mercredi, juin 27, 2007
Attentat sur la FINUL au sud liban...
Si le Hezbollah n'est pas a l'origine du coup, ce qui semble ne pas etre le cas, ils doivent etre tres tres enerves. Oser jouer avec des voitures piegees sur leur chasse-gardee, a quelques encablures du territoire de l'ennemi sioniste, ils n'ont certainement pas du apprecier. A tel point que le Parti de Dieu a lance sa propre enquete, officiellement, en parallele aux enquetes conduites par la FINUL elle meme et aux forces de securite interieure libanaises avec qui le Hizbollah est pret a cooperer.
Si dans ce cas-ci c'etait "encore" la Syrie, ils ne se seraient pas deplaces en territoire controle par la Resistance, leur allie, pour executer un nouveau plan machiavelique, mais aurait mandate cette Resistance pour le faire. Si l'on connait un peu le Liban et comment ca se passe la bas au sud, le Parti de Dieu tient sa legitimite du fait qu'il insipre confiance a la population qui voit en lui son protecteur. C'est de la qu'il tire son pouvoir.
Jamais il n'oserait tailler, ne fut-ce qu'une breche, dans ce certificat de protecteur tout puissant aupres de la population. Meme la Syrie n'oserait se preter a ce jeu, sauf si vraiment on va chercher loin (il faudrait developper longuement). Cet attentat a pour but, d'une part, de faire vaciller la paix, et d'autre part, d'allumer le Hezbollah et de l'attirer dans le feu. Pour le reste, comme d'habitude au Liban, il y a eu un attentat, et on ne peut que le constater....
mardi, juin 26, 2007
Tout ca finalement, c'est la faute aux drogués
Ainsi, en plein operation de rasage de Nahr El Bared et alors que la FINUL vient de se faire sauter au sud, le général Rifi a fait part a la presse de l'arrestation de 2140 trafficants de drogue dont 250 Libanais.
dimanche, juin 17, 2007
Puzzle
Rumeurs de guerre Israel - Syrie pour le Golan, ou pire, de pourparlers de paix. On sent deja d'ici les Syriens rappelés "en renfort" au Liban pour mater les islamistes infiltrés dans les camps palestiniens. Et pour controler le Hezbollah sans lequel évidemment "aucune paix n'est possible".
Et aujourd'hui, 3 rockets tirées d'un camp palestinien du sud Liban sur le nord d'Israel.
On a l'impression qu'un puzzle se met en place, mais quel puzzle...
vendredi, juin 15, 2007
Un petit plus dans la vie
Ainsi en 2006, il y a eu 106.000 demandes de permis de travail pour le Liban de la part de travailleurs etrangers. Il faut savoir qu'ils doivent etre renouveles tous les ans, il s'agit donc de l'ensemble de la main d'oeuvre etrangere legale au Liban.
Sur ce total, de memoire, il y avait entre 75 et 80000 domestiques. Entre 75 et 80% du total. Il n'y a pas de lien, mais on peut le deviner, plus de 60.000 de ces permis concernent des travailleurs provenant d'Asie (hors pays arabes).
Si on considere que c'est un phenomene essentiellement beyrouthin, on a un domestique pour 12 habitants, corveable a souhait, a residence permanente, paye entre 100 et 200 dollars par mois, pas mal.
Mais comme m'avait dit un Libanais, tres honnetement, "C'est quand meme un plus dans la vie". Certes....
Pour un bon apercu de la question, n'hesitez pas a jeter un coup d'oeil sur le lien suivant : Ces maisons libanaises qui «achètent» des domestiques asiatiques. Attention, c'est a vomir.
jeudi, juin 14, 2007
Le député Walid Eido assassiné
mardi, juin 12, 2007
Superbe couverture
vendredi, juin 01, 2007
Images d'ambiance
Y aussi la marque de la bagnole... Pour l'instant une suzuki et une honda, y a un complot, c'est le retour de la mafia japonaise. Enfin, on exorcise comme on peut....
Alors la premiere, une voiture piegee dans une rue ou je passais tous les soirs y a encore pas tres longtemps. Achrafye, pres de l'ABC. Heureusement j'ai (encore) demenage y a trois semaines.
J'ai une copine qui habite a 50m d'ou la bombre a explose.
Appel direct des que j'ai su ou c'etait.
Electricite coupee, et vitres brisees, elle savait pas trop si elle devait sortir ou rester la.
En ce qui me concerne, je sortais sur le balcon et alors que j'allais ouvrir la bouche pour dire un truc a ma collocataire, j'ai entendu un bruit de malade, suivi en meme temps d'un coup de vent, le souffle de l'explosion, alors qu'elle se produisait a un kilometre d'ou j'habite. Un nuage s'elevait dans le ciel nocturne. On a tout de suite pense Place Sassine, mais c'etait juste un peu plus loin.
Puis y a eu la deuxieme, a Verdun, quartier sunnite relativement bourgeois. Quartier Hariri. Toujours le meme mode operatoire, une bombe de faible a moyenne puissance en-dessous d'une voiture. On est dans un bar de Gemmeyze avec quelques amis, a l'autre bout de la ville. La police monte pour demander a qui appartient la BMW pourrie parquee en bas. Encerclement. On reste dans le cet endroit bien sympa, rien de tel qu'une partie de ce jeu dont le but est de faire deviner des mots en les mimant, je ne me rapelle plus de son nom. Personne n'est venu enlever la voiture, un regard par la fenetre dans la rue, on voit les soldats plaisanter. La semaine derniere tiens, branle-bas de combat a Hamra. Une voiture suspecte et tout le quartier en panique, la rumeur s'etends, les femmes s'enfuient avec leurs enfants, mobilisation de l'armee, perimetre de securite. Puis un gars se ramene, en sifflotant et en jonglant avec ses clefs pour reprendre sa voiture completement etonne de ce ramdam. Il etait parti choisir une cuisine equipee.
Puis y a eu la troisieme, Aley, bled PSP. Merde, ils nous ont foutu en l'air notre finale de la champion's league, tout le monde a zappe sur la LBC, NBN ou Al Manar... plus moyen de voir le match.
Alors y a la parano. Un couvre-feu de fait, non officiel, mais les rues sont vides a 10h du soir. Puis y a les fetards que rien n'arrete. Inconsciemment, on zig zag dans la rue, on change de trottoir, on repere les voitures suspectes a 50 m. Mais on y fait pas trop attention. Sauf si on n'a rien d'autre a penser. "Tu penses qu'ils planqueraient une bombe dans une Mercedes 500 ou un Hummer ?" ; "non mon frere, moi je vois plutot une bagnole comme ca la, une bonne vieille epave" ; mais y en a tellement. Puis y a les voitures qu'on connait depuis longtemps. "Bon qu'est ce tu fais demain ?" ; "J'sais pas, j'irais bien a la plage...".
jeudi, mai 17, 2007
Quelques considérations sur l'élection de Sarkozy à la présidence de la République française dans le cadre du conflit israélo-arabe.
Comment d'abord ne pas se souvenir du discours de Nicolas Sarkozy au French American foundation le 12 septembre 2006, jour où il rencontra Georges Bush également, en lui promettant allégeance, ou du moins, des relations franco-américaines détendues. Ce jour là, le nouveau Président a dit "combien [il] se sent proche d'Israël. Israël est la victime. Il doit tout faire pour éviter de passer pour l'agresseur". C'est clair que cela relève de tout un challenge...
Par exemple, la semaine dernière encore, le Journal le Monde faisait part d'un rapport de deux associations israéliennes des droits de l'homme (1) sur la situation lamentable des détenus palestiniens en Israël. Je n'ai retenu qu'un chiffre, c'est que depuis l'occupation (40e anniversaire cette année - banalement considéré, côté sioniste (2), comme le 40e anniversaire de.... la réunification de Jérusalem), 700.000 Palestiniens, c'est à dire plus d'un tiers des hommes, ont été détenus à un moment ou à un autre en Israël. Certains l'ont été parfois des années, et parfois sans procès. Citons juste en ordre éparpillé le mur en construction, la guerre de juillet qui a détruit un pays pour plusieurs années, le million de bombes à fragmentation (une pour quatre Libanais) larguées dans les deux derniers jours du conflit au Sud Liban, la vie impossible des Palestiniens de Jérusalem, il faut le voir et le vivre pour le croire, et encore.
Le 7 mai, lendemain de l'élection, le Premier Olmert, qui frôle le zéro absolu en terme de cote de popularité, s'est entretenu avec Sarkozy, qui lui a dit, selon le communiqué de presse : "Je suis un ami d'Israël et Israël peut toujours compter sur mon amitié". Le quotidien populaire Maariv écrivait dans ses colonnes qu'on assistait à une "révolution française grâce à laquelle un ami évident d'Israël accède à l'Elysée pour la première fois de l'histoire de la Ve République".
Netannyahou (chef de l'opposition nationaliste à la Knesset) ne se considère-t-il d'ailleurs pas comme "un ami personnel de Nicolas Sarkozy depuis cinq ou six ans" ? (ils avaient en charge les Finances de leur gouvernement respectif).
Au delà des déclarations de circonstance (assez normales dans le cadre d'une victoire électorale aux Presidentielles francaises, seul Poutine ayant fait la gueule et l'ayant montré), au cours des mois qui ont précédé la campagne, le nouveau Président a répété à plusieurs reprises, en substance, que la sécurité d'Israël prime, ce qui passe par la création d'un Etat palestinien indépendant et viable (3). Tous les observateurs s'accordaient à dire que l'élection de Nicolas Sarkozy équivaudrait à un tournant dans la politique française au Proche Orient, celle en vigueur depuis 1967 et De Gaulle.
Et puis, mini-coup de théâtre, dès le 8 mai, Nicolas Sarkozy promet l'ouverture.
Dans ce cadre, l'annonce de la nomination possible d'Hubert Vedrine au poste de Ministre des Affaires étrangères a semé l'émoi dans la presse israélienne de dimanche dernier (voir entre autres le Jérusalem Post). Vedrine est en effet passablement sceptique, c'est le moins que l'on puisse dire, par rapport à la toute puissance américaine et plutôt pro arabe. Ancien Ministre de Mitterrand et dans le dernier gouvernement Jospin.
Cela a fait bien sûr tache dans la relation privilégiée annoncée avec l'élection du nouveau président. En terme de faux pas, Sarkozy ne pourra jamais rivaliser avec son prédécesseur, mais il y a du potentiel.
Je n'ai pas trouvé dans la presse française de traces de cet émoi. Bien dans la presse israélienne et américaine. Ceci, c'était le 13. Sans vouloir y voir une relation de cause à effet (Vedrine a plus que probablement decline poliment l'offre), le 15, Sarkozy propose à Kouchner les Affaires Etrangères...
Ce qu'un president courageux devrait oser dire et faire.
Mon impression est que sans pression internationale sur l'Etat d'Israel, la situation ne changera pas. Il n'y aura pas de solution négociée.
Durant l'apartheid en Afrique du Sud, il a fallu déjà 40 ans à la communauté internationale pour reconnaître le caractère absolument scandaleux du régime de Pretoria. Ce qui résulta en boycott et en embargo. On n'en est même pas encore là concernant Israël. Il n'y a quasi aucune conscience du côté israélien de ce que le régime sioniste fait subir aux populations palestiniennes et au-delà de ses frontières, en leur nom. Même la plupart des intellectuels de gauche en Israel, représentant peut-être 5% de la population israélienne et au faît de l'actualité, ne sont pas au courant du largage des cent mille bombes à sous-munition au Sud Liban dans les trois derniers jours de la guerre de juillet (4). Liquidation des stocks. Si on veut se renseigner, les moyens existent, il y a l'internet, la télévision, Al Jaazira... mais on n'aime pas se faire présenter un miroir devant soi et y voir un monstre.
Attention, je ne dis pas que des régimes de pays arabes, dans les mêmes conditions, avec les mêmes moyens, ne feraient pas pareil, voire pire. Je ne sous-estime pas le caractère terrorisant des attentats suicides. Cependant, aujourd'hui, la force est d'un côté, l'opresseur est soutenu largement par la communauté internationale.
Concernant la paix Israël - Syrie, un moment envisagée, avant un rappel à l'ordre de Washington. C'est un comble, mais l'ingérence américaine n'est pas toujours perçue d'un bon oeil au sein de la société civile israélienne. Cette paix est une précondition pour une stabilisation des relations entre le Liban et Israël. Le Liban n'a pratiquement aucun pouvoir d'initiative en la matière. Dans ce contexte, le Hezbullah et le Hamas (5) sont nécessaires médiatiquement au régime sioniste pour entretenir le mythe de son expansion et de son occupation de la Cisjordanie, des territoires libanais autour des fermes de Sheba'a (6), riches en ressources hydrauliques et du Golan syrien. De l'autre côté, le Hizbullah et le Hamas ne seraient rien sans l'occupation israélienne du Sud Liban (1982-2000) et de la Palestine (1967).
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(1) B'Tselem et Hamoked, voir rapport sur site internet : http://www.btselem.org/ et http://www.hamoked.org.il/index_en.asp
(2) Il y a une confusion de définition, et ce même en Israël, sur le terme "sioniste". Pour moi il s'agit, aujourd'hui au XXIe siècle, des opposants aux frontières dessinées par l'ONU en 1948 et favorables à l'expansion de l'Etat israélien en dehors de son territoire alloué. Il a un sens péjoratif, et ne peut être assimilé aux primo-arrivants des années 30-50, qui avaient une démarche toute légitime. Si on se tient à cette définition du sionisme, il y a ainsi une bonne part d'"anti-sionistes" en Israël même.
(3) la seule solution viable à long terme est celle qui propose "un Etat, deux peuples", on oublie souvent en effet que la population israélienne (frontières de 67) est constituée de 20% de Palestiniens. Jérusalem sera en majorité palestinienne en 2020. Il n'y a qu'une solution à long terme (si bien sûr on s'oppose au concept d'épuration ethnique), c'est celle qui englobe la totalité de la Palestine historique, avec des garanties de représentation pour chaque communauté, quelle que soit l'évolution démographique. Ceci relève évidemment de l'utopie dans le cadre actuel.
(4) Article Nations Unies. Et selon le journal israelien Haaretz, 1200 obus, liberant un million de bombes a sous-munition (clusters) : Lien vers l'article
(5) ce dernier ayant été largement soutenu par les services secrets israéliens pour contrer le Fatah dans les Territoires Occupés.
(6) du point de vue du droit international, et malgré les déclarations du régime de Damas comme quoi ils doivent retourner sous le giron libanais, ces territoires appartiennent officiellement à la République Arabe Syrienne. Ils sont inscrits comme tel à l'ONU. La logique est la suivante : la Syrie refuse de faire les démarches nécessaires auprès de l'ONU tant que cette portion de territoire est occupée par Israël. Israël ne veut s'en désengager tant que la Syrie ne le cède au Liban par voie officielle et reconnue auprès de l'ONU. Le Hizbullah en fait la cause de son engagement. Cercle vicieux dans lequel aucune des trois parties n'a peut-être intérêt à un appaisement de la situation. Le tout sur le compte du Liban.
jeudi, mai 03, 2007
La victoire divine bis
Vous pensez bien que si il y en a bien un qui jubile de ce cote-ci de la frontiere, c'est un certain Said Hassan Nasrallah. Il se montre a la fois bon prince et ironique. Admirativo-sarcastique d'abord, devant le fait qu'une commission appointee par Olmert condamne Olmert. Ironique aussi quand il signale qu'il a fallu une commission israelienne pour reconnaitre la victoire divine du Hizbollah a l'issue de la guerre de l'ete dernier. Petit coup de canif en passant envers ses adversaires politiques au Liban.
jeudi, avril 19, 2007
Opinion juive sur le conflit Israel / Palestine
Le Sionisme
Mouvement politique qui trouve son origine a la fin du XIXe siecle, surtout en Europe de l'Est et centrale, a une epoque ou les nationalismes ont le vent en poupe. Ce mouvement s'inspire du nationalisme des peuples sans etat, opprimes par l'empire russe et austro-hongrois. Une conscience proto-nationaliste se developpe. Le projet se fixe quatre buts :
- Transformer l'identite juive basee sur la Tora en nation
- Selection et utilisation d'une langue verniculaire, qui sera l'Hebreu
- Deplacer les Juifs vers la Palestine
- Etablir un controle economique et politique sur la Palestine.
Pourquoi la Palestine ?
Il y avait un projet "Ouganda", mais la terre de Palestine possede un caractere messianique, c'est la Terre Sainte. Ceci est curieux dans la mesure ou les personnalites qui sont a la base du projet sioniste etaient laiques, voire profondement anti-religieuses. Le Juif traditionnel rejette d'emblee ce projet. On note deux reactions des 'indigenes palestiniens' au commencement de l'arrivee massive de Juifs en Palestine. Les premiers y voient une opportunite de business, d'autres ne voient pas ces arrivees d'un bon oeil. Les premiers se trouvent principalement dans les goupes... arabes palestiniens. Les seconds se trouvent pour la plupart dans les goupes de Juifs traditionnellement etablis dans la region.
Il y a une forte poussee antisemite en Europe au meme moment. L'antisemitisme en cours s'oppose aux Juifs non comme detenteurs d''une religion, mais en terme racial. Ces theses accusent le Juif d'etre un parasite, non productif, occupant des fonctions de marchand, preteur sur gage, usurier. Peu de paysans et d'ouvriers sont juifs. La reponse du mouvement sioniste est d'affirmer que le peuple juif est capable de travailler la terre et de fonder une industrie, et cela se passera en Palestine. Le sionisme est donc avant tout une reaction a l'antisemitisme.
Le mythe
Comme le bolchevisme parle au nom de toute la classe ouvriere (sic), le sionisme parle au nom de tous les Juifs. Le grand danger pour ce type de theorie globalisante, c'est de tolerer l'existence de ne fut-ce qu'une seule personne qui dise "non, pas en mon nom".(1)
En janvier, l'American Jewish Committee , puissant lobby aux Etats-Unis, accuse les Juifs qui posent des opinions anti-sionistes d'etre antisemites. Depuis quelque temps, une serie de mouvements juifs se sont formes, soutenus par de nombreux individus, et reclament leur independance d'opinion et de representation par rapport au sionisme et a Israel.(2)
Il y a 20 ou 30 ans, il y avait encore un debat, il n'y en a plus. La question est devenue une veritable guerre psychologique. Celui qui n'est pas pour la politique israelienne, est anti-sioniste, voire anti-semite. Tolerance zero. Les six rabbins presents a la conference de Teheran [que Rabkin qualifie de mauvais gout] ont subi d'enormes pressions aux Etats-Unis. L'un s'est fait bruler sa maison, la plupart ont recu des menaces de mort, un autre a vu ses enfants expulses de l'ecole juive dans laquelle ils etaient inscrits, un autre encore s'est vu rembourser le montant qu'il avait paye pour son emplacement dans le cimetiere juif de sa communaute.
En Israel
Il s'agit du seul etat du monde fonde sur une idee religieuse. Recemment, trente-huit Israeliens (juifs et arabes) ont petitionne la Cour Supreme d'Israel pour que l'on n'indique plus leur confession sur la carte d'identite. La Cour a rejete leur demande. Si l'on retire cette mention, le mythe de l'Etat d'Israel s'ecroule. Israel ne serait plus "l'Etat de tous les Juifs", mais "l'Etat de tous ses citoyens". Pour maintenir ce mythe, il est necessaire de garder (a coups de murs et de regulations des migrations) une majorite non-arabe importante dans les frontieres [voir le droit au retour des refugies palestiniens a l'interieur des frontieres d'Israel d'avant 1967]. Et l'Etat d'Israel "importe" de maniere massive n'importe quelle communaute, meme vaguement juive, de partout dans le monde, pour maintenir ce quota face a une demographie arabe plus prolifique. Pour terminer sur ce theme, chaque fois que l'on appelle Israel l' "Etat juif", on contribue au sionisme.
Aux Etats-Unis
La majorite des sionistes qui appuient Israel aux EU ne sont pas juifs, mais chretiens (si l'on regroupe les differents courants, on obtient 40 millions d'Americains) ! C'est le mouvement des "born again" [qui entre autre identifie la conquete de l'Ouest americain dans l'histoire fondatrice des Etats-Unis comme remake de la conquete de la Terre Promise dans les textes bibliques (3)]. Nous avons l'un de ces illumines a la tete de la Maison Blanche. Cet appui est avant tout religieux et non politique, meme si il peut etre utilise comme tel dans la politique etrangere americaine.
La Shoah a bien entendu joue un grand role dans le developpement du Sionisme [le conferencier ne va pas quand meme jusqu'a reprocher l'Holocauste aux sionistes] car il est pour les sionistes la preuve ultime du caractere eternel de l'antisemitisme. Pour les sionistes, l'antisemitisme devrait etre eternel [on est ici face a une boucle epistemologique]. De nombreux Juifs ont clame depuis la naissance du Sionisme qu'il serait extremement dangereux de fonder un Etat ethnique ou religieux reserve aux Juifs.
(1) Voir notament http://www.notinmyname.com
(2) Le conferencier introduit Independent Jewish Voices (UK) et Tikkun, mouvement religieux.
(3) Georges Corm, Orient-Occident : La fracture imaginaire.
dimanche, avril 15, 2007
Sud-est turc, les Kurdes de Turquie
Plus de photos ici.
Gaziantep - Une semaine, juste le temps de venir dire bonjour et au revoir, c'est court, mais cela en vallait la peine. Je vais parler du voyage en lui-meme. Excusez les quelques raccourcis.
Dans un cybercafé de Nusaybin, directement après la frontière turco-syrienne, je suis assis à côté de trois ou quatre gars en civil qui surfent sur le net avec leurs fusil-mitrailleur posé contre le mur derrière eux. Ca donne l'ambiance. Ce sont des militaires en permission.
Dyarbakir
Ville livrée à la prostitution. Dans l'un des seuls bars du centre, non indiqué comme bordel, je rentre pour simplement boire une bière avant d'aller me coucher. Le décors me surprend, je m'attendais à un simple bar à la limite miteux et rempli de vieux qui sirotent du raki, avec de la fumée de cigarette du plafond au sol, mais il s'agissait plus d'un restaurant chic, avec des "hommes d'affaire" aux tables, des gens bien habillés. Trois personnes au moins m'accueillent. Je leur dis de go que je viens juste boire une bière et vu que c'est apparemment un restaurant, je leur demande si c'est ok. Et c'est ok. Une fois installé, je remarque que la grande table centrale est occupée par 5 ou 6 prostituées. L'une d'elles invite un gars à la table d'à côté pour accomplir un rond de danse. Deux serveurs viennent sur scène jeter en l'air des tissus en papier (des serviettes en papier pour nos amis belges). Kitchissime. L'endroit est de style vaguement art-deco, un mec assis derrière son clavier joue des airs lancinants. Lorsque je sors une cigarette, un serveur vient me l'allumer. C'est classe. Une des filles vient me parler et je lui dis de se casser. Merde quoi, j'ai juste envie de boire ma bière tranquile. Elle s'installe et commence à me parler. Etant donné que la conversation tourne court, une autre vient s'installer, une russe, de Mongolie. J'appelle le serveur pour lui dire que je m'étonne de cette intrusion dans ma vie privée, mais évidemment pas un seul ne parle anglais, ni arabe, ni flamand. Pendant ce temps, on apporte des mezzés, que évidemment, je n'ai pas commandé. Je n'y touche pas. Bon, je termine ma bière, je vais au comptoir, j'y laisse 5 livres turques (le prix affiché est de 3 livres). Tout à coup, le serveur senior retrouve comme par enchantement ses notions d'anglais et me dit "non, non, non !" et me fait une facture fantaisiste sur laquelle est inscrit 80 livres (plus de 40 euros). Pour une bière. Y figure, cet énorme plat surmonté de cocktails dont je ne connais pas la substance ni la provenance. Les mezzés. Les boissons des filles qui sont venues me parler (dont un super mega cocktail de 15 euros alors qu'il me semblais qu'elles sirotaient une bière). Je tiens bon, malgré les menaces et la pression. Pas question de partir en courant, il y a encore deux gorilles à l'entrée, et il faut prendre un assensceur. Voyant que je ne lacherai rien d'autre, après un quart d'heure de discussions, et pour sans doute ne pas indisposer les autres clients, l'un d'eux me ramène à la sortie en me jurant que je vais avoir de gros problèmes. Mafia. Dans l'hotel GAP, en plein centre commercial, que j'occupe, même topo, ça rentre et ça sort. Elle est partout.
B., musulman convaincu, Turc d'Izmir, qui me servira d'interprète au cours de la journée, étudiant en anglais, qui parle turc et kurde (Kurmandji), m'a fait ouvrir une porte derrière un jardin de la vieille ville. Derrière cette porte, les ruines d'une église de culte arménien, en style que je qualifierais de "pré-gothique". Elle doit remonter à la période byzantine. Elle est aujourd'hui en très mauvais état. Je l'accompagne ensuite à la mosquée (Camii) Omar où la prière de midi l'attend. Il me fait ensuite rencontrer un ami, qui gère un magasin, un stock en fait, au premier étage de la rue principale. Il y a un cousin et sa secrétaire. Au cours de la conversation, après tous les salamalecs et les thés d'usage, je lui parle de l'incident de la veille. Il commence par s'excuser et se montrer faché, je savais qu'il réagirait de la sorte, question d' "aspect collectif de la responsabilité", et je lui dis que vraiment, c'est un phénomène qui existe partout, qu'il n'endosse aucune responsabilité. Je savais que j'étais à la limite de l'affront, mais merde au culturalisme, c'était, au coeur de ce bureau, devant un membre de la chambre de commerce de la ville, le moment d'en parler.
La mafia est effectivement fort présente. Sans parler de l'impôt révolutionnaire, il y a une pression sur la prostitution dans la ville, le besoin d'augmenter les prix du fait du racket, quand les affaires ne sont pas gérées directement par la mafia elle-même. Toute milice finit par intéresser ses cadres, ses membres, à la perception d'une partie de l' "impôt" pour leur poche. De là le conflit entre l'Etat et la milice. Plus le premier est de droit et respectueux de ses administrés, plus il sera légitime. Mais c'est loin d'être le cas dans la région. D'où l'influence de la seconde. Le "Ici, tout le monde est kurde" est vraiment un leitmotiv auquel je devrai m'habituer. L'identité kurde se construit, dumoins, se renforce, contre la répression de l'Etat turc. La stratégie d'un groupe indépendantiste, comme partout ailleurs, est claire : stratégie de tension, et promotion de l'identité kurde par des organes politiques ; répression de l'Etat central ; adhésion de la population de plus en plus convaincue de la réalité de leur identité. Trois fils de son cousin ont été tués dans la montagne au cours de clashs avec l'armée régulière.
Mais depuis Erdogan, "c'est nettement mieux". Le premier ministre a laché un peu de lest. Il est plus intelligent que ses prédecesseurs. On peut à présent dire qu'on est Kurde, on peut parler kurde en public, ce qui était plus ou moins interdit, ou suspect, il y a encore quelques années [dans diverses périodes de 1924 à 1991, il était légalement interdit de parler kurde en public, après 1982, il fut pratiquement interdit de porter un nom kurde, qui peut comporter des lettres qui n'existent pas en turc, la raison donnée est administrative]. Cependant, le gouvernement n'investit pas assez dans la région, à part en casernes et équipements militaires, et est en train de la perdre. Le mouvement indépendantiste kurde, a perdu son caractère marxiste-leniniste. Cette affirmation ne m'étonne qu'à moitié de la part d'un businessman. Les cadres du PKK sont docteurs, avocats, notables... Le but est clairement indépendantiste, peu importe l'idéologie.
Tout est question d'action et de réaction. Le tourbillon dans lequel le sud-est turc est plongé justifie l'imposante présence armée de l'Etat central dans la région, les dépenses militaires, et la pression sur l'ensemble de la société civile turque. Un moyen pour le régime de la junte militaire de se perpétuer. Il ne serait pas intéressant pour cette junte d'avoir une région kurde, autonome et stabilisée. Les recettes sont pareilles que partout ailleurs : éducation et progrès économique. L'Etat central ne gère pas correctement ces aspects dans la région. Peut-être que plus d'autonomie le permettrait.
Une idée révolutionnaire, et je ne sais pas lequel se retourne le plus, qui dans sa tombe, qui dans sa cellule, mais "Apo" Ocalan serait le nouvel Attaturk des temps modernes ! Ou comment instrumentaliser une religion d'Etat à la cause indépendantiste. Ocalan, le leader laïc de la nation kurde, comme Attaturk l'était pour la nation turque. Un bel exemple de récupération d'une valeur culturelle forgée profondément sur tout le territoire turc, pour le démentellement précisément de l'oeuvre du personnage fondateur auquel il est fait référence.
Batman
J'en ai rêvé, je l'ai fait. Me voici à Batman. A présent je peux rentrer. Je remets mes idées en place le soir devant la télévision dans ma chambre. Cravate mauve à pois blancs, pochette mauve, chemise blanche, costume noir rayé, un représentant du DTP (Parti régionaliste kurde authorisé) est interviewé durant des heures à la télé kurde diffusée par satellite de l'étranger. Je repense aux paysages de la journée. Dans le genre "paysage dont on ne se lasse pas", fait d'immenses étendues avec des zones de roche, le tout recouvert d'un vert flamboyant, presque fluorescent avec tout la flotte qui tombe, c'est pas mal.
Hasankeyf
Impossible de savoir si mes interlocuteurs parlent turc ou kurde, j'avoue. Souvent, un peu d'anglais, un peu d'arabe, complété par des gestes, permet de se comprendre. Alimentairement s'entends. C'est curieux d'utiliser l'arabe comme langue véhiculaire. Par exemple, ce monsieur kurde, cheveux et moustache courts, blancs, qui a travaillé en Irak pendant quatre ans, maintenant vaguement occupé à la réception du seul motel de la bourgade. Il était chauffeur de camion citerne entre Tikrit "la ville de Saddam, yani, la où le pétrole jaillit noir" et la Turquie, et d'autres coins de l'Irak.
Siirt - Ehru
Les paysages sont les mêmes que la veille, avec ces villages isolés que l'on voit à flanc de montagne et de douces vallées, mais de plus en plus entrecoupés de postes militaires. J'ai déjà vu de tels paysages, mais oui, dans le nord-ouest de l'Iran. Ces montagnes, leurs strates, qui semblent plonger dans des gorges énormes, recouvertes de vert sur leurs flancs et de blanc sur leurs sommets. De nouveau deux barrages militaires entre Siirt et Ehru. Au deuxième poste, je reconnais l'insigne du scorpion sur la casquette des militaires, que j'ai vu l'été dernier à Egirdir, en Anatolie Centrale, ville-caserne des Kommandoyuz, les troupes de choc de l'armée turque. Ceci donne un aspect d'occupation. "L'armée est partout dans et entre nos villages". Pouquoi ? "Parce que nous sommes Kurdes !". Quand je parlais d'action-réaction... L'aspect d'un territoire occupé par une force étrangère, qui en rappelle d'autres. Je ne peux m'empêcher de penser à la vacuité de ces contrôles le long des routes, exercé sur la population lambda, alors qu'il y a mille vallées, mille sentiers de montagne, empruntables par les vrais motivés.
Le relief n'est pas étranger au fait que ce soit ici qu'est né un peuple. Véritable zone tampon, barrière naturelle, no man's land entre trois empires à des moments différents de l'histoire, l'Ottoman, le Perse et les premiers califats arabes. Aucun d'entre eux n'a jamais pu complètement maîtriser ces gorges et ces sommets.
Je repense à ce vieux monsieur à Siirt, dans un doner kebap, à qui je montrais la carte de Turquie. Je lui demande où est le Kurdistan. A le croire, la moitié de la Turquie est kurde. Dyarbakir, oui, Erzurum... oui, Konya.... un moment d'hésitation, puis un geste de la main au-dessus du point sur la carte pour dire "va au diable !". Ca amuse l'entourage.
Ehru. Dans la baraque en taule qui sert d'abris au centre, la moitié du village défile pour me voir et me poser des questions. Même le fou du village que tout le monde frappe "amicalement". Y'a un gars qui parle arabe et qu'on est allé chercher après que j'eusse fait comprendre qu'on aille trouver une personne qui parle anglais ou arabe dans le bled, doit bien en avoir une ! On attend pendant des heures et 45 thés offerts, l'arrivée hypothétique d'un mini-bus qui m'emmenera à Sirnak [Chernak]. Il arrive enfin. Deux bises, tapes dans les mains et yallah.
Sirnak
"Sirnak is not safe", "pourquoi tu viens ici ?". J'ai eu au moins deux fois ce genre de question. L'une, amicale, amusée, de l'un ou l'autre habitant local. L'autre, menaçante, au dernier poste contrôle, revidage de sac y compris trousse de toilette, avant d'arriver dans cette petite ville de 50.000 habitants où une part importante de la vie sociale se déroule sur la petite place centrale qui offre un panorama sur la montagne. Ou il est bien entendu impossible de travailler ou de lire sans être abordé de façon permanente.
Il m'en reste la vision d'une région extrêmement pauvre par rapport au reste de la Turquie, que j'ai traversée deux fois, au nord en mai dernier, et au sud-ouest en juillet dernier. Je pense qu'il y a aussi une réaction par rapport à cet état de fait. Monde rural contre monde urbain. Islam (sunnite chaféite), traditionnellement bien implanté, qui regagne de la vigueur (1), contre laïcité. Il y a par exemple une émission humoristique diffusée en Turquie qui montre et raille des caractères paysans, dans des situations de la vie quotidienne. J'ai ressenti à travers cette série télévisée une sorte de mépris d'une certaine intelligentsia urbaine envers la ruralité et la tradition, verniculaire ou liée à la religion.
Avec un jeune étudiant, accompagné de son père, médecin, on attend le même van, qui nous conduira a Cergis sur le Tigre, d'où un car nous emmenera à Gaziantep. Eux continuent à Ankara, moi je biffurquerai vers la Syrie, puis le Liban. Je suis assis à côté d'un négociant en textile irakien, chrétien, qui voyage entre sa ville du nord de l'Irak et Ankara pour les besoins du commerce. Une trentaine d'heures pour les uns et pour les autres. Quand j'arriverai à Beyrouth, eux arriveront à Ankara, leur capitale.
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Quelques éléments de tourisme : Transport entre le Kurdistan turc et Beyrouth.
- Sirnak - Gaziantep (van puis car) : 25 YTL (new turkish lyra), 9 heures (2)
- Gaziantep - Killis (frontière turc), en van : 5 YTL
- Killis, frontière en taxi : 10 YTL, 15 kilomètres
- Frontière - Azaz (Syrie) en taxi : 100 SYP (syrian pound)
- Aziz - Aleppo, en mini-bus : 20 SYP
- Aleppo - Beyrouth en bus : 350 SYP, 7 à 8 heures, en fonction des aleas (3)
Compter 16 dollars de visa de transit syrien, sauf si vous êtes ressortissant d'un pays ouvertement hostile au régime syrien, comme la France par exemple, et vous ne payerez que 10 dollars.
Coût total : 40 YTL (30 dollars), 470 SYP (10 dollars), entre 10 et 20 dollars de visa de transit, ce qui fait entre 50 et 60 dollars de transport. Entre 40 et 50 euros au cours actuel.
Si comme moi vous êtes imprévoyant, il est possible de retirer de l'argent à Qamishli à la frontière turco-syrienne, côté syrien, auprès du seul commerçant (connu) au moyen d'une carte visa.
Akoub Farej
Vendeur de métal précieux dans le centre bouillonant de Qamishli
tel. 052 426315 et mobile 094 224828
Attendez vous à une légère commission. Dans le village turc de l'autre côté, comme partout en Turquie, il y a des distributeurs de cash tous les 100 mètres.
Un bon resto à Sirnak, Faysal Usta, où on choisit sa viande au comptoir. On n'y parle aucune langue sauf le kurmandji, le turc et le russe.Au centre ville, discuter le prix avant, même si il vous fera de toute façon une ristourne.
J'ai perdu la carte de visite, mais si vous voulez faire une pause à Batman, ie. profiter d'une vraie salle de bain avec WC occidental dans le cadre frais et luxueux d'un hotel 3 étoiles pour à peine 20 euros petit dej compris (demander 10% sur le prix affiché), il y a un bon hotel, bien tenu, dans la rue qui part de la place du commissariat central. Fréquenté par des wealthy people bien fréquentables. Je ne pourrais recommander aucun autre hotel ou pension dans la région, on les trouve facilement. Les prix des low cost varient entre 5 et 10 euros la nuit, mais il faut s'attendre au pire.
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(1) "Alors que les Kurdes ne soutiennent plus les luttes violentes lancées ces derniers temps et que la politique à courte vue du DTP a créé un vide politique, aujourd’hui c’est l’identité religieuse qui passe au premier plan. Ce vide politique, ce sont des forces qui tiennent les motivations religieuses au-dessus des autres qui l’ont comblé. Tant et si bien que des gens qui savent utiliser la sensibilité religieuse des Kurdes parviennent aujourd’hui à tenir des rôles majeurs. Ce sont des dizaines de fondations et d’associations religieuses qui ont été créées. Ce sont quelques 100 000 personnes qui ont participé aux marches de protestation contre les caricatures du Prophète. 85 000 manifestants encore contre la guerre menée par Israël. Ce sont ces fondations et ces associations qui ont organisé tout cela. Elles ne se situent pas dans la ligne d’un parti politique." source : http://www.turquieeuropeenne.org/
(2) 1 YTL = 0,76 US dollars et 1 US dollar = 50 SYP
(3) Poste frontière libanais d'Abboudieh. Vers minuit. J'ai été témoin d'une scène, du jamais vu dans une zone frontière entre deux états. Un gars, jeune, est poursuivi par deux ou trois autres. Il arrive sur les marches de notre bus, et se fait fracasser la tête à coups de chaîne. La victime est libanaise. L'auteur est, selon les discussions qui suivirent, un moukhabarat (service secret). Je n'ai pas compris si ce dernier était libanais ou syrien. Je suppose libanais vu qu'on avait passé le poste de sortie syrien. Trois militaires sont intervenus, tardivement. Les auteurs se sont évanouis dans la nature, probablement dans l'un des commerces qui longent cette courte portion de route, à l'intérieur des deux poste frontières. La victime, la tête ensanglantée, est emmenée pour lui prodiguer des soins. L'attente sera assez longue, on se demande même si le gars n'a pas été arrêté. Des discussions et des engueulades naissent dans le bus. Certains ne veulent pas attendre, mentalité exécrable. Un vieux sage, un religieux, se lève et engueule l'une des personnes contestataires et lui demande, si il s'agissait d'un frêre ou d'un fils, si elle le laisserait là ! Ca me tue qu'il faille l'avis d'un homme de religion, respectable, pour admettre la plus basique notion de solidarité. Solidarité arabe, mon oeil ! Il reviendra une demi-heure plus tard.
mercredi, avril 11, 2007
The Redirection
The Redirection - Is the Administration’s new policy benefitting our enemies in the war on terrorism? by Seymour M. Hersh
http://www.newyorker.com/reporting/2007/03/05/070305fa_fact_hersh
"In an interview in Beirut, a senior official in the Siniora government acknowledged that there were Sunni jihadists operating inside Lebanon. "We have a liberal attitude that allows Al Qaeda types to have a presence here," he said. He related this to concerns that Iran or Syria might decide to turn Lebanon into a "theatre of conflict."
The official said that his government was in a no-win situation. Without a political settlement with Hezbollah, he said, Lebanon could "slide into a conflict," in which Hezbollah fought openly with Sunni forces, with potentially horrific consequences. But if Hezbollah agreed to a settlement yet still maintained a separate army, allied with Iran and Syria, "Lebanon could become a target. In both cases, we become a target."
Une note en Francais a ete postee ici, c'est d'ailleurs ce site qui a attire mon attention sur l'article : http://tokborni.blogspot.com/2007/04/le-changement-de-cap-de-ladministration.html#links
mardi, avril 10, 2007
Damas - Qamishli
Hier au programme une journee de bus de Sham (Damas) a la frontiere turco-syrienne, en solo. Neuf heures de desert en bus frigorifique.
Flashback sur Damas. Il y a deux choses qui ont change depuis cet hiver, a premiere vue. Le nombre de chantiers et de reamenagements conviviaux en cours au centre-ville. Je ne sais pas si c'est l'approche des elections, mais ca pourrait ressembler enfin a quelque chose d'ici un an ou deux. D'autre part, le nombre d'Irakiens qui se promenent partout est impressionant.
On peut critiquer tant qu'on veut le regime syrien mais, nobobstant leur influence sur la region et certains pays voisins, il y a une chose qu'on ne peut leur reprocher, c'est d'assumer le caractere arabe de leur republique. Le statut des Palestiniens refugies y est ainsi parmi les plus "enviables" de la region. Il faut voir a quel point ceci ne constituera pas un facteur destabilisant pour le pouvoir syrien. J'ai entendu le chiffre de 1 million d'Irakiens en Syrie, presqu'autant que de Kurdes, ca commence a faire nombre.La Syrie a accueilli plus de 800.000 réfugiés irakiens depuis le début du conflit dans leur pays, a rapporté mercredi le quotidien officiel "Al-Baas", citant le ministère syrien de l’Intérieur. Sur ce total, environ 648.000 Irakiens ont gagné la Syrie dans les mois suivant le renversement du régime de Saddam Hussein en 2003, selon un responsable du ministère cité par le quotidien. Cet afflux de réfugiés est attribué aux lois syriennes facilitant l’obtention de visas pour les populations arabes, ainsi qu’à la proximité géographique et culturelle de la Syrie avec l’Irak. Les réfugiés irakiens
peuvent obtenir un permis de séjour annuel renouvelable s’ils disposent d’un revenu financier fixe dans le pays, s’ils sont propriétaires ou s’ils ont inscrit leurs enfants dans une école syrienne, selon le responsable cité par "Al-Baas". Les réfugiés irakiens se sont majoritairement installés à Damas et dans ses environs. La plupart seraient issus des classes moyennes et vivraient de leurs économies. Source http://www.aloufok.net/ Un million huit-cent mille İrakiens refugıes hors d'Irak et un million deux-cent mille deplaces en Irak d'apres le rapport Hamilton - Baker.
Commercial Bank of Syria, Kamishli branch
Dans ma volonte d'avancer, j'ai un peu brule les etapes, et n'ai pas pris la peine de prendre quelques dollars en route, persuade que je trouverais un ATM dans cette ville frontiere de Qamishli. Que nenni. Pas de distributeur, ceci m'est confirme a l'hotel et par l'un ou l'autre commercant. Aıe ca commence bien, pas un kopek, meme pour retourner a la ville d'avant. Je rentre donc dans cette banque, je m'adresse au guichet, meme reponse : ce mouvement de la tete et des sourcils vers le haut qui ne demande aucun commentaire.
De l'autre cote de la piece, une porte avec l'inscription "Manager", j'y rentre sans invitation. Ceci dit, c'est quand meme fou ce qu'on peut se permettre en tant que touriste. De l'autre cote du bureau massif, une femme, entre 35 et 40 ans. Elle gere les entrees et les sorties dans son bureau, appelle et renvoie son personnel exclusivement masculin. Plusieurs portraits d'Hafez el Assad, et un culte manifeste a Bassel, le fils d'Hafez qui devait lui succeder, mais qui est decede dans un accident de voiture en 1994. Une seule photo de Bachar, dans la bibliotheque. Bachar avec sa femme et ses enfants, qui pose devant un paysage de montagnes suisses.
Elle me demande de m'installer et je lui explique mon cas. Bon, d'abord, on va se prendre un the et apres on commencera a reflechir. On oublie completement la raison de ma presence et comme elle parle un peu anglais, c'est l'occasion de poser quelques questions. Du style : vous vous sentez comment a devoir gerer cette banque au coeur de cet environnement d'hommes ? Ce qui ne provoquera qu'un sourire. Un peu comme chez nous je presume.
Noura continue, elle n'est pas arabe, mais syriaque. Il y a ici a Qamishli des arabes bien entendu, des syriaques orthodoxes et catholiques, enormement d'İrakiens, des Kurdes en majorite et des Armeniens. Quelques Turcs perdus. Un beau melting pot. Au milieu de tout et de rien, je lui demande si elle est mariee ou plutot, plus subtilement, si elle a une famille. Bien sur qu'elle a une famille, mais ni marriee, ni enfants. Ce n'est pas par manque de temps comme je lui suggerai, elle ne sait pas pourquoi.
dimanche, avril 08, 2007
Damas Ommeyade
Petite visite aujourd'hui a la Grande Mosquee Ommeyade de Damas, sans doute la plus belle, sinon la plus imposante du monde. Je me suis enfin decide, lors de ma quatrieme visite a Damas depuis que je suis au Liban, a la visiter. Cette mosquee fait dans l'oeucumenisme (oui, les puristes, on reste calme), dans le sens ou l'on trouve, encoffree dans un impressionant sarcophage la tete, parait-il, de Saint Jean Baptiste. Puis plus loin, la tombe de Hussein, le fils d'Ali, prophetes emblematiques de la religion chiite. Parfois je reste pantois devant la tolerance inter-religieuse qui existe en ces lieux. Alors que je vois dans l'actualite que des heurts entre sunnites et chiites ont cause la mort de 70 personnes hier au Pakistan dans la zone frontiere afghane.
Je suis reste avec un pote a discuter une bonne heure, assis sur l'un des innombrables tapis qui couvrent la salle principale des prieres, a discuter de l'incroyable intolerance religieuse et de la betise de la religion, en rapport avec la grande serenite qui baigne les lieux. Au milieu des gens qui viennent pratiquer leur priere, des gosses qui jouent et crient dans tous les sens, des gens dorment, d'autres lisent, d'autres discutent a voix basse dans les coins. On n'est absolument pas inquietes, tout est tranquille. Ces tapis, je me rapelle lors de la visite du souq de Mashhad en Iran, proviennent d'Iran. Ca fait un bon 200 m sur 50 m de tapis, 10km carre de tapis persan tresse a la main, pas mal.
Je suis donc toujours a damas, l'objectif est, des demain matin, d'avancer vers le Kurdistan turc.
Ca faisait 3 jours qu'on fetait l'arrivee d'un pote, la fete jour et nuit, on a fait le tour de beyrouth, les quartiers, il nous est arrive un million de truc, les controles du hezbollah, les rencontres avec des penseurs communistes, du karaoke super naze au bar ou les gens dansent sur les tables et tombent dans la biere sur de la musique traditionnelle arabe. Alors on decide d'aller a damas sur un coup de tete "pour fuir l'enfer de beyrouth" en gros pour fuir l'alcool, la fete etc (sic).
Tres bien. On arrive a Damas, un week-end de Paques, sans avoir reserve, l'erreur. On a donc pris d'assaut, on force le manager a ouvrir, le toit de l'hotel ar-rabie, un hotel de la zone des touristes, le souq saroujah. Mais non, mon ami, il fait pas trop froid, 16 degres la nuit, avec une ou deux couvertures, c'est extremement clement. Apres avoir ete refoules a l'entree d'une boite de nuit, ouf, pour une fois, on est cleans, merci les sorteurs (joli clin d'oeil : l'Arabe qui pour une fois empeche l'Occidental d'entrer dans un night club), on rentre, et il se met a pleuvoir une bonne partie de la nuit. En avril, a Damas, le climat global est vraiment deregle...
Demain je prends le premier bus pour le nord de a Syrie, Qamishle ou Raqqa. De la je me rendrai a Dyarbakir, retour a la vraie vie, si on peut dire.
mardi, mars 20, 2007
La ronde des dates
C'est la saison des lifts de nez sur les rayonnants minois des beyroutines. Il s'agit d'être prêtes pour le printemps et on ne rigole pas avec ça, je vous prie. Dans le kit de la jeune Aschrafiyote en sortie (Achrafiyote, de Aschrafyié, quartier chic de Beyrouth), il y a certainement en ce moment le sparadrap plaqué en travers du nez. J'envisage de lancer la mode du nez de clown. Ca ne ferait en tout cas pas de tors dans une société qui manque furieusement d'auto-dérision.
On vient de passer la trilogie tant attendue des 8, 11 et 14 mars, marathon qui a commencé le 14 février, non pas jour de la Saint Valentin, mais jour anniversaire du martyr Hariri. Le 8, c'est le mouvement d'opposition, Amal - Hizbollah - Courant Patriotique libre, plus une série de groupes plus restraints comme le PC Libanais. Il ne s'est rien passé, et l'événement fut effectivement que rien ne se passa. Le 14, c'est le jour de la majorité gouvernementale, en souvenir d'un jour lointain où elle avait capitalisé 1 millions de personnes dans la rue pour l'Indépendance du Liban. Et le 11, c'est un nouveau mouvement, qui se veut ni 8, ni 14, mais un compromis, voire autre chose, pour sortir le pays de la crise politique qui le paralyse économiquement. En tout cas, il y a un secteur qui n'est pas paralysé, c'est celui des annonceurs publicitaires. Tous ces mouvements dialoguent dans la rue à coups de panneaux 6 mètres sur 4. Investissons le calendrier, il y a encore plein de dates disponibles. Par exemple, en vue de radicalement se distancer des 8 et 14 mars, pourquoi ne pas prendre la date parfaitement opposée, de l'autre côté de l'année ? Oui, bon, cette date, c'est le 11 septembre, c'est pris aussi.
Tant qu'on est dans les dates, le 21 mars, c'est la fête des mères au Liban. Si je parle des mamans libanaises, c'est que j'en connais qui ont un drôle de courage. Ce sont celles qui font partie d'associations de fait, qui se battent pour retrouver leur enfant, leur frêre, leur mari, disparus durant la guerre civile, durant l'occupation syrienne et les invasions israéliennes successives. Je ne vais pas dresser le panoramique des disparitions, il y en a de toutes confessions et de tous bords politiques, le kidnapping a vraiment été une dure réalité dans les quasi 30 dernières années de l'histoire du Liban. Certaines de ces mères se battent depuis 25, 20 ou 15 ans pour retrouver leur progéniture, dans une dignité hors du commun. Sans savoir souvent avec certitude si il survit toujours dans l'une de ces prisons syriennes qui ont pour nom Tadmor section 3, Saydnayah, Damas Mazzé, Damas Section Palestine. Des noms qui font froid dans le dos lorsque l'on apprend les récits des quelques uns qui en sont revenus. Tadmor, c'est Palmyre, haut lieu de tourisme international, il s'agit juste de ne pas trébucher sur un ossement ou un crâne en vous promenant entre les ruines. Ce qui m'étonne le plus dans ce travail de reconstitution et de mémoire, c'est que les pères sont largement minoritaires dans ce combat de l'espoir. La mobilisation des mamans pour la vérité, quelle qu'elle soit, est vraiment remarquable. Voici quelques liens sur le sujet des disparitions et des détentions arbitraires :
http://www.solida.org
http://euromedrights.net/
C'est rare, mais il y a aussi des associations de droits de l'homme en Syrie, il faut les soutenir :
http://www.hrassy.org/english.htm
mardi, février 06, 2007
On est prie de ne pas parler de politique
etablissement decretant :
الرجاء عدم التكلم با لسيا سة
Ce qui veut dire en gros, comme vous aurez pu le constater, que les clients sont invites a ne pas parler de politique.
Le billet du jour sera dons consacre a quelques initiatives recentes dans le champ de la societe libanaise visant a bailloner les politiciens. Ceci dit en passant, je pense et je repete que le Liban a sans doute la classe politique la plus mediocre du monde, en tout cas celle qui a le moins d'utilite, n'ayant pas pu empecher une guerre civile de 15 ans, et dont les chefs de parti ont bien voulu s'arreter de se livrer la guerre en se partageant le gateau libanais a la fin de celle-ci par un systeme de rente a vie sur l'economie libanaise. Et le mouvement ne semble pas s'arreter, vous aurez remarque comme moi la subite baisse de tension depuis l'annonce de la manne d'aide de 7,2 milliards de dollars destinee a regarnir les comptes en banque sui.. heu pardon libanais. Meme l'Orient-le-Jour en vient a faire une interview en toute decontraction du General Aoun dans ses colonnes du 6 fevrier, aujourd'hui. Ceci un jour apres un dossier d'une page, 5 colonnes, sur la valeureuse et heroique histoire d'une autre composante de l'opposition, le parti communiste libanais. Fermons la parenthese.
Il y a donc une premiere initiative, celle du "11 mars", qui a son propre site internet www.11march.org . Au train ou vont les choses, il serait malin de reserver les dates.org de toute l'annee, y a un business potentiel a faire... Il s'agit donc d'une organisation qui ne se veut ni du 14 mars (gouvernement) ni du 8 mars (opposition et principalement Hezbollah - Amal), mais qui cherche une voie non confessionnelle, libanaise, dans une demarche ancree dans les droits de l'homme et la democratie.
Puis il y a eu hier un sit-in d'associations feminines sur les marches du musee national. Ici le mot d'ordre est de s'opposer a la guerre civile coute que coute. 100.000 morts, 100.000 handicapes, 25.000 disparus, voila le bilan de celle de 75-90.
Et oui, je suis de retour au Liban pour sevir, vous pouvez pas imaginer dans quel etat d'euphorie je me trouve, ceci dit sans cynisme. Vive le Liban, Vive les Libanais !
mardi, janvier 30, 2007
Tirana - Shkroeder, nord de l'Albanie, Kosovo
On traverse de vastes plaines entourées de montagnes aux cîmes parfois enneigées. Le paysage est gris, le crachin de janvier. Sur les chemins longeant les rails, des paysannes qui semblent porter le deuil depuis 30 ans. On pourrait être dans les campagnes de Belgique ou dans certains coins reculés de France. Des têtes me paraissent parfois même familières, rougeaudes, les yeux plissés par le vent et le froid, un sourire entre l'attitude béate et le rictus douloureux. Des chiens se suivent en bande au milieu des prés, en se renifflant le derrière. Des chiffons rouges pendent aux arbres, et rapellent les drapeaux albanais flottant sur les toits des maisons à moitié construites. Des chiens et des ordures partout, des champs de sacs plastique. Le manque de sommeil me fait somnoler dans le compartiment. Avec cette façon de pronconcer les "r" comme en anglais, mes rêveries transforment, dans mon demi-sommeil, les conversations albanaises en un discours tout à fait compréhensible. Des paysans édentés et en haillon parlent de leur cousin de la jet set libanaise, de leur fils en safari au Kenya et de leur oncle qui parcourt les mers chaudes de Chine.
Skroeder, ce lac de boue urbain, me ramène à la réalité. A l'entrée de la ville, deux panneaux : centre et zone industrielle. Dans le style "voyage hard core", l'hotel du centre, le rozafa, du même nom de la citadelle célèbre de la ville, n'est pas mal. Un vague radiateur électrique pour se chauffer le bout des orteils, sans plus, et son robinet resté ouvert pendant la coupure d'eau de l'après-midi. Une marre d'eau dans la moitié du couloir en rentrant le soir, et absolument personne pour constater les dégâts. Ses armoires aux portes démolies et ses fenêtres n'isolant ni du froid ni du bruit. Cette année commence comme la dernière, à Tunis, dans le froid, habillé avec écharpe et bonnet pour dormir. Notre passage dans cette ville du nord de l'Albanie a pour but de rejoindre un village du nord de l'Albanie, Valbona, via un ferry sur le lac Komani, créé par un endiguement de la rivière Drini.
Au bout de la traversée du lac, sur une embarcation consistant en un bus récupéré et soudé sur une barque en métal (quelqu'un a fait une photo visible ici : http://www.blogsmithmedia.com/www.gadling.com/media/2006/07/balkan-10-bus.jpg), on trouve la bourgade de Bajram Curri. De là, le van des navetteurs pour Valbona et les villages du nord de l'Albanie. Cette région est décrite comme étant l'une des plus dangereuses d'Europe, il n'est pas rare que de rares voyageurs s'y fassent dévaliser, au mieux. Même les Albanais des autres régions rechignent à se rendre au Nord. Pour les amateurs de trek et d'eco-tourisme, Valbona est certainement un bon départ. Il y a toujours la chambre chez l'habitant, chauffée avec un bon poële à bois, demander par exemple Arthur (Tel. 06 92804768). Mais revenons aux navetteurs. Deux heures de chemins de terre et de pierre pour relier Valbona à Bajram Curri, l'habitacle envahi par la musique émanant d'une cassette pourrie, passée un dix mille fois, de musique albano-kosovarde. Je pense que c'est la seule activité du chauffeur, un aller le matin, un retour en début de soirée, il tue son temps à Bajram Curri entre les deux. "C'est à la marge des sociétés, à la marge du monde, que l'on discerne le mieux certaines choses, où le fonctionnement intrinsèque de toute société est mis à nu". Ouais, enfin, bon, je commence par m'installer dans ce café de Bajram Curri. Autour, des hommes de tout âge prennent leur café serré, avec un verre de raki (alcool blanc, ce n'est pas le "raki" turc). Dans une ambiance de fumée de cigarette opaque qui va du plafond à un mètre du sol. Il est 8H30 du matin. Et comme partout, cette manie qu'ont les Albanais de rentrer ou de sortir d'une pièce, d'un resto, d'un café, d'un compartiment de train, sans jamais refermer la porte.
Des femmes d'un âge avancé passent sur le trottoir, un foulard blanc sur la tête. D'autres ont un foulard noir, j'ignore vraiment si elles portent le deuil encore une fois. Un vendeur de chaussure, au look funky, pantalon pates d'ef', favoris négligés et veste mi-longue avec fourrure de mouton retourné à l'intérieur est posté devant le café poiur le deuxième jour d'affilée. L'italien est bien la langue véhiculaire pour s'adresser aux étrangers dans le nord du pays. L'Italie est sans doute la seule porte de sortie. Au sud, ils ont la Grèce et la Macédoine. A Tirana, au centre, bien, ils ont Tirana et son activité propre à toute capitale. Au nord, il n'y a rien. A part l'Italie de l'autre côté de la mer. Et dans les montagnes du Nord, il n'y a vraiment rien.
Pour partir vers le Kosovo, nous faisons avec le chauffeur du van 3 fois le tour de la cité de Bajram Curri à la recherche du client. Dans la brume, avec un léger rayon de soleil, on apperçoit une armée de glandeurs, les mains dans les poches. Un remake de la nuit des morts-vivants. 90% de chômage. Il y a 4 (?) modes de conjugaison en français (indicatif, imperatif...). Il y aurait 7 modes dans la langue albanaise, dont un mode qui exprime l'espoir. Je ne sais pas depuis quand ce dernier a été utilisé dans ce coin.
Kosovo
A coté de l'Albanie, le "malheur kosovar" fait office de supercherie. Les véléités de panalbanisme n'ont pas résisté longtemps à l'ouverture des frontières albanaises. Peu de kosovars sont aujourd'hui pressés d'être réunis à leurs frêres de l'autre côté de la frontière. Encore un exemple du caractère très variable dans l'espace et dans le temps de l'identité nationale. Le Kosovo, c'est en effet un réseau routier relativement performant, des kilomètres de centres commerciaux, de la lumière partout, une population qui parle bien l'anglais, des emplois, des euros, pour peu un 52e état US.
Il y a cependant des facteurs qui empechent l'indépendance. Le droit des Serbes au retour, conformément aux conventions internationales sur le droit des réfugiés et autres victimes de nettoyage ethnique. Bien entendu, ceux qui ne possédaient rien ou peu, et les miliciens notoires, ne reviendront pas. Les propriétaires terriens peut-être. Des quartiers entiers de Prirzen sont aujourd'hui réduits à l'état de villages fantome, supervisés par les casques bleus, de leur niz d'aigle sur les collines avoisinantes. Des maisons aux vitres brisées, à moitié incendiées, des toits qui manquent, des rats et des chats comme seuls badeaux. Les habitants sont quelque part à Nis, Belgrade...
L'enjeu de l'indépendance se trouve également en République serbe de Bosnie, dont les forces politiques en présence ne manqueront pas d'auto-proclamer leur indépendance à leur tour si le Kosovo en fait de même unilatéralement.
Des photos suivront à la mi-février.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Albanie
vendredi, janvier 05, 2007
Mais ou est donc le moyen-orient ?
On trouve ici des recits, temoignages et autres anecdotes dans des pays aussi divers que les Balkans, le maghreb, l'Iran. Si demain j'allais plus au sud en Afrique, je n'en changerais pas le titre, de meme si je devais me retrouver au Pakistan ou meme en Inde, voire meme si ce voyage me menait au bout de l'ex-indochine. Disons que si je devais prendre un bateau pour l'Amerique du Sud, je le remettrais peut etre en question. Le principe est que ce voyage a commence dans ce que l'on apelle communement en Europe et aux Etats-Unis, Moyen Orient et cela se suffit a lui-meme.
C'est a la fin du XIXe siecle que l'on a commence a parler de "Proche-Orient" et de "Moyen-Orient". Precedemment, on appelait simplement "East", tout ce qui etait a l'Est de Belgrade, sans doute une supperposition du terme avec le debut et la fin de l'Empire ottoman. En tout cas, la "question d'orient" concernait historiquement l'imposition par les puissances europeennes de leur influence dans les pays sous domination ottomane.
Sans rentrer dans les details, les termes "Moyen Orient", "Proche Orient", "Extreme Orient" dependent au cours des decennies de l'actualite, de l'emphase donnee par les medias aux faits et a leur besoin de simplifier conformement aux besoins de simplification de leur auditoire. Un exemple concret est que l'on a commence a parler de Proche et d'Extreme Orient a la fin du XIXe siecle pour differencier en un coup d'oeil le probleme ottoman dans le premier cas, et la guerre sino-chinoise, dans le second. *
Leur definition dependent aussi des besoins militaires de communiquer clairement et efficacement, voir les definitions successives donnees par Churchill au cours de la deuxieme guerre mondiale. Ici, le "Moyen Orient" va de Casablanca a Baghdad, etant donne l'importance des campagnes menees par les allies en Afrique du Nord et la lutte contre le changement de pouvoir hostile a Baghdad et contre les Vichystes au Liban et en Syrie. Un shift vers l'ouest donc.
Elles dependent aussi des interets de chaque Etat, de chaque puissance ou blocs, donc elles peuvent varier "par essence" entre les epoques. Ici je renvoie a la derniere definition par l'administration Bush du "Grand Moyen Orient" (de Casablanca a Islamabad, voire jusqu'a l'Indonesie) ou du "Nouveau Moyen Orient" de Condoleeza Rice. Au sortir de la 2e guerre mondiale, la conception et les limites du "Middle East" diversait d'ailleurs fortement entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne par exemple. Je me demande meme si personne n'a jamais ete tente a Washington d'inclure a un certain moment l'Europe entiere (moins le Royaume-Uni) au "Proche Orient".
La confusion a meme ete parfois volontairement introduite, notament durant les annees de "Doctrine Eisenhower" qui debute a la fin des 50's. Une frontiere intentionnellement rendue floue, pour se reserver le droit d'intervention ou de non-intervention face a d'eventuels mouvements hostiles du bloc communiste dans la region, non clairement definie.
Reste de tout cela, une confusion totale. L'article indique d'ailleurs en conclusion que la maniere la plus logique (en 1960 !) d'utiliser le terme "Moyen Orient" dans une analyse politique est de trouver le plus petit denominateur commun entre les definitions proposees tout en reconnaissant lors de son utilisation que c'est un terme arbitraire. Ce denominateur commun jusqu'alors est la Turquie, l'Iran, la Palestine / Israel, l'Egypte et les Etats arabes en Asie (le Levant et la peninsule arabique). Un terme arbitraire, j'aurais ajoute, "issu de l'imaginaire occidental". Qui d'ailleurs a fixe un jour les limites des continents europeens et asiatiques ?
Si on veut vraiment etre correct, il est plus approprie de parler de groupes ou groupements definis par eux-meme. Comme on parle de l'Union Europeenne, il conviendrait de parler par exemple de la ligue des Etats Arabes ou de la Confrence Islamique ou de tout groupement regional constitue par la volonte des membres qui le compose, et de rien d'autre. Mais bon, moi ca me va comme ca.
Qu'en est-il sur le terrain ?
Meme si j'ai passe jusqu'ici un an seulement dans cet ensemble que l'on nomme Moyen Orient et que l'on a appele jadis Proche Orient si l'on considere mon cheminement dans les Balkans, je n'ai fait honnetement que survoler cette region. Ma vue est superficielle, j'en conviens. Mais voici l'une des choses qui me sont apparues clairement si il en est.
En claquant la porte de mon appartement en Belgique il y a un peu plus d'un an, et en me dirigeant vers l'Est, j'avais deja commence au premier pas un cheminement qui allait me montrer le caractere progressif des regions et pays traverses. L'ideal serait de se deplacer en moto et de ne faire qu'une centaine de kilometres par jour pour que ceci aparaisse encore plus clairement. Il faut vraiment du temps mais cela doit en valloir la peine, car c'est fascinant.
Je vais lancer quelques exemples en vrac. On trouve du burek (avec des noms sensiblement differents mais avec la meme racine), cette pate feuilletee truffee d'epinards, de fromage ou de viande, a manger en buvant de l'ayran, de la Slovenie a la Turquie. Cette specialite se dilue dans le nord de la Syrie. L'ouzo qui devient raki en Turquie et arak en syrie et au Liban. La progression du mezze grec au mezze libanais, lui meme une forme raffinee du mezze syrien, ou est-ce l'inverse, le syrien etant une forme plus brute, plus grossiere de l'art du mezze libanais.
L'urbanisme des maisons eparpillees de la cote croate ressemble a s'y meprendre a celui des cotes grecques. Et les villas 2 ou 3 etages libanaises des montagnes du sud sont quasi la copie conforme de celles des campagnes grecques.
Ou le crescendo aussi dans le caractere organise de la circulation routiere qui partirait du sud de la France, par l'Italie, les Balkans, la Grece, la Turquie pour arriver au desordre routier total sur les cotes du Levant, pour se "civiliser" a nouveau a mesure que l'on avance vers le Golfe arabo-persique (tiens voila d'ailleurs encore une realite nommee differement en fonction de la rive d'ou l'on se place, Golfe Persique d'un cote, Golfe arabe et Mer d'Arabie de l'autre). Le port de la barbe et la facon de la tailler et la transition dans les modes vestimentaires jusqu'a la djellabah blanche immaculee portee dans les monarchies petrolieres du golfe. La presence ou non du voile pour les femmes et surtout la facon de le porter. En dehors de toute representation religieuse et d'affirmation identitaire..., le foulard sur la tete commence deja a etre porte d'ailleurs dans les Balkans, surtout dans les campagnes. Il y a certainement un caractere traditionnel dans son port mais je n'invente rien.
La transition dans la musique populaire et classique et un crescendo lent de Sarajevo a Damas, ces voix qui ne chantent pas mais gemissent, avec des variations a peine sensibles, de la guitare tzigane au a'oud arabe. La danse, la Dabkhe, cette maniere de danser en rond que je pensais etre une invention syrienne mais que j'ai vu danser de maniere parfaite sur le parking d'une gare routiere en plein milieu de la Turquie pour celebrer le depart d'un membre de la famille qui partait au service militaire. Il y aurait moyen de trouver une gradation vers le sirtaki grec, voir certaines danses russes.
Meme au niveau des religions et de la pratique de celle-ci, on verra des pratiques plus ou moins intenses, avec des pics a l'interieur meme des pays entre les regions au sens large, que l'on soit en Europe occidentale, en Turquie ou en Iran.
J'ai vraiment envie de completer avec d'autres exemples, je vais etre plus attentif a cet aspect dorenavant.
En faisant le lien avec l'Europe centrale, je suis certain qu'il serait possible de trouver de telles gradations en matiere d'habitudes culinaires, de musique, de culture au sens large entre les Balkans et certaines regions hongroises, autrichiennes, puis allemandes et ainsi de suite jusqu'en Scandinavie. Seul un ocean peut donner lieu a de reelles "coupures culturelles" a terme, et encore, dans la mesure ou rien n'empeche d'aller d'une rive a l'autre.
Tous ces elements culturels ne se modifient pas de facon lineaire, plane d'un point a un autre. C'est un paysage en trois dimensions, avec des pics et des vallees aux pentes plus ou moins douces, avec ses cours d'eau qui amenent beaucoup plus loin leurs alluvions. On rencontre parfois des falaises, telle ou telle frontiere d'Etat par exemple, meme dans un monde qui tend et qui a toujours tendu a s'uniformiser, au plus la communication est rapide et aisee. Mais il existe toujours plus loin un passage, une pente plus douce a emprunter. Dans tous les cas, plusieurs aspects de la culture, et je n'ai aborde plus haut que des aspects pratiques, parlant et courant, ce qui fait la vie de tous les jours, comme la mode, la cuisine, l'urbanisme ou la musique, il y a toujours plusieurs elements qui rapellent la proximite geographique et qui elle ne ment pas.
C'est vraiment un sujet a developper. Car il va dans le sens qu'il n'y a pas de "fracture de civilisation" nette, un antidote au choc des civilisations.
Ce modele de "transition de cultures" serait un paysage donc en trois dimensions, avec des univers paralleles, le tout se superposant l'un a l'autre. Impossible a modeliser en fait, sinon a retranscrire la realite elle-meme, extensivement. Sans compter qu'il faudrait etablir une echelle de gradation pour des dizaines d'elements culturels et base sur des enquetes dans lesquelles on sait que les gens ont une vue extremement subjective de la facon dont ils percoivent leur identite. Si vous connaissez un "fou" qui s'est lance dans ce genre d'entreprise, avec des resultats disponibles, meme a echelle plus reduite que celle d'un continent ou d'une region, Moyen Orient dans le language usuel, chevauchant trois continents, je serais tres curieux de les decouvrir !
*Je ne vais pas citer toutes les sources, ce n'est pas une these que je defends ici, mais les faits historiques sont tires d'un article de 10 pages paru dans le Foreign Affairs de Juillet 1960, Where is the Middle East ? par Roderic H.Davison
lundi, décembre 25, 2006
Mar Mousa
Syrie - Un petit message a caractere touristique dans ce monde de brutes.
Des que je suis arrive au bas de la vallee qui monte au monastere Mar Mousa, accessible a pied seulement au travers d'un escalier d'un kilometre et demi, un grand barbu, style ivan reebrov, grand coffrage, grosse voix, m'a adresse la parole. Je pensais que c'etait un guide touristique, il parlait toutes les langues, en tout cas anglais, italien, puis francais. Nous avons emprunte les escaliers ensemble. Quand je lui ai dit que j'etais belge, il m'a tout de suite donne une situation politique et sociale de la belgique dans des termes que peu de gens en belgique meme seraient capables de tenir. Il m'a demande des nouvelles de beyrouth et du liban. Puis le lui ai demande si il habitait la-haut, et en fait, j'avais affaire au pere superieur du monastere, ca commencait fort.
Il s'agit d' un pere jesuite, Italien et il s'apelle Abu Paolo, etabli la depuis 25 ans. Alors, il gere sa citadelle comme une petite entreprise, on y fait du fromage, du pain.... Il a ouvert cet endroit au monde entier, tout le monde est bienvenu. Il n'y a rien a payer pour le logement, ni meme pour la nourriture. La seule condition est de participer a la cuisine, le menage, donner un coup de main ici et la si on reste plus longtemps. J'avais apporte un kilo de dattes du marche de damas. Avant il n'y avait pas d'escalier il y a 4 ou 5 ans. Il fallait faire le grand tour par an nabk, le village a cote, par le col de montagne, des kilometres a faire dans la montagne. Ils ont construit un deuxieme monastere joignable par un escalier metalique au dessus du ravin, a donner le vertige. C'etait des l'epoque romaine une citadelle d'obsertvation sur la vallee, sur la route qui relie damas a palmyre (tadmor). D'ailleurs l'unique porte d'entree de la citadelle principale fait peut etre 1m20 sur 80 cm et c'est assez escarpe. Pour les amateurs de retraite et de silence, c'est un lieu tout indique.
Le reveillon de noel proprement dit nous etions une quarantaine je dirais, moitie syriens, moitie francais / italiens. Veillee de meditation de 3 heures avant la messede minuit. Je n'y suis pas alle, j'etais avec les 5 ou 6 syriens restes dehors, pour exercer mon piteux arabe, mais je progresse. En tout cas, c'est un endroit que je conseille vivement a celui capable de respecter les lieux des hotes qu'il frequente.
Le lendemain, apres avoir fait une marche dans les collines escarpees autour du manastere, on est redescendu avec 3 syriens chretiens de damas avec leur voiture, en repassant par maalula, c'est l'un des 3 derniers villages du coin ou on parle encore arameen, la langue de jesus. Au mois de septembre se tient une fete villageoise a Maamula, au cours de laquelle des troncs d'arbres sont jetes du haut d'une falaise dans un grand feu de joie. Si je suis encore dans la region, je tenterai de ne pas manquer cela. Joyeux Noel.
mardi, décembre 19, 2006
La democratie, c'est pas pour toi, mon gars.
Pourquoi decide-t-on de soutenir des gouvernements liberticides et autoritaires, legitimés souvent (mais pas toujours) par le fait qu'ils constituent un rempart contre l'islamisme, comme si les Arabes se contenteront bien d'un pis-aller. Quelle condescendance et quel mépris de la part de nos gouvernements. Je pense ici particulierement a l'Egypte et au Yemen, et meme a la Syrie, dont le gouvernement a longtemps été un partenaire respectable dans les chancelleries occidentales pour cette raison.
Prenons la stratégie des neo-conservateurs américains, affirmant, le coeur sur la main, que le but de la guerre en Irak était de provoquer une "réaction en domino" au Moyen-Orient. La chute de Saddam aurait, selon eux, provoqué une vague de démocratisation de Islamabad a Rabbat, dans un Moyen-Orient redessiné par leurs soins. On sait aujourd'hui que les Etats-Unis sont aujourd'hui forcé de composer en Irak avec des religieux parmi les plus fondamentalistes du Proche-Orient.
Lors d'une conférence donnée par un ancien ambassadeur US a Beyrouth, quelqu'un de tres ouvert sur la question et je pense, sincere, celui-ci se demandait, chiffres a l'appui, et un peu sans doute pour animer le débat, pourquoi les Etats-Unis récoltaient de si pauvres résultats en matiere d'opinion publique favorable au Moyen-Orient. Au-dela du débat de savoir pourquoi, je lui ai demandé si réellement, les Etats-Unis, dans sa politique extérieure, attachait la moindre forme d'importance a ce genre de considération aussi secondaire que l'opinion publique des peuples du proche-orient au sujet de cette politique.
En fait c'est en lisant un passage dans un essai d'Amin Maalouf, auteur francais et libanais, intitulé Les Identités Meutrieres, que cette question a pris un autre relief. Cette maniere de procéder dans la région n'est pas neuve, elle n'est pas l'apanage des Americains, loin de la. Je n'apprendrai sans doute rien aux historiens du Proche-Orient. Mais les puissances européennes ont séparé les régimes entre bons et mauvais bien avant eux. En voici un exemple.
En 1799, Napoléon envahit l'Egypte. Ceci fut le début d'une réflexion dans le pays conquis en vue de savoir pourquoi, en quelques siecles, l'Occident a pris une telle avance dans tous les domaines techniques et militaires sur l'Orient, conduisant a la défaite cuisante de 1799. Dans ce contexte apparait 6 ans plus tard le roi Mohammed Ali, un visionnaire, Albanais, ancien officier ottoman, qui va se mettre en tete de combler le retard de l'Egypte sur l'Occident. Il fait engager des medecins europeens et fonde des hopitaux universitaires. Il engage des officiers napoleoniens dans son armée. Il entame une réforme politique et judiciaire, il soutient le progres technique et scientifique dans un effort sans précédent pour la modernisation de l'Egypte (ceci n'est pas du tout souligné sur un site comme wikipedia sauf pour des raisons militaires, mais c'est A.Maalouf qui souligne). A tel point que celle-ci, toujours infeodée a l'Empire Ottoman, pense de plus en plus a s'en defaire et va meme marcher sur Istanbul a deux reprises. Le mot de la fin viendra d'une coalition europeenne qui repoussera l'assaut egyptien jusqu'au Nil. Il était en effet préférable pour les Empires européens de disposer d'un allié ottoman, faible, en retard et moribond, sur la route des Indes, plutot qu'une puissance potentiellement dangereuse car en voie de développement au point de rattrapper son retard sur l'Europe, mais surtout, indépendante et incontrolable. L'Egypte, encore tres fragile, ne s'en relevera pas.
