes, parlent autour de pots de the, fument le qalyan, s'observent... Des etudiantes font des photos experimentales et ont l'air de s'amuser. Quelques quartiers plus loin, le mausolee du second celebre poete, Sa'adi, L'ambiance y est la completement familiale, les momes s'amusent a lancer des pieces de monnaie sur les poissons au fond du puit central d'un teahouse sous-terrain au mausolee.

Le fort Arg-e karim Khani situe au centre-ville dans un espace amenage pour les pietons, erige dans la periode Zand pour rivaliser Isfahan, revele dans ses ailes des travaux de restauration en ebenisterie, une autre aile contient des galleries de photographies restaurees du debut du XXe siecle dont l'une qui montre un regiment de cavaliers indiens parader en plein Shiraz. Le colon anglais utilisant l'armee d'une colonie pour faire regner l'ordre dans l'autre. Pour terminer ce tour dans Shiraz, on est presque ramene a la realite, avec mon ami du jour, Miliz, un Iranien originaire de la region du lac d'Orumiveh, assyrien, chretien, se revendiquant d'ailleurs haut et fort comme tel avec sa casquette sur laquelle il est ecrit en grand "I LOVE JESUS", effet assure dans la rue, venu construire le metro shirazien qui entrera en fonction dans quatre ans. M'ayant amene partout en ce jour et refuse que je ne sorte le moindre ryal de ma poche, j'ai insiste, vraiment juste pour lui, pour que nous trouvions la seule eglise de Shiraz, il y avait une croix sur le plan et il ne connaissait pas cet endroit, habitant de l'autre cote de la ville. Apres pas mal de recherches, on se trouve devant un porche et un crucifix. On distingue entre les deux toles un jardin interieur. Un cerbere vient nous trouver pour dire que l'on ne pouvait pas entrer. Il faut un "airshot" (impossible de trouver la veritable orthographe de ce mot), en gros, une autorisation aupres de la police religieuse qui gere les allees et venues dans ce genre de lieu de culte. Inutile de dire qu'ils sont tres peu frequentes.

Yazd est une ville a premiere vue plus conservatrice, et l'une des plus vieilles au monde. On trouve dans la vieille ville un vrai dedale de ruelles entre des maisons et des murs de jardin construits en tourbe. Des cheminees distribuent par aspiration des courants d'air dans les batisses, Il y a quelques magnifiques jardins interieurs transformes en patio d'hotel ou autres batiments de l'administration locale. Ca donne tout de suite plus envie d'aller faire des demarches administratives.

Je n'ai vu a present de Isfahan que les affiches politiques et les posters de martyrs en pleine ville, un chauffeur de taxi qui m'a enjoint de retourner dans mon pays et deux maisons de the geniales pour tuer le temps a fumer le narguile en attendant que cette pluie cesse. Fumer le qalyan des 10h du mat avec les retraites c'est quand meme exagere... faut que je me reprenne.

Finalement, non. Ce visa ne peut pas etre etendu, et c'est logique, il est ecrit en grand, en travers : NOT EXTENDABLE. Ca ne peut etre plus clair. Je me trouve en Iran, pays le plus diabolise du monde, en situation illegale ou disons, irreguliere depuis hier minuit. Ca n'a pas l'air d'emouvoir le chef du bureau des etrangers. D'apres lui, tout s'arrangera a l'office central de Teheran. En attendant, relax.

Note: je commence a avoir un serieux retard sur ce blog, il y a tellement de choses a vivre ici en Iran... a la prochaine connection je commente les photos qui se trouvent ici.

mercredi, avril 19, 2006

Abu Dhabi, Dubai

Dubai, Emirats Arabes Unis - On pourrait decrire Abu Dhabi comme le quartier nord de Bruxelles, les prostituees en moins, les kilometres de galleries commerciales sous air-co, au rez de ces immeubles, en plus. Ou comme le quartier de la Defense a Paris, ces quartiers etendus a une ville entiere. Vous remarquerez que je n'emets aucun jugement de valeur... L'automobile y est evidemment plus qu'ailleurs reine, c'est le totalitarisme du vehicule prive. Point de merci en dehors. Comme a Dubai, la question en tant que pieton est de savoir comment on va bien pouvoir passer cette enieme autoroute a 12 bandes en plein centre-ville, a combien de kilometres est le prochain arret de bus "four" en plein terrain vague sous le soleil a 55 degres et sur combien de taxis il va falloir se jetter pour esperer en arreter un.

Dubai se differencie un peu d'Abu Dhabi dans la mesure ou l'on y voit des batiments parfois plus anciens, ce qui lui donne un peu plus de cachet et d'authenticite (dans le cadre des Emirats). Dans les deux villes, le logement est hors de prix. A Dubai, je me suis rabattu sur l'auberge de jeunesse, un lit pour 20 euros dans une chambre partagee, un hall d'entree digne d'un hotel 5 etoiles en Europe. Un peu d'humanite d'ailleurs avec ces compagnons d'un soir dans un tea house de banlieue a fumer la shee-sha devant un bon Barcelone - AC Milan avec toute la communaute egyptienne acquise au Barca. Autour de la table on avait d'ailleurs tout le Maghreb, ne manquait qu'un Algerien. Dans le registre sportif, il y avait aussi un Inde - Pakistan en criquet au stade d'Abu Dhabi pendant deux jours. Je n'ai pas rencontre un Indien ou un Pakistanais en mesure de se payer l'entree, et je me demande qui y etais.

Les pakis et les Iraniens conduisent les taxis. Les Indiens triment dans les restos. Les Bengali travaillent sur les chantiers en plein soleil. Les occidentaux gerent les affaires, grassement payes avec deux retours par an et un 4x4 inclus dans le package salarial. Au sommet, les Emiratis gerent leurs investissements et on ne les voit que tres rarement, et pour cause, ils ne forment meme pas 10% de la population.

Il m'est difficile de croire que tous ces pays visites jusqu'ici font partie d'un meme ensemble arabo-musulman. Ne parlons meme pas de civilisation.

dimanche, avril 16, 2006

Liwa Oasis



Abu Dhabi, Emirats Arabes Unis - Avant de revenir sur Abu Dhabi, Duabi et la societe emirati urbaine en genral, je vais commencer par une bouffee d'oxygene dans cet ocean de vulgarite en vous parlant de l'oasis de Liwa.

Lorsque l'on passe d'Oman aux Emirats, on traverse des paysages plus dramatiques, faits de hautes dunes de sable. Au sud des Emirats, une route en arc de cercle de 150km desert l'oasis de Liwa, dont proviennent les emirs qui regiront les Emirats de Abu Dhabi et de Dubai plus tard, ceci pour la petite histoire. Cette oasis est sans doute le point habitable et visitable le plus avance dans le Empty Quarter, la plus grande mer de dunes au monde, d'une superficie equivalent au Benelux et a la France, dont la temperature varie du 0 degre la nuit a 60 degres l'apres-midi et que meme les bedouins ne peuvent plus traverser depuis le 4e siecle AD. L'un des environnements les plus hostiles au monde, seulement visite par quelques scientifiques, de rares excursions a la bordure en 4x4 a 1000 euros par jour et par les chercheurs et les travailleurs de l'exploitation petrolifere.

En m'enfoncant au sud vers Hameem, fin de l'oasis, j'ai croise toute une serie de villages perches et stabilises au sommet de... dunes de 100 ou 200 m de haut. En dehors, c'etait vraiment l'image du desert que l'on imagine quand on est petit en lisant tintin. De grandes dunes de sable fin de 100m de haut balayees par les vents avec de temps en temps un troupeau de chameaux qui passe dans le paysage. Je me suis bien sur ensable en cherchant un endroit pour passer la nuit, et un bengali (!) est arrive avec ses petits pas et sa pelle pour me desabler. Comme la nuit tombait, il m'a offert le the et fait a manger dans sa petite baraque de garde jardinier au bord du champ de palmiers a dattes qu'il surveille et entretient. Et j'ai pu dormir dans la voiture au bord de son terrain.

vendredi, avril 14, 2006

Jebel Shams

Nizwa, Sultanat d'Oman - Le seul bon plan a Oman et je m'en rendrai compte plus tard, aux Emirats aussi, est de louer une bagnole et d'acheter une tente. A Oman, le camping sauvage ne pose absolument aucun probleme et est sans danger. Vous pourriez y dormir sur un trottoir (en marbre) avec vos bagages et vos valeurs etalees autour de vous, vous risquez juste de vous faire reveiller regulierement par des passants qui vous demanderaient si tout va bien. Le prix de location d'une voiture est inferieur au cout du plus minable des hotels. C'est un principe que je n'ai pas applique et j'ai eu toutes les peines du monde a atteindre le sommet du Jebel Shams, sommet du Sultanat a 3200 m d'altitude.

Le moindre commerce dans les villages entre Muscat et la montagne est tenu par des Indiens et des Pakistanais qui ne parlent pas un mot d'arabe, et a peine anglais. On est surpris par la fraicheur (20 degres de moins que les 36 degres celsius sur la cote) mais rien d'exceptionnel. Par contre, la vallee qui longe le Jebel Shams est, elle, exceptionnelle. Je n'ai jamais vu par exemple le grand canyon aux Etats-Unis, mais ce canyon-ci, le Wadi Ghul, donne vraiment le vertige. Il est faramineux. Des photos se trouvent dans l'album Oman, mais elles sont loin de refleter le cote grandiose de cette vallee. On n'y trouve personne, a part des anes qui font des bebes, et des chevres qui ressemblent et se comportent comme des chiens. (voir photos)

J'etais monte au sommet en pick-up qui m'a applique le tarif touriste. Pour la descente, j'etais decide a prendre un raccourci a travers la montagne, avec mon sac de 20 kilos sur le dos. J'ai bien sue et en retrouvant une route, un fermier, un Omani, un vrai, m'a pris en stop pour un prix plus que raisonnable, dans son pick-up Toyota, mais il y avait un arret. Et plutot que de le regarder charger ses 20 sacs de 50 kilos d'engrais a base de crottes de bique, on s'y est mis a deux, devant le regard amuse de la fermiere et de ses quatre petites filles qui rigolaient comme des folles. Vive la montagne, vive les fermiers !

mercredi, avril 12, 2006

Au sujet du Sultanat

Muscat, Sultanat d'Oman - Y'a-t-il des prisons a Oman ? Si oui, y trouve-t-on des prisonniers ? La population semble tellement honnete et pacifique que c'est dur a croire. Le plus grand danger, c'est la route. 25 morts pour 100.000 habitants l'annee passee la ou la moyenne mondiale est de 19 pour 100.000. Un carnage. En deux heures de presence dans la rue a Salalah, j'ai assiste a un tamponnage a un carrefour. Les conducteurs sortent et se serrent la main. Plus fort encore, ils se font une accolade chaleureuse avant de commencer la discussion. Plus grave, a la sortie d'un virage, quatre hommes portent un blesse inconscient dans un minibus qui file vers l'hopital. Il s'est fait accrocher la tete par le retroviseur d'une camionnette. Au bas mot un litre de sang epais sur le tarmac. Tout ceci en moins de deux heures dans une ville de province. La route est toute puissante, ou plutot, la voiture. Le litre d'eau a la station service est plus cher que le litre de carburant. Ce n'est pas demain la veille que l'on inventera la voiture a l'eau ici.

La cote dans la region de Salalah est bordee de multiples chateaux-forts. Certains ont encore servi et ont ete le theatre de combats dans les annees 1970, lorsque l'actuel Sultan, Qaboos bin Said, deposa son pere regnant depuis Salalah a 1000 km de la capitale, avec l'aide a couvert des Britanniques et sans doute de Shell. Le sultan Qaboos, qui regne depuis lors, est pour l'instant le chef d'etat le plus apprecie au sein de la population des pays que j'ai traverse. Il a investi une bonne partie des revenus petroliers dans l'infrastructure et dans l'education. Les journaux titrent que des milliards de dollars vont etre investis dans de nouvelles recherches petrochimiques et craignent juste le manque de main d'oeuvre et d'ingenieurs. Ce n'est pas grave, repondent les autorites, nous avons la jeunesse et nous allons les former. C'est comme cela depuis 30 ans. Le Sultan a fait passer Oman d'une situation quasi moyen-ageuse a une position phare de richesse et de bien-etre dans le moyen-orient. Le petrole et le gaz sont effectivement clef. Quand on parle avec de jeunes locaux, une phrase qui revient souvent est "on prepare l'avenir". Il y a une organisation scientifique, rationnelle et froide de la societe et de son developpement. Des cartes de developpement touristique sont affichees meme dans le plus petit des campings. Ou investir, quelle activite a mener, dans quel delai, des statistiques sont fournies par l'etat. On parle formation, avancement professionnel, le niveau d'anglais est excellent. On sent cette analyse realiste du fait que cette periode faste due aux ressources petrolieres ne pourtrait pas durer indefiniment.

Toutes les renovations et constructions de palais ont ete pensees avec un raffinement pousse a l'extreme, parfois un peu "too much" (des trottoirs en marbre, c'est classe, mais bon...). Les jardins sont superbes, le mobilier urbain rutilant, ca brille et c'est dore partout. Un sommet etant l'hotel Hyatt dans le quartier des ambassades. Un hall d'aeroport vous accueille, recouvert de marbre, de boiseries et des tissus les plus fins. Un autre exemple est le palais du Sultan dans la ville historique de Muscat. Muscat est divisee en 4 ou 5 agglomerations separees. Le Muscat historique proprement dit ressemble a un quartier de palais, et on continue a en construire, comme si il n'y en avait pas assez. Les jardins publics sont tranquiles, les familles s'y reposent et la serenite y est le maitre-mot. Tranquilite juste interrompue par une bande de filles en burqa integrale qui ont investi les auto-tamponneuses, sous le regard lubrique d'une bande de jeunes gars dans leur robe blanche et leur keffieh blanc serti d'un cordon noir autour de la tete pour le faire tenir.

C'est maintenant que ce pays connait une periode faste. Je ne sais pas si l'on peut parler de reelle democratie. La presse par exemple ressemble plus a une revue des soirees et des galas donnes en l'honneur de tel president de telle firme petroliere, digne de magazines people qu'a une presse d'investigation. Mais il se degage en tout cas de cette societe une forte impression de tranquilite d'esprit. Et franchement, pour paraphraser, quand tout va bien, pourquoi se prendre la tete ?

Je me demande ce qui restera de tout ceci bien apres la fin de l'exploitation des ressources petrolieres. La fin du petrole, encens de ce siecle pour Oman, sonnera-t-il le glas pour ce pays ? La magnificence des palais triomphants de couleurs dans cette lumiere eclatante sera-t-elle reduite a quelques tas de blocs de beton informes et gris, que des touristes fouleront dans quelques siecles, comme on le fait aujourd'hui a Luxor ou a Persepolis ?

Voir album Oman

lundi, avril 10, 2006

La region du Dofhar, Salalah

Salalah, Sultanat d'Oman - Il y a deux options pour passer du Yemen a Oman. Par la montagne et par la cote. Il y a encore cinq bonnes annees, c'etait un exercice a faire en 4x4. Il y a a present deux routes en asphalte qui relient les deux pays. C'est parfois une route qui se transforme en piste, mais c'est carrossable. Avec les arrets aux frontieres, il faut compter quinze heures de bus pour relier Al Mukalla au Yemen a la premiere ville au Sultanat voisin, Salalah. Le bus emprunte est un mini-bus 20 places, tout confort et air conditionne, avec de grandes fenetres. On demarre avec quatre passagers, et la premiere heure est cadencee comme il se doit par notre ami Al Bakkara, chanteur saoudien populaire dans tout le monde musulman, qui chante-recite le Coran.

J'ai l'impression de traverser un desert dans une sorte de papamobile avec air conditionne. A droite le bleu clair du ciel, le bleu marine du large, le bleu turquoise du rivage, puis, decline sous tous les tons, le beige, du sable, des terrains rocailleux... A gauche, du desert de roc, des montagnes. De temps en temps, une petite agglomeration, ou parfois un petit bosquet de palmiers. Plus etonnant, des rassemblements de tentes de bedouins ou d'immigres echoues sur la cote. Voila le decors pendant un petit millier de kilometres. Pendant le trajet, le bus se remplit. On a le temps de reflechir.

Passage de la frontiere apres la tombee de la nuit. Les Omanis de retour au pays et les quelques Yemenis qui font la route vers Oman ont enfile leur belle robe blanche, passe au dash. On se peigne la barbe et les jambias sont rangees dans les valises. Le poste de frontiere de sortie du Yemen est plus pointilleux que le poste d'entree d'Oman... Mon cas, tout a fait en regle, a du faire patienter les 19 autres occupants du bus au premier poste, le prepose ne voulant aps croire que mon visa yemenite etait valable 3 mois, lisez, il esperait un back-sheesh, mais au bout du compte, on est tous passes.

Salalah ressemble a un vaste zoning commercial et industriel avec air conditionne, traverse par des voitures aux vitres fumees et avec l'air co. Meme les mosquees sont hermetiquement fermees et ont l'air co. Il est vrai que sans air conditionne, il est tout simplement impossible de faire quoi que ce soit entre 10h du matin et 10h du soir. Le soleil est ecrasant, il fait humide, en milieu de journee, il est difficile de garder les yeux ouverts sans lunettes de soleil, l'environnement, les batiments virant du jaune clair au blanc.

Les Indiens, Pakistanais et autres Bengalis sont partout et ont largement envahi tous les aspects de la vie omanaise. Les fast foods, les restaurants, la musique, les films a la tele, tout est berce de tabhlas, de bollywood et autres chicken byriani. A Mirbat par exemple, a 70 km de Salalah, il y a une communaute de bengalis qui trompent leur temps autour de the aux tables devant un troquet un peu a l'ecart de la rue, typiquement le shop de the que l'on trouve partout en Inde. De ce cote-ci, c'est bengali et pakistani. De l'autre cote de la rue, c'est le Kerala, deux restaurants et un flat hotel possedes ou habites par des Indiens de cet etat du sud de l'Inde. Mon interlocuteur, un Bengali ne l'annee de la separation du Bengale et du Pakistan (allez, un petit concours), est depuis 17 ans au Sultanat d'Oman. Il connait 5 langues. Outre le Bengali et l'anglais appris au pays, et l'arabe appris dans son pays hote, il parle couramment Urdu et Hindi rien qu'au contact des communautes presentes ici ! Ouvrier dans la construction, il m'explique que les conditions se sont reserrees pour les travailleurs immigres depuis quelques annees. Hautes taxes de sejour en vigueur et refoulements aux frontieres sont le lot quotidien de ces travailleurs qui batissent les buildings et les routes de ce pays sans air co. La plupart sont ou se disent musulmans.

Khor Ruri



Jadis l'un des premiers ports du monde il y a deux mille ans, il ne reste absolument rien de cette periode faste, a part quelques ruines disseminees, et meme pas de quoi imaginer a quoi cela pouvait bien ressembler. La cote sud de la peninsule arabique, ou je me trouve, etait fertile en arbres a frankinsense . Salalah occupant une position centrale, elle etait sur la route de depart. Encens, substance tres prisee a l'epoque, faut-il rappeler la place dans l'imaginaire occidental des rois mages partant exactement de cette region avec de l'or, de la myhre et de l'encens, du frankinsense en fait, vers la Palestine. Comme des centaines et des centaines de marchands faisant le meme trajet a l'epoque, vers la Palestine ou le Liban actuel...

On peut etre rattrape par le mythe 'Planete des singes' en decouvrant Khor Ruri. Une place qui a du grouiller de monde, une ville portuaire, l'une des plus importantes au monde. Aujourd'hui, une plage de sable blanc deserte a perte de vue devant une falaise. Quelques pierres perdues. Un parc naturel pour oiseaux sauvages ou paitrent quelques boeufs le long des berges. Pour peu on decouvrirait un morceau de la statue de la liberte ou la main de Brabo.

Wadi Dharbat

Plus loin sur la cote debouche le Wadi (vallee assechee la plupart du temps) Dharbat. On vient de tout le moyen-orient dans cette region en juillet et en aout car le Khareef (la mousson) y sert une bruine rafraichissante qu'apprecient fort les populations aisees du reste du Moyen-Orient en cette periode ou la temperature atteint des pics partout dans la region. Il s'agit essentiellement d'un parc naturel. Je ne parle pas du parc naturel ici, mais des routes en general. C'est toujours amusant de voir un ou plusieurs chameaux ou un boeuf marcher sur le cote de la route vers on ne sait ou, seuls, sans bedouin. Les chameaux sont des animaux adorables (oui, je sais, ce sera le quote de l'annee). A l'approche d'une voiture, il arrive frequemment qu'ils decident a la derniere seconde de traverser la route du pas cool qui leur sont propres et leur sourire permanent aux levres. Les boeufs par contre sont souvent isoles et marchent droit devant eux, en suivant la ligne d'accotement. C'est hallucinant, on pourrait croire qu'ils font du stop. Ceci a cote des troupeaux de chevres et des chiens errants, rien d'extra-ordinaire. Au detour d'un tournant dans le wadi dharbat par contre, j'ai vu un loup traverser la route furtivement devant moi.

Voir album Oman.

mercredi, avril 05, 2006

Wadi Hadramouwt

Sayun, Yemen - Cette vallee est citee a la fois dans la Bible et dans le Coran (je vous laisse controller), pour la qualite de son encens et sa fertilite. Elle est jalonnee de villages dont la plupart presentent des maisons fabriquees en tourbe. En terme de maison il faudrait parler d'immeubles, parfois de 6 ou 7 etages.



Shibam Hadramouwt

Construite aux alentours du 4e siecle AD, sur les ruines d'une ville plus ancienne, elle a ete decrite comme le "Manathan du desert" par l'aventuriere Freya Stark. Declaree au debut des annees 80 patrimoine mondial de l'Unesco, elle est sujette aujourd'hui a un programme gouvernemental appele "culture heritage preservation" a travers lequel les habitants contribuent a 65% dans les frais de renovation, et l'etat pour 35%. Une misere, a peine le montant de l'aide octroye pour n'importe quelle demeure chez nous a travers aide directe et deductions fiscales. Shibam et l'entretien par ses habitants de leur patrimoine historique, et l'utilisation de ce patrimoine (ils y vivent) possede un interet bien plus important que n'importe quel temple ou tombe. J'ai en memoire le temple de An Nadura pres de l'oasis de Al Kharga en Egypte. Le coeur est probablement d'origine egyptienne, mais le temple en lui meme est romain. Les musulmans en ont fait une place fortifiee. Puis les Ottomans s'en sont servi tout en continuant a fortifier la place. Pendant deux millenaires, avec des interruptions, ce lieu a servi de fort militaire et y a vu s'agiter une cite vivante. Et qu'en a fait l'ere moderne ? Un tas de ruines livre au desert, foule par les quelques touristes de passage. Quel en est l'interet a cote d'un musee vivant comme Shibam ?

Sayun

Capitale administrative de la vallee (wadi), cette ville est plus moderne et n'a pas de charme particulier.

Tarim

En continuant plus loin apres Sayun, il y a Tarim, centre religieux et ville historique. C'est assez curieux d'y croiser des indonesiens, des malaisiens. Un occidental a la barbe blonde aussi qui m'a fait de grands signes de bienvenue... Tous etudiants en religion a Tarim. Depuis des siecles, on y enseigne le Coran. Et par consequent, en dehors d'un bon nombre de mosquees, on y trouve plusieurs palais imposants batis par des notables, ou des enseignants renommes, ayant ramene d'Inde et de plus loin en Asie des idees en matiere d'architecture.

Certaines femmes dans la region, au-dessus de leur burqa, portent un chapeau de sorciere, un chapeau pointu en osier. Je n'ai pas pris de photo pour illustrer cet accessoire vestimentaire assez surprenant. On m'a rapporte que les femmes ici lancent des pierres aux touristes qui oseraient les prendre en photo. Une attitude tout a fait positive ! ;-)

samedi, avril 01, 2006

Aden

Aden, Yemen - C'est decide, je ne parle plus a un yemeni ou a un local en presence de touristes ou d'etrangers. C'est peut etre un signe du sort, mais le gars qui s'est assis a cette table sur une place du quartier de Khormaksar, a peine 5 minutes apres le debut de notre conversation s'est fait embarquer par la police. Bon il est vrai qu'il ne tenait pas des propos tout a fait coherents, me parlant de kidnapping et en fait je n'etais pas encore completement dans la conversation. J'ai juste suivi, en attendant mon requin, qu'il avait commence des cours d'allemand. Mais ce fut quand meme un choc d'assister a cet enlevement en direct. Il est fou, bizarre, m'a-t-on explique. J'avais presque envie de dire que les policiers se sont peut-etre trompes. Comme je l'expliquai a mon voisin de table, Assad, cela fait 3 mois que je suis interpelle constamment, que je passe parfois des heures a ecouter des quidams me raconter leurs histoires, alors que je ne les connaissais pas un instant auparavant. Cela ne me derange pas. Et il ne me derangeait pas, ce "fou". Ou alors c'est le poisson d'avril du jour, qui sait, les yemeni ont peut etre un sens de l'humour tres subtil.

Les personnes avec qui je suis attable sont les employes et stagiaires du centre culturel francais d'Aden. C'est vrai qu'ils en voient tous les jours. Le mortel ennui aidant et la chaleur oppressante, et surtout, les messages incessants leur indiquant qu'ils doivent etre sur leur garde, les poussent peut etre a redoubler de prudence. Des gens un peu depressifs, mais sympathiques, n'hesitez pas a passer leur dire bonjour si vous etes de passage a Aden, ils vous en remercieront.

Cote population, j'ai ete supris par le degre de mecontentement. Je m'attendais a un truc dans le style, les gens d'Aden bases a Sana'a m'ayant fourni un apercu de la situation sociale et economique au sud, mais a ce point. En fait ce n'est pas etonnant. Il y a a peine 15 ans, les Adenois ont recu des tonnes de bombes sur la tete de la part du gouvernement central, et ceci laissera des traces pour longtemps encore. Alors que c'est a partir de cette ville que le colonisateur anglais a ete mis a la porte du Yemen, c'est sous la republique populaire, basee a Aden, fiere et conquerante (soutenant la rebellion socialiste a Oman depuis la region occidentale de Salalah) que les gens de la rue semblent avoir connu leur meilleure periode. Aujourd'hui Aden est une zone franchisee commercialement, envahie par les Somaliens, et comme dans tout environnement ou les conditions economoqies sont dures pour tout le monde, les natifs vouent un peu de rancoeur a ces immigres, encore plus pauvres et desoeuvres qu'eux. Alors que la mendicite est quasiment absente dans tout le reste du Yemen (ce que j'en ai vu), elle est chose courante dans le sud, principalement du fait des enfants africains.

Sinon je pense avoir trouve le Liege ou le Marseille yemenite ! Des gens fort bavards, raleurs, qui vouent une certaine mefiance par rapport a la capitale, qui aiment la discussion, l'atmosphere m'y a fait penser aussi. Du point de vue de l'architecture, on retrouve le style colonial anglais typique, absent dans les autres villes que j'ai vues au Yemen.

Un bon repas chez Reem a Aden dans le quartier du Cratere (l'un des 5 arrondissements d'Aden, effectivement situe dans le cratere d'un ancien volcan) ponctue mon sejour dans la capitale meridionale. Reem est repute pour ses kebabs (mouton). Des pommes de terre servies en "mouchakal" (sorte de bouillabese), un plat de salade et sa pure de tomates pimentee en guise de condiment, et une galette de pain feront l'afaire. Repas arrose d'un mix de jus de mangue - citron - banane et des boules de glace comme desert. Le tout pour moins de 2 euros evidemment. Cale pour aller reserver le billet de bus pour Al Mukalla.

Voir photos dans l'album Yemen, page 10. Si il y a un quelconque probleme a visionner les photos, faites le moi savoir, merci.

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