mercredi, septembre 05, 2007

Du riz et des pétales de rose

J'avais lu ces récits de l'entrée de l'armée syrienne a Beyrouth (sous l'égide de la Force Arabe de Dissuasion, en 1976), des armées françaises (1982) et américaines (en 1958 et 1982), et dans une moindre mesure israéliennes (au Sud Liban parmi des populations parfois fatiguées du comportement du Fatah, en 1982), toutes accueillies sous les hourras, les jets de riz, les pétales de rose, l'eau parfumée et le champagne. Avant de devoir toutes se replier, pour ainsi dire, dans la débâcle et le chaos, quelques mois ou années plus tard.

J'ai assisté a ce genre de scène hier soir, autour de la place Sassine. Un cortège de jeeps et de camions militaires de l'armée libanaise est descendu de Tripoli, en passant par toutes les villes côtières, remontant par Dora vers le centre-ville (de Beyrouth Est pour être précis). Pour ceux qui débarquent, c'était la fête pour la fin des combats à Nahr el Bared contre le gang du Fatah al Islam.

On a pu voir des militaires sur des camions, doigts en "V", munis des roses offertes par la population, mitraillette pointée vers le ciel, des jeunes filles intercalées dans les jeeps battaient la mesure sur des sons de Dabkhé crachés à plein volume depuis des discos mobiles. Il y eu hier soir un festival de feux d'artifice que quelque rafales de pistolet automatique couvraient a peine.

C'est évidemment une très bonne nouvelle que la fin de ces combats. De là à dire, comme l'ont laisse entendre des éminences de la majorité, que l'armée est maintenant apte à imposer son autorité sur tout le territoire libanais et sur toute faction armée non relevante de l' autorité de l'Etat, c'est un peu optimiste. Disons que c'est juste incendiaire.

Il y a d'abord les autres camps palestiniens, dont la sécurité relève encore et toujours de l'OLP. Des camps de l'importance de Nahr El Bared, il y en a 6 ou 7 autres au Liban. Le siège de Nahr El Bared, tenu par 400 combattants islamistes à tout casser, a duré près de 3 mois.

Il y a aussi la "Résistance", le Hezbollah, qui a tenu tête à la 5e ou 6e armée du monde (il faudrait comparer la puissance militaire de la Chine et celle d'Israël), dans des circonstances de guérilla, certes.

Tout ça dans un contexte ou les pays amis du gouvernement libanais, Etats-Unis en tête, ne permettront jamais, comme l'a souligné le général M.Sleymane, que le Liban accède a un statut de puissance suffisante à ne fut-ce qu'être capable de résister a une éventuelle attaque israélienne.

Les pays qui supportent les mouvements palestiniens et le Hezbollah n'ont pas ce genre de contrainte. Et il faudra donc s'en accommoder encore longtemps.

mardi, septembre 04, 2007

El Qornet es-Saouda (le coin noir)

Sommet du Liban a 3082 metres. On n'y est pas parvenu (a 4 km pres) en raison d'une meute de chiens enrages. Ce sera pour la prochaine fois : dormir au Cedres pour partir a 8h du matin, 2 litres d'eau par personne, de bonnes chaussures. Mais on n'etait pas loin du but. De la haut il est possible de voir les sommets de l'Ile de Chypre a 250km de la et toute la vallee syrienne vers Damas. Voici quelques cliches.


Vers la vallee de la Qadisha.


Ascension par les pistes de ski assechees.


Troupeau de moutons sur le plateau qui mene au Qornet es-saouda


Campements de Bedouins


Vue sur les Cedres.

vendredi, août 31, 2007

... né. A Beyrouth.

Le festival du film libanais s'est terminé hier. J'ai assisté à quelques unes des soirées. Il y a eu des choses intéressantes, et d'autres moins. En fait il s'agit surtout de courts et de moyen métrages. Mais la production globale est plus que satisfaisante, surtout si l'on considère les moyens du bord.

La 6e édition, celle de cette année, devait avoir lieu l'été dernier, mais, guerre oblige, elle fut reportée. Ce n'est pas un festival sur la guerre du Liban, mais il va de soi que beaucoup de productions de ces derniers mois en sont marquées.

Dans les courts que j'ai vu, en animation, Beirut de Elie Dagher, qui décrit une ville ou l'eau est devenue une denrée très rare, était techniquement abouti, le désormais classique Superhajja (et non Super Geagea) de Tarek Kandil, la courte histoire de cette mémé voilée qui arrête, grâce à ses super-pouvoirs, une méga-bombe qui allait tomber sur un village. La palme du no budget film revient à Ziad Antar et son La marche turque, qui est en fait une vue unique en plongée et en noir et blanc sur les mains d'une pianiste qui nous joue la marche turque de Mozart (vous savez, le pom pom pom....) sur un piano dont les marteaux ne frappent pas les cordes. On entend donc juste le bruit des frappes de doigts sur les touches.

Welcome to Beirut de Fouad El Khoury, est un peu long, mais est un regard relativement intelligent et léger sur la vie libanaise (plus beyrouthine que libanaise) en général.

D'un point de vue esthétique, et même si le sujet est lourd (les villes et villages du sud après les bombardements israéliens de l'été dernier), Après l'Orage de Leila Kanaan est magnifiquement filmé. Des plans fixes, en noir et blanc.

Music de Zeid Hamdan est un tour d'horizon de la musique underground, que j'aurais plutot qualifiée juste d'alternative en terme absolu, au Liban. Le tout dans un rythme bien emmené. Le sujet est intéressant même si il est forcément limité. Une autre critique serait peut etre que le grunge, c'etait il y a dix ans les gars. Mais peut être suscitera-t-il des vocations, et c'est la le plus important. Pour un apercu et des liens vers les groupes tels que Scrambbled Eggs, Lumi, The New Government :
http://www.lebaneseunderground.com/

Un cercle autour du soleil de Ali Cherri est un court hyper lourd, la palme du condensé de lourdeur en aussi peu de temps. Assez remarquable en soi que pour être souligné. Je ne résiste pas à retranscrire ce passage : "J'étais déçu le jour où ils annoncèrent que la guerre [celle de 1975-91] était finie. J'avais l'habitude d'être transporté de joie à l'idée de vivre dans une ville anthropophage, cannibale, une ville qui se consomme elle-même, telle une sécretion excessive de l'estomac qui viendrait à s'avaler graduellement lui-même". Il y a un malaise...

Enfin, j'ai fort apprécié Le Liban en Automne de Nadim Tabet, assemblage d'images tournées dans les années 70, d'une famille joyeuse qui va faire du tourisme à travers le Liban, va à la mer, se ballade en bateau. Puis on les voit dans une maison de campagne, dans la famille, à la montagne autour d'une table pour apprécier des verres d'arak, avec quelques plats libanais sur la table et des légumes crus. Ca respire le bonheur, mais d'un autre côté il y a on ne sait quoi d'angoissant qui transparait dans le film.

Le reste je n'en parle pas. J'ai raté aussi les deux tiers des projections, et vu le programme, quelques perles.

http://www.neabeyrouth.org

http://www.makefilmsnotwar.org

vendredi, août 24, 2007

Liban : Episode III



Titre largement égocentrique, j'en conviens. Me voici de retour au Pays du Cèdre (et oui, au singulier, à force, il n'en restera plus qu'un) pour la troisième fois. La première, pour entamer un master en études politiques, la seconde, pour remplir une mission dans le cadre d'une ONG et terminer cette maîtrise, et la troisième, pour chercher un boulot digne de ce nom, à savoir, rémunéré. Cependant, voici un "pré-texte" destiné à décrire les premières heures d'arrivée au Liban, car c'est dans les premières heures que le contraste est le plus vif, avant que tout ne paraisse normal.

Si vous ouvrez un atlas à la page de la carte du monde, vous observerez que le Liban est juste en plein milieu de la carte, c'est sans doute ce qui donne aux Libanais l'impression qu'ils sont le centre du monde. D'autre part, malheureusement, le Liban est également en plein dans la faille entre les deux pages, difficile à voir, coincé dans le gouffre de la reliure. C'est sans doute pour cette raison que les Libanais aiment rappeler au monde qu'ils existent en se donnant un mal fou pour se démarquer. Voici un cortège de clichés, mais il faut bien un peu fixer le décors.

Ca commence à l'aéroport. Devant nous, une prostituée Tchèque, le vol vient de Prague. Elle tient en main son contrat de travail pour faciliter son passage à la douane. Son employeur sera le "Moonlight Super Nightclub" de Jounieh. Salaire, 500 dollars par mois. Elle semble déjà être habillée pour prendre du service. A la limite, elle peut se permettre de faire l'aller-retour sur le week-end, vive l'Euro Med. Dans une autre file, une cinquantaine de filles et de femmes bengali ou somaliennes, ce n'est pas clair. Le dernier charter de domestiques pour Achrafyié. Lors de mon dernier retour au Liban, je vois encore cette jeune fille à Athènes, au desk d'embarquement. Elle est visiblement libanaise, du Mont Liban. Elle n'avait ni passeport ni billet d'avion (je me demande comment elle est arrivée jusqu'à ce guichet). L'employée s'énerve et lui demande son nom, qu'elle n'est pas capable de donner. J'ai quitté la conversation, plein de Libanais s'occupant déjà du cas. Quelques minutes plus tard, je la verrai dans l'avion. Le miracle libanais a encore frappé.

Les taxis de l'aéroport, toujours difficile à négocier, le chauffeur est bonhomme, son porte clef au contact montre un drapeau libanais à côté de celui du Hezbollah. "Shou akhbar bi Lubnan habibi ? quelles nouvelles au Liban ?". "Qua-ïs, kil chi tamam" me répond-t-il avec un grand sourire. Tout va bien en effet: On traverse le grand boulevard vers la place Sassine, à gauche, sur toute l'étendue de la place des Martyrs et de Riad El Solh, entourant quasiment et le Serail (gouvernement libanais) et l'ESCWA (QG des Nations Unies pour tout le Moyen Orient), les tentes du sit in de l'opposition (Hezbollah et CPL) sont toujours là depuis décembre 2006. A droite du boulevard suspendu, une affiche de 30 mètres de haut sur un immeuble criblé de balles et d'impacts de mortier depuis la guerre civile, ventant les mérites de l'armée libanaise. On y voit un soldat libanais courant avec une hanse au bout duquel est fixé un drapeau libanais, au milieu des ruines de Nahr el Bared, le camp palestinien au nord de Tripoli, dont il ne reste plus un bloc de béton debout après trois mois de combats.

De retour à Sioufi en pleine nuit, le quartier où j'habite près de la place Sassine, l'immeuble en face est en réparation. Je n'ai jamais su si il a été démoli suite à la guerre civile ou si sa construction a été arrêtée subitement suite à un manque de financement pour continuer. On n'avait trouvé rien de mieux que d'abattre, dès juin, les deux arbres qui se trouvaient devant cet immeuble et qui le masquaient avantageusement, sans compter le doux gazouilli des oiseaux qui en émanait en fin de journée. Trop poétique pour Achrafiyé, pas assez bétonné. Je vois encore le deuxième arbre tomber à moitié sur le toit d'une mercedes garée de l'autre côté de la rue. Y a du spectacle de mon balcon... Pas de fenêtres, un immeuble en délabrement total. Les travailleurs syriens habitent sur le chantier. Leur linge pend à un fil sur une des terasses, on devine des matelas posés sur le sol poussiéreux. Le marteau piqueur, en fait je devrais écrire "camion marteau piqueur avec un boutoir de 20 mètres de haut", commence son oeuvre dès 4 heure du matin, dans une chaleur moite. J'ai l'impression que ça n'embête personne, en tout cas, personne ne se lève pour faire la révolution. Bon c'est promis, demain j'achèterai un ventilateur pour rendre la chaleur supportable et chasser les moustiques la nuit, contentons-nous d'agir sur ce qui est à notre portée. C'est un principe essentiel pour la santé mentale à long terme.

Premier contact avec la rue le lendemain matin. Une dame entre deux âges me demande un peu plus loin, en passant, de lever le volet métalique de son commerce de vieilles freloques. Puis il y a les "next time" quand on n'a pas le compte juste dans un sens ou dans l'autre. C'est cela aussi le Liban, tout en convivialité. Il faut le souligner cent fois.

La folie de la circulation est toujours à la hauteur de la folie du pays. Les routes deux bandes se transforment facilement en voies trois files, unidirectionnelles, jusque quand un camion en sens inverse, en pleine descente de montagne dans un virage, klaxonne comme un malade à grand renfort d'appels de phare, et là, tout le monde se range. Je ne sais toujours pas comment trois files redeviennent une et demie en si peu de temps. L'improvisation est le stade ultime de l'organisation comme disait le grand Lubanovski, entraîneur du Dynamo Kiev dans les années 80. Cette scene aussi sur l'autoroute 2 bandes dans chaque direction, entre Beyrouth et Damour : une jeune fille de 25 ans, cheveux aux vents, fait du velo... en contre sens. Elle avait l'air tout a fait sereine. La question n'est meme pas de se demander si on peut faire du velo sur l'autoroute, mais si on peut le faire aussi en contre-sens. Et tous ces panneaux (sens unique, interdiction de stationner, etc...) qui n'ont pas la moindre signification.

Les transports en commun ont aussi leur lot de phenomenes etranges. Ce jour-la, je me suis trompe de direction en prenant le bus Ein el Rmeine - Hamra. Je ne m'en suis apercu qu'au terminus, bien que mon doute grandit en cours de route. J'ai donc traverse Sabra et Chatila a l'aller et au retour. A un moment, dans un tournant, en raison de la conduite un peu trop brusque du chauffeur, une dame plutot agee, glisse sur sa banquete et se pete la figure dans l'aller centrale. Je pense que le chauffeur etait presse a cause de l'iftar, la rupture du jeun pendant le ramadan. Indignation dans le bus, les gens lui disent de faire attention, et il est vrai que ca conduite donnait une sensation proche de la nausee. Le chauffeur, en guise de protestation, a decide d'arreter le moteur et de se croiser les bras, indiquant que si c'etait comme ca, il arretait de conduire ! Une autre fois, deux dames, assises derriere le chauffeur, lui donnaient des ordres quand a la conduite a adopter aux carrefours. Elles l'engueulaient lorsqu'il ne prenait pas sa priorite de droite ou lorsqu'il s'arretait aux feux rouges !

Place Sassine, un immense portrait de Béchir Gemayel, jeune, beau et souriant, pend là où, à mon départ, il y avait un poster 20 m sur 15 de la Sainte Vierge qui disait que Marie nous rassemble tous, avec une foule en dessous d'elle représentant vaguement les couleurs des principale formations politiques au Liban, le rouge (celui-ci étant partagé par le PSP de Jumblatt et les Forces Libanaises de Geagea), le bleu, le jaune, l'orange. Effectivement, on retrouve Sainte Marie dans l'Islam et les religions chrétiennes du Liban, avec quasi la même vénération.

Pourquoi Béchir Gemayel ? Mais parce que cela fait 25 ans que le frêre d'Amine Gemayel, ex-président du Liban et père de Pierre Gemayel récemment assasiné, avait été placé à la tête de l'Etat libanais suite à l'invasion d'Israël et avec la bénédiction des Etats Unis ! Quelques jours après, il était assassiné, probablement par les services secrets syriens ou alors était-ce le mossad ? Ou une énième vendetta ? Un téléphone portable aurait actionné une bombe de plusieurs centaines de kilo dans l'immeuble où il se trouvait en réunion. La rumeur aurait couru à l'époque qu'il n'était pas mort, qu'il était lui même sorti de l'ambulance qui l'emmenait en morceaux. Il reviendra.

Je donnerais cher aussi pour retrouver un témoin de l'apparition de Saint Charbel à Achrafiyé, en pleine bataille contre l'armée syrienne en 1977-78. Il serait apparu dans les airs, donnant aux combattants maronites une nouvelle vigueur dans la violence des combats.(1)

Et la question qui n'est pas de savoir si il est interdit de vendre du tabac à des moins de dix-huit ans, mais si il est permis au moins de douze d'en vendre. Ca c'est pas typique du Liban par contre.

Sinon, les chasseurs israéliens se balladent toujours librement au-dessus de la Beka'a. Il n'y a toujours pas de gouvernement d'Union Nationale. Olmert geint à tout va que le Hezbollah est plus fort qu'avant la guerre d'octobre. Il y a une campagne présidentielle qui commence en septembre. Et il me semble que le dernier rapport de la commission Brammertz sur le plasticage du convoi de Rafiq Hariri, l'ex-premier ministre, n'a pas livré de grands scoops. Je pense, enfin j'espère, que les enquêteurs de l'ONU se seront rendu compte qu'au Liban, la vérité n'est pas capitale. La vérité est éventuellement un instrument, bonne à répandre si elle sert le dessein de celui qui l'invoque.

Un artiste glandeur, style contemplateur de la réalité, m'a dit dans un anglais approximatif, ou est-ce moi qui reproduit approximativement :

All this can only have a tragical end.
I don't know man. (moment de silence)
Maybe the tragedy is just in my head.

Mais rassurez-vous, malgré tout cela, il est encore possible, sans se mettre d'oeillères, d'avoir une vie tout à fait normale dans ce pays et d'en apprécier ses bienfaits. Il faudrait juste que ça dure et peut-être faudrait-il que ce soit le cas pour un plus grand nombre de Libanais.

(1) Je n'ai trouvé qu'une seule mention de cette apparition, dans l'ouvrage de Samir Kassir, La Guerre du Liban, de la dissension nationale au conflit régional.

dimanche, août 19, 2007

Les satano-terroristes

Avec 400 morts causés par plusieurs camions piégés coordonnés, l'attentat d'il y a quelques jours sur la communauté Yazidi est le plus meurtrier de ce dernier siècle après ceux du 11 septembre 2001 aux Etats Unis. La plupart des annonces d'emplois de différentes ONGs, il y a encore quelques jours, stipulaient que le Kurdistan irakien était de "safe" à "pacifié". On peut se rendre compte que même là, et malgré la présence de 126.000 troupes américaines en Irak, c'est le chaos.

Il n'est pas clair si le but de l'attentat est, au choix, le départ des troupes américaines, une guerre sans nom, un acte raciste dirigé envers une communauté considérée à tors comme adoratrice de Satan. Quoi qu'il en soit, et si il fallait encore le dire, il montre le désastre absolu de la politique américaine en Irak, si l'on s'attarde, bien entendu, à des considérations humanistes. On attend le prochain "We are making progress in Iraq" de Georges W. Bush.

L'annonce par la Maison-Blanche de mettre les Gardes de la Révolution iranienne sur la liste (1) des organisations terroristes, est déjà décrite par certains comme un pas de plus vers le lancement d'une guere en Iran. Dans l'article sus-mentionné, il est rappelé le fait intéressant de la collaboration de la CIA avec les Pasdarans au moins à trois reprise dans un passé relativement récent.

Les Etats-Unis ne se retireront pas d'Irak d'ici tôt, le but est d'établir des bases militaires solides et à long terme, pour assoir sa puissance de projection sur toute la région du Moyen Orient, et accessoirement, de contrôler l'Iran. Cet objectif peut être atteint sans qu'il ne soit nécessaire d'envahir l'Iran. Quelle erreur également de tenter de lister un corps officiel d'Etat sur une liste d'organisations terroristes (2). C'est un pas vers la disqualification de la lutte effective contre le terrorisme, le blanchiment d'argent et toute sorte de traffics.

On a beau retourner la question dans tous les sens et il est quand même difficile de croire, impensable même, que les U.S. se lanceront dans une nouvelle guerre alors que l'Irak est toujours en train de flamber et que le feu en Afghanistan se réanime.

Quoi qu'il en soit, tout ceci fait partie d'une réthorique qu'on pensait appartenir aux albums de Tintin. On a d'un côté ces vilains barbus, brandissant l'index en l'air, traîtant les Etats Unis de Grand Satan, et de l'autre ces hystériques lançant des accusations de Terroriste à tout va, dans une ambiance proche de celle d'une cour de récréation. Qui utilisera en premier l'accusation de "Terroriste satanique" ou de "Satano-terroriste" ? Les paris sont ouverts...

(1) Dans cette liste du Departement d'Etat, question de timing probablement, on ne trouve pas le Fatah Al Islam, organisation proche d'Al Qaeda contre laquelle se bat l'armée libanaise dans le camp de Nahr El Bared, mais bien le Hizbollah. Le Fatah Al Islam, armée de libération sans doute....
(2) L'enjeu est politique et financier dans la mesure où tout business avec l'une de ces organisations est passible de lourdes sanctions aux Etats Unis.

mardi, juillet 31, 2007

Il est temps de relacher la pression...

... sauf si l'objectif est vraiment de mettre le Liban à feu et à sang.

Dans l'histoire du Liban, chaque fois qu'une communauté ou une faction a tenté de prendre l'ascendant absolu sur une autre, cela s'est terminé dans un bain de sang. Chaque fois qu'une ou des puissances étrangères se sont immiscées dans les affaires intérieures du Pays du Cèdre, cela s'est soldé par la débacle et l'humiliation de l'étranger, celui-ci n'ayant pas eu le feeling nécessaire de savoir où s'arrêter dans l'ingérence.

Les U.S. viennent de signer une série de contrats d'armement juteux avec les acteurs de la région : 13 Mld pour Egypte, 30 Mld pour Israël et une aide à l'Arabie Saoudite et les autres pays du Golfe (on parle de 20 Mld pour ces derniers). Selon Condoleeza Rice, l'objectif est de contrer la Syrie, l'Iran, Al Qaeda et le Hezbollah, notamment pour donner sa souveraineté au Liban. Elle rajoute : l'Iran est derrière les attentats qui secouent le Liban. C'est clair qu'on a besoin, au Liban, de l'aide d'une super-puissance régionale, pour rassembler 2 kilo de TNT et les faire exploser sous une voiture... Restons sérieux. Condi, la femme qui a un jour annoncé, en plein bombardements du Liban de l'été 2006, que ce dont nous étions témoin était l'enfantement dans la douleur du nouveau Moyen Orient.

Alors que les U.S. viennent d'allonger près de 70 Mld de dollars d'armement au Proche Orient, dont la plus grosse partie pour l'ennemi israélien (1), les déclarations de Koushner relative aux pressions à exercer sur l'Iran et la Syrie pour pacifier la région, ne sont pas non plus -disons- appropriées.

C'est comme si l'on ne retenait pas les leçons du passé dans cette région.

(1) Quelque 500 millions de dollars ont été promis au gouvernement libanais dans la foulée de Paris III en aide militaire. On peut supposer qu'un tel montant ne serve qu'à assurer la sécurité intérieure, et en aucun cas de donner à l'Etat libanais les moyens de résister à une nouvelle agression israélienne.

Un journaliste du magazine LE TEMPS demandait à Michel Aoun dans une interview récente si il croyait l'unité du Liban menacée.

L'entente et l'union que nous proposons sont la seule voie de salut. Or l'Occident n'en veut pas. Je soupçonne les Etats-Unis de travailler à la déstabilisation du Liban, après celle de l'Afghanistan, de l'Irak, de la Somalie, etc. Je crois en fait que les Américains souhaitent un nouvel affrontement dans ce pays. Pour organiser, à la faveur de ce désordre, l'implantation au Liban des Palestiniens qui y résident, parce qu'on ne leur donnera pas d'autre pays.

jeudi, juillet 26, 2007

Un peu de tout (26 juillet 2007)

Une amie, C., de Jounieh, la trentaine accomplie, n'était jamais allée à la Corniche de Beyrouth, l'un des endroits les plus célèbres du Liban. C'est un peu comme si un Brugeois n'avait jamais vu le port d'Ostende ou si un Versaillais n'avait jamais vu l'Arc de Triomphe. Ce n'est pas par peur ou par refus, c'est simplement par habitude de ne jamais y aller, la Corniche, Raouché, c'est Beyrouth Ouest. Et ça fait dix-sept ans que la guerre est finie.
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A la veille des élections dans le Metn pour remplacer le siège du député Pierre Gemayel, assassiné l'année dernière, ainsi que celui de Walid Eido, assassiné en juin, je trouvais nécessaire de rappeler les forces parlementaires en présence.

elections: last held in four rounds on 29 May, 5, 12, 19 June 2005 (next to be held 2009) election results, seats by group (partis principaux) :

Majorité :

Future Movement Bloc 36; Hariri - Siniora (Sunnite)
Parti Socialiste Progressiste 16; Jumblatt (Druze)
Qornet Shewan 6 : Kataeb / Phalanges (Gemayel, Chrétien) et PNL (Chamoun, Chrétien)
Lebanese Forces 5; (Geagea, Chrétien)

Opposition :

Development and Resistance Bloc 15; Amal, Nabih Berry (Chiite)
Loyalty to the Resistance 14; Hezbollah (Chiite)
Free Patriotic Movement 15; Aoun (Chrétien)
Skaff Bloc 5 ; principalement Chrétien, de Zahlé
Murr Bloc 2 ; 2 parlementaires Chrétiens du Metn dont Michel Murr.
SSNP 2

Voir ici de manière plus précise comment les sièges sont répartis.

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Un pote m'a transmis l'adresse d'un chat robot auquel vous pouvez posez les questions que vous voulez.

Human : Hello Alice
ALICE : Hi there
Human : I've a question
ALICE : ask me anything
Human : who killed rafiq el Hariri ?
ALICE : I think the lone gunman acted alone.
Human: do you think Bachar is the lone gunman ?
ALICE: It depends on what you mean by thinking.
Human: is aoun backed by syria ?
ALICE: Signs point to yes. Ask Paola if he is.
Human: I mean, is Michel Aoun, the lebanese opposition leader, backed by Syria ?
ALICE: Oh I get it. Thanks for explaining that. I think so, but I'm not sure. Ask John Lennon if he is.

J'ai trouvé, Walid Joumblatt se cache derrière ALICE !

lundi, juillet 16, 2007

Un peu de geopolitique : les petromonarchies du Golfe.

Je réorganise mon disque dur, j'en profite pour poster un article en relation avec les petites monarchies du Golfe arabo-persique. Ce sont les 5 États du Conseil de Coopération du Golfe, hors Arabie Saoudite : Qatar, Bahrain, Emirats, Koweit et Oman. A peine 10 millions d'habitants a eux cinq, des émirs et des cheikhs qui se trimballent, immaculés de blanc, attache case en main et lunettes de soleil dans les aéroports de la région (même en pleine nuit), pour servir un bon gros cliche. Ils vous fournissent une bonne partie du réservoir de votre tire. Je me suis penche sur leur environnement régional et international et sur leurs moyens d'action.

Facteurs externes

a/ Intégration régionale : le CCG.

Le Conseil de Coopération du Golfe est avant tout un pacte sécuritaire, qui peu à peu s’est développé vers un modèle d’intégration économique à l’Européenne.

Fondé en 1981, il trouve son origine dans la période trouble de l’année 1979 : la révolution islamique en Iran, l’attaque sur la mosquée de La Mecque par des radicaux saoudiens, l’invasion soviétique en Afghanistan. Cependant, le pacte ne jouera jamais un rôle militaire prépondérant, la priorité ayant été donnée, Etat par Etat, à l’alliance avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, avec de lourds contrats d’armements à la clef. La guerre Iran-Irak dans les années 1980 et l’invasion du Koweït donnera raison à cette stratégie. De 1995 à 2004, les six Etats du CCG (y compris Arabie Saoudite) ont importé pour 83 Milliards $ d’armement, principalement des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France (à titre de comparaison, 2,9 Milliard pour l’Iran durant la même période)[1], à titre individuel.

Le CCG « militaire », pris ensemble, est resté lettre morte en pratique, et a développé une stratégie avant tout politique et économique. Au sein du CCG, les acteurs peuvent jouer « cavalier seul », prenons comme exemple la signature d’un accord de libre-échange entre Bahreïn et les Etats-Unis en 2004, ce qui a provoqué, entre autres, l’ire de l’Arabie Saoudite. Comme on peut s’y attendre dans un tel contexte, les autres membres du CCG ont pour la plupart engagé des négociations bilatérales en vue de la signature du même type d’accord.

b/ Une faible marge de manœuvre dans l’environnement régional et international

Sans entrer dans les détails, les Etats de la région ont connu quelques litiges territoriaux : Emirats avec l’Arabie et l’Iran, le Koweït avec l’Irak, le Qatar avec ses voisins. Il faut souligner que le coût stratégique de ces litiges a souvent été beaucoup plus important que la valeur réelle des terres en question. De nombreux litiges ont été apaisés ces dernières années, il faut voir si il s’agit là d’un gage de stabilité.

On peut esquisser l’environnement international de ces Etats selon trois niveaux. L’un très proche constitué par l’Arabie Saoudite, un voisin « encombrant » mais duquel des distances ont été prises depuis 2001. L’environnement proche est constitué de l’Irak et de l’Iran. Le premier est en état de déliquescence. Vis-à-vis du second, malgré quelques tensions territoriales avec les Emirats et le Bahreïn, la volonté est d’éviter d’hypothéquer les relations, juste pour plaire aux Etats-Unis, dont le comportement est jugé imprévisible. Enfin, le troisième niveau, éloigné, est constitué par les Etats-Unis et l’Europe. On aurait pu inclure des puissances régionales, économiques ou politiques, comme Israël, le Pakistan ou l’Inde, mais il fallait limiter le champ de l’étude.

o Royaume d’Arabie Saoudite

Le sentiment particulariste, national, des cinq monarchies étudiées s’est pour l’essentiel construit contre le voisin saoudien : relative tolérance en matière de mœurs et tolérance religieuse. Après avoir découvert, lors de l’invasion du Koweït par l’Irak en 1990, que les « gens du Golfe » étaient méprisés dans le monde arabe, on a vu se développer progressivement chez ceux-ci le caractère décomplexé d’une identité « khalijienne » (du Golfe). On y trouve une plus grande expression de l’aspiration à la démocratie que dans la plupart des autres Etats de la région, on a vu apparaître des vecteurs comme Al Jaazira, et l’internet y est moins censuré qu’ailleurs, pour l’illustrer par quelques signes.

Les attentats du 11 septembre 2001 de New York et Washington et l’invasion de l’Afghanistan qui a suivi, ont rééquilibré partiellement les rapports américano-saoudiens en faveur des 5 autres membres du CCG. C’est le point de départ d’un mouvement d’émancipation par rapport au grand voisin et frère saoudien.

Les 5 monarchies du Golfe doivent se frayer un chemin entre l’Arabie Saoudite et l’Iran. Les deux grands voisins se présentent comme partenaires, aujourd’hui plus qu’hier, après les tensions dues au contrôle du pèlerinage, au soutien saoudien à l’Irak dans les années 1980, à la saturation du marché pétrolier et la lutte pour l’hégémonie régionale. Ces tensions existent toujours, étant donné que le gouvernement saoudien ajuste régulièrement le niveau de production pour étrangler financièrement la politique économique du gouvernement Ahmedinejad. Les monarchies jouent un rôle mineur dans la querelle et s’emploient à le maximiser, en se rapprochant de l’Iran ou de l’Arabie Saoudite, ou en critiquant l’un et l’autre par voie médiatique, le tout dans le cadre d’un équilibre subtil.

o Irak

Les monarques du Golfe se sont tous félicité de la chute de Saddam Hussein en Irak, et c’est un sentiment partagé par la population en général. Mais la satisfaction s’arrête là.

On l’a vu, une bonne part de l’opinion publique des pays du Golfe est contre la présence durable des Etats-Unis, que ce soit en Irak ou en stationnement dans les Etats voisins.

Les dirigeants, quant à eux, craignent une déstabilisation régionale due au vide relatif du pouvoir à Bagdad et surtout le prolongement sur leur territoire de la guerre civile irakienne[2]. Au Bahreïn, il y a 70% de Chiites et le pouvoir est aux mains d’une dynastie sunnite. Un tiers de Chiites au Koweït. Il y a aussi la crainte de voir l’insurgence islamiste internationale, qui trouve en Irak un terrain fertile, toucher les autres Etats de la Péninsule.

o Iran

L’histoire récente des pays du Golfe a connu des tensions avec l’Iran. Le Bahreïn, où se trouvent 70% de chiites, ethniquement arabes, est toujours plus ou moins considéré par Téhéran comme une province enlevée par le colonisateur. Les Emirats Arabes Unis se sont vu prendre trois îles par la République Islamique en 1994. Khomeiny n’était pas avare de diatribes contre les Monarchies du Golfe, « vendues aux USA ». Les relations se sont détendues avec Rafsandjani, puis encore plus avec Khatami, mais le discours radical d’Ahmedinejad est moyennement apprécié parmi les dirigeants des Etats monarchiques.

L’Iran est le vainqueur, pour le moment, de la guerre en Irak.

Le vide du pouvoir en Irak a pour effet que l’Iran est désormais vue avec moins de craintes que par le passé parmi les cinq pays du Golfe dont il est question dans ce travail.

Pour une bonne part de la population, son modèle religieux et relativement « pluraliste », par rapport à celui du voisin saoudien, est plus séduisant. La répartition des richesses y est perçu de façon plus équitable en terme de création d’emplois et d’investissement dans les services publics. La distanciation de la République islamique vis-à-vis des USA est en outre appréciée, tant qu’elle n’est pas conflictuelle. L’Iran serait en mesure de retrouver son statut de puissance régionale, non sans rappeler l’époque du Shah. Enfin, le discours radical d’Ahmedinejad est apprécié par la rue, en contraste avec les discours soumis à l’Occident des monarques de l’ensemble de la Péninsule arabique.

L’Iran joue de ce réchauffement des relations avec ses co-riverains du Golfe persique (en tout cas sur le long terme), en laissant comprendre, aux gouvernements irakiens et saoudiens, qu’elle ne permettra pas de laisser réduire l’autonomie des pétromonarchies. Elles constituent en outre un marché ouverts pour l’Iran, un marché de contacts avec des compagnies occidentales, le tout dans le cadre d’une « mondialisation non menaçante »[3].

Le programme nucléaire militaire iranien est probablement en route, et ce, depuis 20 ans. Un Iran nucléaire engendrerait sans doute une prolifération nucléaire, notamment vis-à-vis de l’équilibre régional traditionnel, valable depuis l’Antiquité, le triangle constitué par les actuels Iran, Egypte et Turquie. Au milieu de ce triangle, l’Arabie Saoudite se doterait également de l’arme nucléaire, avec l’appui des Etats-Unis[5].

En décembre 2006, le sommet du CCG a décidé de lancer un programme de recherche nucléaire. Le secrétaire général du Conseil s’est rendu à l’AIEA à Vienne pour discuter d’un programme nucléaire allégé « pour faire face au tarissement des ressources pétrolières » en décembre 2007. Le message, juste dans cette période, ne pouvait être plus clair envers Téhéran.

Une attaque sur l’Iran engendrerait des ripostes iraniennes sur les installations pétrolières dans le Golfe persique, ce qui multiplierait le prix du pétrole par trois[6]. Malgré ce bénéfice, les Etats monarchiques dépendent de leurs ressources et de l’exploitation pétrolières, c’est un intérêt vital avec lequel ils ne pourraient raisonnablement prendre de risque. En outre, le Qatar, site du QG général américain (force aérienne), serait la première cible iranienne, avec le Bahreïn, port d’attache de la 5e flotte américaine. Sans parler de la menace terroriste dans les autres états du Golfe. Ils préfèrent donc reconnaître un leadership à l’Iran plutôt que d’aller vers la confrontation.

o Etats-Unis

Les Etats-Unis ont des intérêts de quatre ordres dans la région :

- l’accès au pétrole et l’assurance que celui-ci soit disponible en masse et à bon marché ;

- les bases militaires de projection, notamment au Bahreïn et au Qatar ;

- le marché de l’armement ;

- la sécurité d’Israël.

L’impopularité des Etats-Unis auprès de l’opinion publique est proportionnelle au degré d’engagement des gouvernements auprès des Américains. Une bonne partie de l’opinion publique, et pas seulement islamiste, voit en la présence américaine dans le Golfe non moins que la Xe croisade, après les huit croisades de 1099-1291 et la colonisation.

Il y a trois développements prévisibles des relations entre les pétromonarchies et les Etats-Unis.

- La continuation actuelle d’une politique US faite de mise en concurrence intensifiée entre clientélismes, avec une forte présence militaire, au risque d’augmenter encore l’antipathie à l’égard de la super-puissance, avec ce que cela comporte de risque terroriste contre les intérêts américains.

- Une intégration régionale de sécurité avec l’aide des Etats-Unis, sur le modèle de l’OTAN après la seconde guerre mondiale, avec l’Arabie Saoudite. Ceci permettrait aux Etats-Unis de rester un peu en retrait de la scène, tout en conservant un fort lien avec ces Etats du Golfe. Ceci ne tient pas compte de changements de régime, hostiles aux Etats-Unis, qui pourraient se produire. Et pour les cinq pétromonarchies, cela signifierait sans doute un retour dans le giron de l’Arabie Saoudite qui y jouerait un rôle central. Sous condition de réglages et de garanties, c’est sans doute le scénario préféré des monarques au pouvoir actuellement.

- La montée du radicalisme anti-américain, plus prévisible dans le premier cas que dans le second ci-dessus. Avec comme corollaire une répression accrue, mais sera-t-elle compatible avec l’évolution démocratique actuelle ? et/ou une distanciation par rapport aux Etats-Unis, avec changement de régime ou non.

L’imposition extérieure d’un agenda politique américain, qui vient s’ajouter à un équilibre régional et un équilibre interne fragile, notamment du fait d’une jeunesse en Etat de frustration, qui se raccroche à l’islamisme et les problèmes de succession (qui empêchent la transition) est un mélange qui peut s’avérer explosif.

Orientations et options diplomatiques dans ce contexte

a/ Moyens de mener une politique extérieure

Etant donné le peu de puissance militaire propre, la faible dimension en superficie (sauf Oman) et en population de ces Etats, l’essentiel de leur diplomatie repose sur les alliances, et en ce qui concerne leur propre politique, sur des moyens financiers.

Malgré les problèmes de chômage et de structure de l’économie, la croissance dans la zone CCG est assez unique au monde, avec des taux entre 5 et 10% en PIB réel[7]. La pression (à la hausse) sur le prix du pétrole ne risque pas de s’affaiblir à moyen terme, en raison des besoins chinois et indiens, le conflit dans le Golfe et la tension autour de l’Iran. Ceci laisse présager des moyens financiers maintenus, sinon accrus.

b/ Diplomatie de projection et de protection

Le Qatar et le Sultanat d’Oman usent d’une diplomatie de projection. Ils projettent à l’extérieur une influence politique, économique ou culturelle.

Le Qatar est engagé dans une partie diplomatique compliquée avec ses voisins. La motivation pour mener une telle stratégie diplomatique est qu’elle est largement protégée par les Etats-Unis et a compris tout l’intérêt de jouer un rôle moteur pour le développement de la démocratie dans la région. Al Jaazira, de par sa liberté de ton et l’accès qu’elle donne à tous les courants politiques, est un outil de propagande et de lutte contre le despotisme des Etats voisins, qui n’apprécient pas du tout ce développement.

Pour Oman, on peut y voir des raisons culturelles et historiques, Mascate est la seule entité de la région à avoir jadis été un empire, on peut y déceler les traces d’une histoire profondément ancrée et un passé glorieux. Le Sultanat ne subit en outre pas de menace directe de la part de ses voisins ni de revendications territoriales.

Les Emirats Arabes Unis, le Koweït et le Bahreïn exercent plutôt une diplomatie de protection. Elle est basée sur la sécurité et l’intégrité territoriale.

Les Emirats sont dans une situation de tension avec l’Iran dans la mesure où trois de ses îles restent annexées par celle-ci. Le Bahreïn est considéré encore vaguement comme une province par l’Iran et, sa population étant constituée de 70% de Chiites, avec un pouvoir sunnite, elle craint la montée des Chiites en Irak. Le Koweït est constitué d’un tiers de Chiites et craint les troubles de l’Irak voisin. C’est en outre un Etat encore traumatisé de la guerre de 1990.

c/ Guerre médiatique entre Etats

L’un des moyens de mener cette diplomatie de projection (dans le cadre d’une soft diplomacy), est la présence médiatique.

Il n’est pas étonnant que les Etats pétroliers investissent des sommes considérables pour orienter les idées et contrer celles qui leur sont défavorables.

Il existe de forts liens culturels et de langue parmi les pays arabes. Ce terrain, occupé naguère exclusivement par la diffusion de films populaires égyptiens ou libanais, ou d’informations formatées d’origine saoudienne, a laissé la place depuis les années 1990, à une information pluraliste et largement diffusée. Ainsi s’est formé un espace public arabe qui juge les politiques des gouvernements du Moyen Orient.

Nous avons déjà abordé le cas d’Al Jaazira, pour le Qatar depuis 1996, qui a mis fin à la domination saoudo-libanaise, mais cette chaîne de télévision, désormais diffusée également en anglais, n’est pas le seul vecteur de « contre-pouvoir ». Il faut noter entre autres Al Hayat, organe de presse qui donne le ton dans les principales rédactions du monde arabe, MBC Television, Al Chark al Wasat (Moyen Orient), organe de presse également très influent.

Or, ce que l’on observe, c’est que tous les journaux et médias panarabes vivent de subventions de l’Etat. Aucun n’est viable per se. Si l’on parle de « contre-pouvoir », c’est essentiellement à l’encontre d’Etats étrangers voisins, et également à l’échelle globale dans le cadre du conflit israélo-palestinien et de l’occupation de l’Irak, mais certainement pas dans une remise en cause du régime du territoire duquel la plupart de ces médias sont diffusés. Il subsiste encore une censure importante, voire une répression physique à l’égard des journalistes, et ce, dans la plupart des pays du Golfe[8].

Approche commune ou cavalier seul

La politique extérieure des cinq petites monarchies du Golfe arabo-persique est tiraillée entre la nécessité de faire bloc pour avoir un poids significatif (CCG, au sein de la Ligue des Etats arabes) et celle de « jouer en solitaire » avec les principaux acteurs régionaux et globaux (Arabie Saoudite, Iran, Etats-Unis) pour maximiser leur gain.

Entre elles, étant donné qu’elles sont concurrentes sur le même marché, elles sont tentées par le jeu de la concurrence, économique et politique. Cependant, elles partagent assez de caractéristiques et de défis en commun que pour adopter des stratégies communes.

Vu de l’extérieur, les Etats-Unis et l’Europe, premiers exportateurs d’hydrocarbures à l’heure actuelle, ne verraient pas d’un bon œil une politique commune trop concordante entre les acteurs de la région (CCG, Iran et Irak) qui pourraient s’entendre sur la production et le prix du pétrole.

Sur le plan régional, l’Iran et l’Arabie Saoudite sont souvent tentées de semer la division entre ces petites monarchies (incitants et menaces), en vue d’obtenir des gains stratégiques dans leur lutte pour l’hégémonie sur la région.

C’est entre ces tendances centripètes et centrifuges qu’évolue la politique extérieure de ces Etats monarchiques du Golfe.

Sources :

Da Lage Olivier, L’Arabie et ses voisins, la revanche des vassaux, Les Cahiers de l’Orient numéro 82, 2006.

Dossier sur l’Arabie Saoudite, Les Cahiers de l’Orient, numéro 82, 2006.

Greenwald Jonathan et Malley Robert, U.S. Security Policy in the Persian Gulf, International Crisis Group, 2004.

Kechichian Joseph A., Can conservative Arab Gulf monarchies endure a fourth war in the Persian Gulf ?, The Middle East Journal, vol.61, numéro 2, printemps 2007.

Khouri Rami G., Top three Gulf security dilemmas, Jordan Times 02/12/2005.

Leveau Rémy et Charillon Frédéric (dir.), Monarchies du Golfe, Les micro-Etats de la péninsule arabique, Paris, La Documentation Française, 2005.

Ménoret Pascal, L’Enigme saoudienne, Les Saoudiens et le monde, 1744-2003, Paris, La Découverte, 2004.

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[1] Greenwald Jonathan et Malley Robert, U.S. Security Policy in the Persian Gulf, International Crisis Group, 2004.

[2] Dénomination appropriée, par exemple, Fearon James D., Iraq’s Civil War, Foreign Affairs, Mars/Avril 2007.

[3] Leveau Rémy, Les monarchies du Golfe, les micro-Etats de la péninsule arabique, La Documentation Française, 2005, p. 18.

[5] Kechichian Joseph, Can conservative arab Gulf monarchies endure a fourth war in the Persian Gulf ?, The Middle East Journal, vol.61, printemps 2007.

[6] Oil prices could triple upon a US invasion of Iran, Arab News, 21 juin 2006.

[7] Azzam Henry T., Gulf States to Continue Strong Economic Growth in 2007, Arab news, 08/01/2007.

[8] Mubarak Ebtihal, Independent Gulf Media Watchdog Soon, Arab News, 15/06/2007.

jeudi, juillet 12, 2007

La paix entre Israel et la Syrie

Cet article est posté un an apres le début de la guerre de l'été dernier, et le surlendemain des déclarations faites par Ehud Olmert pour engager la paix avec Damas. J'avais écrit ceci il y a quelques semaines.

Il y a un principe fondamental en diplomatie, a fortiori dans un environnement international chaotique, voire hostile, qui veut qu’un Etat a tout intérêt à être en paix avec ses voisins, et le cas échéant, que ces voisins soient en situation de tension avec leurs autres voisins (de préférence non commun), ce qui a pour don de détourner leurs ressources vers d’autres buts qu’une action hostile envers cet Etat. Les joueurs de Diplomacy, ou même de Risk, ne me contrediront pas. Or, ce que l’on observe avec le Liban, depuis de nombreuses années, est une situation exactement inverse.

D’une part, le Liban connaît une situation de tension avec la Syrie, depuis l’occupation militaire et ensuite après le « Printemps de Beyrouth » et le retrait syrien. Le premier accuse le second d’ingérence dans ses affaires intérieures, via ses services secrets et l’armement de la Résistance au Sud Liban et le second ne voit pas le Tribunal International pour juger des attentats qui ont suivi le printemps 2005 d’un bon œil, sans parler de l’affront international d’avoir du retraiter d’un territoire considéré historiquement comme faisant partie de la « Grande Syrie » (certainement en ce qui concerne la Bekaa). La République Arabe Syrienne a tissé en revanche de bonnes relations avec ses voisins directs. Avec la Turquie, depuis la normalisation des tensions dues à la question kurde et à celle des eaux du Tigre et de l’Euphrate, pour laquelle la Turquie a adressé des messages positifs à son voisin syrien. Envers l’Irak, avec lequel la Syrie vient de rétablir des relations diplomatiques après plusieurs décennies d’interruption. Avec la Jordanie, par tradition. Et avec l’Arabie Saoudite avec qui perdurent des relations de respect mutuel « policé » pour des raisons que nous ne développerons pas ici. Il reste le voisin israélien, avec qui la Syrie est en contentieux depuis 1967 et l’Occupation du Golan et au-delà à travers le support de la résistance (ou du terrorisme selon le point de vue où l’on se place) au Liban et en Palestine Occupée. Mais ici, force est de constater qu’aucun coup de fusil, pour ainsi dire, n’a été échangé directement entre la Syrie et Israël depuis une bonne trentaine d’années (cessez-le-feu en 1974), si ce n’est au Liban.

D’autre part, le Liban connaît une situation d’extrême tension avec son voisin israélien, il va sans dire. Je ne vais pas répéter les multiples interventions armées qui ont émaillé leurs relations, ne fût-ce que depuis celles de 1978 et de 1982 et la montée à Beyrouth Ouest pour en déloger l’OLP retranchée. Il y a aussi la présence des services secrets israéliens.[1] Enfin, il ne faudrait pas occulter, derrière la question de la présence du Hezbollah au Sud Liban, et l’aide logistique de la Syrie et de l’Iran à l’organisation chiite, le fait qu’il y a sans doute des motivations concurrentielles à la destruction périodique de l’économie libanaise par l’Etat d’Israël. L’objectif en la matière est de s’assurer le monopole de la « Tête de pont en Orient », et détruire toute concurrence touristique, le Liban ayant en ce domaine des atouts de premier ordre. Israël, en dehors de ses opérations dans les Territoires Occupés, a toute la latitude de se concentrer sur le Liban, dans la mesure où il est en paix avec tous ses voisins. Avec l’Egypte depuis la signature des accords de paix en 1977. Avec la Jordanie depuis les années 1990. Il reste la Syrie avec laquelle perdure une situation de conflit froid, mais régulé, on l’a vu, au Liban.

Le Liban se trouve donc dans une situation inverse à tout ce que pourrait rêver un Ministre des Affaires étrangères ou un stratège militaire, avec les circonstances aggravantes que ses deux seuls voisins sont dans une situation de conflit latent. Et parmi les trois entités, le Liban est de loin le plus faible.

Par conséquent, il ne revient pas réalistement au Liban de prendre l’initiative de signer un accord de paix avec son voisin israélien tant qu’un tel accord ne serait officialisé entre la Syrie et Israël. Il est aussi fortement probable qu’un accord de paix (réel) entre la Syrie et Israël, peu probable à l’heure actuelle[2] se ferait sur le compte du Liban. Car qui à part la Syrie serait en mesure de contrôler militairement, et surtout politiquement, le Hezbollah au Sud Liban tout en sachant que cet accord hypothétique, en affaiblissant les liens existant entre la Syrie et l’Iran, pousserait cette dernière à renforcer son influence sur le théâtre libanais ? En tout cas, pas la FINUL et encore moins l’armée libanaise, qui a déjà tellement de mal à mater la rébellion du Fatah Al Islam dans les camps palestiniens.

Pour échapper à cette quadrature du cercle, il faudrait un accord simultané de toutes les parties en présence (Israël, Syrie, Liban – tous ses leaders communautaires-, Hezbollah), supporté par les puissances occidentales, plus l’Iran et l’Arabie Saoudite, dans une convergence exceptionnelle d’intérêts.

[1] Voir le démantèlement d’une cellule associée au Mossad au Liban en 2006 ainsi que l’ouvrage, très orienté, mais éclairant sur la question, du journaliste israélien Uri Dan, Mossad, 50 ans de guerre secrète, Presses de la Cité, 1995.
[2] Entre autres Talhami Assad, Israël, Cinq raisons pour refuser tout compromis avec la Syrie, in Courrier International, 29 mars 2007, p.31, article original dans Al Hayat, Londres.

lundi, juillet 09, 2007

Un peu de tout (9 juillet 2007)

Ce matin j'ai effacé une douzaine de numéros de mon répertoire telephonique. Fameux coup de balai. Tout le monde se casse depuis quelques semaines. C'est triste. Comme m'a dit W., Libanais de 30 ans et des poussières : "tu as un aperçu de ce que nous vivons depuis des décennies, habibi...".

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De source bien informée, des mouvements ont lieu dans les camps palestiniens de Saida (Sud) et près de Zahlé dans la Bekaa. Des tunnels seraient creusés par des Palestiniens pour pouvoir fuir le cas échéant. Des barricades seraient levées. L'armée serait en train de creuser des tranchées autour de ces camps. Loin de moi l'idée d'émettre la moindre critique envers la grande et brave armée libanaise, garante de l'intégrité territoriale du Liban contre tous ses ennemis extérieurs, mais ça rime à quoi tout cela ?

D'après la même source, la télévision syrienne aurait recommandé à tous les Syriens résidant au Liban de rentrer au pays avant le 15 juillet. Bachar a l'intention de lancer un grand recensement apparemment...

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Quelques sujets de dissertation en cette période d'examens :

Il y a un mythe solidement ancré dans la stratégie américaine, c'est que l'économie de marché et la démocratie sont un antidote au terrorisme. Or, ce dernier n'a pu être empêché dans de fortes démocraties comme la France et l'Espagne (ETA, FAR), en Italie (Brigades rouges), en Allemagne (RAF), en Grande-Bretagne (IRA)... Ce terrorisme avait une source nationale, dans des pays à la longue pratique démocratique et de marché libéral. Ce qui n'est pas un principe dans de tels pays, comment imaginer qu'il puisse l'être dans des pays qui n'ont jamais connu de phase démocratique ?

Pour beaucoup de gens dans le monde arabe, les Etats-Unis pensent imposer leur idéologie à travers la violence. Comment peuvent-ils critiquer les fondamentalistes qui cherchent aussi à imposer leur idéologie à travers la violence ?

La démocratie ne peut-être imposée de l'extérieur, sauf si une culture démocratique pré-existait avant la phase non démocratique.

Bonnes vacances,

lundi, juillet 02, 2007

Un peu de tout (2 juillet 2007)

Ce matin devant mon zaatar wou jebneh (sandwich roule a l'oregan et au fromage fondu, fourre d'olives, de tomates et de concombres haches fin) et mon cafe au Za'atar wa Zeit (chaine de fast food libanais, qui devient "Waterzoei" quand on rentre beurre a 6h du matin), la chaine de television LBC montrait les premieres images de l'interieur du camp de Nahr El Bared. Ici, on ne rigole plus.

Si vous voulez avoir une idee de ce que pensent pas mal de Libanais sur les Palestiniens, il faut aller voir cet article qui en dit long. On dirait que l'auteur (Dr. Joseph Hitti is a democracy activist, mort de rire), a zappe Oslo et Geneve et le fait que 99% des refugies palestiniens ne pourront jamais rentrer en Palestine et encore moins en Israel.

Pour Nahr el Bared, y a une video ici et des photos la. Sinon n'importe quel moteur de recherche avec les mots clef "nahr el bared" feront l'affaire.

Le Liban independant


Ce week-end, les Etats-Unis ont interdit sur leur sol dix ressortissants libanais et syriens. La plupart des Libanais pour tentative de "destabilisation" de leur poulain Fouad Siniora, le chef du mouvement "de l'Independance". Les reactions vont du "no comment" au "mais tout l'honneur est pour moi". Etre dans l'opposition, c'est "tenter de destabiliser le gouvernement", le concept est interessant. tandis que les Europeens voient en l'Administration Bush la plus grande menace pour la paix dans le monde (article du Financial Times).

mercredi, juin 27, 2007

Attentat sur la FINUL au sud liban...

Six casques bleu ont peri dimanche soir dans un attentat a la voiture piegee, sinceres condoleances.

Si le Hezbollah n'est pas a l'origine du coup, ce qui semble ne pas etre le cas, ils doivent etre tres tres enerves. Oser jouer avec des voitures piegees sur leur chasse-gardee, a quelques encablures du territoire de l'ennemi sioniste, ils n'ont certainement pas du apprecier. A tel point que le Parti de Dieu a lance sa propre enquete, officiellement, en parallele aux enquetes conduites par la FINUL elle meme et aux forces de securite interieure libanaises avec qui le Hizbollah est pret a cooperer.

Si dans ce cas-ci c'etait "encore" la Syrie, ils ne se seraient pas deplaces en territoire controle par la Resistance, leur allie, pour executer un nouveau plan machiavelique, mais aurait mandate cette Resistance pour le faire. Si l'on connait un peu le Liban et comment ca se passe la bas au sud, le Parti de Dieu tient sa legitimite du fait qu'il insipre confiance a la population qui voit en lui son protecteur. C'est de la qu'il tire son pouvoir.

Jamais il n'oserait tailler, ne fut-ce qu'une breche, dans ce certificat de protecteur tout puissant aupres de la population. Meme la Syrie n'oserait se preter a ce jeu, sauf si vraiment on va chercher loin (il faudrait developper longuement). Cet attentat a pour but, d'une part, de faire vaciller la paix, et d'autre part, d'allumer le Hezbollah et de l'attirer dans le feu. Pour le reste, comme d'habitude au Liban, il y a eu un attentat, et on ne peut que le constater....

mardi, juin 26, 2007

Tout ca finalement, c'est la faute aux drogués

Quand les "événements" au Liban ne sont pas le résultat de pressions et d'influences extérieures d'acteurs agissant "selon leur propre agenda et leur propre stratégie" (expression fétiche d'Elizabeth Picard), a savoir les Palestiniens, les Syriens, les Etats-Uniens et le millier d'agents du Mossad sans oublier les Gardes de la Revolution iranienne cachés dans les champs de canabis de la Bek'a, et, derniers venus, les troupes de choc de l'ingérence humanitaire du docteur Kouschner, il reste les drogués.

Ainsi, en plein operation de rasage de Nahr El Bared et alors que la FINUL vient de se faire sauter au sud, le général Rifi a fait part a la presse de l'arrestation de 2140 trafficants de drogue dont 250 Libanais.

dimanche, juin 17, 2007

Puzzle

Nomination de Barak au Ministere de la Défense (de la défonce, ou "la meilleure défense, c'est l'attaque") israélien.

Rumeurs de guerre Israel - Syrie pour le Golan, ou pire, de pourparlers de paix. On sent deja d'ici les Syriens rappelés "en renfort" au Liban pour mater les islamistes infiltrés dans les camps palestiniens. Et pour controler le Hezbollah sans lequel évidemment "aucune paix n'est possible".

Et aujourd'hui, 3 rockets tirées d'un camp palestinien du sud Liban sur le nord d'Israel.

On a l'impression qu'un puzzle se met en place, mais quel puzzle...

vendredi, juin 15, 2007

Un petit plus dans la vie

Au hasard des rapports et des statistiques qui me tombent sous la main, l'une d'entre elles a confirme ce que l'on peut percevoir avec insistance a achrafye, la beyrouth chretienne et bourgeoise, mais c'est un phenomene qui ne s'arrete pas la. Il s'agit de l'armee de domestiques philippins et d'autres pays d'Asie qui se trouvent dans le pays.

Ainsi en 2006, il y a eu 106.000 demandes de permis de travail pour le Liban de la part de travailleurs etrangers. Il faut savoir qu'ils doivent etre renouveles tous les ans, il s'agit donc de l'ensemble de la main d'oeuvre etrangere legale au Liban.

Sur ce total, de memoire, il y avait entre 75 et 80000 domestiques. Entre 75 et 80% du total. Il n'y a pas de lien, mais on peut le deviner, plus de 60.000 de ces permis concernent des travailleurs provenant d'Asie (hors pays arabes).

Si on considere que c'est un phenomene essentiellement beyrouthin, on a un domestique pour 12 habitants, corveable a souhait, a residence permanente, paye entre 100 et 200 dollars par mois, pas mal.

Mais comme m'avait dit un Libanais, tres honnetement, "C'est quand meme un plus dans la vie". Certes....

Pour un bon apercu de la question, n'hesitez pas a jeter un coup d'oeil sur le lien suivant : Ces maisons libanaises qui «achètent» des domestiques asiatiques. Attention, c'est a vomir.

jeudi, juin 14, 2007

Le député Walid Eido assassiné

Non seulement c'est mort la nuit, mais le couvre-feu de fait s'etend meme a la journee.... Quels qu'ils soient, les terroristes sont en train de gagner.

mardi, juin 12, 2007

Superbe couverture

Celle du courrier international de la semaine derniere, celebrant les 40 ans de l'occupation israelienne. Moshé Dayan et Yitzhak Rabin entrant à Jérusalem, sur un cliche digne de Docteur Strangelove....





vendredi, juin 01, 2007

Images d'ambiance

On entend souvent la question, sur les campus, dans le taxi... "Tu etais ou quand la bombe a pete ?", puis il a fallu preciser "quelle bombe ?". Puis c'est devenu : "Allez, c'est ou ce soir ? on parie 10 dolls sur l'heure ?".
Y aussi la marque de la bagnole... Pour l'instant une suzuki et une honda, y a un complot, c'est le retour de la mafia japonaise. Enfin, on exorcise comme on peut....

Alors la premiere, une voiture piegee dans une rue ou je passais tous les soirs y a encore pas tres longtemps. Achrafye, pres de l'ABC. Heureusement j'ai (encore) demenage y a trois semaines.
J'ai une copine qui habite a 50m d'ou la bombre a explose.
Appel direct des que j'ai su ou c'etait.
Electricite coupee, et vitres brisees, elle savait pas trop si elle devait sortir ou rester la.

En ce qui me concerne, je sortais sur le balcon et alors que j'allais ouvrir la bouche pour dire un truc a ma collocataire, j'ai entendu un bruit de malade, suivi en meme temps d'un coup de vent, le souffle de l'explosion, alors qu'elle se produisait a un kilometre d'ou j'habite. Un nuage s'elevait dans le ciel nocturne. On a tout de suite pense Place Sassine, mais c'etait juste un peu plus loin.

Puis y a eu la deuxieme, a Verdun, quartier sunnite relativement bourgeois. Quartier Hariri. Toujours le meme mode operatoire, une bombe de faible a moyenne puissance en-dessous d'une voiture. On est dans un bar de Gemmeyze avec quelques amis, a l'autre bout de la ville. La police monte pour demander a qui appartient la BMW pourrie parquee en bas. Encerclement. On reste dans le cet endroit bien sympa, rien de tel qu'une partie de ce jeu dont le but est de faire deviner des mots en les mimant, je ne me rapelle plus de son nom. Personne n'est venu enlever la voiture, un regard par la fenetre dans la rue, on voit les soldats plaisanter. La semaine derniere tiens, branle-bas de combat a Hamra. Une voiture suspecte et tout le quartier en panique, la rumeur s'etends, les femmes s'enfuient avec leurs enfants, mobilisation de l'armee, perimetre de securite. Puis un gars se ramene, en sifflotant et en jonglant avec ses clefs pour reprendre sa voiture completement etonne de ce ramdam. Il etait parti choisir une cuisine equipee.

Puis y a eu la troisieme, Aley, bled PSP. Merde, ils nous ont foutu en l'air notre finale de la champion's league, tout le monde a zappe sur la LBC, NBN ou Al Manar... plus moyen de voir le match.

Alors y a la parano. Un couvre-feu de fait, non officiel, mais les rues sont vides a 10h du soir. Puis y a les fetards que rien n'arrete. Inconsciemment, on zig zag dans la rue, on change de trottoir, on repere les voitures suspectes a 50 m. Mais on y fait pas trop attention. Sauf si on n'a rien d'autre a penser. "Tu penses qu'ils planqueraient une bombe dans une Mercedes 500 ou un Hummer ?" ; "non mon frere, moi je vois plutot une bagnole comme ca la, une bonne vieille epave" ; mais y en a tellement. Puis y a les voitures qu'on connait depuis longtemps. "Bon qu'est ce tu fais demain ?" ; "J'sais pas, j'irais bien a la plage...".

jeudi, mai 17, 2007

Quelques considérations sur l'élection de Sarkozy à la présidence de la République française dans le cadre du conflit israélo-arabe.

Dernier post en relation avec nos voisins du sud, apres ceci, on passera a autre chose.

Comment d'abord ne pas se souvenir du discours de Nicolas Sarkozy au French American foundation le 12 septembre 2006, jour où il rencontra Georges Bush également, en lui promettant allégeance, ou du moins, des relations franco-américaines détendues. Ce jour là, le nouveau Président a dit "combien [il] se sent proche d'Israël. Israël est la victime. Il doit tout faire pour éviter de passer pour l'agresseur". C'est clair que cela relève de tout un challenge...

Par exemple, la semaine dernière encore, le Journal le Monde faisait part d'un rapport de deux associations israéliennes des droits de l'homme (1) sur la situation lamentable des détenus palestiniens en Israël. Je n'ai retenu qu'un chiffre, c'est que depuis l'occupation (40e anniversaire cette année - banalement considéré, côté sioniste (2), comme le 40e anniversaire de.... la réunification de Jérusalem), 700.000 Palestiniens, c'est à dire plus d'un tiers des hommes, ont été détenus à un moment ou à un autre en Israël. Certains l'ont été parfois des années, et parfois sans procès. Citons juste en ordre éparpillé le mur en construction, la guerre de juillet qui a détruit un pays pour plusieurs années, le million de bombes à fragmentation (une pour quatre Libanais) larguées dans les deux derniers jours du conflit au Sud Liban, la vie impossible des Palestiniens de Jérusalem, il faut le voir et le vivre pour le croire, et encore.

Le 7 mai, lendemain de l'élection, le Premier Olmert, qui frôle le zéro absolu en terme de cote de popularité, s'est entretenu avec Sarkozy, qui lui a dit, selon le communiqué de presse : "Je suis un ami d'Israël et Israël peut toujours compter sur mon amitié". Le quotidien populaire Maariv écrivait dans ses colonnes qu'on assistait à une "révolution française grâce à laquelle un ami évident d'Israël accède à l'Elysée pour la première fois de l'histoire de la Ve République".

Netannyahou (chef de l'opposition nationaliste à la Knesset) ne se considère-t-il d'ailleurs pas comme "un ami personnel de Nicolas Sarkozy depuis cinq ou six ans" ? (ils avaient en charge les Finances de leur gouvernement respectif).

Au delà des déclarations de circonstance (assez normales dans le cadre d'une victoire électorale aux Presidentielles francaises, seul Poutine ayant fait la gueule et l'ayant montré), au cours des mois qui ont précédé la campagne, le nouveau Président a répété à plusieurs reprises, en substance, que la sécurité d'Israël prime, ce qui passe par la création d'un Etat palestinien indépendant et viable (3). Tous les observateurs s'accordaient à dire que l'élection de Nicolas Sarkozy équivaudrait à un tournant dans la politique française au Proche Orient, celle en vigueur depuis 1967 et De Gaulle.

Et puis, mini-coup de théâtre, dès le 8 mai, Nicolas Sarkozy promet l'ouverture.
Dans ce cadre, l'annonce de la nomination possible d'Hubert Vedrine au poste de Ministre des Affaires étrangères a semé l'émoi dans la presse israélienne de dimanche dernier (voir entre autres le Jérusalem Post). Vedrine est en effet passablement sceptique, c'est le moins que l'on puisse dire, par rapport à la toute puissance américaine et plutôt pro arabe. Ancien Ministre de Mitterrand et dans le dernier gouvernement Jospin.

Cela a fait bien sûr tache dans la relation privilégiée annoncée avec l'élection du nouveau président. En terme de faux pas, Sarkozy ne pourra jamais rivaliser avec son prédécesseur, mais il y a du potentiel.


Je n'ai pas trouvé dans la presse française de traces de cet émoi. Bien dans la presse israélienne et américaine. Ceci, c'était le 13. Sans vouloir y voir une relation de cause à effet (Vedrine a plus que probablement decline poliment l'offre), le 15, Sarkozy propose à Kouchner les Affaires Etrangères...


Ce qu'un president courageux devrait oser dire et faire.

Mon impression est que sans pression internationale sur l'Etat d'Israel, la situation ne changera pas. Il n'y aura pas de solution négociée.

Durant l'apartheid en Afrique du Sud, il a fallu déjà 40 ans à la communauté internationale pour reconnaître le caractère absolument scandaleux du régime de Pretoria. Ce qui résulta en boycott et en embargo. On n'en est même pas encore là concernant Israël. Il n'y a quasi aucune conscience du côté israélien de ce que le régime sioniste fait subir aux populations palestiniennes et au-delà de ses frontières, en leur nom. Même la plupart des intellectuels de gauche en Israel, représentant peut-être 5% de la population israélienne et au faît de l'actualité, ne sont pas au courant du largage des cent mille bombes à sous-munition au Sud Liban dans les trois derniers jours de la guerre de juillet (4). Liquidation des stocks. Si on veut se renseigner, les moyens existent, il y a l'internet, la télévision, Al Jaazira... mais on n'aime pas se faire présenter un miroir devant soi et y voir un monstre.

Attention, je ne dis pas que des régimes de pays arabes, dans les mêmes conditions, avec les mêmes moyens, ne feraient pas pareil, voire pire. Je ne sous-estime pas le caractère terrorisant des attentats suicides. Cependant, aujourd'hui, la force est d'un côté, l'opresseur est soutenu largement par la communauté internationale.

Concernant la paix Israël - Syrie, un moment envisagée, avant un rappel à l'ordre de Washington. C'est un comble, mais l'ingérence américaine n'est pas toujours perçue d'un bon oeil au sein de la société civile israélienne. Cette paix est une précondition pour une stabilisation des relations entre le Liban et Israël. Le Liban n'a pratiquement aucun pouvoir d'initiative en la matière. Dans ce contexte, le Hezbullah et le Hamas (5) sont nécessaires médiatiquement au régime sioniste pour entretenir le mythe de son expansion et de son occupation de la Cisjordanie, des territoires libanais autour des fermes de Sheba'a (6), riches en ressources hydrauliques et du Golan syrien. De l'autre côté, le Hizbullah et le Hamas ne seraient rien sans l'occupation israélienne du Sud Liban (1982-2000) et de la Palestine (1967).

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(1) B'Tselem et Hamoked, voir rapport sur site internet : http://www.btselem.org/ et http://www.hamoked.org.il/index_en.asp

(2) Il y a une confusion de définition, et ce même en Israël, sur le terme "sioniste". Pour moi il s'agit, aujourd'hui au XXIe siècle, des opposants aux frontières dessinées par l'ONU en 1948 et favorables à l'expansion de l'Etat israélien en dehors de son territoire alloué. Il a un sens péjoratif, et ne peut être assimilé aux primo-arrivants des années 30-50, qui avaient une démarche toute légitime. Si on se tient à cette définition du sionisme, il y a ainsi une bonne part d'"anti-sionistes" en Israël même.

(3) la seule solution viable à long terme est celle qui propose "un Etat, deux peuples", on oublie souvent en effet que la population israélienne (frontières de 67) est constituée de 20% de Palestiniens. Jérusalem sera en majorité palestinienne en 2020. Il n'y a qu'une solution à long terme (si bien sûr on s'oppose au concept d'épuration ethnique), c'est celle qui englobe la totalité de la Palestine historique, avec des garanties de représentation pour chaque communauté, quelle que soit l'évolution démographique. Ceci relève évidemment de l'utopie dans le cadre actuel.

(4) Article Nations Unies. Et selon le journal israelien Haaretz, 1200 obus, liberant un million de bombes a sous-munition (clusters) : Lien vers l'article

(5) ce dernier ayant été largement soutenu par les services secrets israéliens pour contrer le Fatah dans les Territoires Occupés.

(6) du point de vue du droit international, et malgré les déclarations du régime de Damas comme quoi ils doivent retourner sous le giron libanais, ces territoires appartiennent officiellement à la République Arabe Syrienne. Ils sont inscrits comme tel à l'ONU. La logique est la suivante : la Syrie refuse de faire les démarches nécessaires auprès de l'ONU tant que cette portion de territoire est occupée par Israël. Israël ne veut s'en désengager tant que la Syrie ne le cède au Liban par voie officielle et reconnue auprès de l'ONU. Le Hizbullah en fait la cause de son engagement. Cercle vicieux dans lequel aucune des trois parties n'a peut-être intérêt à un appaisement de la situation. Le tout sur le compte du Liban.

jeudi, mai 03, 2007

La victoire divine bis

Le 1er mai, jour de la fete du travail, la commission israelienne WINOGRAD a donc publie ce fameux rapport tant attendu (plus par certains que par d'autres) sur les responsabilites de la defaite de l'armee israelienne au Sud-Liban en juillet 2006. Voir un resume du rapport et surtout un impressionant enonce des responsabilites individuelles, poste par poste sur le site du quotidien israelien Haaretz.

Vous pensez bien que si il y en a bien un qui jubile de ce cote-ci de la frontiere, c'est un certain Said Hassan Nasrallah. Il se montre a la fois bon prince et ironique. Admirativo-sarcastique d'abord, devant le fait qu'une commission appointee par Olmert condamne Olmert. Ironique aussi quand il signale qu'il a fallu une commission israelienne pour reconnaitre la victoire divine du Hizbollah a l'issue de la guerre de l'ete dernier. Petit coup de canif en passant envers ses adversaires politiques au Liban.

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