jeudi, mai 04, 2006

Au coeur de la Republique Islamique

Tehran, Iran - En quelques jours, je visiterai les lieux les plus symboliques de la Republique Islamique d'Iran.

Il y a Isfahan d'abord, au coeur de l'actualite. Lors de mon passage, deux Suedois ont ete arrete d'apres la gazette, soupconnes d'espionnage. Sans doute ont-ils voulu aller photographier l'un de ces sites pour le fun. En fait, il s'agit d'installations militaires sur l'ile de Quesm en face de Bandar-Abbas. Aux dernieres nouvelles, ils sont toujours en Iran a l'ombre. Je pense que tant les interesses que la diplomatie norvegienne preferaient regler l'affaire dans la discretion http://www.isria.com/fr/fichiers/2006/05/000039.htm Ensuite le pote indien d'un norvegien que j'ai rencontre s'est fait expulser du pays car il faisait du journalisme sous couvert d'un visa touristique pour le compte d'un web-zine. Ce blog aussi aurait pu me valoir mon expulsion, mais je prends soin d'ecrire les trucs sensibles une fois que j'ai quitte ce pourtant formidable pays.

sculpture à meme la roche representant l'Imam Khomeiny - Shiraz, IranQuelques jours plus tard je passerai une apres-midi a Qom, avec un etudiant en mathematiques. Histoire de voir comment ca se passe sur un campus universitaire en Iran. L'ambiance y est tres studieuse, loin du joyeux bordel qui regne sur nos campus. Ce qui fait rever certains etudiants rebelles, c'est la periode du shah, normal, ils n'etaient pas encore ne. Dans le logement de Mohammed, des photos sont affiches sur l'interieur de la porte de ses armoires fermes a double tour, montrant tel ou tel general de la periode pahlaviste. Je suis surpris qu'une figure telle que Mohammad Mossadegh ne fait pas l'objet de plus de fascination aupres des jeunes. 1er ministre a la tete d'une coalition communiste et nationaliste, soutenue par les Islamistes a l'epoque, qui a ordonne la nationalisation du petrole (de la Anglo-Persian Oil Company) et renverse par un coup d'etat en 1953 soutenu par les anglo-americains replacant le Shah au pouvoir qui va imposer une dictature inouie pour son come-back. Les americains reconnaitront par Madeleine Albright sous l'administration Clinton le role joue par les US dans ce renversement, coup de main portant le nom 'operation Ajax'. Bizarrement, les quelques resumes historiques officiels que j'ai ete amene a lire font table rase de cette periode et du personnage de Mohammed Mossadegh. Meme les guides n'en parlent pas, comme si entre le Shah 1ere mouture et la revolution Islamique il ne s'etait rien passe. De meme, les quelques bouquins trouves au mausolee de l'Emam Khomeiny font penser a un combat heroique de l'Ayatollah, seul contre tous. L'Ayatollah ne d'ailleurs a Qom, ce qui nous ramene au sujet.

Qom est decrit comme etant pour cause le veritable centre politique de l'Iran, a deux heures au sud de Teheran. Siege de la revolution islamique de 1979, de nombreuses pages ont ete ecrites sur les premiers soulevements ecrases dans le sang, et je retranscris ici l'histoire officielle : repression visant a empecher les croyants de celebrer les ceremonies des martyrs, tenue chaque annee et qui permet de prier les martyrs passes et actuels, a commencer par le martyr Hussein. 'L'idéologie chiite du martyr est fondée sur le personnage central de Hussein, petit-fils du prophète Mohamed. Les chiites pensent que celui-ci aurait dû succéder au prophète, après la mort de son père Ali. Une querelle a éclaté entre les descendants du prophète et la dynastie des Omeyyades, que les chiites accusent d'avoir usurpé le califat. Au 7e siècle, ce conflit a dégénéré et finalement provoqué un schisme de l'islam semblable à celui qui a divisé les catholiques et les protestants. Une bataille a eu lieu à Kerbala, sur les rives de l'Euphrate, en Irak. Hussein et ses 72 partisans ont affronté une puissante armée mobilisée par les Omeyyades. Yazid, le chef des Omeyyades, voulait forcer Hussein à lui prêter serment d'allégeance et à se soumettre à son autorité en qualité de calife de l'Islam. Hussein a refusé. Il a été tué sur le champ de bataille et décapité. Sa tête, montée sur un pic, a été exhibée à travers les villes et les villages, pour être finalement déposée aux pieds de Yazid.' (source : http://radio-canada.ca/actualite/zonelibre/03-07/hezbollah.html). Hussein et ses 72 kamikazes resistant et preferant mourir que de se rendre aux milliers de soldats Omeyyades. C'est la repression a l'egard de cette ceremonie qui aurait mis le feu aux poudres de la revolution de 1978-79. Cette fresque est evidemment au coeur de la revolution islamique et de la guerre Iran-Irak qui lui succedera immediatement.

C'est dans cette ville universitaire que sont formes les Mollahs et futurs Ayatollahs qui assureront la bonne marche de la republique islamique. Qom m'est sommes toutes apparues une ville comme les autres villes iraniennes, en legerement plus conservatrice, quoique en comparant avec Yazd et Mashhad... Mashhad ou je me rendrai quelques jours plus tard, a l'ouest de l'iran a la frontiere Turkmene et a une centaine de kilometres de l'Afghanistan. Effectivement on y croise pas mal de paysans afghans, perdus en Iran. On lit sur leur visage qu'ils sont deboussoles, pas a leur place. En attendant de meilleurs jours ou un rappatriement force du regime iranien. Dans le bus entre Teheran et Mashhad, j'aurai un voisin, costume traditionnel afghan, barbe, visage ferme. Apres 10H45 de trajet (sic), il m'adresse la parole. Il est afghan. Je ne saurai rien de plus. Masshad est un lieu tres important dans la culture chiite. On y trouve le mausole du 8e Imam du de la religion chiite, l'Imam Reza, considere comme le pere de tous les imams. Icı des cars de retraıtes et de plus jeunes affluent par centaınes.

Toujours dans ce tour des lieux sacres, il y aura la visite du mausole de l'Emam Khomeiny dans la banlieue sud de Teheran, immense construction de batiments embrassant une grande mosquee. C'est un peu l'equivalent de Lourdes en chretiente. On y vient pour esperer des miracles. On ne s'y bouscule pas particulierement. En empruntant le metro, deux personnes m'ont demande en des termes differents ce que j'allais faire la-bas. J'ai dit que cela fait partie de l'histoire de l'Iran, ce lieu compte dans l'histoire des gens non ? Le deuxieme m'a repondu en me montrant la rame de metro : 'Les gens, ils sont la.'

Martyrs are the candles of the friends agora - Isfahan, IranEt pour terminer par le non moindre de ces lieux symboliques (je vous rassure, je ne les ai pas fait l'un a la suite de l'autre, je les rassemble sous le meme article...), le cimetiere militaire de la guerre Iran-Irak. Un million de morts,
tombes pour l'iran et pour la revolution. Voila les tombes des martyrs, dont les visages sont affiches en grand dans toutes les villes d'Iran et les noms donnes aux rues et places des toutes les villes et villages du pays. De mes 8 ans a mes 16 ans, je me souviens de ces images a la television (c'etait souvent la meme montrant un lance-roquette mobile tirant des eclairs vers on ne sait ou), des journaux, des chiffres, des tentatives de reglement du conflit, sans cesse ajournees. Plus tard je comprendrai le soutien occidental et meme sovietique a l'Irak (oui le meme Irak du meme Saddam). L'usage de gaz de combat, les guerres de tranche, les armes chimiques utilisees par Saddam, la superiorite technique militaire de l'Irak face aux milliers de soldats iraniens envoyes avec fusil et baionnette a la boucherie.

En arrivant en Iran, j'ai cru innocemment que les quelques mots et phrases d'arabe acquis pourraient m'aider. Et bien non. Je pense que beaucoup d'Iraniens connaissent la langue arabe. La plupart ont lu le Coran dans sa langue originale. Mais la rancoeur est tenace, on re-exhume en plus les anciens conflits au-dela du dernier en date, 'l'avilissement de la civilisation perse par les barbares arabes', ce n'est pas une vaine formule aupres des jeunes en mal d'idendite. J'ai rencontre pas mal d'Irakiens refugies, notament dans le nord. Quel drame pour eux. Avant-hier soutenus par les americains, hier chasses par ces memes americains par l'anarchie qu'ils y ont seme, aujourd'hui perdus en Iran et detestes par les populations du pays d'accueil. J'espere qu'en parlant de l'hospitalite arabe, des populations que j'ai croisees, de la fierte et de l'honneur du peuple yemenite par exemple, j'ai apporte un tout petit autre chose que cette haine ancestrale.

Que tirer de tout ceci ? Ou en est la revolution islamique ?
Ceci n'est evıdemment pas une these ni un article de journaliste et n'a pas de valeur fondamentale. Ce ne sont que des ımpressions. Et si elles soulevent le debat, tant mieux.

Elle me semble etre en perte de vitesse ıdeologıque, malgre les gesticulatıons du gouvernement sur la scene internationale. Surtout evidemment aupres des jeunes. Le faıt religieux n'en reste pas moins tres ımportant mais ce n'est pas de cela dont il s'agit.

Premierement voici ce dont un ami me faisait part recemment.

'L’Iran, contrairement au apparences, est un pays “démographiquement” calmé et très moderne. Sont point critique remonte à 1975-1980, époque de la révolution. A cette époque, l’alphabétisation était en train de se massifier, (...) l’indice de fécondité iranien à l’époque était entre 4 et 5 enfants par femmes, (...)30 ans plus tard, le chemin accompli par l’iran est surprenant et en un sens admirable: 95% d’alphabétisation chez les hommes et 88% chez les femmes (...). Plus surprenant encore: l’indice de fécondité est tombé en dessous de 2 enfants par femmes (taux de renouvellement des générations) depuis 2004!!!!! Une chute ininterrompue et vertigineuse en moins de 30 ans. (note: 6,8 en 1980) C’est absolument ahurissant vu que Arabie Saoudite, Irak, Afghanistan, Pakistan, Jordanie et Syrie sont encore au dessus de 4. Ce chiffre a une portée principale: la société iranienne a recours massivement, et dans la sphère privée puisque la religion l’interdit, aux contraceptifs. Cela en dit long sur l’état d’esprit et les conceptions philosophico-religieuse réelles des Iraniens, en particulier de notre génération.'

Je ne partage pas completement cet avis sur l'usage du preservatif en Iran, meme si je ne l'ai pas teste ;-). Je pense que l'iran reste avant tout une societe conservatrice voire tres coincee a l'egard des questions de sexualite. Il suffit de
parler avec des jeunes pour s'en rendre compte, c'est la terra incognita absolue pour la plupart d'entre eux et les autres sont marries. Alors sans doute le fait que les jeunes se marrient plus tard, que les femmes sont plus attentives a leur developpement professionnel, je ne sais pas exactement, mais comme le souligne notre ami, il s'agit d'un fait, dans notre conception purement occidentale, de developpement.

Deuxiemement, un article paru dans la presse toute officielle disait que le gouvernement est en rupture avec les elites issues de la revolution. Ces elites ne s'y retrouvent plus. Et il appelait le gouvernement a renouer contact. J'ai
l'impression que ce gouvernement tente d'appliquer a nouveau les recettes qui ont prevalu lors de la revolution, a moindre echelle. Mise a l'ecart des elites existantes (simple exemple: le remplacement radical d'une bonne partie du corps diplomatique par le president des son accession au pouvoir), regain du discours nationaliste et populiste. A cet egard la crise internationale nucleaire tombe a point nomme. Scene surrealiste en pleine campagne alors qu'on etait a 7 ou 8 dans une remorque tiree par un tracteur pour redescendre a Qazvin. Un paysan m'a montre un texto sur son gsm clamant : 'uranium enrichment is our absolute right !'. Ce gars ne pouvait pas aligner deux mots d'anglais (pas de critique, le jour ou je pourrai aligner deux mot de farsi...) et il venait me mettre un message sous les yeux parlant d'enrichissement d'uranium... Sans doute un mot d'ordre donne par le parti ou que sais-je.

Mais il est un fait que la population dans son grand ensemble est a present eduquee et n'accepte plus, ou beaucoup moins facilement, la mediocrite. Elle se montre beaucoup plus critique. Au premier plan, l'emploi des jeunes par exemple.

La revolution islamique (nul ne sait ce qu'il serait advenu sans elle, elle a eu lieu, point) dans sa composante de promotion sociale et d'education des masses aurait mis en place les conditions propres a sa propre auto-critique, sans vouloir parler de fin. Fondamentalement, les Iraniens ne veulent surtout pas d'un changement violent et ils voguent entre la necessite de maintenir un guide supreme pour la stabilite de la societe et les besoins de reforme democratique.

L'Iran a conserve de la revolution islamique au moins une chose : son independance vis-a-vis de l'exterieur et l'iran fera ce qu'il lui plaira. Mais il va de la responsabilite de la communaute internationale de laisser l'Iran fixer elle meme les conditions de sa marche vers sa democratie. Ceci se fera de facon d'autant plus aise en l'absence d'ingerence et de pression inutile des lors que ce pays reste dans ses prerogatives aux yeux du droit international.

Merci de bien vouloir reagir a cet article si quoi que ce soit vous parait insense. Ceci est tire d'une vision partielle, superficielle, d'un europeen qui a passe un mois a discuter avec des dizaines de gens de toutes conditions en Iran avec un oeil sur la presse iranienne et internationale.

Mashhad, Iran - Imam Reza mosque

lundi, mai 01, 2006

Letter to Bush

Deux semaines avant la lettre envoyee par Ahmedinejad a Bush, un professeur iranien s'etait lance dans le meme exercice, de facon beaucoup plus argumentee, laissant tomber les allusions messianiques, et autres bondieuseries, pour s'en tenir aux faits. Plutot que de me lancer dans de longues diantribes, je prefere laisser la parole a un Iranien qui a mon sens saisit bien le dossier nucleaire iranien. Ou qui en tout cas, donne une vision iranienne du dossier, que l'on soit d'accord ou non. Et les arguments ont le merite d'etre coherents.

Open letter to President Bush by an Iranian academic
By Pirouz Mojtahed-Zadeh

His Excellency President George W. Bush
The White House
Washington DC.

United States of America

16 April 2006

Mr. President

I am writing to you in the name of peace and in the name of human dignity. And in the absence of a balanced debate in Western political, academic and media circles on the issue of Iran’s nuclear energy program, I would humbly invite Your Excellency to spend a few minutes of your most valuable time to read an alternative argument about the said issue for the sake of peace and preservation of human dignity.
VOIR LA SUITE ICI

mercredi, avril 26, 2006

Vivre en (temps de) paix

Isfahan, Iran - Hall d'attente, gare de bus de Yazd, en plein centre geographique de l'Iran. Teheran est a 10h, Isfahan a 5 heures. Mon visa non-extensible de sept jours arrache a l'aeroport de Shiraz expire dans deux jours. J'espere que l'on pourra s'arranger a Isfahan, sinon je prendrai le premier vol pour la Turquie.

Ce sejour en Iran a bien commence. Restaurant Sharzeh a Shiraz. Des gens aises arrivent en famille pour deguster des plats traditionnels iraniens. On arrive dans le restaurant par une mezzanine. Un orchestre de 3 musiciens et un chanteur se produisent en bas. On m'installe a une table a cote de la petite scene. Il y a un violoniste qui part dans des solos endiables. Un joueur de Tombak, un joueur de santoor... http://www.iranmusic.tv/instruments/ ,un chanteur d'une voix lancinante parfois gaie, parfois triste. C'est un melange de musique tzigane, arabe et le tombak donne une touche indienne a l'ensemble pour celui comme moi, non specialiste.

Retour au hall de gare routiere. Un jeune pere emerveille suit son petit garcon qui semble effectuer ses premiers pas. Il gambade sans trebucher entre les rangees de sieges, va vers la porte de la petite salle de priere attenante a cette grande salle d'attente, il sort dans le soleil. Quelques instants plus tard, il revient dans les bras de son papa.

Sur l'ecran de television, une seance d'aerobic en pleine nature. Un leader et quatre acolytes en carre derriere lui, habilles en pantalon de jogging rose fluo et polo jaune saillant revellant leur carrure d'athlete, executent des figures de gymnastique sur une musique orientale rythmee par des beats. Suis-je le seul a eclater de rire interieurement ?

Ceci dit, le cinema iranien, c'est le style de cinema que l'on observe en se carressant dubitativement la barbe, le sourcil interrogateur, tout en fumant la pipe. C'est tres serieux. Dans le bus entre Shiraz et Yazd, habitue aux navets egyptiens et de bollywood ces trois derniers mois, j'ai pu voir un film ou il etait question d'execution par pendaison, de femme gifflee par un fonctionnaire, femme qui prend ensuite les armes avec ses camarades. Beaucoup de paraboles et d'esthetique a travers une bonne part de non-dits et de non-vus, par exemple un plan fixe de 30 secondes sur une porte fermee a clef.

Au-dela de l'ironie employee ci-dessus, je peux dire qu'il y a certainement une grande recherche estethique presente partout dans le pays et dans tous les domaines artistiques. Beaucoup d'Iraniens rencontres sont passionnes par l'art, la culture et l'architecture. Je n'ai jamais vu autant d'autochtones par exemple dans les lieux "touristiques" historiques de tous les pays traverses jusqu'ici. Il y a une passion pour sa propre culture et pour l'histoire de son pays. Le site de ruines de Persepolis par exemple ne desemplit pas de touristes iraniens venant de tout le pays. L'histoire de cette periode peut vous etre expliquee en detail par n'importe quel iranien.

La ville de Shiraz illustre bien cette atmosphere relax et l'amour des Iraniens et (surtout) des Iraniennes pour l'art. En venant de pays musulmans wahabittes, on est d'abord surpris par la relative emancipation des femmes. N'est-ce pas ici le pays de la revolution islamique, la seule vraie et dure republique islamique au monde ? Je m'attendais a voir des femmes (impures) lapidees aux coins de rues, et bien non, je suis decu ! Ce n'est pas du tout ca. Dans l'habillement d'abord. On est loin des tentes noires couvrant les femmes yemenites ou emirati, qu'on ne voit d'ailleurs jamais. Ici, elles portent des fichus colores, d'ou depassent deux ou trois meches de cheveux. Parfois un hijab, qui couvre egalement les epaules. En tout cas, jamais le visage. Souvent, elles portent un "manteau" vert, bleu clair, coupe le long du corps, qui peut arriver au-dessus des genoux. Et presque toujours des jeans et des baskets. Des lunettes de soleil et autres accessoires viennent completer un ensemble tres mode donnant a beaucoup de femmes un look de cinema italien des annees '50. Les hommes tiennent beaucoup a leur apparence egalement et sont souvent bien batis, resultat en partie de leurs 20 mois de service militaire obligatoire et d'une forme entretenue. Combien de jeunes n'ai-je pas rencontre, comptant les jours en attendant le debut de leur service ou, en permission, la fin.

Ensuite, la dolce vita a Shiraz. On a du mal a imaginer que cette ville se trouve dans un pays actuellement en haut de la liste des potentielles cibles militaires des Etats-Unis. Un vendredi, jour de repos hebdomadaire, qu'il est agreable de se ballader dans le jardin de l'Emam, cite des poetes, au milieu des familles qui piqueniquent entre les cypres et les etudiants des beaux-arts qui finissent leurs dernieres peintures. Plus loin, en prenant un taxi vers les hauteurs de la ville, une caverne a ete transformee en maison a the et est frequentee par les etudiants dans ce lieu naturellement frais ou regnent les voluptes de qalyan (narguile). Il y a aussi deux mausolees entoures de jardins, eriges en l'honneur de poetes celebres que Shiraz a accueilli.

Celui de Hafez habrite l'un des teahouses les plus atmospheriques que je n'ai jamais vu, meme si j'en verrai d'autres par la suite. Une cour avec une piece d'eau avec au premier rang des lits entoures de coussins et au deuxieme rang des alcoves construites dans les parois au milieu d'un jardin fleuri ou l'on trouve des bougainvilliers, des orangers... les gens, hommes, femmes, parlent autour de pots de the, fument le qalyan, s'observent... Des etudiantes font des photos experimentales et ont l'air de s'amuser. Quelques quartiers plus loin, le mausolee du second celebre poete, Sa'adi, L'ambiance y est la completement familiale, les momes s'amusent a lancer des pieces de monnaie sur les poissons au fond du puit central d'un teahouse sous-terrain au mausolee.

Le fort Arg-e karim Khani situe au centre-ville dans un espace amenage pour les pietons, erige dans la periode Zand pour rivaliser Isfahan, revele dans ses ailes des travaux de restauration en ebenisterie, une autre aile contient des galleries de photographies restaurees du debut du XXe siecle dont l'une qui montre un regiment de cavaliers indiens parader en plein Shiraz. Le colon anglais utilisant l'armee d'une colonie pour faire regner l'ordre dans l'autre. Pour terminer ce tour dans Shiraz, on est presque ramene a la realite, avec mon ami du jour, Miliz, un Iranien originaire de la region du lac d'Orumiveh, assyrien, chretien, se revendiquant d'ailleurs haut et fort comme tel avec sa casquette sur laquelle il est ecrit en grand "I LOVE JESUS", effet assure dans la rue, venu construire le metro shirazien qui entrera en fonction dans quatre ans. M'ayant amene partout en ce jour et refuse que je ne sorte le moindre ryal de ma poche, j'ai insiste, vraiment juste pour lui, pour que nous trouvions la seule eglise de Shiraz, il y avait une croix sur le plan et il ne connaissait pas cet endroit, habitant de l'autre cote de la ville. Apres pas mal de recherches, on se trouve devant un porche et un crucifix. On distingue entre les deux toles un jardin interieur. Un cerbere vient nous trouver pour dire que l'on ne pouvait pas entrer. Il faut un "airshot" (impossible de trouver la veritable orthographe de ce mot), en gros, une autorisation aupres de la police religieuse qui gere les allees et venues dans ce genre de lieu de culte. Inutile de dire qu'ils sont tres peu frequentes.

Yazd est une ville a premiere vue plus conservatrice, et l'une des plus vieilles au monde. On trouve dans la vieille ville un vrai dedale de ruelles entre des maisons et des murs de jardin construits en tourbe. Des cheminees distribuent par aspiration des courants d'air dans les batisses, Il y a quelques magnifiques jardins interieurs transformes en patio d'hotel ou autres batiments de l'administration locale. Ca donne tout de suite plus envie d'aller faire des demarches administratives.

Je n'ai vu a present de Isfahan que les affiches politiques et les posters de martyrs en pleine ville, un chauffeur de taxi qui m'a enjoint de retourner dans mon pays et deux maisons de the geniales pour tuer le temps a fumer le narguile en attendant que cette pluie cesse. Fumer le qalyan des 10h du mat avec les retraites c'est quand meme exagere... faut que je me reprenne.

Finalement, non. Ce visa ne peut pas etre etendu, et c'est logique, il est ecrit en grand, en travers : NOT EXTENDABLE. Ca ne peut etre plus clair. Je me trouve en Iran, pays le plus diabolise du monde, en situation illegale ou disons, irreguliere depuis hier minuit. Ca n'a pas l'air d'emouvoir le chef du bureau des etrangers. D'apres lui, tout s'arrangera a l'office central de Teheran. En attendant, relax.

Note: je commence a avoir un serieux retard sur ce blog, il y a tellement de choses a vivre ici en Iran... a la prochaine connection je commente les photos qui se trouvent ici.

mercredi, avril 19, 2006

Abu Dhabi, Dubai

Dubai, Emirats Arabes Unis - On pourrait decrire Abu Dhabi comme le quartier nord de Bruxelles, les prostituees en moins, les kilometres de galleries commerciales sous air-co, au rez de ces immeubles, en plus. Ou comme le quartier de la Defense a Paris, ces quartiers etendus a une ville entiere. Vous remarquerez que je n'emets aucun jugement de valeur... L'automobile y est evidemment plus qu'ailleurs reine, c'est le totalitarisme du vehicule prive. Point de merci en dehors. Comme a Dubai, la question en tant que pieton est de savoir comment on va bien pouvoir passer cette enieme autoroute a 12 bandes en plein centre-ville, a combien de kilometres est le prochain arret de bus "four" en plein terrain vague sous le soleil a 55 degres et sur combien de taxis il va falloir se jetter pour esperer en arreter un.

Dubai se differencie un peu d'Abu Dhabi dans la mesure ou l'on y voit des batiments parfois plus anciens, ce qui lui donne un peu plus de cachet et d'authenticite (dans le cadre des Emirats). Dans les deux villes, le logement est hors de prix. A Dubai, je me suis rabattu sur l'auberge de jeunesse, un lit pour 20 euros dans une chambre partagee, un hall d'entree digne d'un hotel 5 etoiles en Europe. Un peu d'humanite d'ailleurs avec ces compagnons d'un soir dans un tea house de banlieue a fumer la shee-sha devant un bon Barcelone - AC Milan avec toute la communaute egyptienne acquise au Barca. Autour de la table on avait d'ailleurs tout le Maghreb, ne manquait qu'un Algerien. Dans le registre sportif, il y avait aussi un Inde - Pakistan en criquet au stade d'Abu Dhabi pendant deux jours. Je n'ai pas rencontre un Indien ou un Pakistanais en mesure de se payer l'entree, et je me demande qui y etais.

Les pakis et les Iraniens conduisent les taxis. Les Indiens triment dans les restos. Les Bengali travaillent sur les chantiers en plein soleil. Les occidentaux gerent les affaires, grassement payes avec deux retours par an et un 4x4 inclus dans le package salarial. Au sommet, les Emiratis gerent leurs investissements et on ne les voit que tres rarement, et pour cause, ils ne forment meme pas 10% de la population.

Il m'est difficile de croire que tous ces pays visites jusqu'ici font partie d'un meme ensemble arabo-musulman. Ne parlons meme pas de civilisation.

dimanche, avril 16, 2006

Liwa Oasis



Abu Dhabi, Emirats Arabes Unis - Avant de revenir sur Abu Dhabi, Duabi et la societe emirati urbaine en genral, je vais commencer par une bouffee d'oxygene dans cet ocean de vulgarite en vous parlant de l'oasis de Liwa.

Lorsque l'on passe d'Oman aux Emirats, on traverse des paysages plus dramatiques, faits de hautes dunes de sable. Au sud des Emirats, une route en arc de cercle de 150km desert l'oasis de Liwa, dont proviennent les emirs qui regiront les Emirats de Abu Dhabi et de Dubai plus tard, ceci pour la petite histoire. Cette oasis est sans doute le point habitable et visitable le plus avance dans le Empty Quarter, la plus grande mer de dunes au monde, d'une superficie equivalent au Benelux et a la France, dont la temperature varie du 0 degre la nuit a 60 degres l'apres-midi et que meme les bedouins ne peuvent plus traverser depuis le 4e siecle AD. L'un des environnements les plus hostiles au monde, seulement visite par quelques scientifiques, de rares excursions a la bordure en 4x4 a 1000 euros par jour et par les chercheurs et les travailleurs de l'exploitation petrolifere.

En m'enfoncant au sud vers Hameem, fin de l'oasis, j'ai croise toute une serie de villages perches et stabilises au sommet de... dunes de 100 ou 200 m de haut. En dehors, c'etait vraiment l'image du desert que l'on imagine quand on est petit en lisant tintin. De grandes dunes de sable fin de 100m de haut balayees par les vents avec de temps en temps un troupeau de chameaux qui passe dans le paysage. Je me suis bien sur ensable en cherchant un endroit pour passer la nuit, et un bengali (!) est arrive avec ses petits pas et sa pelle pour me desabler. Comme la nuit tombait, il m'a offert le the et fait a manger dans sa petite baraque de garde jardinier au bord du champ de palmiers a dattes qu'il surveille et entretient. Et j'ai pu dormir dans la voiture au bord de son terrain.

vendredi, avril 14, 2006

Jebel Shams

Nizwa, Sultanat d'Oman - Le seul bon plan a Oman et je m'en rendrai compte plus tard, aux Emirats aussi, est de louer une bagnole et d'acheter une tente. A Oman, le camping sauvage ne pose absolument aucun probleme et est sans danger. Vous pourriez y dormir sur un trottoir (en marbre) avec vos bagages et vos valeurs etalees autour de vous, vous risquez juste de vous faire reveiller regulierement par des passants qui vous demanderaient si tout va bien. Le prix de location d'une voiture est inferieur au cout du plus minable des hotels. C'est un principe que je n'ai pas applique et j'ai eu toutes les peines du monde a atteindre le sommet du Jebel Shams, sommet du Sultanat a 3200 m d'altitude.

Le moindre commerce dans les villages entre Muscat et la montagne est tenu par des Indiens et des Pakistanais qui ne parlent pas un mot d'arabe, et a peine anglais. On est surpris par la fraicheur (20 degres de moins que les 36 degres celsius sur la cote) mais rien d'exceptionnel. Par contre, la vallee qui longe le Jebel Shams est, elle, exceptionnelle. Je n'ai jamais vu par exemple le grand canyon aux Etats-Unis, mais ce canyon-ci, le Wadi Ghul, donne vraiment le vertige. Il est faramineux. Des photos se trouvent dans l'album Oman, mais elles sont loin de refleter le cote grandiose de cette vallee. On n'y trouve personne, a part des anes qui font des bebes, et des chevres qui ressemblent et se comportent comme des chiens. (voir photos)

J'etais monte au sommet en pick-up qui m'a applique le tarif touriste. Pour la descente, j'etais decide a prendre un raccourci a travers la montagne, avec mon sac de 20 kilos sur le dos. J'ai bien sue et en retrouvant une route, un fermier, un Omani, un vrai, m'a pris en stop pour un prix plus que raisonnable, dans son pick-up Toyota, mais il y avait un arret. Et plutot que de le regarder charger ses 20 sacs de 50 kilos d'engrais a base de crottes de bique, on s'y est mis a deux, devant le regard amuse de la fermiere et de ses quatre petites filles qui rigolaient comme des folles. Vive la montagne, vive les fermiers !

mercredi, avril 12, 2006

Au sujet du Sultanat

Muscat, Sultanat d'Oman - Y'a-t-il des prisons a Oman ? Si oui, y trouve-t-on des prisonniers ? La population semble tellement honnete et pacifique que c'est dur a croire. Le plus grand danger, c'est la route. 25 morts pour 100.000 habitants l'annee passee la ou la moyenne mondiale est de 19 pour 100.000. Un carnage. En deux heures de presence dans la rue a Salalah, j'ai assiste a un tamponnage a un carrefour. Les conducteurs sortent et se serrent la main. Plus fort encore, ils se font une accolade chaleureuse avant de commencer la discussion. Plus grave, a la sortie d'un virage, quatre hommes portent un blesse inconscient dans un minibus qui file vers l'hopital. Il s'est fait accrocher la tete par le retroviseur d'une camionnette. Au bas mot un litre de sang epais sur le tarmac. Tout ceci en moins de deux heures dans une ville de province. La route est toute puissante, ou plutot, la voiture. Le litre d'eau a la station service est plus cher que le litre de carburant. Ce n'est pas demain la veille que l'on inventera la voiture a l'eau ici.

La cote dans la region de Salalah est bordee de multiples chateaux-forts. Certains ont encore servi et ont ete le theatre de combats dans les annees 1970, lorsque l'actuel Sultan, Qaboos bin Said, deposa son pere regnant depuis Salalah a 1000 km de la capitale, avec l'aide a couvert des Britanniques et sans doute de Shell. Le sultan Qaboos, qui regne depuis lors, est pour l'instant le chef d'etat le plus apprecie au sein de la population des pays que j'ai traverse. Il a investi une bonne partie des revenus petroliers dans l'infrastructure et dans l'education. Les journaux titrent que des milliards de dollars vont etre investis dans de nouvelles recherches petrochimiques et craignent juste le manque de main d'oeuvre et d'ingenieurs. Ce n'est pas grave, repondent les autorites, nous avons la jeunesse et nous allons les former. C'est comme cela depuis 30 ans. Le Sultan a fait passer Oman d'une situation quasi moyen-ageuse a une position phare de richesse et de bien-etre dans le moyen-orient. Le petrole et le gaz sont effectivement clef. Quand on parle avec de jeunes locaux, une phrase qui revient souvent est "on prepare l'avenir". Il y a une organisation scientifique, rationnelle et froide de la societe et de son developpement. Des cartes de developpement touristique sont affichees meme dans le plus petit des campings. Ou investir, quelle activite a mener, dans quel delai, des statistiques sont fournies par l'etat. On parle formation, avancement professionnel, le niveau d'anglais est excellent. On sent cette analyse realiste du fait que cette periode faste due aux ressources petrolieres ne pourtrait pas durer indefiniment.

Toutes les renovations et constructions de palais ont ete pensees avec un raffinement pousse a l'extreme, parfois un peu "too much" (des trottoirs en marbre, c'est classe, mais bon...). Les jardins sont superbes, le mobilier urbain rutilant, ca brille et c'est dore partout. Un sommet etant l'hotel Hyatt dans le quartier des ambassades. Un hall d'aeroport vous accueille, recouvert de marbre, de boiseries et des tissus les plus fins. Un autre exemple est le palais du Sultan dans la ville historique de Muscat. Muscat est divisee en 4 ou 5 agglomerations separees. Le Muscat historique proprement dit ressemble a un quartier de palais, et on continue a en construire, comme si il n'y en avait pas assez. Les jardins publics sont tranquiles, les familles s'y reposent et la serenite y est le maitre-mot. Tranquilite juste interrompue par une bande de filles en burqa integrale qui ont investi les auto-tamponneuses, sous le regard lubrique d'une bande de jeunes gars dans leur robe blanche et leur keffieh blanc serti d'un cordon noir autour de la tete pour le faire tenir.

C'est maintenant que ce pays connait une periode faste. Je ne sais pas si l'on peut parler de reelle democratie. La presse par exemple ressemble plus a une revue des soirees et des galas donnes en l'honneur de tel president de telle firme petroliere, digne de magazines people qu'a une presse d'investigation. Mais il se degage en tout cas de cette societe une forte impression de tranquilite d'esprit. Et franchement, pour paraphraser, quand tout va bien, pourquoi se prendre la tete ?

Je me demande ce qui restera de tout ceci bien apres la fin de l'exploitation des ressources petrolieres. La fin du petrole, encens de ce siecle pour Oman, sonnera-t-il le glas pour ce pays ? La magnificence des palais triomphants de couleurs dans cette lumiere eclatante sera-t-elle reduite a quelques tas de blocs de beton informes et gris, que des touristes fouleront dans quelques siecles, comme on le fait aujourd'hui a Luxor ou a Persepolis ?

Voir album Oman

lundi, avril 10, 2006

La region du Dofhar, Salalah

Salalah, Sultanat d'Oman - Il y a deux options pour passer du Yemen a Oman. Par la montagne et par la cote. Il y a encore cinq bonnes annees, c'etait un exercice a faire en 4x4. Il y a a present deux routes en asphalte qui relient les deux pays. C'est parfois une route qui se transforme en piste, mais c'est carrossable. Avec les arrets aux frontieres, il faut compter quinze heures de bus pour relier Al Mukalla au Yemen a la premiere ville au Sultanat voisin, Salalah. Le bus emprunte est un mini-bus 20 places, tout confort et air conditionne, avec de grandes fenetres. On demarre avec quatre passagers, et la premiere heure est cadencee comme il se doit par notre ami Al Bakkara, chanteur saoudien populaire dans tout le monde musulman, qui chante-recite le Coran.

J'ai l'impression de traverser un desert dans une sorte de papamobile avec air conditionne. A droite le bleu clair du ciel, le bleu marine du large, le bleu turquoise du rivage, puis, decline sous tous les tons, le beige, du sable, des terrains rocailleux... A gauche, du desert de roc, des montagnes. De temps en temps, une petite agglomeration, ou parfois un petit bosquet de palmiers. Plus etonnant, des rassemblements de tentes de bedouins ou d'immigres echoues sur la cote. Voila le decors pendant un petit millier de kilometres. Pendant le trajet, le bus se remplit. On a le temps de reflechir.

Passage de la frontiere apres la tombee de la nuit. Les Omanis de retour au pays et les quelques Yemenis qui font la route vers Oman ont enfile leur belle robe blanche, passe au dash. On se peigne la barbe et les jambias sont rangees dans les valises. Le poste de frontiere de sortie du Yemen est plus pointilleux que le poste d'entree d'Oman... Mon cas, tout a fait en regle, a du faire patienter les 19 autres occupants du bus au premier poste, le prepose ne voulant aps croire que mon visa yemenite etait valable 3 mois, lisez, il esperait un back-sheesh, mais au bout du compte, on est tous passes.

Salalah ressemble a un vaste zoning commercial et industriel avec air conditionne, traverse par des voitures aux vitres fumees et avec l'air co. Meme les mosquees sont hermetiquement fermees et ont l'air co. Il est vrai que sans air conditionne, il est tout simplement impossible de faire quoi que ce soit entre 10h du matin et 10h du soir. Le soleil est ecrasant, il fait humide, en milieu de journee, il est difficile de garder les yeux ouverts sans lunettes de soleil, l'environnement, les batiments virant du jaune clair au blanc.

Les Indiens, Pakistanais et autres Bengalis sont partout et ont largement envahi tous les aspects de la vie omanaise. Les fast foods, les restaurants, la musique, les films a la tele, tout est berce de tabhlas, de bollywood et autres chicken byriani. A Mirbat par exemple, a 70 km de Salalah, il y a une communaute de bengalis qui trompent leur temps autour de the aux tables devant un troquet un peu a l'ecart de la rue, typiquement le shop de the que l'on trouve partout en Inde. De ce cote-ci, c'est bengali et pakistani. De l'autre cote de la rue, c'est le Kerala, deux restaurants et un flat hotel possedes ou habites par des Indiens de cet etat du sud de l'Inde. Mon interlocuteur, un Bengali ne l'annee de la separation du Bengale et du Pakistan (allez, un petit concours), est depuis 17 ans au Sultanat d'Oman. Il connait 5 langues. Outre le Bengali et l'anglais appris au pays, et l'arabe appris dans son pays hote, il parle couramment Urdu et Hindi rien qu'au contact des communautes presentes ici ! Ouvrier dans la construction, il m'explique que les conditions se sont reserrees pour les travailleurs immigres depuis quelques annees. Hautes taxes de sejour en vigueur et refoulements aux frontieres sont le lot quotidien de ces travailleurs qui batissent les buildings et les routes de ce pays sans air co. La plupart sont ou se disent musulmans.

Khor Ruri



Jadis l'un des premiers ports du monde il y a deux mille ans, il ne reste absolument rien de cette periode faste, a part quelques ruines disseminees, et meme pas de quoi imaginer a quoi cela pouvait bien ressembler. La cote sud de la peninsule arabique, ou je me trouve, etait fertile en arbres a frankinsense . Salalah occupant une position centrale, elle etait sur la route de depart. Encens, substance tres prisee a l'epoque, faut-il rappeler la place dans l'imaginaire occidental des rois mages partant exactement de cette region avec de l'or, de la myhre et de l'encens, du frankinsense en fait, vers la Palestine. Comme des centaines et des centaines de marchands faisant le meme trajet a l'epoque, vers la Palestine ou le Liban actuel...

On peut etre rattrape par le mythe 'Planete des singes' en decouvrant Khor Ruri. Une place qui a du grouiller de monde, une ville portuaire, l'une des plus importantes au monde. Aujourd'hui, une plage de sable blanc deserte a perte de vue devant une falaise. Quelques pierres perdues. Un parc naturel pour oiseaux sauvages ou paitrent quelques boeufs le long des berges. Pour peu on decouvrirait un morceau de la statue de la liberte ou la main de Brabo.

Wadi Dharbat

Plus loin sur la cote debouche le Wadi (vallee assechee la plupart du temps) Dharbat. On vient de tout le moyen-orient dans cette region en juillet et en aout car le Khareef (la mousson) y sert une bruine rafraichissante qu'apprecient fort les populations aisees du reste du Moyen-Orient en cette periode ou la temperature atteint des pics partout dans la region. Il s'agit essentiellement d'un parc naturel. Je ne parle pas du parc naturel ici, mais des routes en general. C'est toujours amusant de voir un ou plusieurs chameaux ou un boeuf marcher sur le cote de la route vers on ne sait ou, seuls, sans bedouin. Les chameaux sont des animaux adorables (oui, je sais, ce sera le quote de l'annee). A l'approche d'une voiture, il arrive frequemment qu'ils decident a la derniere seconde de traverser la route du pas cool qui leur sont propres et leur sourire permanent aux levres. Les boeufs par contre sont souvent isoles et marchent droit devant eux, en suivant la ligne d'accotement. C'est hallucinant, on pourrait croire qu'ils font du stop. Ceci a cote des troupeaux de chevres et des chiens errants, rien d'extra-ordinaire. Au detour d'un tournant dans le wadi dharbat par contre, j'ai vu un loup traverser la route furtivement devant moi.

Voir album Oman.

mercredi, avril 05, 2006

Wadi Hadramouwt

Sayun, Yemen - Cette vallee est citee a la fois dans la Bible et dans le Coran (je vous laisse controller), pour la qualite de son encens et sa fertilite. Elle est jalonnee de villages dont la plupart presentent des maisons fabriquees en tourbe. En terme de maison il faudrait parler d'immeubles, parfois de 6 ou 7 etages.



Shibam Hadramouwt

Construite aux alentours du 4e siecle AD, sur les ruines d'une ville plus ancienne, elle a ete decrite comme le "Manathan du desert" par l'aventuriere Freya Stark. Declaree au debut des annees 80 patrimoine mondial de l'Unesco, elle est sujette aujourd'hui a un programme gouvernemental appele "culture heritage preservation" a travers lequel les habitants contribuent a 65% dans les frais de renovation, et l'etat pour 35%. Une misere, a peine le montant de l'aide octroye pour n'importe quelle demeure chez nous a travers aide directe et deductions fiscales. Shibam et l'entretien par ses habitants de leur patrimoine historique, et l'utilisation de ce patrimoine (ils y vivent) possede un interet bien plus important que n'importe quel temple ou tombe. J'ai en memoire le temple de An Nadura pres de l'oasis de Al Kharga en Egypte. Le coeur est probablement d'origine egyptienne, mais le temple en lui meme est romain. Les musulmans en ont fait une place fortifiee. Puis les Ottomans s'en sont servi tout en continuant a fortifier la place. Pendant deux millenaires, avec des interruptions, ce lieu a servi de fort militaire et y a vu s'agiter une cite vivante. Et qu'en a fait l'ere moderne ? Un tas de ruines livre au desert, foule par les quelques touristes de passage. Quel en est l'interet a cote d'un musee vivant comme Shibam ?

Sayun

Capitale administrative de la vallee (wadi), cette ville est plus moderne et n'a pas de charme particulier.

Tarim

En continuant plus loin apres Sayun, il y a Tarim, centre religieux et ville historique. C'est assez curieux d'y croiser des indonesiens, des malaisiens. Un occidental a la barbe blonde aussi qui m'a fait de grands signes de bienvenue... Tous etudiants en religion a Tarim. Depuis des siecles, on y enseigne le Coran. Et par consequent, en dehors d'un bon nombre de mosquees, on y trouve plusieurs palais imposants batis par des notables, ou des enseignants renommes, ayant ramene d'Inde et de plus loin en Asie des idees en matiere d'architecture.

Certaines femmes dans la region, au-dessus de leur burqa, portent un chapeau de sorciere, un chapeau pointu en osier. Je n'ai pas pris de photo pour illustrer cet accessoire vestimentaire assez surprenant. On m'a rapporte que les femmes ici lancent des pierres aux touristes qui oseraient les prendre en photo. Une attitude tout a fait positive ! ;-)

samedi, avril 01, 2006

Aden

Aden, Yemen - C'est decide, je ne parle plus a un yemeni ou a un local en presence de touristes ou d'etrangers. C'est peut etre un signe du sort, mais le gars qui s'est assis a cette table sur une place du quartier de Khormaksar, a peine 5 minutes apres le debut de notre conversation s'est fait embarquer par la police. Bon il est vrai qu'il ne tenait pas des propos tout a fait coherents, me parlant de kidnapping et en fait je n'etais pas encore completement dans la conversation. J'ai juste suivi, en attendant mon requin, qu'il avait commence des cours d'allemand. Mais ce fut quand meme un choc d'assister a cet enlevement en direct. Il est fou, bizarre, m'a-t-on explique. J'avais presque envie de dire que les policiers se sont peut-etre trompes. Comme je l'expliquai a mon voisin de table, Assad, cela fait 3 mois que je suis interpelle constamment, que je passe parfois des heures a ecouter des quidams me raconter leurs histoires, alors que je ne les connaissais pas un instant auparavant. Cela ne me derange pas. Et il ne me derangeait pas, ce "fou". Ou alors c'est le poisson d'avril du jour, qui sait, les yemeni ont peut etre un sens de l'humour tres subtil.

Les personnes avec qui je suis attable sont les employes et stagiaires du centre culturel francais d'Aden. C'est vrai qu'ils en voient tous les jours. Le mortel ennui aidant et la chaleur oppressante, et surtout, les messages incessants leur indiquant qu'ils doivent etre sur leur garde, les poussent peut etre a redoubler de prudence. Des gens un peu depressifs, mais sympathiques, n'hesitez pas a passer leur dire bonjour si vous etes de passage a Aden, ils vous en remercieront.

Cote population, j'ai ete supris par le degre de mecontentement. Je m'attendais a un truc dans le style, les gens d'Aden bases a Sana'a m'ayant fourni un apercu de la situation sociale et economique au sud, mais a ce point. En fait ce n'est pas etonnant. Il y a a peine 15 ans, les Adenois ont recu des tonnes de bombes sur la tete de la part du gouvernement central, et ceci laissera des traces pour longtemps encore. Alors que c'est a partir de cette ville que le colonisateur anglais a ete mis a la porte du Yemen, c'est sous la republique populaire, basee a Aden, fiere et conquerante (soutenant la rebellion socialiste a Oman depuis la region occidentale de Salalah) que les gens de la rue semblent avoir connu leur meilleure periode. Aujourd'hui Aden est une zone franchisee commercialement, envahie par les Somaliens, et comme dans tout environnement ou les conditions economoqies sont dures pour tout le monde, les natifs vouent un peu de rancoeur a ces immigres, encore plus pauvres et desoeuvres qu'eux. Alors que la mendicite est quasiment absente dans tout le reste du Yemen (ce que j'en ai vu), elle est chose courante dans le sud, principalement du fait des enfants africains.

Sinon je pense avoir trouve le Liege ou le Marseille yemenite ! Des gens fort bavards, raleurs, qui vouent une certaine mefiance par rapport a la capitale, qui aiment la discussion, l'atmosphere m'y a fait penser aussi. Du point de vue de l'architecture, on retrouve le style colonial anglais typique, absent dans les autres villes que j'ai vues au Yemen.

Un bon repas chez Reem a Aden dans le quartier du Cratere (l'un des 5 arrondissements d'Aden, effectivement situe dans le cratere d'un ancien volcan) ponctue mon sejour dans la capitale meridionale. Reem est repute pour ses kebabs (mouton). Des pommes de terre servies en "mouchakal" (sorte de bouillabese), un plat de salade et sa pure de tomates pimentee en guise de condiment, et une galette de pain feront l'afaire. Repas arrose d'un mix de jus de mangue - citron - banane et des boules de glace comme desert. Le tout pour moins de 2 euros evidemment. Cale pour aller reserver le billet de bus pour Al Mukalla.

Voir photos dans l'album Yemen, page 10. Si il y a un quelconque probleme a visionner les photos, faites le moi savoir, merci.

vendredi, mars 31, 2006

Sana'a - Jibla - Tai'z

Tai'z, Yemen - Apres un mois de train-train quotidien, aaaah me voila reparti sur les routes. J'ai refait mon planning de facon detaillee. En fait, j'ai tout simplement fait mon planning, et deux mois de mouvement perpetuel, quotidien, m'attendent, de Sana'a au Yemen a Damas en Syrie, debut juin.

Les paysages qui defilent durant ces 5 heures de bus sont assez differents l'un de l'autre. Au depart de Sana'a, on traverse une serie de cirques grandioses, suivi d'une bonne heure de paysages qui font penser a la Toscane, avec des vallees douces, vertes et sur la crete des collines, des arbres qui ressemblent a des peupliers. Ensuite, au fur et a mesure que l'on descends, et avant de remonter vers Taizz, deuxieme sommet du Yemen apres la region de Sanaa, des paysages dignes de la steppe africaine, clairsemes, avec de rares arbres et quelques palmiers.

Il a fallu evidemment que, 10 minutes a peine apres s'etre arrete 1 heure pour manger, le chauffeur decide de faire un arret qat dans un village plus loin. Imaginez un bus Liege - Berlin, avec des familles, airconditionne et grand luxe, qui s'arrete a Maastricht pour acheter de la marijuana. C'est un peu ca sauf que c'est tout a fait normal.

Je m'arrete a Ibb un peu avant Taizz pour jeter un coup d'oeil sur le gros village de Jibla. On est toujours a plus de 2000 m dans la region. Jibla capitale du Yemen au moyen-age, l'empire Sulayhid, comprenant Sana'a, Aden et l'est, l'Hadramouwt. En descendant du taxi partage a Jibla, village perche sur la montagne, j'entends un cri qui sort de nulle part. En levant les yeux, je m'appercois que le vieux minaret de la mosque As-Sunna du 16e siecle qui marque l'entree du village, porte en son sommet un vrai muezzin, un vrai de vrai qui fait l'appel a la priere comme au bon vieux temps, a la criee, et sans porte-voix. C'est fou comme certaines mauvaises traditions perdurent et par contre comme de bonnes traditions comme celle-ci se perdent... Plus loin, une mosquee avec son double minaret, la mosquee Reine Arwa (12e) est plantee au milieu du village. Il me fut possible de tourner autour de la mosquee, dans une espece de patio, mais pas d'y entrer. Le deplacement de la capitale de Sanaa a Jibla est le fait de la reine Arwa, au XIIe siecle de l'ere chretienne, son regne a ete place sous le signe du progres et d'une grande prosperite economique. Le palais est devenu un vaste champ de ruines malheureusement. http://www.yemeninfo.gov.ye/english/CULTURE/Jibla.htm

Taizz est une ville postee au pied d'une montagne, le deuxieme sommet du Yemen, le jebel (montagne) Sabir, et elle est presente partout, d'ou que l'on se place dans la ville. En suivant un cortege de supporters de foot completement incongru, faisant eclater des petards et envahissant les ronds-points, je ne sais toujours pas pourquoi ni pour qui, cortege qui s'est disloque, et je ne sais pas ou on disparu les gens, je fus interpelle par Abdelathif, etudiant en interpretariat a Taizz, fils d'emigre yemenite travaillant en arabie saoudite, et tout heureux de pouvoir pratiquer son anglais. Nous nous mettons d'accord pour une rencontre le lendemain au lever du jour, on visitera la ville et sa montagne ensemble. Ce sera l'occasion d'en connaitre un peu plus sur Tai'z, brievement capitale du Yemen sous le regne de l'Imam Ahmed puis Badr, descendants du terrible Yahya, pas plus tard que pendant les annees 50.

Les avis discordent en fonction des personnes rencontrees lors de la descente du sommet, mais la route en asphalte qui y mene est le fait du cheikh Zaid des Emirats, d'autres, comme le guide bouquin dont je dispose, pas a une aproximation pres, dit que c'est un saoudien qui a allonge les millions, peu importe. La montee on l'a faite en micro-bus, avec les gens qui allaient travailler en haut. Quand il y a un ascenseur, on ne va pas prendre les escaliers. Quel bonheur que cette montagne. Le contraste de la fraicheur, vraiment une temperature douce, avec ce qui commence a ressembler a une chaleur moite etouffante en bas (et je n'ai encore rien vu par rapport a ce qui va suivre a Aden et plus loin), la douceur du paysage, le calme de ces petits villages, sans klaxon. Les femmes yemenites non recouvertes de la tete au pied, affublees de robes de couleurs vives et parfois non voilees, qui s'y trouvent sont reputees dans tout le Yemen pour leur beaute. Mon hote et guide du jour etant un proche du parti Islah, j'ai remercie Allah pour tous ces bienfaits et nous nous sommes quittes dans la vallee en nous rejouissant de ces quelques moments passes ensemble.

Voir album Yemen, page 8, dscn2442 et suivantes.

jeudi, mars 30, 2006

Nouveau!! La carte

Grace a Didj, un pote du rfc Liege (en route vers sa remontee en division 1 de foot en belgique) qui a deja fait ses preuves au sein de l'equipe du mythique et ami RP On Tour site, une carte de mon trajet est desormais disponible. Elle apparaitra plus tard dans les liens permanents sur la colonne de gauche. C'etait necessaire et elle sera editee quand ceci sera possible. Un grand merci a Didj !
(cliquer sur la carte pour la voir en grand)

mercredi, mars 29, 2006

Sana'a, c'est fini

Voila, je quitte Sana'a demain au petit matin, non sans une reelle petite larme a l'oeil. Je reviendrai plus longuement parler du Yemen en general dans un post ulterieur, il faut que je voyage dans le pays pour me faire une idee plus globale.

Je n'ai vu en tout cas jusqu'ici qu'hospitalite et une reelle amitie honnete et spontanee de la part de la plupart des Yemenites. Les enfants sont beaux comme des anges. Dommage que l'on ne voit pas plus leurs mamans, mais cela fait partie de la tradition. J'ai l'impression quand meme jusqu'ici de passer a cote de la moitie de la societe. Les choses changent neanmoins, on rencontre de plus en plus de femmes employees dans les banques et les administrations a des postes a responsabilite, des ministres...

Le pays est face a de nombreux challenges, et c'est le plus politiquement correct que l'on puisse dire. Je reviendrai la-dessus egalement. Trois journaux ont ete fermes recemment pour avoir publie l'une des fameuses caricatures danoises, pour comble d'ironie, illustrer des articles qui les condamnaient fermement. Le directeur de l'un des journaux risque la peine de mort selon la charia, le requisitoir de la partie civile ayant ete rendu cette semaine, on attends la suite.

Les Yemenites aiment parler, ils n'arretent pas. Dans un pays dont le pouvoir ne badine parfois pas avec la liberte de la presse, cela cree parfois des chocs. La presse est clairement sous pression, et les elections presidentielles qui doivent se tenir en automne ne risquent pas d'ameliorer les choses. Cependant, en general, le ton est assez libre dans la rue, il n'y a pas de bayonnage de la population, les gens aiment s'exprimer sur tout et il y a un nombre epoustouflant de titres de presse dans les kiosques. Ceci est une tradition depuis la reunification du pays en 1991. Mais il y a parfois des contre-coups.

Le Yemen est l'un des pays les plus pauvres du monde d'apres les statistiques de la Banque Mondiale. Cela ne se remarque pas trop a Sana'a en tout ca, la capitale. Il n'y a pas, ou tres peu, de petrole au Yemen, et on compte fort ici sur les forages d'exploration qui ont lieu a la frontiere disputee avec l'Arabie Saoudite dans le empty quarter, vaste etendue de desert invivable.

Tout autre chose, je recommande l'institut CALES, sis a Old Sana'a, pour l'apprentissage de la langue arabe, un staff qui s'occupe de vos problemes le cas echeant, c'est grace a eux que j'ai pu me permettre d'arriver a l'aeroport sans visa, et de tres bons professeurs.

Sinon la question des visas en genral, et surtout dans cette region du monde, est un casse-tete. Pour les visiteurs eventuels de ce site qui souhaiteraient des infos, le visa pour Oman s'obtient sans trop de peine a Sana'a. Celui pour l'Iran, j'ai lance la procedure ici et en principe je l'intercepterai a Muscate dans deux semaines. Avec un peu d'arabe dans ces ambassades, meme celle d'Iran, ca aide, le contact est tout de suite disons plus sympa. Faites vous accompagner par un local parlant arabe le cas echeant. Par contre, la Syrie, degre zero de sympathie. On vous parle en ne vous regardant pas. On exige un certificat medical, a obtenir evidemment dans un hopital "ami" et on vous charge un prix exhorbitant pour la visite medicale qui consiste a vous prelever une demi seringue de sang et vous faire patienter un quart d'heure. Sans compter le prix du visa et une lettre de recommandation de votre eambassade. Je ne suis pas entre dans ce jeu et je compte trouver mon visa syrien plus loin sur la route, je ne sais encore comment. Enfin, devant ces episodes bureaucratiques, je relativise toujours en me disant qu'obtenir un visa pour les citoyens de ces pays pour mon pays d'origine est evidemment un obstacle en general infiniment plus grand. Enfin bonne nouvelles, plus loin, j'ai trouve une personne de contact a Bakou en Azerbaidjan qui peut regler mon visa avant mon arrivee. L'Azerbaidjan se place dans la tradition sovietique en matiere de visa, a savoir qu'il faut une invitation pour entrer dans le pays. Par contre, plus de visa necessaire pour la Georgie depuis tres peu de temps. Je ne passerai pas en Armenie malheureusement, cela semble trop complique point de vue trajets, rien que parce que les frontieres turco-armeniennes et azeri-armeniennes, sont fermees. Ensuite, tant que je suis une fois pour toutes dans le chapitre visas, la Turquie, pas de probleme. Restera la Syrie et le Liban. La Jordanie, a la frontiere c'est bon. Plus de connection avant deux bonnes semaines, rendez-vous a Muscate.

vendredi, mars 24, 2006

Nouvelles photos

J'ai travaille, redimensionne, recadre quelques photos issues d'un film que je n'avais pas encore developpe. J'espere qu'elles donnent une idee plus precise de la beaute du Sinai. Vous les trouverez en cliquant ici.

Sinon j'ai rajoute pele-mele de nouvelles photos prises a Sana'a pour les amateurs de photos fourre tout. Vous les trouverez en cliquant ici et aller a la page 7.

Tout se passe toujours bien, la vie est une surprise continue...

Amities.

samedi, mars 18, 2006

Al-Mannakah et Al-Hajjarah

L'expedition en solo du week-end, pendant que tout Sana'a chique du qat, a pour but un village perche au sommet des montagnes a une centaine de kilometre au sud ouest de la capitale yemenite, sur la route d'Hoddeida, lieu de depart d'une excursion que j'arrangerai sur place.

Le chauffeur du bus longue distance, sans doute distrait par la projection sur le canal video d'un film de John Woo avec Jean-Claude Vandamme, et alors qu'une bonne partie des occupants avaient la nausee dans ce tombeau roulant flirtant avec les ravins (a moins que ce ne soit a cause de Jean-Claude), oublie de me deposer au tournant de al-Mannakah. Et c'est au moins une heure plus tard, alors que je commencais a trouver le temps long, qu'on s'en est rendu compte. J'etais en train de discuter avec mon voisin qui est Yemenite, habite a Djibouti et fait des etudes en IT a Huddeida (je n'ai toujours pas compris), lui expliquant entre autres que le type a l'ecran a la meme nationalite que moi et que c'etait un drame national (a mon avis il n'a toujours pas compris pourquoi non plus) et je n'ai pas vu le temps passer.

Arrives une demi-heure plus tard dans une petite ville, le chauffeur apres avoir crie sur 3 ou 4 passants, me dit qu'il n'y a plus de "pigeot" pour Sana'a. Quelques passagers me disent, et dans ce genre de situation, c'est fou comme on vous prend pour un enfant dans certains pays, que je ferais mieux de rester dans le bus jusque Huddeida (encore 2 heures plus loin), dormir sur place et revenir le lendemain matin. Ca voulait dire que mon week-end etait quasiment perdu. Il serait inconcevable qu'a 4h de l'apres midi, il n'y ait plus de taxis partage pour Sana'a passant pres de Manakkah, meme dans la moindre petite ville yemenite, et je quitte donc le bus. Les premieres "offres" de transport sont evidemment fantasques, c'est fou aussi a quel point on peut vous prendre pour un cretin et effectivement plus loin je trouve un break peugeot a moitie rempli et nous partirons une vingtaine de minutes plus tard direction Sana une fois la dizaine de places occupees. J'arriverai a al Hajjarah au sommet de la montagne apres la tombee de la nuit, faisant les 8 derniers kilometres de montee en passager de moto.

Pour ceux qui ont connu, et je fais ici dans le potes-blog, il y avait dans le refuge exactement la meme tapisserie que celle qui figurait dans le salon de la maison parentale ou nous passions des nuits a jouer aux cartes. 3 cerfs buvant de l'eau dans une mare, et le cerf central qui, si l'on cache la moitie de son visage, a une tete de demon et l'autre moitie une tete de biche. Et le petit faon a sa droite a toujours plus l'air de vomir que de boire. :-) Il parait que ce chef d'oeuvre vient d'arabie saoudite, voila le mystere elucide plus de dix ans apres.

C'est en pleine meditation devant cette tapisserie et un bon repas que je verrai arriver deux etudiants, une francaise et son compagnon allemand, tous les deux tres sympas et ils allaient bien ensemble. Ca faisait longtemps que je n'avais plus parle francais a quelqu'un a batons rompus. Ils parlaient ceci dit tous les deux tres bien arabe, ce qui me donne une idee du chemin qui me reste a parcourir...

Un trek de 6 heures m'attend le lendemain et pour une fois, je me suis pris un guide des le depart, ca permet de mieux se concentrer sur le paysage et il en vallait fort la peine. Nous avons traverse et longe une bonne dizaines de petits villages suspendus au sommet de pics de montagne, des villages de quelques maisons a villages "semi-urbains" (al Hajjarah). Entre ces villages, des plateaux etablis par les hommes a renfort de pierres et de remblayage, laboures a la charrue tiree par des anes ou un boeuf.

Du point de vue de la vegetation et des cultures, tout est occupe par du qat et parfois du cafe sur les flancs de vallees. Au fond de la vallee, dans le wadi aseche, on trouve des bananiers et des mangues. Les rares humains que l'on croise sont des femmes recouvertes avec une charge transportee sur la tete, les hommes labourent les champs ou se reposent. A un moment, j'ai vraiment regrette de ne pas avoir un appareil photo classique et un film noir et blanc dedans. Nous suivions 3 femmes marchant vers une falaise, recouvertes d'une burqa qui flottait legerement au vent, c'etait gracieux, le tout devant elles sur fond d'un brouillard epais.

Ce qui est vraiment particulier, c'est que ces villages se fondent litterallement dans la montagne, les maisons etant faites des memes pierres. L'integration a l'environnement naturel est parfait. De loin, on met parfois du temps a distinguer tel ou tel village, quasi camoufle dans le paysage, dans la continuite des falaises.

Une particularite, mais pas vraiment unique, le gros village d'Al-Hajjarah etait compose naguere de deux parties, une partie habitee en majorite par des musulmans, et une partie habitee par des juifs, avant que ces derniers ne rejoignent Israel dans les anness 50, consecutivement a la creation de l'etat hebreu.

Pour les photos relatives a ce post, voir album Yemen page 5, dscn2318 et suivantes.

mardi, mars 14, 2006

vie tranquile a Sana'a acte II

Je suis directement entoure, dans mon appartement dans le vieux Sanaa, de 4 mosquees au bas mot. A 5 h du matin, a lieu la premiere priere du jour en Islam. Pour celebrer ce moment, et appeler les fideles a rejoindre la mosquee, ou qu'ils se trouvent et quoi qu'ils soient en train de faire (souvent dormir a cette heure la), les muezzins des differentes mosquees enclanchent leur appel a la priere dans un concert de glorification a Allah. Des hauts parleurs juches au sommet des minarets ont remplace depuis longtemps la seule voix du muezzin qui y montait pour lancer ses chants. Jusque la, ca va, la plupart le font d'une maniere assez harmonieuse, dans des variations de voix a l'infini, c'est un peu cacophonique mais au bout du compte musical, et on peut facilement se retourner dans son lit, et se remettre a dormir, berce par ces harmoniques. Mais la ou ca ne va plus, et j'en ai ete groggy pendant ma premiere semaine ici, c'est que juste en face de ma fenetre se trouve le minaret de la mosquee Dawud (sic) ou a elu domicile a mon avis le muezzin le plus motive de tout Sana'a. Ce gars hurle veritablement dans son micro un "Shoukraaaaaaaaaaan" (merci) a se briser les cordes vocales et les tympans. Et cela dure une demi-heure. Ca commence avec un cri normal et la ou il arrive a bout de mon sommeil, c'est quand il aborde les ultra-aigus (je me demande comment il est possible de chanter aussi haut sans apport electronique) et qu'il y reste accroche pendant un bon moment. Quand il essaie de chanter, c'est un massacre, en fait il ne sait faire qu'hurler. Sa motivation, son objectif, chaque jour est le meme, reveiller le quartier et au-dela. Franchement, ses collegues devraient intervenir... Mais ces derniers jours, il semble que je m'y sois fait car je ne me reveille meme plus a l'heure fatidique.

La maison dans laquelle je me trouve est vraiment agreable, un porche donne sur un jardin ou il est agreable de prendre son cafe le matin. Les murs sont epais, froids, bon rempart contre la chaleur. C'est la maison des chats, insaisissables, rebelles, pas la peine d'essayer d'en caresser un sans devoir eviter un coup de griffe. Ils se battent dans les couloirs. Fati, un allemand parlant parfaitement arabe qui traine a Sana'a et habite dans la meme maison, m'a mis en garde contre le fait qu'il fallait fermer la porte de la cuisine car "le" chat arrivait a ouvrir la porte du frigo pour y piquer de la nourriture.

Abdullah, c'est son nom, m'a aborde la premiere fois pour me vendre une excursion au nord du pays, a Saada et Shaharah, seul endroit avec Marib, a l'est de Sana'a ou une escorte policiere et une agence de voyage sont reellement obligatoires. La zone de Saada etait encore il y a quelques semaines hors controle total du gouvernement, un groupe tribal y semant le trouble. Apres une periode calme, un accord a finalement ete signe la semaine derniere avec le gouvernement, une amnistie, et une reconnaissance par le groupe tribal de la constitution et des lois de l'Etat yemenite. Ce qui est bizarre est qu'il n'y a jamais eu aucun enlevement d'etrangers dans cette zone. Par contre, il est possible d'aller a Sayun ou sur la cote d'Aden avec un simple permis de voyage delivre par mon pote de la police touristique, et c'est la qu'ont encore eu lieu l'enlevement de 4 motards allemands fin de l'annee derniere. Il y a parfois des logiques qui m'echappent.

On en a discute de cette excursion, je lui ai montre mon peu d'interet. Comme il est souvent dans le quartier, on en a fini par oublier la raison premiere de notre rencontre et on parle de tout et de rien. Abdullah , etudiant a la fin des annees 80 dans une ecole islamiste, a ete recrute de force, en tout cas, fortement pousse moralement par l'autorite de son ecole, a aller combattre les communistes du Yemen sud. Il faisait partie, a 16 ans, des nombreux volontaires forces, en marge de l'armee reguliere, mobilises pour contrer la menace communiste, sous la banniere de l'Islam. Il n'a pas ete au combat, tout juste mobilise, mais il en n'a retenu qu'une aversion pour l'armee et meme pour le fanatisme religieux et il reconnait en tout cas aujourd'hui que ce passe ne lui appartient pas.

C'est le gars qui va me parler pendant 2 heures en chiquant son qat que Chretiens, Juifs, Musulmans, on est tous fait du meme terreau, que fondamentalement, au dela de la religion, il est inscrit en nous que nous aimons etre prevenants envers notre prochain, nous aspirons tous a etre reconnus comme brillants et bons. Balayant presque le contentieux israelo-arabe d'un revers de la main. Puis le lendemain, en revenant des cours, alors qu'il etait en train de discuter avec Nasser, le concierge, dans le jardin, il m'apprend la prise de Jericho par Tsahal (actualite du 14 et 15 mars) et la je vois un tout autre Abdallah, traitant tous les americains, les israeliens, les anglais de terroristes, de chiens et j'en passe. Et la vraiment, de l'existence meme d'Israel en passant par le 11 septembre, Ben Laden, l'Irak, l'Afghanistan, tout a ete repasse en revue sous le theme evidemment de la revolte et de la haine, je ne pouvais que moderer ou au mieux acquiescer sur certains points, rappeler par exemple la position de l'opinion publique europenne sur la guerre en Irak, mais je pense qu'il ne me voyait meme pas ou a peine. Que ce soit en Tunisie, en Egypte ou au Yemen, j'ai souvent entendu des nationaux ou des exiles, parler des travers des palestiniens (des petits delinquants) ou de ceux des irakiens (des bandits) ou des afghans (des paysans sans education), etc... enfin ce genre de generalisation dont on ne sait trop si elle revet du folkore ou d'une relle xenophobie, mais des que ce genre d'evenement a lieu, les rangs se resserent, reapparait l'idee d'une solidarite, d'une nation arabe et musulmane. Et tout ceci etait vecu comme une humiliation de plus pour cette nation, a tors ou a raison...

Pour en terminer sur le theme "phenomenes de societe", j'ai appris l'une des raisons pour lesquelles la mode du port de la burqa integrale noire etait devenue aussi repandue depuis une dizaine d'annee. Lorsque eclate la premiere guerre des US contre l'Irak pour y installer la democratie en... 1991, le Yemen a courageusement pris position en faveur de la resistance irakienne. De nombreux yemeni travaillaient a l'epoque en Arabie Saoudite, pays du wahabbisme absolu et de l'observation stricte de la sharia. L'effet ne s'est pas fait attendre, l'Arabie Saoudite etant aux cotes de la coalition internationale devant liberer l'un des pays les plus detestables du monde, le Kuweit, elle a renvoye chez eux des centaines de milliers de travailleurs yemeni, ce que meme la plupart des partis fascistes en europe n'oseraient faire meme si on leur en donnait les moyens.

Donc ces travailleurs emigres, en SA depuis parfois tres longtemps, sont revenus a Sanaa, a Aden, a Huddeida, etc... avec leurs coutumes saoudiennes. Rajouter a cela la frustration d'une perte certaine de pouvoir d'achat et meme de propriete pour ces familles, un manque d'emplois pour caser tout le monde, un Yemen tout juste en train de se reconstruire couteusement et des actes de mecenat et d'oeuvres sociales inesperes alimentes par de riches sheiks... saoudiens et vous avez la tous les ingredients pour un retour de manivelle integriste.

vendredi, mars 10, 2006

Wadi Dhahr

Un wadi est communement une vallee dans le desert et celle-ci s'etend au nord de Sana'a. Elle fait l'objet aujourd'hui de mon expedition du week-end, comme je compte le faire pendant mon sejour studieux a Sana'a.

Il s'agit d'une valle fertile, etonnement verte, dont le point de curiosite culminant est le Dar al-Hajar, palais construit a meme la roche d'un pic au milieu d'un village. Il a ete construit au XVIIIe et etendu en 1930. Il fut le lieu de villegiature du sanguinaire Imam Yahya.

En fait il n'y a pas grand chose a en dire de plus, j'ai poste des photos dans l'album Yemen page 4.

mercredi, mars 08, 2006

Vie tranquile a Sanaa acte I

En fait, je pourrais chaque jour poster un texte avec pour titre "vie tranquile a Sanaa". Je pourrais aussi l'appeler par exemple aujourd'hui "Journee internationale de la femme". A ce propos, je sais, c'est de l'ingerence, mais n'hesitez pas a aller sur le site du Yemeni Times, journal national en anglais, independant, au 3/4 de la page il y a un sondage si il y est toujours, merci d'y repondre en ame et conscience. Les principales interessees ne sont peut etre pas en mesure d'y repondre. (note 16/3: les lecteurs et lectrices de ce journal ont plebiscite la creation d'un ministere de la femme a plus de 75%).

A la recherche du sesame, le travel permit.

Le seul guide dont je dispose date de 5 ans et concerne tout le moyen-orient, donc il arrive que certaines adresses, certains renseignements ne sont plus vraiment d'actualite. Je me suis donc rendu a l'adresse qu'il indique pour la suite de ma quete du St Graal, a savoir le permis qui me permettrait de voyager de facon independante au Yemen. Je me trouve donc ce samedi dernier devant un batiment imposant, a l'adresse indiquee. En fait d'adresse, il faut etre tres perspicace, il n'y a absolument aucun nom de rue, et il arrive parfois, quand il y en a, qu'ils changent selon la volonte des habitants, remplacant les panneaux sans meme en aviser les authorites. Je n'y croyais pas, mais ceci etait dans le journal cette semaine. Ca c'est de la democratie directe.

Donc, un peu en dehors de la sharia hodeida, on suit la rue de bagdad et on devine la rue numero 5, voila le batiment, immense, 2 ailes de 5 etages, 11 rangees de fenetres de chaque cote. Un grand panneau indique :

Republic of Yemen
Water and environment ministry
Environment protection authority


Au rez de chaussee, une piece de conciergerie, dans laquelle 3 gars sont installes et me disent que ce que je cherche ne se trouve pas ici. Ayant pris l'habitude en deux mois d'aller au dela de ce genre de petits obstacles, je repasse discretement 5 minutes plus tard et je monte au premier etage ou se trouve le ministere. Selon mon guide, le permis s'obtient aupres de la police du tourisme, elle meme liee au ministere de l'environnement. Je me dirige donc vers le premier bureau, je passe ma tete par la porte et la, au bord de l'eclat de rire, je demande a l'assistance "Tourism police ???". Il y avait la bien 15 gars, assis par terre en rond autour de la piece, avec chacun un petit tas de qat devant eux, en train de macher tranquilement leur vegetal. J'etais bel et bien arrive en plein milieu d'une qat session. C'est vraiment une pandemie...

C'est fou le nombre de gens qui vous proposent dans la rue, dans le bus, meme des officiels, des profs d'ecole.... de passer un moment avec eux a chiquer du qat. Jusque maintenant j'y ai resiste. Meme si il s'avere que les effets sont limites, les gens n'ont ni l'air excessivement agressifs ni completement stoned, quel est l'interet a se procurer une nouvelle addiction ? Evidemment, les islamistes, comme toute authorite morale, y voient un signe de decadence, une substance a proscrire comme l'alcool ou la marijuana, les authorites medicales soulignent les effets de perte de libido et sur la sante digestive et dentaire, les ecologistes soulignent le fait que 75% (sic !) des reserves d'eau du pays sont consacrees a sa culture et
saborde la diversite vegetale du pays, mais rien n'y fait, les chiqueurs, qui representent selon les statistiques 80% de la population (meme le president de la republique a avoue en chiquer parfois le week-end) vous diront que ca fait 500 ans qu'on mache du qat au yemen, que c'est absolument sans danger, qu'on a l'esprit clair et qu'il permet meme de se concentrer sur sa tache comme rien d'autre ne le permet.... Enfin, je redoute le jour ou quelqu'un aura l'idee de synthetiser cette plante, la faisant passer de qat a "qatine", l'equivalent de ce qu'est la cocaine a la feuille de coca, je vous dit pas les degats....

Pour les voyageurs potentiels non foireux, je vais quand meme l'expliquer, la police du tourisme se trouve en fait au bout de la 26th of September street, au bord d'un terrain vague a mon avis que seules les agences de tourime connaissent, au rez d'un hotel qui ne se trouve pas loin, preparer des photocopies de son passeport et du visa, etablir un itineraire PRECIS des endroits ou l'on compte se rendre, et pour ma part, l'officier n'a pas voulu me delivrer un permis general. Je vais devoir me rendre chaque semaine pour expliquer ou je compte me rendre le week-end suivant. On va finir par etre potes. Enfin, il a deja accepte le principe que je traverse le yemen d'ouest en est en passant par telle et telle ville, c'est deja cela. Sans permis, pas moyen de passer les controles de police tous les 50 ou 100 km.

lundi, mars 06, 2006

Le Yemen nord, et le sud

Le Yemen rassemble aujourd'hui pas mal de contradictions issues de son passe proche et lointain. Sa devise nationale symbolise d'ailleurs le montage que cette nation tient ensemble, a savoir "Allah, la patrie, la révolution" (Allah, al Watan, al Thaoura). On aurait pu y ajouter "La guerre civile" comme 4e element, mais il est englobe dans le terme "revolution" qui fait plus joli.

Je ne vais pas passer en revue toute l'histoire du Yemen, je conseille ce lien sur l'excellent site de l'Institut du Monde arabe a Paris, lui meme menant a une serie de liens. Le musee de l'armee du Yemen, sur un cote de Midan Tahrir, est un bon moyen local d'apprehender cette histoire assez violente, par le materiel et l'image.

Apres le depart de l'occupant ottoman en 1918, le pays au nord (sanaa) a ete sous le joug sanguinaire de plusieurs Imam's. Le plus terrifiant ayant ete l'Imam Yahya, rien que sa tete est d'ailleurs terrifiante, jugez-en vous-meme. Ce dernier n'hesitait pas a decapiter, ecarteler, corrompre l'armee, l'opposition etant composee des "free officers" fomantant a plusieurs reprises des revolutions qui ont echoue, toutes reglees dans des bains de sang. Ses successeurs, son fils Ahmed et plus tard, brievement avant la revolution de 1962, le prince Mohammed al-Badr, ne sont guere plus enclins au pardon et a la douceur. Le musee montre ceci a renfort d'images et il vaut mieux le visiter avant qu'apres avoir dejeune...

Jusqu'en 1991, le Yemen a ete separe en deux, dans le contexte de la guerre froide, le nord (Republique Arabe du Yemen) plus proche des Etats-Unis. Le sud (Aden) a acquis son independance de l'occupant britannique en 1967, fondant la Republique Democratique Populaire du Yemen, plus proche de Moscou. La reunification du pays a eu lieu en 1990, et un coup d'etat socialiste a ete reprime en 1994. Le leitmotiv reste quand meme l'unite du pays et la reconciliation, il n'y a donc pas de "mauvais regime communiste d'aden" ni de nord acquis aux forces imperialistes qui l'a emporte, il y a un seul Yemen, reuni pour le bonheur de tous ses yemeni. Il n'est pas rare de rencontrer des yemeni, meme assez jeunes, ayant ete faire une ou deux annees d'etudes en URSS, aujourd'hui acquis a l'economie de marche et ayant un business a Sana'a et l'inverse. C'est devenu a present le fond de commerce des groupes islamistes, mais beaucoup de citoyens continuent a revendiquer une meilleure distribution des revenus et maudissent les Etats-Unis, pendant que d'autres les glorifient.

Le musee, revenons-y, meme si les musees militaires ne sont pas ma tasse de the, est un exemple assez unique au monde de reunion dans un meme lieu de materiel militaire americain (nord) et sovietique (sud), le tout sans aucune prise de position ideologique. Malheureusement, il n'est pas possible d'y prendre des photos, mais j'aurais vraiment aime montrer des objets de decoration excellents de l'epoque sovietique, des diplomes du college de la force aerienne russe, a cote d'une photo de Bush pere prise dans le cockpit d'un avion de chasse avec un commandant yemenite fier comme un paon, et divers elements qui valaient le deplacement.

La lecture historique des faits est egalement propre a mon avis a tous les musees militaires du monde. A cote de photos de brules vifs et autres ecerveles par balle, relatifs au coup d'etat manque de 1994, j'ai fort aime le commentaire "as usual, the president Ali Abdullah Saleh has acted in such a wise manner" (comme d'habitude, le president Ali Abdullah Saleh a agi d'une maniere tellement sage), dans une salle juste a cote des exactions de l'Imam Yahya jugees elles sans aucune complaisance.

vendredi, mars 03, 2006

Shibam and koukaban

Premiere expedition en dehors de Sana'a, on va commencer par un petit saut de puce a une cinquantaine de km au nord de la capitale. Le pays a quasi la superficie (les 3/4) de la France pour donner une idee. Etant donne ma connaissance tres sommaire de la ville, je mettrai du temps a trouver le point de depart vers Shibam, et finalement un taxi partage fera l'affaire. Les points de controle sont assez sommaires et j'arriverai en debut d'apres midi a Shibam, de la un chemin brut monte un denivelle assez raide pour arriver au village de Kawkaban, perche sur la montagne du meme nom a 2800 m d'altitude. En fait, Sana elle meme est plus ou moins a cette hauteur, avec le Jebel an-Nabi Shu'yab pointant a 3660 m et juste voisin de la capitale du Yemen. Ce qui explique que malgre un soleil omnipresent en-dessous du tropique, on ne souffre pas trop de la chaleur dans toute cette region. Fin de l'introduction.

Arrive a Koukaban, Yahya le manager tres sympa du seul refuge du village me donne un bon repas et un plan succint pour faire une promenade (sic) de 5 heures sur le plateau et dans les wadi (vallees), tour qui devrait me ramener avant la tombee de la nuit au village. Il ajoute juste qu'il se peut que je sois "ennuye" par des gamins dans les villages au passage et que je devais tenir mes affaires pres de moi, sans plus. Je lui dis no worries man, et me voila parti.

Les paysages sont magnifiques, vraiment. Voir les photos dans l'album Yemen, premiere page, dscn2133 et suivantes. Mais en fait de promenade, ce sera plutot agite.

Je pense deja m'etre trompe de chemin des le depart, empruntant une piste qui me menera au beau milieu du plateau montagneux. Mais rien a voir avec le desert, c'est plat, rocailleux, facile a marcher, c'est plutot une steppe montagneuse. C'est dans ce contexte de plateau montagneux balaye par les vents que j'appercois deux pseudo bergers, qui me voient et m'attendent de loin, la vingtaine, avec chacun leur baton de 2m, leur couteau a la ceinture et la joue gonflee de qat. Le regard est propre aux chiqueurs de qat, les yeux grands ouverts fixes. La pronciation evidemment incomprehensible, essayez de parler, arabe, la bouche pleine, et une facon assez aggressive de s'exprimer, mais c'est juste du a l'effet exitant de la substance. Je parviens a leur expliquer que je cherche le village de Bedougah. Apres quelques discussions, je leur dessine un 100 en arabe sur le sol et ils font des bonds de joie et l'un d'eux m'ouvre le chemin. La marche est rapide, je peux a peine suivre, c'est son environnement. Je ne suis quand meme pas tout a fait a l'aise, mon guide improvise refuse tout debut de conversation, porte constamment la main a la ceinture et semble speede. A la reflexion, je pense qu'il avait autant peur de moi que moi je me mefiais de lui. Apres une bonne demi heure de marche a distance, a la surprise d'une falaise, il me montre, droit devant, encaisse dans la vallee, Bedougah. Bon je sors les 100 ryals, il commence a me faire une scene car il me dit qu'il attendait 100 dollars (US). Je lui fais comprendre qu'il peut danser sur sa tete, qu'on est au Yemen, que je ne suis pas americain et si je dis 100, c'est bien 100 ryals yemenites et non 100 dollars us. En plus ca va pas non... Il voulait visiblement profiter de l'effet de suprise, de la situation completement isolee, personne a l'horizon evidemment. Mais je ne me laisse pas demonter, je lui file 250 ryals (1 euro) et je me casse.

Dans les villages de Bedougha, et jusque Wadi Asouan je serai effectivement poursuivi par une bande d'enfants sur pres de 3 km me demandant sans interruption bic (kalam) et backsheesh, tout en essayant de temps en temps de porter la main a mon sac et/ou a mes poches, mais vraiment rien de grave, le meilleur est pour la suite.

Etant donne que le jour commencait a tomber et que d'apres l'itineraire j'etais a peine a la moitie du tour, et que les chemins n'avaient rien a voir avec une promenade sur la corniche de Nice un soir d'ete, un nouveau guide improvise s'est presente a moi, Mohammed, a qui j'explique ou je veux aller. On passe devant une maison, ou il y a deux gars, dont l'un avec une kalashnikov. Ca discute un peu, je ne comprends rien. J'ignore pourquoi, mais voila que les deux gars, dont celui avec sa mitraillette, nous suivaient a une centaine de mettre. Pour moi, hors de question de quitter la zone plus ou moins habitees avec un guide que je ne connais ni d'eve ni d'adam, plus deux gars dont l'un avec une mitraillette. Je dis d'ailleurs clairement a Mohammed qu'on y va a deux, sinon on reste la. La premiere fois, je dis gentillement aux deux poursuivants qu'ils peuvent rester dans le village ou on les a rencontres. La deuxieme fois, alors qu'ils continuaient a nous suivre, je leur dis qu'ils restent la, fermement. La troisieme fois, alors qu'ils suivaient toujours a une bonne cinquantaine de metres, je me suis arrete et je leur ai crie beaucoup moins calmement qu'ils s'en aillent. Le gars avec son arme me crie, l'air etonne "WHY ?". Je lui reponds "YOU ARE FOLLOWING ME WITH A MACHINE GUN, MAN, DO YOU REALIZE ?". Il avait l'air de completement tomber des nues. Comme si c'etait tout a fait normal... Mais ca va, ils avaient compris cette fois.

Alors la, fait magnifique, apres vingt minutes de marche, mon guide m'arrete d'un geste de la main, et me fait signe de me taire, fait un bond sur le cote du sentier et rentre dans une plantation. Un chien aux aguets derriere le mur commence a aboyer, mais une pierre sur la gueule et c'est regle. Et voila mon guide en train de se bourrer du qat dans les poches dans une plantation sans doute clandestine.

Le fin du trajet, une bonne heure, se deroulera dans la nuit. Mohammed sautait d'un rocher a l'autre... sentier plongeant, remontant, plus de sentier, sentier incline sur une falaise, aucun eclairage, pour moi c'etait beaucoup moins evident. Mais on arrivera a bon port, une route en asphalte d'ou on arretera un taxi partage, et me voila en route pour Shibam a 22 km de la.

Etant donne le cout du taxi, la paie de mon guide Mohammed qui a quand meme bien assure, et la somme que je reservais pour le refuge en haut a Kowkaban, et quand meme une reserve pour retourner a sana le lendemain, pas moyen de prendre un taxi qui doit faire en fait un tour de 20km pour contourner la montagne et remonter. J'avais stupidement sous-estime ces quelques imprevus. Bon ce n'est pas grave, je recherche une lampe de poche dans le bazar de Shibam, mais meme dans un shop de lampes, rien a trouver a part 3 mitrailleuses a vendre au mur et des lampes de tempete hors budget. Monter le sentier escarpe a kowkaban sans un minimum d'eclairage etait hors de mes moyens, vraiment.

Je trouverai finalement un pick-up a tarif modere qui montait la haut, il etait pres de 21h. Yayha, a qui je n'ai rien raconte de mes mesaventures, je ne voulais pas faire le desagreable, m'a vraiment dresse une table de roi et offert une magnifique chambre d'hote ou mon sommeil sera profond. J'aurai encore un exemple flagrant de l'immense hospitalite arabe. Le lendemain je lui explique que je n'ai plus beaucoup d'argent, et avant meme que j'aborde le sujet, il me coupe et me dit que je donne ce que je veux. Ce n'etait vraiment pas grand chose, meme pas le cout d'un hotel minable, mais je lui ai donne tout ce qui me restait sauf l'equivalent d'un euro, de quoi faire les 55km de trajet vers Sana'a.

Stats